LE FOIE ET LA RATE
§ 95. A la réception des objets, j'ai extrait le foie du bocal et je l'ai
placé dans un flacon bouché à l'émeri, renfermant trois quarts de litre
d'alcool pur (^).
D'après l'étiquette, ce bocal devait renfermer la rate, mais je n'y ai pas trouvé cet organe.
Examen chimique du foie.
§ 96. Cet examen a été commencé le 16 décembre, après que cet organe eut séjourné pendant vingt jours dans l'alcool concentré.
§ 97. Le flacon renfermant le foie et l'alcool qui sert à le préserver de l'altération, est vidé dans une grande capsule de verre. Le foie est divisé en deux parties : l'une moitié est placée dans le flacon, l'autre est laissée dans la capsule. Le liquide alcoolique est également divisé en deux parties égales : l'une moitié est introduite de nouveau dans le flacon auprès du foie, après avoir été mêlée de son volume d'alcool pur; l'autre est versée dans une capsule de porcelaine. Ce liquide- rougit Le tournesol.
La moitié du foie destinée à la recherche de l'alcaloïde est découpée en fragments très petits qui sont enfermés dans un nouet de toile de lin neuf, préalablement lavé à l'eau distillée, et exposés ainsi dans un cylindre en cuivre étamé à l'action d'une forte presse métallique. Il en exsude un liquide rouge qui réagit comme acide sur le tournesol. Le nouet est retiré du cylindre et la matière animale qu'il renferme est divisée de nouveau et mouillée par de l'alcool anhydre. Le mélange introduit dans le linge est comprimé à son tour. Cette opération est encore répétée à deux reprises afin d'épuiser la substance du foie, de toutes les matières solubles dans l'alcool.
Les différents liquides exprimés sont joints à la liqueur alcoolique dans laquelle le foie a séjourné et qui a été placé, comme il est dit plus haut, dans une capsule de porcelaine. Ce mélange est rougeâtre, trouble, rougit
(') Je n'ai donné aucun détail sur le foie, parce que cet organe n'a présenté aucune particularité.
sensiblement le tournesol; il est chauffé jusqu'à 50° environ et additionné de 2 grammes d'acide oxalique cristallisé. Cet acide, en se dissolvant, coagule immédiatement le liquide. 11 se forme ainsi des grumeaux très abondants d'un gris sale. Après le refroidissement complet, la masse est jetée sur un filtre préalablement mouillé d'alcool. La matière restée sur le filtre est lavée à l'alcool. 11 se produit ainsi un liquide acide, parfaitement limpide et incolore, dont le volume est de près de deux tiers de litre. Ce liquide, versé dans une capsule à large surface, est exposé dans un fort courant d'air (*) à une température qui ne dépasse pas 55 à 40". Quand par l'évaporation de l'alcool il s'est réduit au dixième de son volume primitif, il dépose des flocons grisâtres et il surnage une certaine quantité de matière grasse qui se solidifie par le refroidissement. Dans cet état, la matière est jetée sur un filtre préalablement mouillé, lequel, après le passage du liquide, est lavé à l'eau distillée.
Le liquide filtré est limpide, d'une teinte légèrement jaunâtre, acide, d'une odeur infecte, animale : versé dans une petite capsule à fond plat et exposé dans le vide sec au-dessus de l'acide sulfurique, il laisse une matière solide, fendillée, jaune; cette matière est divisée et épuisée ensuite par de l'alcool anhydre et froid. Les solutions alcooliques, après un repos convenable, sont décantées dans une petite capsule de porcelaine à fond plat et exposées à la température de 25 à 50" dans un fort courant d'air. Elles fournissent un résidu sirupeux d'une odeur désagréable, à peine coloré en jaune, dans lequel on reconnaît quelques mamelons cristallins. Ce résidu est dissous dans la plus petite quantité d'eau possible, et la solution ainsi que l'eau de lavage de la capsule sont introduites dans un petit ilacon-éprouvette bouché à l'émeri, et mêlées à un quart de son volume d'une forte solution de potasse caustique pure. Le mélange est traité à plusieurs reprises par l'éther. L'éther, après un repos convenable, est décanté dans un autre flacon-éprouvette bouché à l'émeri étiqueté : Foie.
