‹ Œuvres complètes. Introd. de R. Vallery-RadotChapitre 12 sur 21 · LE GUI DE CHENE I · texte numérisé non relu

LE GUI DE CHENE I

Alors mes frères m'ont dit : « Nous avons pour hôte au palais un blanc vieillard de la Chaldée, qui sait lire dans le ciel les choses à venir : e^coute ses leçons, et dis-nous si tu vois dans les nues venir des trésors ou des victoires. » Et j'ai écouté le vieillard, j'ai passé de longues nuits sereines à regarder le ciel; mais je n'ai vu ni victoires ni trésors, je n'ai vu que des étoiles humides et brillantes qui me regardaient avec amour... comme les yeux de Macaria.

Ouvrez ! je suis Ixus, le pauvre gui de chêne qu'un coup de vent ferait mourir.

Alors mes frères m'ont dit : « Prends un arc et des flèches, et va chasser dans les bois. » Et j'ai couru par les bois avec un arc et des flèches! mais j'oubliai bientôt la chasse et mes frères. Pendant que j'écoutais chanter les vents et les rossignols, une biche mangea mon pain dans ma robe; et un petit oiseau, fatigué d'un long vol, vint s'endormir dans mon carquois. Je l'ai porté à Macaria.

194 CONTKS A MA SŒUR

Ouvrez ! je suis Ixus, le pauvre gui Je cliêne qu'un coup de vent ferait mourir.

Alors mes frères m'ont dit : « Tu n'es bon à rien, » et m'ont battu; mais je n'ai pas pleuré, parce que je pensais à ma sœur. Lt demain, on me prendra ma sœur, et demain, quand Macaria, assise au banquet nuptial, dira : « Quelle est donc cette fumée bleue qui monte là-bas derrière ce bois de lauriers ? — OJi ! ce n'est rien, diront les convives.

« C'est le bûcher d'Ixus, le pauvre gui de chêne qu'un coup de vent a fait mourir. »

« Non, tu vivras 1 s'écria la jeune fille attendrie. Je t'abriterai si bien dans mon cœur que toutes les tempêtes passeront sans que le moindre souffle t'en arrive. Lycus est heureux et fêté, lui, et les vierges d'Athènes sont nombreuses. A toi, seul et souffrant, toutes mes heures et tous mes amours! Pauvre gui de chêne ! tu pareras mon sein mieux que le bouquet des mariées. Tiens, mon frère, tiens, mon poète, voilà le prix de ta chanson. » Et arrachant de ses cheveux la guirlande nuptiale, elle

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