LI- MYOSOTIS
Zoïles spadassins, je répondrai : Merci ! Vous avez retrempé mon cœur dans l'anicrtumc; Le fiel dont il est plein déborde sous ma plume. Pourtant, dormez en paix : de mon brûlant courroux Je n'égarerai point un seul éclair sur vous; Je ne vous rendrai pas outrage pour outrage, Car vos bourdonnements ne sont pas un orage. Vous ne méritez pas que l'on vous crache un vers, Et d'un large mépris je vous ai tous couverts. Pour la prostituer, j'estime trop ma haine; L'ouragan, dont le vol courbe l'orgueil du chêne. Dédaigne d'effleurer l'insolent végétal Q.ui se carre au soleil sur le fumier natal. Pour cible hebdomadaire, à mes coups polémiques, Je veux des fiits titrés, des sots académiques ; Je veux des ennemis que je puisse, en chemin. Écarter d'un soufflet sans me salir la main. Venez, gens du pouvoir, dans son nouveau refuge. Relancer et traquer l'insolent qui vous juge. Comme un épouvantail dressez-vous devant moi ! Je suis plus fort que vous, c'est pour vous qu'est l'effroi ! Qu'importe qu'on m'enlève une presse, qu'importe Que l'hospitalité ferme sur moi sa porte; Qu'importe, pour s'asseoir, au poète rêvant, La chaise du foyer ou la borne en plein vent ! Quand il se frotte au peuple, un contact électrique Fait jaillir de son sein la flamme satirique. Je ne m'inspire pas sur des coussins moelleux. Je tiens mal une plume entre mes doigts calleux;