(1) La capsule était placée dans une cheminée d'appel.
g 98. Un quart du volume de cet éther est versé dans une petite capsule de verre et abandonné à l'évaporation spontanée. II laisse quelques stries huileuses, parfaitement incolores, opalines.
§ 99. Un nouveau quart de l'éther est versé dans la même capsule et évaporé comme le précédent. La capsule est exposée ensuite, pendant cinq minutes, au vide au-dessus de l'acide sulfurique, pour en éliminer l'ammoniaque que son contenu pourrait retenir; enlevée du vide, la matière qu'elle renferme exhale une odeur animale, piquante, excessivement désagréable. Elle bleuit intensément le papier rouge; chauffée jusqu'à environ 100% elle dégage des vapeurs qui bleuissent également le papier rouge. La saveur est brûlante et animale à la fois.
§ 100. Traitée par quelques gouttes d'eau, elle se dissout en produisant un liquide incolore, mais trouble, qui est acidulé par de l'acide sulfurique dilué et introduit dans un tube long, étroit et effilé, et dont la pointe contient un petit tampon de pâte de papier non collé. Il filtre ainsi un liquide parfaitement limpide et incolore, qui est mêlé à un demi-volume de solution concentrée d'oxyde de potassium. Le mélange est épuisé par l'éther pur. L'éther, après un repos convenable, est décanté par petites parties à la fois dans un grand verre de montre et abandonné à l'évaporation très lente. Il fournit un anneau liquide, huileux, incolore, parfaitement limpide et transparent, qui dégage, sous la chaleur de la main seule, une odeur piquante, excessivement désagréable, à laquelle on ne trouve plus rien d'animal. La saveur en est brûlante et très persistante.
Le liquide se dissout dans l'eau en produisant une solution incolore, limpide, alcaline.
§ 101. Cette solution est sursaturée par de l'acide chlorhydrique dilué, et additionnée de quatre gouttes d'une seule solution aqueuse et forte de bi-chlorure de platine. Au bout d'une dizaine de minutes, la liqueur dépose des prismes jaunes^ très allongés, qui se croisent; on y découvre en même temps de petits cristaux isolés d'un jaune plus foncé, qui, examinés au
microscope, présentent la forme de prismes rhomboïdaux quadrilatères. Le liquide d'où ces cristaux se sont déposés est additionné de deux gouttes d*acide chlorhydrique et chauffé lentement pour les redissoudre. Il est abandonné ensuite à une évaporation et à un refroidissement très lents, par suite duquel il se dépose des prismes rhomboïdaux quadrilatères colorés en jaune rougeâtre, qui ont près de 1 millimètre et demi de longueur.
§ 102. Le restant de l'éther provenant du traitement du foie est versé dans un verre de montre et abandonné à Tévaporation spontanée. Il laisse comme Tautre moitié un faible anneau liquide, incolore, opalin, qui découle sous forme de stries et se réunit au fond. Le liquide est dissous dans une très petite quantité d'eau. La solution trouble est divisée en deux parties égales.
§ 105. L'une moitié est exactement neutralisée par l'acide oxalique, la solution est trouble, elle est filtrée par un tube étroit, dont le bout effilé renferme un petit tampon de pâte de papier non collé. Le liquide filtré est soumis au vide ; par l'évaporation, il laisse une très petite quantité de matière incolore, huileuse, qui a une réaction acide. Cette matière possède la saveur piquante du tabac; elle est traitée par l'alcool, qui la dissout immédiatement; l'éther précipite cette solution alcoolique. Le précipité blanc, lavé à l'éther, abandonné à lui-même, se transforme de nouveau en liquide huileux. Dissoute dans une goutte d'une très faible solution d'acide oxalique, la liqueur fournit, par l'évaporation spontanée, des végétations cristallines blanches.
