‹ Œuvres complétes. Introd (volume 3)Chapitre 7 sur 34 · LE M ^' S T K K L · texte numérisé non relu

LE M ^' S T K K L

Le Roi lui ayant demandé quel âçfe il avait :

lEANNETTE

il lui répondit : Il y a cent trente ans que je suis voyageur, et ce petit nombre d'années, qui n'est pas venu jusqu'à égaler celui des années de mes pères, a été traversé de beaucoup de maux.

ADAME IjERVAISE

Et après avoir souhaité toute sorte de bonheur au Roi, il se retira.

Joseph selon le commandement de Pharaon, mit son père et ses frères en possession de Ramessès dans le pays le plus fertile de l'Egypte.

Et il les nourrissait avec toute la maison de son père, donnant à chacun ce qui lui était nécessaire pour vivre.

Car le pain manquait dans tout le monde, et la famine affligeait toute la terre; mais principalement l'Egypte et le pays de Chanaan.

Israël demeura donc en Egypte, c est-à-dire, dans la

DES SAINTS INNOCENTS terre de Gessen, dont il jouit comme de son bien propre, et où sa famille s'accrut et se multiplia extraordinairement.

Il y vécut dix-sept ans ; et tout le temps de sa vie fut de cent quarante-sept ans.

Comme il vit que le jour de sa mort approchait, il appela son fils Joseph, et lui dit : Si j'ai trouvé grâce devant vous, mettez votre main sous ma cuisse, et donnez-moi cette marque de la bonté que vous avez pour moi, de me promettre avec vérité, que vous ne m'enterrerez point dans V Egypte ;

mais que je reposerai avec mes pères ; que vous me transporterez hors de ce pays, et me mettrez dans le sépulcre de mes ancêtres. Joseph lui répondit : Je ferai ce que vous me commandez.

Jurez-le moi donc, dit Jacob. Et pendant que Joseph jurait, Israël adora Dieu, se tournant vers le chevet de son lit.

Après cela on vint dire un jour à Joseph que son pè était malade : alors prenant avec lui ses deux fil Manassé, et Ephra'ùn, il Valla

re voir.

LE MYSTÈRE On dit donc à Jacoh : Voici votre fils Joseph qui vient vous rendre visite. Jacoh reprenant ses forces se mit sur son séant dans son lit.

Et

Il leur fit aussi ce commandement, et leur dit : Je vais être réuni à mon peuple; ensevelissez-moi avec mes pères dans la caverne double qui est dans le champ d'Ephron Hethéen.

qui regarde Mambré au pays de Chanaan, et qu Abraham acheta d'Ephron Hethéen, avec tout le champ où elle est, pour y avoir son sépulcre.

C'est là quil a été enseveli avec Sara sa femme. C'est aussi où Isaac a été enseveli avec Rehecca sa femme, et oii Lia est encore ensevelie.

Après avoir achevé de donner ces ordres et ces instructions à ses enfants, il joignit ses pieds sur son lit, et mourut ; et il fut réuni avec son peuple.

In homme avait douze fils. Telle lut, mon entant, Ce fut la preniière fois qu'un enfant s'est perdu.

DES SAINTS INNOCENTS

Ce fut la première fois qu'une brebis s'est perdue. Ce fut la première fois qu'une drachme s'est perdue.

Mais cette drachme que l'on avait égarée.

Mais cette brebis qui s'était égarée,

Mais cet enfant, ce fils qui s'était égaré

Fut retrouvé sur le trône,

Gouvernant la maison de Pharaon

Et ravitaillant tout le royaume d'Egypte.

Et celui de Jésus au contraire, (c'est toujours le contraire),

Celui de Jésus, l'enfant perdu par Jésus,

Dans la parabole de Jésus,

Celui de Jésus fut retrouvé qui revenait de gouverner un troupeau de porcs.

Et je pense que ses trente ou quarante cochons,

Il les ravitaillait de glands et peut-être de quelque sale pâtée.

C'est ainsi, mon enfant. Ainsi est l'ancien, ainsi est le nouveau testament.

Dans l'ancien testament il est plus souvent question du trône.

Et dans le nouveau testament il est plus souvent question de garder les cochons.

(Et les autres animaux, qui ne sont pas moins nobles).

161 innocents.

LE MYSTÈRE Dans Tancien testament il y a toujours une vue, une

pensée vers le commandement.

Et dans le nouveau testament il y a loujourt^ une pensée, Une arrière-pensée vers le service au contraire Et vers la servitude.

