LE GUI DE CHENE I9I
Ixus l'embrassa: c'était répondre, «Eh bien! prouve-le-moi donc en suivant mes conseils. Imprudent ! par quel heureux prodige n'es-tu pas mort de faim et de soif sur le long chemin d'Athènes à Delphes?
— Oh ! dit Ixus, j'avais fait, dès le matin, ma chanson de voyage. Quand je voyais sur une maison la fumée d'un banquet, je frappais à la porte en chantant et l'on m'ouvrait toujours.
— Chanson merveilleuse ! dit Macaria en souriant; il faut me l'apprendre, Ixus, pour que je la chante aussi, moi, quand j'irai à Delphes ou à Olympie. »
Ixus, par une coquette modestie, commune, à ce qu'il paraît, aux faiseurs de chansons de toutes les époques, se fit prier quelque temps, puis céda.
CH^'K^SO'K. 'D'IXUS
Ouvrez ! je suis Ixus, le pauvre gui de chêne qu'un coup de vent ferait mourir.
Un jour, il y a douze ans, un pygmée tomba
de la peau de lion d'Hercule : ce pygmiic, c'était moi. Mon père ne m'aimait pas, parce que j'étais faible et petit ; et lorsque, enfant, je me heurtais à ses genoux, j'entendais sur ma tête une voix gronder comme l'orage. Mes frères me battent quand je les appelle tout haut mes frères, et pourtant je veux vivre, car j'ai une sœur, une sœur qui m'aime... Elle est si bonne, Macaria!
Ouvrez! je suis Ixus, le pauvre gui de chêne qu'un coup de vent ferait mourir.
Mes frères m'ont dit un jour : « Sois bon à quelque chose; apprends à élever des statues et des autels, car nous serons dieux peut-être. » Et j'essayai d'obéir à mes frères; mais le ciseau et le marteau étaient bien lourds! Et puis des visions étranges passaient, passaient sans cesse entre moi et le bloc de Paros ; et mon doigt distrait écrivait sur la poussière un nom, toujours le même, le doux nom de Macaria.
Ouvrez! je suis Ixus, le pauvre gui de chêne qu'un coup de vent ferait mourir.