§ 104. L'autre moitié du liquide (voir le paragraphe précédent) est versée goutte à goutte dans une solution aqueuse de bi-chlorure de mercure. Il se produit un précipité blanc, caillebotté, qui est lavé à l'eau, et traité après par quelques gouttes d'acide chlorhydrique très dilué, dans lequel le précipité disparaît immédiatement. La dissolution est trouble; elle est filtrée sur un tampon de pâte de papier, et le liquide limpide qu'elle fournit.
laisse, par l'évaporation spontanée, des aiguilles fines, blanches, très brillantes, qui sont complètement insolubles dans l'éther.
§ 105. De l'ensemble de ces faits, il résulte, jusqu'à la dernière évidence, que les liquides du foie, et par conséquent cet organe lui-même, renferment le même alcaloïde que l'estomac, le contenu de cet organe, ainsi que la langue.
§ 106. Je reviendrai plus loin sur le moyen employé pour isoler l'alcaloïde engagé dans ces combinaisons.
F. — Bocal A portant pour étiquette : le poumon et le coeur.
§ 107. Les poumons et le cœur sont extraits du bocal et examinés immédiatement Q.
Les poumons sont gorgés d'un sang liquide excessivement noir; ils présentent tous les caractères que l'on remarque dans l'asphyxie.
Le cœur est à l'état normal; ses cavités renferment un sang noir, nullement coagulé.
Les poumons sont introduits dans un flacon bouché à l'émeri et renfermant de l'alcool pur.
Les fragments du cœur, ainsi que le sang extrait de ses cavités, sont également enfermés dans un flacon contenant de l'alcool.
Examen chimique du liquide des poumons.
§ 108. Le flacon, renfermant les poumons qui ont digéré pendant trentesept jours dans l'alcool qui sert à les préserver de l'altération, est vidé dans une grande capsule de verre. Le liquide alcoolique, qui est rouge et très trouble, est versé dans une grande éprouvette graduée; il mesure 858 centimètres cubes. La moitié du liquide est décantée dans une capsule
(') Cet examen a eu lieu le 27, jour de la remise des pièces et avant que les matières eussent été en contact avec l'alcool.
de porcelaine ; Tautre est introduite dans le flacon d'où il a été extrait. L*organe, dont le tissu est devenu beaucoup plus ferme, est également divisé en deux parties égales; une moitié est mise dans le flacon avec le liquide alcoolique ; une nouvelle quantité d'alcool est ajoutée au tout pour le garantir de l'altération.
L'autre moitié du tissu pulmonaire est coupée, à l'aide de ciseaux, en fragments très menus, qui sont soumis, dans un cylindre de cuivre étamé et percé de trous, à l'action d'une puissante presse métallique. 11 s'en écoule un liquide d'un rouge foncé, assez visqueux; le tissu pulmonaire exprimé est extrait du cylindre et délayé dans de l'alcool concentré pur; le mélange est soumis de nouveau à l'action de la presse. Cette opération est renouvelée encore à trois reprises diff'érentes, afin d'épuiser complètement la substance de toutes les matières liquides qu'elle renferme. Les diverses liqueurs exprimées sont jointes à l'alcool dans lequel les poumons ont digéré et qui a été versé, comme il est dit plus haut, dans une capsule de porcelaine. Le mélange qui en résulte est rouge, très trouble, d'une odeur désagréable, neutre au tournesol. Il est chauffé avec précaution jusqu'à la température de 50 à 60% et acidulé par 2 grammes d'acide oxalique cristallisé, qui, en s'y dissolvant, coagulent les matières albuminoides que le liquide renferme. Après le refroidissement, le tout est jeté sur un filtre et fournit ainsi une liqueur complètement incolore. Cette liqueur est évaporée dans un fort courant d'air et à une température qui ne dépasse pas 50 à 40**. Réduite à un vingtième de son volume, elle laisse un résidu très fluide, trouble, à peine coloré en jaune, dans lequel nagent des matières grasses. La matière grasse est séparée à l'aide d'un filtre. Le liquide filtré, joint aux eaux de lavage du filtre, est exposé au vide au-dessus de l'acide sulfurique; il reste ainsi une substance molle, d'une odeur animale très désagréable. Cette substance est traitée et épuisée par de l'alcool anhydre. La solution alcoolique, après un repos suffisant, est versée dans une capsule et évaporée jusqu'à siccité dans le vide
au-dessus de l'acide sulfurique. Le faible résidu, qui est très acide et à peine coloré en jaune paille, est dissous dans la plus petite quantité d'eau possible. La solution est introduite avec des eaux de lavage de la capsule dans un petit flacon-éprouvette bouché à l'émeri, et additionnée de son volume de solution d'oxyde de potassium. Le mélange est agité et épuisé par de l'éther pur.
