SÉPARATION DU PERCHLORATE ET DU CHLORURE DE POTASSIUM
J'ai procédé à celte séparation en reprenant, par de l'eau pure froide, la masse saline et en employant successivement une quantité d'eau suffisante seulement pour la solution du chlorure à saturation. Immédiatement après la dissolution du chlorure, opérée dans l'air confiné et purifié, le liquide introduit dans la flamme d'un brûleur de Bunsen l'a colorée en bleu, mais d'une teinte beaucoup plus foncée que celle produite par le chlorate. Cette solution a été décantée chaque fois, et, quoique tout à fait limpide, elle a été versée directement sur un filtre purifié, avec les plus grands soins, aux acides fluorhydrique et chlorhydrique dilués et à l'eau pure, et contenu dans un entonnoir de platine, couvert d'une cloche à douille à parois mouilées, ainsi que le plan de verre sur lequel le tout reposait. Le liquide, reçu dans une capsule de platine partiellement couverte, a été évaporée à pellicule, sous une cloche remplie d'air saturé d'humidité, pour empêcher, dans la limile du possible, la solution à saturation de s'élever le long des bords de la capsule et d'y déposer ensuite du chlorure solidifié.
L'eau mère du chlorure cristallisé par refroidissement était neutre au tournesol ; elle a été décantée dans une capsule de platine et évaporée de nouveau jusqu'à saturation, sous une cloche à parois humides. Le chlorure déposé par le refroidissement a été séparé de l'eau mère, et celle-ci a été évaporée jusqu'à siccité sous une cloche à parois humides, en écartant soigneusement le chlorure qui était monté le long des bords de la capsule. En agissant ainsi, j'ai obtenu en quantités décroissantes trois échantillons de chlorure formé en même temps que le perchlorate.
J'ai recherché, avec les plus grands soins, le spectre de chacun de ces trois échantillons ; je l'ai trouvé identique pour les trois.
L'échantillon intermédiaire a servi à la détermination de son contenu en matières fixes, contenu que j'ai trouvé nul.
Je dis plus loin comment j'ai traité chacun de ces chlorures pour les faire servir à la mesure de leur rapport proportionnel avec l'argent pur.
Sans sortir le perchlorate en poussière cristaliine de la cucurbite de la cornue, je l'y ai soumis à trois cristallisations successives en écartant chaque fois l'eau mère et l'eau de lavage qu'on a traitées à part; elles ont fourni une masse saline colorant en bleu pâle la flamme de l'hydrogène et donnant un spectre potassique, privé de la raie sodique, identique à celui du chlorure formé en même temps que le perchlorate.
La solution bouillante de perchlorate, introduite au bout d'une spirale de fil fin de platine dans la flamme d'un brûleur de Bunsen, a coloré cette flamme en bleu très pâle. L'analyse prismatique n'a pas permis de constater la raie sodique. Cet essai a été répété à plusieurs reprises, lorsque l'état de l'air la permis, et toujours avec le même résultat;
J'avais plongé dans la même solution bouillante de perchlorate un grand nombre de spirales de fil fin de platine enduites de mousse de ce métal, et préalablement rougies; je les avais abandonnées sous une grande cloche remplie de l'air de la salle où je travaillais, dans le but de montrer à plusieurs personnes la coloration bleue imprimée à la flamme par le perchlorate pur et l'absence de la raie sodique dans le spectre de cette flamme. J'ai constaté qu'après vingt-cinq à trente minutes, le perchlorate cristallisé sur les spires de platine avait emprunté à l'air suffisamment de sodium pour faire apparaître la raie sodique d'une manière excessivement faible, à la vérité, mais indubitable.. En effet, depuis l'instant où j'avais abandonné les spirales sous la cloche, l'air de la salle, qui s'échange par diff'usion avec l'air de la cloche, était devenu sodique par suite du mouvement qu'on avait fait dans la salle. Il faut avoir été aux prises avec toutes T. m. 19
les difficultés qu'on rencontre dans l'exécution de recherches de cette nature pour s'en faire une idée exacte. Je m'explique, du reste, longuement à ce sujet dans l'étude que j'ai faite de l'air atmosphérique, et à laquelle je me permets de renvoyer le lecteur.
Le perchlorate de potassium cristallisé, à trois reprises différentes, dans la cucurbite de la cornue de platine, couverte de son chapiteau et remplie d'air confiné et purifié, y a été transformé en chlorure. Cette décomposition, opérée avec précaution, ne présente aucune difficulté : le dédoublement en chlorure et en oxygène s'effectue sans dégagement de trace de chlore^ et le chlorure est neutre au tournesol.
J'ai traité le chlorure provenant du perchlorate absolument de la même manière que le chlorure qui s'est formé en même temps que ce sel, c'està-dire qu'on l'a repris par une quantité d'eau froide suffisante seulement pour le dissoudre. La solution a été filtrée au travers de papier soigneusement purifié, sans laisser, après lavage du filtre, trace du résidu. Le liquide limpide a été évaporé à 100" jusqu'à saturation dans une capsule de platine, partiellement couverte d'une feuille du même métal, et sous une cloche à parois mouillées. L'eau mère décantée du chlorure qui avait cristallisé, a été évaporée à son tour jusqu'à saturation à 100% et enfin la nouvelle eau mère a été réduite à siccité dans un vase de platine partiellement couvert, sous une cloche à parois mouillées.
J'ai eu ainsi trois échantillons de chlorure du perchlorate formé dans la condition d'obtenir par la dissociation du chlorate, d'une part, la plus grande quantité de ce sel et la moindre quantité possible de chlorure, et d'autre part, le sixième au plus de perchlorate et le restant de chlorure.
L'échantillon intermédiaire du chlorure du perchlorate a servi à déterminer le spectre du métal qui y est contenu; j'ai trouvé ce spectre identique à celui du chlorure formé en même temps que le perchlorate.
Enfin, j'ai eu à ma disposition trois échantillons, en quantités décroissantes, par voie de cristallisation, de chlorure formé lors d'un essai fait
pour étudier les conditions à remplir pour la décomposition partielle du perchlorate formé après la dissociation complète du chlorate.
Tous les chlorures ont fourni, avec l'eau, une solution absolument limpide et neutre au tournesol; néanmoins, chauffée dans le platine avec du chlorure d'ammonium pur et à réaction acide, et dont la température avait été élevée assez pour émettre des vapeurs blanches, elle a produit une vapeur bleuissant manifestement le papier rouge de tournesol.
Craignant la présence de traces de sulfate de potassium dans ces chlorures, je les ai soumis tous à un traitement spécial.