Dans l'ancien testament il y a toujours un reg^ard, une

pensée vers le gouvernement.

Et dans le nouveau testament il y a toujours un regard,

une pensée vers Tobéissance Et vers la simple condition.

Vers la simple condition de sujet.

Vers la simple condition d'homme.

Ou s'il y a une pensée vers un commandement, et vers

un gouvernement, et vers un royaume, Dans le nouveau testament c'est vers un commandement

et vers un gouvernement et vers un royaume Qui n'est point le gouvernement et le commandement

d'un royaume d'Egypte.

Et dans le nouveau testament il n'y a de pensée que pour un royaume qui n'est pas de ce monde.

Dans l'ancien testament il y a toujours une pensée vers les richesses, vers les trésors d'Egypte et de Babylonie,

Vers les talents d'or et d'argent.

Et les richesses, et le trône, et le royaume, et le gouvernement et le commandement

Sont présentées comme le couronnement.

Dans le nouveau testament il y a toujours une pensée,

La pensée secrète est vers l'épreuve, et vers la misère, et vers la pauvreté.

Et c'est elle l'épreuve, et c'est elle la misère, et c'est elle la pauvreté

Qui est toujours présentée,

Qui est le faîte et le couronnement.

C'est elle qui est la dame et la très chère et la très sainte pauvreté.

Dans l'ancien testament on redoute toujours, il y a toujours une pensée De redoutement vers la famine de la faim. Dans le nouveau testament on redoute toujours Une autre faim inapaisée.

Il y a toujours une pensée

L E M Y S T K R E De redoutement vers une autre famine d'une autre

faim. Car c'est une spirituelle famine.

D'une faim spirituelle.

Ainsi marche l'ancien testament devant le nouveau testament.

Ainsi les histoires marchent devant les similitudes. Et les hymnes et les prières et les psaumes Devant les hymnes et les prières et les oraisons Et la lente et la longue lignée des prophètes Devant les bataillons serrés, Devant les bataillons carrés Des saints.

Ainsi marche le gouvernement des biens de ce monde Avant le gouvernement des biens qui ne sont pas de ce monde.

Ainsi marche le commandement charnel Avant le commandement spirituel.

Ainsi le royaume temporel

DES SAINTS INNOCENTS

Marche avant le royaume éternel.

Et ainsi les tentes du peuple d'Israël se sont plantées

dans le désert Des siècles et des siècles avant que les basiliques, Avant que les églises, avant que les cathédrales Se soient plantées au sol de France.

Et dans l'ancien testament il s'agit d'emplir des sacs de

blé, il y a, (toujours),

une pensée sur les sacs de blé.

Et après ça il s'agit, (dans l'ancien testament), Ces sacs pleins il s'agit de les empiler dans les greniers

à blé.

Mais dans le nouveau testament il s'agit de bien autres

sacs et de bien autres greniers.

Car il s'agit, dans le nouveau testament il s'agit, ce sont Des sacs de misère, des sacs d'épreuves, des sacs de

misères.

Et des sacs à mettre les vertus et les mérites et les

grâces Que l'on a récoltées comme on a pu Pour les années de disette Et ce sont enfin Les greniers éternels

L E M Y S T K R E Et dans rancieii testament c'est le père qui finit pai

venir trouver son fils Et qui le retrouve plein de gloire Tout vêtu.

Mais dans le nouveau testament c'est le fils tout nud Qui finit par venir trouver son père

Ainsi l'ancien testament est l'appariteur et le fourrier

Et le préparateur et l'annonciateur du nouveau testament.

C'est lui qui lui prépare les voies, c'est lui qui lui fait sa maison.

C'est l'ancien testament qui fait dans le désert

La longue voie temporelle.

C'est l'ancien testament qui patiemment bâtit

La maison temporelle.

Voici, f envoie mon ange devant la face, qui préparera ton chemin devant toi.

Et aussi l'ancien testament est comme une image qui

marche devant le nouveau testament.

Et comme une image en même temps il est très fidèle

et en même temps il est à l'envers.

Il est contraire. Ainsi est l'histoire sainte. Le testament charnel est une histoire, une image du

testament spirituel.

L'ancien testament temporel est une image du nouveau

testament éternel.

DES SAINTS INNOCENTS Et dans le nouveau testament s'il s'agit de gloire, Il s'agit d'une gloire qui ne se ramasse guère sur les

trônes, (Excepté saint Louis et le trône de F'rance).

Tout l'ancien testament est une ligure, une image d'ensemble et de détail

Très fidèle, très exacte,

(Mais fidèlement inverse, exactement inverse).