L'étJier provenant des différents traitements est réuni dans un autre flacon bouché à l'émeri qui est étiqueté : Poumons,
§ 109. Un quart environ de cet éther est versé dans une petite capsule de verre et abandonné à l'évaporation spontanée. Il fournit un anneau très sensible d'une matière huileuse, incolore, d'une odeur animale, d'abord acre, piquante et très désagréable. La capsule est exposée pendant quelques instants dans le vide sec, au-dessus de l'acide sulfurique, pour dégager l'ammoniaque que la matière huileuse pourrait renfermer. Le contenu est dissous ensuite dans de l'eau aiguisée d'acide sulfurique. La solution est introduite dans un très petit flacon-éprouvette bouché à l'émeri et additionnée d'une solution de potasse, et le mélange est agité avec l'éther pur. L'éther, après un repos de dix minutes, est décanté dans un verre de montre, et abandonné à l'évaporation spontanée, il laisse des stries huileuses, incolores, d'une odeur piquante, excessivement désagréable, mais nullement animale, comme l'était la matière avant son traitement par l'acide sulfurique et la potasse. Ces stries huileuses bleuissent vivement le papier de tournesol. Elles possèdent une saveur brûlante de tabac, excessivement persistante. Mises en contact de l'eau, elles se dissolvent en produisant un liquide limpide, incolore, bleuissant le tournesol. Ce liquide est sursaturé d'acide chlorhydrique et additionné d'une solution aqueuse et concentrée de bichlorure de platine; le mélange abandonné à lui-même sous une grande cloche dépose, au bout d'une demi-heure, des points cristallins d'un jaune foncé , qui , examinés au microscope , présentent la forme de prismes rhomboïdaux quadrilatères. Au bout de vingt-quatre heures, par suite de
révaporation d'une bonne moitié du liquide, ces cristaux ont tellement augmenté de volume, que quelques-uns ont acquis près de i millimètre de longu<eur. Leur nombre a aussi augmenté, au point de recouvrir plus d'un dixième de la surface du verre de montre.
§ 110. Deux autres quarts de l'éther provenant du traitement du poumon (voir le § 108) sont exposés à la température ordinaire dans une petite capsule de verre. La matière huileuse qu'il fournit est exposée pendant quelques instants dans le vide et dissoute ensuite dans de l'eau aiguisée d'acide sulfurique; la solution limpide, incolore, est introduite dans un petit flacon-éprouvette, et mêlée à une solution de potasse caustique, et le mélange est agité avec de l'éther. L'évaporation de l'éther reproduit la matière huileuse dépouillée de son odeur animale. Elle est dissoute dans l'eau. La solution, limpide et incolore, est divisée en deux parties égales A et B. La moitié A versée dans un verre de montre de 2 centimètres de diamètre est exactement saturée par de l'eau aiguisée par de l'acide oxalique. Le liquide exposé au vide laisse une trace de matière huileuse, incolore, qui exhale l'odeur de la matière même. Cette matière huileuse refuse de cristalliser; elle est dissoute dans deux gouttes d'eau et la solution mise en contact d'une solution aqueuse de bi-iodure de potassium précipite abondamment en brun kermès. Ce précipité se réunit au bout d'un certain temps, forme de très petites gouttelettes huileuses, d'une couleur rouge tellement foncée qu'elles paraissent noires. Ces gouttelettes sont lavées avec précaution par l'eau dans laquelle elles sont insolubles; elles se prennent au bout d'une heure environ en de tout petits mamelons, dans lesquels on reconnaît, au microscope, des aiguilles. Ces aiguilles, traitées par l'alcool, se dissolvent en produisant un liquide d'un rouge de sang. L'évaporation de la solution laisse la matière sous la forme d'un vernis d'un rouge intense.
