II
Amoureux de la gloire, et surtout de moi-même,
Traînant à mes côtés l'ennui d'un beau poème,
Je quêtais à la ronde un sourire flatteur;
Copiste ingénieux, adroit compilateur,
J'enfilais de grands mots bien durs et bien sonores ;
Je parlais de soleils, d'étoiles et d'aurores ;
J'imitai ***, et mon style éclatant
Fit bâiller tout le monde..., excepté moi pourtant.
Je dédaignai bientôt la robe paternelle;
Brûlant de conquérir une palme immortelle.
Je m'élance au théâtre où l'orgueil me promet
Une place éminente à côté de Soumet.
Je pense voir déjà mon talent poétique
S'élever radieux au trône académique ;
Je triomphe en espoir, je rêve... Mais bientôt
Vingt sifflets goguenards m'éveillent en sursaut :
L'infortune souvent est bonne à quelque chose;
Abjurant et la gloire et les vers et la prose,
Depuis ce triste instant, j'ai su borner mes vœux
A vivre loin du Pinde, ignoré, mais heureux.
Que mon exemple au moins t'apprenne à fuir l'orage, Ou, sur les mêmes flots, crains le même naufrage. Combien d'autres malheurs je pourrais te citer 1 Les bâtards de Schlegel ont beau ressusciter; Les Marivaux du jour, que l'intérêt assemble. En vain marchent de pair et cabalent ensemble. Ils trompent quelquefois nos regards indulgents. Mais l'erreur passe vite et les goûts sont changeants.