Du nouveau testament dans son ensemble et dans son détail.

Dans l'ancien testament la création est au seuil.

Au commencement qui est le commencement du monde.

Et dans le nouveau testament le jugement est à la fin.

Le jugement qui est proprement le contraire de la création.

Le pied opposé, qui est proprement une contre-création.

Car dans la création j'ai fait le monde,

(Temporel)

p]t dans le jugement je le défais.

Ainsi le jugement est proprement le contraire et ce qui balance la création.

Ce que l'on peut mettre, ce qui est en face de la création.

J'ai découpé le temps dans l'éternité, dit Dieu. Le temps et le monde du temps.

L E MYSTÈRE La création l'ut le commencement et le jugement sera

la fin.

(Du temps) (Du monde du temps).

C'est exactement une symétrie, un balancement. Ce que j'ai ouvert, je le fermerai.

Le jour de la création (les six jours) jai ouvert un

certain monde (On le connaît de reste) (On le sait, on en a assez parlé) Enfin la première heure du premier des six jours de la

création j'ai commencé une certaine histoire, Et le jour du jugement je la fermerai. Or tout l'ancien testariient part de ce jugement que je

fis de créer.

Et tout le nouveau testament va vers ce jugement que

je ferai de juger.

Ainsi l'ancien testament est symétrique au nouveau. Et (contre) balance le nouveau.

Et tout l'ancien testament part de cette création. Et tout le nouveau testament va vers ce jugement Et dans l'ancien testament le Paradis est au commencement.

Et c'est un Paradis terrestre.

Mais dans le nouveau testament le Paradis est à la fin. Et je vous le dis c'est un Paradis

céleste.

Et tout l'ancien testament va vers Jean le Baptiste et

vers Jésus.

Mais tout le nouveau testament vient de Jésus. C'est comme une belle voûte qui monte des deux côtés

vers la clef de voûte.

Et Jésus est la clef de voûte. Ainsi est la voûte de cette

nef.

DES SAINTS INNOCENTS

Et la pierre qui monte suivant la courbe de cette nef,

Décidant, dessinant, d'avance et à mesure, la courbe de cette voûte,

Formant la courbe de cette voûte,

La pierre qui monte du bas s'avance hardiment.

Et fidèlement et sûrement.

En toute sécurité sans aucune inquiétude.

Parce que montante elle sait très bien

Qu'elle trouvera la clef de voûte exacte au rendezvous,

A la juste intersection, au sacré croisement et la clef de voûte, c'est Jésus.

Et ensemble toute la voûte soutient et porte et hausse et maintient la clef

Comme une énorme épaule ronde qui sans cou soutiendrait une seule tête mais la clef seule,

La clef qui parachève,

Seule aussi ensemble est ce qui soutient seule la voûte et le tout.

Et la dernière pierre avant la clef est Jean le Baptiste.

Mais la première pierre après la clef est Pierre le fondateur.

Tu es Pierre et sur cette pierre.

Et il fut crucifié la tête en bas.

C'est-à-dire en redescendant.

Et comme la pierre est quadrangulaire,

Il y a les quatre angles et les quatre lignes du carré.

Et l'on dit selon Matthieu, selon Marc, selon Luc, selon Jean,

C'est-à-dire ensuivant la ligne de Matthieu, en suivant la ligne de Marc, en suivant la ligne de Luc,

Et en suivant la ligne de Jean.

LE MYSTÈRE

Et aux quatre coins sont assis le jeune homme, le lion, le taureau et l'aigle.

Car l'Église est quadrangulaire,

Comme elle est lapidaire étant fondée sur la quadrangulaire

Pierre,

Et encore l'ancien testament est tout linéaire.

C'est une longue, c'est une grêle ligne des prophètes.

Et les prophètes y viennent l'un après l'autre

Gomme les peupliers viennent l'un après l'autre dans

cette belle lignée.

Dans cette belle avenue de peupliers.

Et tout l'ancien testament c'est cette belle, cette longue

avenue de peupliers.

\'enue des profondeurs de la plaine et marchant droit

sur la plaine.

Cette longue avenue, cette longue lignée lidèle (Sans largeur).

Les peupliers y sont placés l'un après l'autre, les

prophètes y sont placés l'un après l'autre. Sur la rangée double.

Venante, sortie, venue des profondeurs de l'horizon la

noble allée, La fidèle, la directe allée droite linéaire Droite l'avenue s'avance sur la plaine droite. Car elle sait où elle va. Et elle ne va pas moins que.