§ 111, L'autre moitié B de la solution (voir le § 110) est versée goutte à goutte dans une solution aqueuse de bi-chlorure de mercure; elle produit
immédiatement un précipité blanc caillebotté qui est lavé à l'eau, et dissous ensuite dans une goutte d'eau aiguisée d'acide chlorhydrique. Le liquide exposé au vide laisse par l'évaporation des aiguilles fines et très brillantes insolubles dans l'éther.
§ 112. De l'ensemble de ces caractères, il résulte évidemment que le liquide extrait du tissu pulmonaire renferme une notable quantité de ralcaloide découvert dans la langue, dans le contenu de l'estomac, dans l'estomac luimême et dans le foie.
Je crois, sans cependant rien pouvoir affirmer à cet égard, que la quantité de l'alcaloïde que j'ai extraite du poumon est plus considérable que celle que j'ai trouvée dans le foie. Je signale ce fait parce qu'il est contraire à l'opinion aujourd'hui assez généralement reçue, que certaines matières, et surtout les substances vénéneuses, se concentrent plutôt dans le foie que dans le poumon ou dans tout autre organe.
Extraction de l'alcaloïde contenu dans les différentes combinaisons obtenues à l'aide de la matière alcaline extraite 1° du contenu de l'estomac, 2° de l'estomac, 3° des eaux de lavage de la langue et des décoctions des fragments découpés de cet organe, 4° du foie, 5° du poumon.
§ 115. Toutes les combinaisons mentionnées dans les §§ 54, 55, 56, 58, 59, 60, 61, 65, 88, 89, 90, 91, 92, 101, 105, 104, 111, et qui ont été conservées dans des verres de montre, sont toutes délayées ou dissoutes dans l'eau et introduites avec les eaux de lavage des verres dans un flacon-éprouvette de 100 centimètres cubes de capacité. Ce mélange est additionné d'une forte solution de potasse caustique et immédiatement agité et épuisé par de l'éther. Les différentes solutions éthérées sont réunies et abandonnées, dans un flacon bouché, à un repos convenable. L'éther est versé ensuite, par partie à la fois, dans un gros tube de verre effilé, bouché et recourbé; il est évaporé en y faisant passer, à la température ordinaire, un courant de gaz hydrogène pur et sec. Au fur et à mesure que l'éther se dissipe, il est remplacé par une nouvelle quantité de solution de l'alcaloïde. Quand tout
réther est volatilisé, le tube est incliné de manière à élever la pointe effilée. Le bout est coupé par un trait de lime et tout le liquide renfermé dans cette partie découle dans le gros tube. Dans cette position, le tube effilé est engagé dans une ouverture pratiquée dans un petit |i||||||i||||||j: Ç^
bouchon qui est adapté au B 1 1""" " " "" "3^ *'^^*^^0
système d'appareil dont le IIMilIlll ^h|3 ===
dessin est ci-joint.
Ce système d'appareil étant ainsi joint au tube a, le gros bout de ce tube, resté ouvert, est mis en communication avec un appareil à dégagement d'hydrogène pur et sec, à l'aide d'un bouchon percé qui est adapté à ce tube.
Par la position que prend le tube A, le liquide qui y est contenu coule dans la sphère B. Le tout étant solidement établi et tout le système étant rempli d'hydrogène pur et sec, le tube A est chauffé avec la plus grande précaution jusqu'à 200" environ. Le peu de liquide qui mouille sa surface intérieure passe dans la sphère B ; celle-ci est chauffée à son tour, doucement d'abord, et plus fortement après. Tout le liquide qu'elle renferme se transforme, sans bouillir, en vapeurs incolores qui se condensent dans le récipient C. La sphère B ne retient absolument aucun résidu. J'acquiers ainsi la preuve que C alcaloïde est volatil, sans résidu et sans altération.
