‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-Radot (volume 2)Chapitre 15 sur 91 · I. H MYOSOTIS · texte numérisé non relu

I. H MYOSOTIS

A ceux qui, palpitants des passions d'un drame, Dans ce drame nouveau déployèrent tant d'âme. Hôtes qui dans nos murs ont conquis pour toujours Le droit de bourgeoisie au péril de leurs jours ! Sur les moellons brûlants, dans les flots de fumée. On eût dit qu'ils foulaient la scène accoutumée; Qu'en héros de théâtre ils affrontaient encor. Dans l'opéra d'Auber, un Vésuve en décor. Volcan de Ciceri, qu'un machiniste ferme, Et qui, sans l'effleurer, colore l'épiderme. Mais en vain mille bras épuisaient les canaux ; Il semblait qu'en poussant des rires infernaux Satan même attisât ce punch alcoolique.

Les torrents, que lançait la baliste hydraulique, Battant de tous côtés le chaume villageois. Irritaient dans son vol l'embrasement grégeois.

Oh ! si mes chants obscurs s'élevaient jusqu'au trône, A l'avare Trésor j'arracherais l'aumône; Au Soleil de Juillet, nous verrions du tombeau Le village phénix ressusciter plus beau ; Dans ce mois qu'on dédie à la Liberté-Reine, Elle-même à l'enfant servirait de marraine; D'un souvenir de gloire ennobli pour toujours. Il serait appelé le hameau des TROI S J OU RS ! Et vous dont le shako, civique ou militaire, Etincela dans l'ombre au reflet du cratère, Artisans dont le feu tatoua les bras nus. D'une Iliade obscure Acliillcs inconnus.

Sur vos seins fraternels, sillonnés par la flamme, Les roses de l'honneur pleuvraient comme un dictame.

Aux malheureux chassés de leurs toits en débris.

Hélas ! ouvrons du moins nos foyers pour abris ;

Ne laissons pas, semblable au voyageur biblique,

Le pèlerin gémir dans la place publique.

Riches, dont l'existence est un banquet sans fin.

C'est à vous de jeter à leur soif, à leur fiim,

Les miettes du gâteau que votre main découpe.

L'écume du nectar débordant de la coupe.

Je ne vous dirai pas, dans mon style inspiré.

Que le Christ mendiant pleure, transfiguré;

Je ne vous dirai pas : « Pour que Dieu vous pardonne,

Donnez, car c'est à lui que la charité donne.

Au suppliant qui frappe, ouvrez, car le grillon

Est propice au foyer, la cigale au sillon ;

Car le bonheur sourit aux toits que l'hirondelle

Réjouit de ses chants et caresse à coups d'aile... »

Hélas I dans tous les cœurs la vieille foi s'endort.

Sur les autels déserts on a mis le Veau d'Or,

L'Évangile moisit dans la bibliothèque,

Sur la Terre Promise on refuse hypothèque;

Le Télégraphe seul est l'astre officiel

Que les regards dévots interrogent au ciel.

Je dirai seulement : « Donnez, pour que la foule

Oublie, en le baisant, que votre pied la foule;

Pour que votre or, sué par tant de malheureux,

Htouffc leurs soupirs en retombant sur eux;

4» LU MYOSOTIS

Pour que votre Pactole, utile dans sa course, Fasse, comme le Nil, perdre des yeux sa source, Et pour que le passant vous tende un jour la main, Si votre char doré se brisait en chemin. Donnez, car, agitant des torches funéraires, Babœuf ressuscité prêche des lois agraires. Le sol volcanisé fermente, et, comme Dieu, La Raison vous dira : « L'aumône éteint le feu. »

Pour moi, Lazaroni, jouet de la fortune, dui me chauffe au soleil et dors au clair de lune, Moi, qui n'ai pour tout bien, comme un gueux espagnol, due mes chants, ma guitare, un beau ciel, un beau sol, Je n'ai pu leur jeter l'obole qui me manque; Mais je quête en leur nom : sans puiser à la Banque, Mon portefeuille est riche, et de ses plis ouverts J'ai secoué sur eux mes seuls trésors : Des Vers.

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