Directement elle va droit au seuil du château.

DES SAINTS INNOCENTS El elle conduit, et elle amène, et elle introduit le reg^ard

et le pas.

Elle seule conduit au seuil mais elle ne franchit pas le

seuil, elle ne passe pas le pas de la porte. Elle ne se prolonge pas à l'intérieur du château. Mais le quadrangulaire château du nouveau testament S'ouvre à ce seuil et la longue allée de peupliers ne s'y

continue pas.

Mais la cour d'honneur s'y ouvre, et les bâtiments du

château.

Et le beau perron pour monter et les quadrangulaires

murailles.

El ainsi le nouveau testament a une dimension de plus. Car l'ancien testament est une ligne Mais le nouveau couvre une surface.

Ou encore l'ancien testament est cette fine, cette grêle

Cette uniquement iidèle allée de peupliers.

Perdue dans la plaine rase

Mais le nouveau testament est le solide parc du château.

Le robuste bois de chênes, carré,

Bien clos derrière ses quadrangulaires murailles.

Et qui couvre toute la surface.

Ou encore l'ancien testament est cette voûte qui monte en une seule arête,

LE MYSTÈRE

En une seule nervure et le nouveau testament

C'est la même voûte qui retombe,

Qui redescend en toute une nappe.

Et Tarête qui monte part de la terre et c'est une arête

charnelle.

Mais cette nappe qui redescend vient de l'esprit Et c'est une nappe spirituelle.

Et l'arête et la nervure qui monte part du temps et est

une temporelle arête.

Mais la nappe qui redescend vient de l'éternité et c'est Une éternelle nappe.

Et la clef de cette mystique voûte.

La clef elle-même

Charnelle, spirituelle,

Temporelle, éternelle,

C'est Jésus,

Homme,

Dieu.

Et la création fut une sorte d'ouverture du temps et de

fermeture en quelque sorte de l'éternité. Or le jugement sera proprement la fermeture du temps Et la totale et la définitive Réouverture de l'éternité.

DES SAINTS INNOCENTS

Ou encore l'ancien testantient est le lac profond qui

reflète la haute forêt.

Et la forêt est toute clans le lac mais elle n'y est pas. Et le lac sombre et le lac profond est enfoncé dans la

terre.

Et dans le lac le ciel est au fond.

Mais vers le haut la haute forêt.

Partant du bord du lac. La haute forêt réelle. Hausse une tête réelle.

Fait monter une sève réelle.

Vers le seul profond ciel réel.

On envoie les enfants à l'école, dit Dieu.

Je pense que c'est pour oublier le peu qu'ils savent.

On ferait mieux d'envoyer les parents à l'école.

C'est eux qui en ont besoin.

Mais naturellement il faudrait une école de moi.

El non pas une école d'hommes.

On croit que les enfants ne savent rien. Et que les parents et que les grandes personnes savent quelque chose.

Or je vous le dis, c'est le contraire.

(C'est toujours le contraire).

Ce sont les parents, ce sont les grandes personnes qui

ne savent rien.

Et ce sont les enfants qui savent Tout.

Car ils savent Tinnocence première.

Qui est tout.

Le monde est toujours à l'envers, dit Dieu.

Et dans le sens contraire.

Heureux celui qui resterait comme un enfant

Et qui comme un enfant garderait

Cette innocence première.

Mon fils le leur a assez dit.

Sans aucun détour et sans aucune atténuation.

Car il parlait net et ferme.

Et clair.

Heureux non pas même, non pas seulement celui

Qui serait comme un enfant, qui resterait comme un

enfant.

Mais proprement heureux celui qui est (un) enfant, qui

reste un enfant.

Proprement, précisément l'enfant même qu'il a été. Puis(iue justement il a été donné à tout homme

DES SAINTS INNOCENTS D'être.

Puisqu'il est donné à tout homme d'avoir été Un jeune enfant laiteux.

Puisqu'il a été donné à tout homme cette bénédiction. Cette grâce unique.

Elle royaume du ciel n'est pas à un moindre prix.

A un autre prix.

Mon fils le leur a assez dit.

Et en termes assez exprès.

Le royaume du ciel ne sera que pour eux.

Et il n'y en aura que pour eux.

A cette heure- là s'approchèrent les disciples de Jésus,

disant .Qui, penses-tu, est plus grand dans le royaume

des deux ?

Et appelant Jésus unpetit enfant, le plaça au milieu d'eux,

Et dit: En vérité je vous le dis, si vous ne vous convertissez point, et ne vous rendez point comme ces petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux.

