‹ Œuvres complétes. Introd (volume 4)Chapitre 13 sur 16 · LE SOCIALISME ET L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

LE SOCIALISME ET L'ENSEIGNEMENT

Instruction - Éducation - Culture

La loi scolaire ; le budget de renseig-nement ;

L'enseignement primaire ; renseignement moral donné au peuple par K-s instituteurs;

L'enseignement secondaire; la crise de l'enseignement secondaire ; la question du baccalauréat ;

L'enseignement supérieur ; la question des Universités ; l'extension universitaire ;

La question religieuse; Léon XIII et le catholicisme social ;

Les libertés du personnel enseignant; interpellation Thierry Gazes ;

L'enseignement laïque et l'enseignement clérical ; réponse à M. d'Hulst;

Science et socialisme;

La fonction du socialisme et des socialistes dans l'enseignement bourgeois ;

La question sociale dans l'enseignement.

LE mmmi et les peuples

La guerre - Les alliances - La paix-

Les écoles militaires ; la loi militaire ; le budget de la guerre ;

L'éducation militaire; l'armée républicaine ;

La paix et la revanche ; la question d'Alsace-Lorraine ; la France et l'Allemagne;

La France et la Russie; la « double alliance >»; le Tsar à Paris ;

La France en Orient; les massacres d'Arménie; la guerre de l'indépendancecrétoise; la guerre gréco-turque;

La guerre hispano-américaine ;

L'affaire de Fashoda.

POUR MOI

En même temps je demandai au conseil à faire en commun des éditions avec la librairie, à peu près comme seront faits en commun plusieurs fois les cahiers indépendants de cette seconde série. On préparait alors la brochure de Gaston Moch sur l'armée de milices. On pouvait en faire un bon cahier. Je demandai que l'édition fût faite à frais communs, brochure pour la librairie et cahier pour les cahiers. Herr me donna cette réponse, recommandée à la poste et copiée au copie de lettres. J'omets les passages privés.

— Provisoirement nous vouspermetlonsdeles garder pour vous.

— Société Nouvelle, — / 7, rue Cujas, —

13 janvier 1900

' Il nous paraît impossible, aujourd'hui que vous

êtes résolu à entreprendre une œuvre que nous sommes unanimes à juger mauvaise, de reprendre à l'heure présente une collaboration cordiale et utile. Nous vous demandons donc de reprendre régulièrement votre liberté, et de nous rendre la nôtre.

En conséquence nous vous demandons de nous remettre le dossier des affaires d'édition qui concernent la maison et qui peuvent être restées entre vos mains : nous vous demandons de nous remettre le travail de préparation fait en vue du deuxième volume de Jaurès, dont la publication incombe à la Société ; nous vous demandons enfin de faire connaître régulièrement aux imprimeurs et fournisseurs avec lesquels vous avez été en relation au nom de la Société, que les ordres que vous donnerez et les commandes que vous ferez dorénavant n'engagent plus à aucun degré la Société.

OEUVRES DE PROSE

— Vous prenait-il donc pour un escroc ?

— Taisez-vous, dit Pierre Deloire. Nous devons écouter la lecture des monuments.

Quant à la demande que vous nous avez adressée hier, nous estimons qu'il n'est pas possible que des articles déjà publiés dans un journal soient donnés une seconde fois dans un périodique avant leur réunion en brochure, sous peine de rendre la brochure elle-même superflue. 11 nous paraît donc que votre proposition ne peul être admise.

A ce propos, et pour que l'indépendance de votre périodique ne fasse doute pour personne, nous vous demandons de ne pas donner à la quatrième page de votre couverture l'aspect que vous lui avez donné dans votre premier numéro, et qui donnerait à penser au public que le périodique est une publication de la Société, ou se publie d'accord avec la Société.

Croyez à tous mes sentiments dévoués.

Pour le Conseil d'administration Lucien Herr

Quand se tint l'assemblée générale de la Société, en janvier, Herr lut au nom du Conseil d'administration un long rapport où j'étais mis en cause non seulement comme employé démissionnaire, mais comme sociétaire infidèle, comme auteur des cahiers.

