LE POETE EN PROVINCE
Donnera la torture au poème innocent :
11 flairera partout des délits et des crimes, Ainsi qu'un or suspect contrôlera tes rimes, Et les fera sonner tour à tour, à dessein D'en tirer quelque bruit ressemblant au tocsin. On montrera du doigt à la foule ignorante L'injure personnelle, à chaque mot flagrante. Un magistrat, dit-on, par l'un est bafoué; L'autre frappe un notaire, et l'autre un avoué; L'autre un bourgeois du lieu, colossal d'importance. Dont toi seul n'avais pas soupçonné l'existence. Lances-tu des cailloux aux Goliaths des cours. Sur quelque front obscur ils ricochent toujours. A la face des rois jettes-tu de la boue, Un maire et deux adjoints vont s'essuyer la joue ; Et des officieux, en grimaçant l'eff'roi. Te parleront tout bas du procureur du roi... Donnes-tu quelques pleurs à ton noble Mécène, Dont l'exil imprévu fit murmurer la Seine, L'hémistiche, à Melun, se glissant par hasard. Flamboie aux murs dorés d'un petit Balthazar, Et, des juges tardifs excitant les enquêtes, Le proconsul jaloux veut te livrer aux bêtes. As-tu blessé l'orgueil d'un bel esprit mutin, Pour sauver ton repos, fuis, ou, quelque matin, P.ile encor d'une veille, il faudra que tu coures Brûler au nez d'un fat tes vers changés en bourres...
Hélas! c'est mon histoire... Eh bien! .i vous aussi,