Quiconque donc se sera humilié comme ce petit enfant, voilà celui qui est plus grand dans le royaume des deux.

Et celui qui reçoit un tel enfant en mon nom., me reçoit.

Mais celui qui aura scandalisé un seul de ces tout petits qui croient en moi, il vaut mieux pour lui qu'on lui pende au cou une meule d'âne^ et qu'on le jette au profond de la mer.

On a des écoles, dit Dieu. Je pense que c'est pour désapprendre

Le peu que l'on sait.

La vie aussi est une école, disent-ils. On y apprend tous les jours.

Je la connais, cette vie qui commence au baptême et qui finit à l'extrême-onction.

C'est une usure perpétuelle, une constante, une croissante flétrissure. On descend tout le temps.

Heureux celui qui peut rester tel que le jour de son baptême

Et de sa première communion. La vie commence au baptême, dit Dieu.

Sera-t-il dit qu'elle finit à la première.

Et non point à la dernière communion.

DES SAINTS INNOCENTS

Sera-t-ildit que l'homme finit à sa première communion. Et non point au viatique, qui est sa dernière communion.

Ils s'emplissent d'expérience, disent-ils ; ils gagnent de l'expérience ; ils apprennent la vie ; de jour en jour ils amassent de l'expérience. Singulier trésor, dit Dieu

Trésor de vide et de disette.

Trésor de la disette des sept années, trésor de vide et de flétrissure et de vieillissement.

Trésor de rides et d'inquiétudes.

Trésor des années maigres. Accroissez-le, ce trésor, dit Dieu. Dans des greniers vides

Vous entasserez des sacs vides

D'une Egypte vide.

Vous accroissez le trésor de vos peines et de vos misères.

Et les sacs de vos soucis et de vos petitesses.

Vous acquérez de l'expérience, dites-vous, vous accroissez votre expérience.

Vous allez toujours en descendant, dit Dieu, vous allez toujours en diminuant, vous allez toujours en perdant.

Vous allez toujours en pente. Vous allez toujours en vous flétrissant et en vous ridant et en vieillissant.

Et vous ne remonterez jamais cette pente.

Ce que vous nommez l'expérience, votre expérience, moi je le nomme

177 innocents. — 12

LE M Y S T È R E

La déperdition, la diminution, le décroissement, la perte de l'espérance.

Car je le nomme la déperdition prétentieuse, Ladiminution, le décroissement, la perte de l'innocence.

Et c'est une dégradation perpétuelle.

Or c'est l'innocence qui est pleine et c'est l'expérience

qui est vide.

C'est l'innocence qui gagne et c'est l'expérience qui

perd.

C'est l'innocence qui est jeune et c'est l'expérience qui

est vieille.

C'est l'innocence qui croît et c'est l'expérience qui

décroît.

C'est l'innocence qui naît et c'est l'expérience qui

meurt.

C'est l'innocence qui sait et c'est l'expérience qui ne

sait pas.

C'est l'enfant qui est plein et c'est l'homme qui est vide.

DES SAINTS INNOCENTS Vide comme une courge vide et comme un tonneau vide :

Voilà, dit Dieu, ce que j'en fais, de votre expérience.

Allez, mes enfants, allez à lécole.

Et vous, hommes, allez à l'école de la vie.

Allez apprendre

A désapprendre.

Toute histoire s'est jouée deux fois, dit Dieu. Une fois

en juiverie.

Et une fois en chrétiennerie. L'enfant (Jésus) s'est joué

deux fois.

Une fois en Benjamin et une fois dans l'enfant Jésus. Et l'enfant perdu et la brebis perdue et la drachme

perdue s'est jouée deux fois.

Et la première fois ce fut dans Joseph, je suis Joseph

voire frère.

Il fallait que cela fût joué, dit Dieu. Et deux fois plutôt

qu'une.

LE MYSTÈRE Car il y a dans l'enfant, car il y a dans l'enfance une

grâce unique.

Une enlièreté, une premièreté Totale.

Une origine, un secret, une source, un point d'origine. Un commencement pour ainsi dire absolu.

Les enfants sont des créatures neuves.

Eux aussi, eux surtout, eux premiers ils prennent le

ciel de force.

Hapiunf, ils ravissent. Mais quelle douce violence. Et quelle agréable force et quelle tendresse de force. Comme un père endure volontiers

Comme il aime à endurer les violences de cette force, Les embrassements de cette tendresse.