— Nous vous demandons communication de ce rapport.

— Je ne l'ai pas.

— Demandez-le. Vous nous dites que vous y êtes mis en cause. Réclamez-le.

POUR MOI

— Je l'ai demandé. On m'a répondu :

Paris, samedi 20 octobre

Mon cher ami,

La partie du rapport de Janvier qui vous concerne occupe quatre pages et d.mie, qu'il m'est matériellement impossible de copier. Je ne puis davantage songer à faire copier par un employé un document qui est confidentiel, et qui doit le rester. Il va de soi que les rapports lus aux assemblées générales restent toujours à la disposition des sociétaires qui veulent en prendre connaissance, et qu'il sera mis à la vôtre si vous pouvez venir un jour dans la matinée, à un moment où quelqu'un soit là pour vous le remettre.

Je passe un paragraphe personnel et privé.

Provisoirement nous vous permettons de le passer.

Votre affectueusement dévoué Lucien Herr

Sur une redemande un peu motivée il me répondit :

Paris, lundi

Mon cher ami.

Je crains de m'être mal exprimé. Vous paraissez croire que je détiens en ma possession privée les documents de la librairie, et qu'ils peuvent subir les mutations du personnel administratif. Toutes les pièces officielles sont et restent régulièrement aux archives de la Société, qui sont, naturellement, confiées à la garde des administrateurs actuels, mais qui ne sont pomt leur propriété. En cette qualitié de pièces officielles des

assemblées générales, elles sont, conformément à la loi et aux statuts, tenuesconstamment à la disposition des sociétaires, et d'eux seuls, c'est-à-dire que les pièces confidentielles ne peuvent être ni communiquées à des tierces personnes, ni publiées. Il va de soi, je vous le répèle, que ces documents vous seront donc toujours communiqués selon votre désir, et que vous pourrez prendre copie des parties que vous jugerez bon, mais nous sommes obligés de vous demander l'engagement de ne les communiquer à aucune personne étrangère à la société, ni de les publier.

Votre afFectueusement dévoué Lucien Herr

Le jeudi matin j'allai en conseil expliquer pourquoi je tenais à ce que la communication des pages qui m'intéressaient me fût donnée sans condition ni réserve. L'entretien fut assez cordial, mais le conseil s'en tint à sa première décision. J'ai soumis la question à la prochaine assemblée générale. Ma demande viendra de jeudi en huit, le jeudi matin 10 courant. Voilà pourquoi je ne peux pas vous donner aujourd'hui communication des pages du r.ipport de janvier où je fus mis en cause.

— Que vous en rappelez- vous?

— Ce rapport n'était pas un réquisitoire implacable, mais un de ces réquisitoires mouillés de tendresse qui écrasent leur homme. L'auteur m'y reprochait d'avoir fondé une revue ayant le caractère et le format du Mouvement Socialisle. Je fus imbibé, liquidé. Je ne me défendis pas. Quand l'auteur eut fini sa lecture je répondis textuellement :

— Je ne veux pas dépenser le temps de l'assemblée

POUR MOI

c^énérale pour un cas individuel. Ceux de vous qui après avoir entendu l'accusation voudront m'entendra en ma défense me trouveront au siège des cahiers, 19, rue des Fossés-Saint-Jacques, le lundi et le jeudi, de deux heure!? à sept heures.

— Y allèrent-ils?

— Quelques-uns, deux ou trois sur une vingtaine et quelques. J'étais si abasourdi que je ne pensai pas à demander la division, qui est de droit. Et comme je voulais approuver le restant du rapport, comme je voulais approuver hautement le travail considérable que les mêmes hommes avaient fait pour la réinstallalion de la librairie, je votai oui sur l'ensemble du rapport, j'adoptai avec l'immense majorité des sociétaires la partie du rapport qui me maltraitait.

