‹ OEuvres complètes (volume 2)Chapitre 32 sur 64 · PREPARATION DU PERCHLORATE DE POTASSIUM · texte numérisé non relu

PREPARATION DU PERCHLORATE DE POTASSIUM

Le chlorate de potassium, dont j'ai exposé ci-dessus la préparation, devait servir à l'obtention du perchlorate et du chlorure de potassium purs.

D'après ce que j'ai dit plus haut, j'ai eu pour but d'opérer la décomposition du chlorate de manière à produire, d'une part, la plus grande quantité possible de perchlorate, et, d'autre part, une quantité de perchlorate suffisante seulement pour la production du chlorure nécessaire à la détermination de son rapport proportionnel avec l'argent.

Les travaux de M. de Marignac ont fait connaître les règles à suivre pour arriver à ce résultat, et je n'ai rien à y ajouter. Je me bornerai à dire que j'ai opéré la transformation du chlorate en perchlorate et en chlorure, dans la cucurbite préalablement polie intérieurement, d'une grande cornue de platine, dont le long col du chapiteau était engagé très avant dans un

large tube, long de 50 centimètres, contenant une colonne d'amiante feutrée, ainsi que je l'expose plus loin dans une notice spéciale.

La cornue reposait, par trois points seulement, sur un double triangle en terre de pi()e, dont la solidité était assurée par des fils de fer traversant les tiges; elle était chauffée à l'aide de la flamme d'un seul brûleur de Bunsen, et, afin de régulariser la chaleur, ce qui est indispensable, deux toiles métalliques, à tissu serré, étaient interposées, distantes l'une de l'autre de 1 centimètre et la supérieure éloignée de 1 centimètre du fond de la cucurbite.

J'ai effectué la transformation en quatre opérations : deux ayant pour but d'obtenir de 50 à 60 p. c. environ de perchlorate de potassium, et deux, 10 p. c. seulement de ce sel, tout en décomposant entièrement le chlorate mis en expérience.

La première opération a été exécutée à la plus basse température possible; elle a exigé pour s'accomplir au delà de vingt-six heures. J'ai constaté ainsi qu'en maintenant le chlorate fondu à la température à laquelle il se produit un dégagement lent d'oxygène et que le vase fait entendre un bruit ou chant analogue à celui qu'on entend lorsque de l'eau aérée est chauffée vers 80° dans un vase métallique, la dissociation s'effectue avec production de chaleur, la masse fondue se trouble à la longue et finit par devenir pâteuse. Arrivé à cet état, tout le chlorate est détruit et le maximum de perchlorate est obtenu. Le dédoublement s'effectue sans dégagement de trace de chlore, mais l'oxygène dégagé sent ïozone. Si, pendant la dissociation, qui est exothermique, on n'a pas suffisamment modéré l'application de la chaleur, la masse peut s'échauffer jusqu'à produire l'incandescence du vase de platine, ainsi que je l'ai constaté souvent en exécutant la dissociation du chlorate dans un creuset de platine couvert. Dans ce cas, non seulement le chlorate se décompose sans formation de perchlorate, mais la majeure partie de ce sel déjà formé se détruit pour ne laisser que du chlorure. Cette décomposition est alors explosive et peut, si l'on n'y prend garde, entraîner la perte d'une partie du sel soumis à l'action de la chaleur. Que le dédouble-

ment s*effectue d'une manière lente ou brusque, le chlorure et le perchlorate produits sont blancs, il n'y a aucun dégagement de chlore libre, le chlorure est absolument neutre au tournesol et le vase de platine poli n'est nullement altéré.

J'ai mis les plus grands soins à m'assurer de ces faits, ainsi qu'il est dit dans la notice spéciale consacrée à ce sujet, parce que lors de mes travaux antérieurs, en opérant sur du chlorate silicifère, j'ai toujours constaté un dégagement sensible de chlore, une très légère attaque du platine et la présence de ce métal à l'état de chloroplatinate dans le chlorure produit.

Je me suis conduit d'après ces données pour obtenir la plus grande quantité possible de perchlorate.

Dans deux opérations exécutées dans ce but et menées à bonne fin, j'ai chauffé le chlorate à une température suffisante seulement pour provoquer un dégagement très faible d'oxygène, et j'ai maintenu pendant deux jours et demi consécutifs la chaleur à l'état stationnaire, depuis 8 heures du matin jusqu'à 6 heures du soir, laps de temps qu'il a fallu pour rendre la masse pâteuse et obtenir, à la température constante, la cessation du dégagement d'oxygène et l'absence de très légère fumée dans le large et long tube où pénétrait le col du chapiteau de la cornue.

Pour me procurer le perchlorate nécessaire à la production de la quantité de chlorure voulue pour la détermination de son rapport proportionnel avec l'argent, je me suis fondé sur le temps qu'exige, à température constante et la moins élevée possible, la décomposition totale du perchlorate opérée sur un mélange à poids à peu près égaux de chlorure et de ce sel, provenant de 100 grammes environ de chlorate.

Après la cessation du dégagement d'oxygène à température constante, phénomène concomitant de la dissociation complète du chlorate et de la formation du maximum de perchlorate compatible avec cette dissociation, j'ai élevé lentement la température jusqu'à provoquer, à nouveau, un dégagement faible d'oxygène et l'apparition de fumée saline; j'ai ensuite main-

tenu la température stationnaire pendant six heures. J'avais constaté, patun essai préliminaire, qu'il fallait au moins douze heures pour décomposer, à cette température, la totalité du perchlorate contenu dans le mélange.

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