Pour moi, dit Dieu, je ne connais rien d'aussi beau dans

tout le monde Qu'un gamin d"enfant qui cause avec le bon Dieu Dans le fond d'un jardin.

Et qui fait les demandes et les réponses (C'est plus sûr). Un petit homme qui raconte ses peines au bon Dieu Le plus sérieusement du monde.

Et qui se fait lui-même les consolations du bon Dieu. Or je vous le dis ces consolations qu'il se fait. Elles viennent directement et proprement de moi

Je ne connais rien d'aussi beau dans toiit le monde, dit

Dieu.

Qu'un petit joufflu d'enfant, hardi comme un page, Timide comme un ancre,

DES SAINTS INNOCENTS

Qui dit vingt fois bonjour, vingt fois bonsoir en sautant.

Et en riant et en (se) jouant.

Une fois ne lui suffît pas. Il s'en faut. Il n'y a pas de danger.

Il leur en faut, de dire bonjour et bonsoir. Ils n'en ont jamais assez.

C'est que pour eux la vingtième fois est comme la première. Ils comptent comme moi.

C'est ainsi que je compte les heures.

Et c'est pour cela que loute l'éternité et que tout le

temps Est (comme) un instant dans le creu.v de ma main.

Rien n'est beau comme un enfant qui s'endort en faisant

sa prière, dit Dieu.

Je vous le dis, rien n'est aussi beau dans le monde. Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau dans le monde. Et pourtant j'en ai vu des beautés dans le monde Et je m'y connais. Ma création regorge de beautés. Ma création regorge de merveilles.

Il y en a tant qu'on ne sait pas où les mettre. J'ai vu des millions et des millions d'astres rouler sous

mes pieds comme les sables de la mer.

I. E M V S T È H E J'ai vu des journées ardentes comme des flammes. Des jours d'été de juin, de juillet et d'août, .l'ai vu des soirs d'hiver posés comme un manteau. J'ai vu des soirs d'été calmes et doux comme une

tombée de paradis Tout constellés d'étoiles.

J'ai vu ces coteaux de la Meuse et ces églises qui sont

mes propres maisons.

Et Paris et Reims et Rouen et des cathédrales qui sont

mes propres palais et mes propres châteaux. Si beaux que je les g-arderai dans le ciel. J'ai vu la capitale du royaume et Rome capitale de

chrétienté.

J'ai entendu chanter la messe et les triomphantes

vêpres.

Et j'ai vu ces plaines et ces vallonnements de France. Qui sont plus beaux que tout. J'ai vu la profonde mer, et la forêt profonde, et le cœur

profond de l'homme.

J'ai vu des cœurs dévorés d'amour Pendant des vies entières Perdus de charité.

Brûlant comme des flammes.

J'ai vu des martyrs si animés de foi Tenir comme un roc sur le chevalet Sous les dents de fer.

(Comme un soldat qui tiendrait bon tout seul toute une

vie Par foi

Pour son général (apparemment) absent).

J'ai vu des martyrs flamber comme des torches Se préparant ainsi les palmes toujours vertes.

DES SAINTS INNOCENTS Et j'ai vu perler sous les griffes de fer Des gouttes de sang qui resplendissaient comme des

diamants.

Et j'ai vu perler des larmes d'amour Qui dureront plus longtemps que les étoiles du ciel, l'.t j'ai vu des regards de prière, des regards de

tendresse, Perdus de charité

Qui brilleront éternellement dans les nuits et les nuits, l'^t j'ai vu des vies tout entières de la naissance à la

mort, Du baptême au viatique.

Se dérouler comme un bel écheveau de laine. Or je le dis, dit Dieu, je ne connais rien d'aussi beau

dans tout le monde Qu'un petit enfant qui s'endort en faisant sa prière Sous l'aile de son ange gardien Et qui rit aux anges en commençant de s'endormir. Et qui déjà mêle tout ça ensemble et qui n'y comprend

plus rien Et qui fourre les paroles du Noire Père à tort et à travers pêle-mêle' dans les paroles du Je vous salue

Marie.

Pendant qu'un voile déjà descend sur ses paupières Le voile de la nuit sur son regard et sur sa voix. J'ai vu les plus grands saints, dit Dieu. Eh bien jevous

le dis.

Je n'ai jamais rien vu de si drôle et par conséquent je

ne connais rien de si beau dans le monde Que cet enfant qui s'endort en faisant sa prière (Que ce petit être qui s'endort de confiance) Et qui mélange son Noire Père avec son Je vous salue

Marie.