Je répondis à cette accusation en publiant dans le deuxième cahier, à la page trois de la couverture, cet avis :

Nous annonçons ici les publications que nous voulons signaler à nos lecteurs, sans demander aux éditeurs ni leur avis ni leur finance. Aucun éditeur ne peut s'offenser de cette annonce.

La seconde moitié de la troisième page et la quatrième page tout entière annonçaient le Compte rendu sténographique officieldu Congrès général des Organisations socialistes françaises tenu à Paris du 3 au 8 décembre

Pendant un an je saisis toutes les occasions de faire à la Soc/é/é Nouvelle une utile publicité. Je rappelai sur la couverture du quatrième cahier, pour mémoire, à tous ceux qui auraient entendu prononcer quelque réquisi-

loire contre ces cahiers qu aussi longtemps qu'ils ne m'auront pas entendu en ma défense ils seront dans une situation exactement anlidreyfusisle. Ils ne vinrent pas plus. Sur la couverture du cinquième j'annonçai :

Vient de paraître à la Société Nouvelle de librairie et d'édition, 1 7, rue Cujas, Paris : la Question de l'Enseignement secondaire en France et à l'étranger, par Ch.- 1 .LangloiSyUn volume de 140 pages, petit in-i8, à 1 fr.inc oO, livre que nous aurons sans doute à citer quand nous présenterons les raisons pour et contre la liberté de renseignement.

Vient de paraître à la même librairie : la Réforme militaire. Vive la. Milice, par Gaston Moch, ancien capitaine d'artillerie ; M. Gaston Moch a réuni et composé lesarticles qu'ilai^ait doniiésà la Petite République ;une forte brochure de 64 pages, in-S", à 0 fr. 30 ; pour la propagande. 50 exemplaires, 1 2 fr. 50, et 100 exemplaires, 20 francs.

Lss cinquième et sixième cahiers avaient publié la consultation internationale ouverte à la Petite République sur l'affaire Dreyfus et le cas Millerand. Un libraire m'en demandait le tirage à part. Je le lui refusai. Je proposai à la Société Nouvelle de faire une édition commune avec les cahiers. On en demanda l'autorisation à Dejean. C'était vouloir que l'édition ne se fît pas. Dejean, me dit-on, réclama des droits d'auteur. Les imprimeurs distribuèrent.

Dans le septième cahier, page 53, tenue du congrès national, j'annonçais encore le Compte rendu sléno-

POUR MOI graphique officiel édité par la librairie. Sur la couverture, j'annonçai en bonne place :

Vient de paraître à la Société Nouvelle de librairie et d''édilion, I 7, rue Cujas, Paris, le Procès des Assomptionnistes, réquisitoire du Parquet, exposé et réquisitoire du Procureur de la République, compte rendu sténographique partiel des débats, arrêt, I volume, 256 pages, imprimées très denses, in-l6, pour cinquante centimes.

Dans le huitième cahier j'annonçai à la dernière page de la couverture :

Demandera la Société Nouvelle de librairie et d'édition. / 7, rue Cujas, Paris, le premier romande Jérôme et Jean Tharaud : te Coltineur débile, un beau volume in-1 8 Jésus de 116 pages, pour un franc.

Demandez à la Société Nouvelle de librairie et d'édition, de Marcel et Pierre Baudouin, Jeanne d'Arc, drame en trois pièces, un volume lourd grand in-octavo de 752 pages très peu denses, pour dix francs.

— Rassure-toi : on ne l'a pas demandé.

— Tais-toi, dit Pierre Deloire, écoute la lecture des textes.

— J'avais annoncé déjà, et j'ai annoncé plusieurs fois /e Coltineur débile. Septième cahier, de la grippe, je dis au docteur socialiste révolutionnaire moraliste internationaliste :

j'achèterai un petit Sophocle. La première fois —

œUVRES DE PROSE

— Qu'est-il devenu, le docteur socialiste révolutionnaire moraliste internationaliste ?

— Je suis sans nouvelles.

— Taisez-vous, dit Pierre Deloire. Écoutons le texte.

