EPITRE A M. FI RM IN DIDOT
Tous les bras étendus imploraient une épée.
Les peuples aveuglés, frappés par le pouvoir.
Qui traînaient dans la nuit leurs chaînes sans les voir,
Se relèvent enfin, se parlent, se répondent;
Puis, comme les douleurs, les plaintes se confondent.
Et ne forment bientôt qu'un seul cri menaçant :
Liberté ! — Si ce nom fut souillé par le sang.
S'il fut un cri de mort contre le diadème,
La gloire, la vertu, c'est que le peuple même
Des fers du despotisme armait la Liberté,
Et, successeur des rois, comme eux était flatté;
C'est qu'aux pieds des bourreaux la presse, encor muette,
N'osait à la douleur oflTrir un interprète.
Mais, terrible et fécond, l'orage s'est enfui.
Le ciel s'est épuré ; c'est en vain qu'aujourd'hui
D'une époque sanglante on rouvre les abîmes,
Et que pour argument on exhume des crimes ;
Liberté, c'est en vain qu'on cherche à te flétrir I
Tu ne peux maintenant t'égarer ni mourir.
Nul abus ne pourra grandir dans le silence;
Contre le despotisme et contre la licence
Les partis font tonner leur courroux éloquent.
Et la lumière entre eux jaillit d'un choc fréquent.
Ainsi la vérité, faible solliciteuse,
Q.ui, comme la prière, à la cour est boiteuse.
Moins timide et moins lente, osera quelquefois
A travers leur conseil se glisser jusqu'aux rois.
Ils entendront les cris de la douleur plaintive ;
La gloire poursuivra la vertu fugitive,
l8 LE MYOSOTIS
Et, quand môme Thémis oublirait de frapper, Los forfaits au carcan ne pourront échapper. Chaque jour, un essaim d'écrits périodiques, Innombrables hérauts des combats politiques. Signalant les dangers, vole à l'appui des lois Rallier tous les cœurs, armer toutes les voix. Le jeune citoyen, que cet écho réveille, S'enflamme chaque jour aux débats de la veille. Et peut-être, embrassant un avenir flatteur, Du temps, qui le vieillit, accuse la lenteur. Souffre de tous les maux de la patrie esclave. Et rêve en contemplant le buste de Barnave. Avec un autre siècle ils ont fui pour toujours, Ces héros de scandale honorés dans les cours, Qiai, d'un nom glorieux subissant l'ironie, Savaient au plaisir seul sacrifier leur vie. Le Français, jeune encore, échappant au repos, Verse, pour l'ennoblir, son sang sous les drapeaux; Et, lorsque, avec la paix, les muses consolantes Viennent jeter des fleurs sur des palmes sanglantes, Tantôt associant l'étude à ses plaisirs. Des jeux de Melpomène il charme ses loisirs; Tantôt, ivre d'espoir, à la tribune il vole D'une bouche éloquente épier la parole ; Tantôt, dans un convoi, suivant la gloire en deuil, Il dispute l'honneur de porter un cercueil. Qu'on tremble d'étouff"er ces flammes généreuses I C'est en les irritant qu'on les rend dangereuses. En vain le despotisme, armé du fer des lois,