L K M V S T i'] R E Rien n'est aussi beau et c'est même un point Où la sainte Vierge est de mon avis.

Là-dessus.

Et je peux bien dire que c'est le seul point où nous

soyons du même avis. Car g-énéralement nous

sommes d'un avis contraire.

Parce qu'elle est pour la miséricorde.

Et moi il faut bien que je sois pour la justice.

Aussi, dit Dieu, comme je comprends mon fils. Mon fils le leur a assez dit. (Or il faut entendre toutes les paroles de mon fils au pied de la lettre''. Sinite parvulos. Laissez venir.

Sinite parvulos venire ad me. Laissez les lout petits venir à moi.-

Les petits enfants.

Alors lui furent offerts des tout petits pour quil leur imposât les mains, et priât. Or les disciples les rabrouaient.

Mais Jésus leur dit : Laissez les lout petits, et ne les empêchez point de venir à moi : talium est enim regnum cœlorum. De tels en effet est le royaume des deux. Aux tels, aux comme eux appartient le royaume des cieux.

DES SAINTS INNOCENTS

Et quand il leur eut imposé les mains^ il s'en alla.

Vous autres hommes, (dit Dieu), essayez donc seulement de faire un mot d'enfant.

Vous savez bien que vous ne pouvez pas. Et non seulement vous ne pouvez pas en faire Pas même un seul, mais quand on vous en fait Vous ne pouvez pas même les retenir. Quand un mot

d'enfant éclate parnù vous Vous vous récriez, vous éclatez vous-mêmes d'une

admiration Sincère et profonde et qui vous rachèterait et à laquelle

je rends justice.

Et vous dites, de partout vous dites, Vous dites des yeux, vous dites de la voi.x, Vous riez, vous dites en vous-mêmes et vous dites tout

haut à table :

Il est bon, celui-là, je le retiens. Et vous vous jurez D'en faire part à vos amis, de le dix'e à tout le monde, Tant vous avez d'orgueil pour vos enfants (je ne vous

en veux pas, dit Dieu.

C'est encore ce que vous avez de meilleur et c'est ce

qui vous rachèterait).

Vous croyez que vous allez facilement le rapporter. Mais quand vous allez tout flambants pour le rapporter,

LE M ^ S T K R E Vous vous apercevez que vous ne le savez plus. Et non seulement cela, mais que vous ne pourrez plus

le retrouver.il s'est évanoui de votre mémoire. C'est une eau trop pure qui a fui de votre sale mémoire,

de votre mémoire souillée.

Qui a voulu fuir, qui n'a pas voulu y rester. Vous vous rendez très bien compte qu'il était à une

certaine place, qu'il avait un certain goût, Qu'il était là, qu'il occupait cette certaine place, qu'il

était dans cette région, qu'il tenait cette place, qu'il

avait un certain volume. Mais vous avez la sensation

nette Qu'il est parti ou plutôt qu'il est reparti et qu'il ne

reviendra jamais plus.

Que d'ailleurs vous étiez parfaitement indigne Qu'il demeurât et vous restez bouche bée et vous avez

parfaitement la sensation Que vous seriez parfaitement incapable de le retrouver. C'est-à-dire de le faire revenir, Parce que c'est d'une tout autre qualité d'âme.

Et vous le sentez bien, que c'est ainsi, que c'est juste, et que rien n'y reviendra, et que rien n'y fera plus. Et que c'est votre ancienne âme, ô hommes, qui a pas.sé,

DES SAINTS INNOCENTS

Hommes malins alors vous ne faites plus le malin.

Hommes savants alors vous ne faites plus le savant.

Hommes qui avez été à l'école alors vous ne savez plus rien

Et vous n'avez plus qu'à courber le front

(C'est d'ailleurs ce que vous faites, il faut vous rendre cette justice)

Quand un mot d'enfant passe dans le cercle de famille,

Quand un mot d'enfant

Tombe

Dans le fatras quotidien,

Dans le bruit quotidien,

(Dans le soudain silence)

Dans le recueillement soudain

De la table de famille.

0 hommes et femmes assis à cette table soudain courbant le front vous écoutez passer

Votre ancienne âme.

Quand un mot d'enfant tombe Comme une source, comme un rire, Comme une larme dans un lac.

LE M Y S T E R E

0 hommes et femmes assis à cette table soudain courbant le front, l'œil fixe, et les doigts immobiles et arrêtés et légèrement tremblants sur le morceau de pain,

Les doigts agités d'un léger tremblement, la respiration

arrêtée, Vous écoutez passer Votre ancienne âme.