— Je lui dis :

j'achèterai un petit Sophocle. La première fois que j'irai à Paris, j'irai en acheter un à la Société Nouvelle de librairie et d'édition, 17, rue Cujas.

II me demande :

— Pourquoi là, mon ami?

— Pour beaucoup de raisons que je vous donnerai plus tard, docteur, mais surtout parce que cette maison est, à ma connaissance, la première et la seule coopérative de production et de consommation qui travaille à l'industrie et au commerce du livre.

Quand je fis le tirage à part de la lumière, je pressentis le seul conseiller d'administration qui m'eût manifesté sa courtoisie. La lumière ne pourrait sans doute recevoir rho?pitalité de la librairie.

Au demeurant, vous avez les cahiers de la deuxième série.

— Oui, mais nous vous requérons de nous énoncer les faits de la nouvelle année scolaire.

— Premier fait. — Je lus à Coulommiers, où je faisais mes vingt-huit jours, que le congrès socialiste international commençad le dimanche malin, jour de ma libération. C'était le vendredi. Je croyais savoir que l'inlernalional ne commencerait qu'après que le national serait

POUR MOI

fini. J'avais été sans nouvelles pendant mon service et en particulier pendantlesmanœuvresde Beaucc. Unmot à Corcos, fidèle sténographe. Je me débrouillai le samedi pour sauter dans le train. Je joignis Ilerr par hasard à la librairie. — Prenez-vous la sténographie du Congrès international ? — Non, ce sera sans doute la confusion des langues. — Aucun ne la prend? Non. — Alors je la prends. Corcos me joignit à la gare du Luxembourg. Le lendemain la sténographie fonctionnait pour les cahiers, que le président de la séance n'avait pas encore de papier à se mettre sous la main. J'ai la sténographie dans ma corbeille et nous la publierons bientôt.

Or la Société Nouvelle de librairie et d'édition avait, comme les cahiers l'ont annoncé plusieurs fois, édité le compte rendu slénographique officiel du premier congrès national. Pareillement elle préparait, après entente avec l'ancien Comité général, un compte rendu sténographique officiel du deuxième congrès national, et un compte rendu analytique officiel du congrès international. Ce dernier congrès prit une importance inattendue. Si mes renseignements sont exacts, — et, au cas où ils ne le seraient pas, je souhaite un démenti formel, — si j'en crois mes renseignements, lesdélêgués de la Société Nouvelle négocièrent et traitèrent avec les délégués du nouveau Comité général en leur laissant ignorer qu'il y avait par le monde une sténographie de ce congrès. Ils gardèrent ainsi leur monopole de fait. Ils gardèrent l'investiture officielle pour un compte rendu analytique du Congrès international. Quand les délégués du nouveau Comité général furent avisés, on me dit qu'ils manifestèrent leur mécontentement. On répondit que l'on allaitdonner lehonà tirer.

ŒUVRES DE PROSE Ainsi nous aurons du Congrès international deux comples rendus, un compte rendu analytique officiel, et un compte rendu sténographique non officiel,

— C'est cela, dit Pierre Baudouin sourdement, c'est cela qu'ils nommenlorganiser le travail. C'est làcequ'ils nomment organiser le travail commun.

— Tais-toi. Ecoutons le second l'ait.

— Second fait : un ami commun avait communiqué à M. Herr une lisle, ou plutôt les matériaux doii l'on pouvait extraire une liste assez utile des sociétés qui font en province de la libre pensée ou de l'enseignement laïque. Je la demandai innocemment. M. Herr, in<|uiet, me la promit sur un ton douteux et peiné. Je voulais en faire des abonnés éventuels. M. Herr ne m'a pas fait parvenir celte lisle.

— C'est donc cela, répéta Pierre Baudouin, qu'ils nomment organiser le travail ?

— Taisez-vous, prononça Pierre Deloire,et discutons ces textes et ces faits.

II avait pris des notes à mesure que j'avais lu. Il y jeta les yeux.

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