Quand la distillation est terminée, les tubes effilés, qui terminent le récipient C, sont coupés et bouchés au chalumeau. Le récipient renferme un liquide mobile, à peine coloré en jaune paille. Il est enfermé dans une boîte sur laquelle est appli«
quée une étiquette : « Nicotine extraite des orqanes de G. Fougnies. »
Ce liquide s'est notablement coloré depuis le jour de sa préparation, par suite de l'air qui a pu pénétrer dans le tube, quand j'ai scellé ses bouts au chalumeau.
§ 114. Je n'ai pas cru nécessaire de pousser plus loin mes investigations pour la recherche de l'alcaloïde dans le cœur, dans le duodénum et dans les intestins.
En supposant que je parvienne à retirer cet alcaloïde de l'un ou de l'autre de ces organes, cette découverte ne prouverait rien de plus pour l'objet de mes recherches.
A la fin de ce rapport, je répondrai aux différentes questions de ce réquisitoire.
Note. -— Voulant m'assurer si l'éther peut enlever complètement à ce liquide ft toute la matière alcaline qu'il renferme, je l'ai introduit dans une cornue de verre, munie d'un récipient bien refroidi et en communication avec un appareil à dégagement d'hydrogène pur. Afin d'éviter l'altération que l'nlcaloïde pourrait éprouver par l'action simultanée de l'air et de la chaleur, j'ai d'abord rempli tout l'appareil d'hydrogène; j'ai chauffé ensuite légèrement la cornue pour éliminer tout l'éther dissous dans le liquide. Enfin, j'ai procédé à une distillation ménagée en dégageant lentement mais continuellement de l'hydrogène. Il s'est condensé dans le récipient k peu près 250 centimètres cubes d'un liquide incolore, d'une odeur forte, désagréable, bleuissant fortement le tournesol. Il a été complètement neutralisé par l'acide oxalique, et ensuite exposé au vide au-dessus de l'acide sulfurique ; il abandonne un résidu salin, blanc, très léger, à réaction acide, d'une saveur saline et piquante à la fois. Ce résidu est introduit dans un flacon-éprouvette et traité par l'alcool anhydre. L'alcool, après un quart d'heure de digestion, est décanté sur un filtre. Le
(i) Voir la note, page 204.
liquide incolore qui passe est évaporé dans le vide; il laisse un anneau huileux à réaction acide, d'une saveur excessivement piquante, même un peu brûlante. Cet anneau est repris par une petite quantité d'eau; la solution est introduite dans un tube et mêlée avec son volume d'une solution de potasse. Le mélange est agité avec de l'éther. L'évaporation de Téther décanté laisse des stries huileuses, fortement alcalines et d'une odeur acre, d'une saveur piquante et brûlante de tabac. La minime quantité de matière huileuse obtenue prouve que l'éther enlève presque complètement l'alcaloïde volatil à la solution alcaline; du moins la quantité qui reste est insignifiante par rapport à celle enlevée par le dissolvant.
Réquisitoire du 2 décembre 1850.
Par une ordonnance en date de ce jour, M. le juge d'instruction Bemelmans m'a requis pour procéder à l'examen et à la vérification d'un grand nombre d'objets parmi lesquels se trouvaient les vêtements de la victime, ceux du prévenu de Bocarmé, ainsi que sept bouts de planches en bois de chêne provenant du parquet de la salle à manger du château de Bitremont, « à l'effet de rechercher, par tous les moyens que la science met entre mes mains, s'il n'en est point qui portent soit des empreintes d'acide quelconque, soit de substance vénéneuse, soit même du sang ».
Je crois inutile de reproduire les recherches que j'ai faites sur tous les vêtements et les autres objets qui m*ont été remis. Je me bornerai à extraire de cette partie de mon rapport, deux chapitres : l'un renfermant l'examen du gilet de flanelle de G. Fougnies, l'autre relatif aux planches du parquet de la salle à manger du château.
3° Examen d'un gilet de flanelle ayant appartenu à G. Fougnies, et portant rcmpirhile, en cire rouge, du sceau judiciaire de M. le juge d'instruction de Tournai, ainsi (jiniuc étiquette : Gilet de laine de la victime, saisi le 22 a la buanderie.