Une voix est venue,

Hommes à table.

Comme d'une autre création même.

Une voix est montée,

Hommes à table,

Une voix est venue.

C'est d'un monde où vous étiez.

Une source a jailli,

Hommes à table,

C'est la source de votre première âme.

Vous aussi vous avez ainsi parlé.

Vous étiez d'autres hommes, hommes à table. Vous étiez d'autres êtres, hommes à table. Vous étiez des enfants comme eux.

Vous faisiez des mots d'enfants, hommes à table. Allez donc à présent faire des mots d'enfants.

Un mot est passé, un mot est monté, un mot est venu,

hommes à table.

Un mot est tombé dans le silence de votre table. Et soudain vous avez reconnu.

Et soudain vous avez salué.

Votre ancienne âme.

Un mot a jailli étourdi.

Un mot a volé étourneau.

Hastis musurs.

Et frémissants vous avez senti passer

Toute la jeunesse

LE M Y S T i: R E Du vieux Dieu.

Ils sont le lait et le miel, dit Dieu, une innocence dont on n'a pas idée. (Et les hommes sont le pain et le vin).

Lavés de l'eau ils sont comme une autre chair, n'étant pas seulement d'une autre âme.

D'une autre qualité d'âme.

Lavés de l'eau ils sont une auti^e nourriture, une chair plus tendre, ils sont le lait même et le miel.

Et l'homme, Hommes à la sainte Table, Hommes à la

Table éternelle, L'Homme est le Pain et le Vin L'Homme est une nourriture plus forte, une nourriture

virile.

Mais l'enfant est une blanche nourriture, une pure

nourriture, une nourriture plus tendre.

Et le Pain et le Vin sont des Nourritures adultes, de

dures Nourritures d'homme.

Et ce Vin venait de cette Grappe. Mais ce lait, et ce

miel venaient des ruisseaux mêmes.

Et étant allés jusqu'au Torrenl-de-la-grappe de raisin,

DES SAINTS INNOCENTS ils coupèrent une branche de vigne avec sa grappe, que deux hommes portèrent sur un levier. Ils prirent aussi des grenades et des figues de ce lieu-là,

qui fut appelé depuis Nehel-escol, le Torrent-de-la- Grappe, parce que les enfants d'Israël emportèrent de là cette grappe de raisin.

Ils leur dirent : Nous aimns été dans le pays où vous nous avez envoyés, et où coulent véritablement des ruisseaux de lait et de miel, comme on le peut connaître par ces fruits.

Mais elle a des habitants très forts, et de grandes villes fermées de murailles. Nous y avons vu la race d'Enac.

Sinite parvulos venire ad me.

Talium estenim regnum cœlorum c'est le mol de mou

fils.

Mais ce n'est pas seulement le mot de mon fils. C'est

mon mot.

Quel engagement, l'Église, ma fille l'Église me le fait

reprendre

Et me le fait dire (or je ne démentirai jamais une

liturgie.

Une prière, une oraison de ma fille l'Église). Par l'Église, par le ministère du prêtre j'ai repris

l'eng^agement, jai repris le mot de mon fils : Laissez venir à moi les tout petits.

Des tels est en effet le royaume des deux. Ainsi ma liturgie romaine se noue à ma prédication

centrale et cardinale Et à ma prophétie judéenne.

Et la chaîne est juive et romaine en passant par un

gond, par une articulation.

Par une origine centrale.

Tout est annoncé par ma prophétie juive. Tout au centre, tout au cœur est réalisé, tout est

consommé par mon fils.

Tout est consommé, tout est célébré par ma liturgie

romaine.

Le prophète juif prédit. Mon fils dit.

Et moi je redis.

Et on me fait redire.

Et il y a un rappel, un écho, un report et comme un

retour, qui est saint Louis, .le veux dire : Il y a un rappel, un écho, un report et

comme un retour qui sont les saints.

DES SAINTS INNOCENTS

y a un reflet.

Il y a une lumière avant, une lumière pendant, une lumière, un reflet après.

On a été trois fois en Ég^ypte, dit Dieu. Et une fois c'est

Joseph.

Et une fois c'est Jésus.

Et une fois c'est saint Louis.

On a été trois fois en Egypte et c'est une terre singulière.

Et une fois c'était Joseph conduisant Jacob c'est-à-dire Israël.

Et une fois ce fut le Joseph conduisant Jésus.

Et une fois ce fut saint Louis conduisant Joinville

Et le menu peuple de France et les autres barons français.

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