‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-Radot (volume 2)Chapitre 14 sur 91 · I. INCENDIE · texte numérisé non relu

I. INCENDIE

Maintenant, dites-moi ce qu'elle est devenue? Peut-être foulons-nous sa poussière inconnue : La flamme s'acharna sur ce corps frais et beau, Et, quand on éteignit le bûcher funéraire. Horreur! il n'en restait pas même de quoi faire Un cadavre pour le tombeau.

Plaignons aussi, mêlant ce que le Destin mêle, Dans cet auto-da-fé son père mort comme elle, Et sa mère surtout, sa mère qui la vit Dans son linceul brûlant se débattre... et qui vit! C'est assez : détournons les yeux de cette rive. Où la voix de Rachel, qui sanglote, m'arrive. Où l'on heurte du pied des débris et des os. Où les âmes des morts pleurent dans les roseaux, Où, dans les doux parfums que la brise promène. On craint de respirer une poussière humaine.

Frères, dans votre cœur mon cantique de mort Réveillera du moins des douleurs sans remord !

« Le feu! le feu! » ce cri résonna dans la ville Plus haut que le tocsin d'une guerre civile; La terreur, ébranlant les portes sur leurs gonds. Fit bondir au danger cinq mille Ucalégons. Hélas ! cette bataille ardente, échcvelée, Roula bien des héros perdus dans la mêlée. Du moins, reconnaissance h l'avant-garde, à ceux Dont l'appel remua les traînards paresseux.

Page 1