§ 128. Ce gilet est mouillé et rempli d'ordures; il présente les partiou
larités suivantes : sur le revers gauche qui se boutonne, se trouvent trois taches rondes d'un centimètre de diamètre à peu près, jaunâtres, poisseuses; elles offrent les caractères de la laine qui a été mise en contact à froid avec de Talcali caustique.
Une partie de la couture du poignet droit est arrachée; près de ce poignet se trouvent quatre taches irrégulières, jaunâtres, qui offrent les mêmes caractères que les précédentes. Sur la manche gauche, à une dizaine de centimètres du poignet, se trouvent également d'abondantes taches jaunes d'un toucher gras. Quelques-unes de ces taches sont mouillées par de l'eau ; après quelques minutes d'action, des bandes de papier de tournesol rouges et bleues sont mises en contact avec elles. Ces deux papiers n'éprouvent aucun changement dans leur couleur.
§ 129. Une partie du tissu tacheté est coupée, mouillée et mise sur la langue; il y produit un léger picotement, analogue à celui qui résulte de l'application d'une solution d'un léger caustique sur cet organe. Du reste, ces taches ne présentent aucun goût particulier. Ce tissu tacheté, mis en contact d'une solution de potasse très faible, acquiert une couleur rouge brunâtre foncée.
§ 130. Une autre partie du tissu tacheté est coupée et mise en macération avec de l'eau; elle fournit un liquide faiblement opalin qui est liltré. Essayé à l'eau de chaux, il ne produit aucun trouble, preuve que cette tache n'est pas due à du savon. L'inaction du tissu tacheté sur le papier rouge de tournesol est d'ailleurs conforme avec ce fait.
Le tissu qui a macéré dans l'eau est desséché et mis ensuite en digestion avec l'éther; la tache, qui avait résisté à l'eau, disparaît en grande partie par l'action de cet agent. Ce liquide se colore légèrement en jaune; l'évaporation de l'éther laisse une faible quantité de matière jaunâtre, grasse, d'apparence résineuse, d'une odeur de suint. Cette matière grasse possède un goût très piquant; elle est neutre au tournesol.
§ 151. Afin de pouvoir déterminer l'action que la nicotine peut exercer
sur la laine du gilet, une bande étroite en est découpée, lavée ensuite et desséchée. Un centimètre cube de cet alcaloïde est répandu sur cette laine; le tout est abandonné ainsi à lui-même. Au bout de quatre jours, la couleur de la laine n'a pas changé. La bande est lavée ensuite à grande eau pour lui enlever la nicotine, puis desséchée, elle ne présente aucun changement ni dans sa couleur, ni dans sa contexture, ni dans sa ténacité.
§ 152. D'après ces faits, il est constant qu'une substance corrosive capable dH altérer la laine a été mise en contact du gilet de G. Fouynies et a donné naissance à ces taches. Le lavage qu'on lui a fait subir a enlevé cette substance, qui en tout cas n'est pas de la nicotine, puisqu'elle n'exerce aucune action sur le tissu.
2* Examen de sept bolts de planches en chêne, cotées n"^ 4, 2, 3, 4, 5, 6 et 7, qui ont été sciées et détachées du parquet de la salle à manger du château des époux de Bocarmé, à Bury, par la raison que ces planches, bien qu'ayant subi plusieurs lavages, paraissent néanmoins accuser des empreintes de sang.
§ 155. Ces sept bouts de planches me semblent avoir été sciés dans deux parties différentes du parquet.
Les bouts cotés n'*' 4,2, 5 et 4 se juxtaposent parfaitement, forment un losange régulier et semblent appartenir à une même partie.
Les bouts cotés n"' 5, 6 et 7 se juxtaposent également bien et paraissent provenir d'une autre partie de ce parquet.
Examen des planches cotées n°* 4, 2, 3 et 4.
§ 456. Ces quatre planches ont été lavées; on y découvre des raies ou des traits qui paraissent résulter d'un frottement violent produit par un corps excessivement dur sur le bois; on y rencontre aussi des taches très nombreuses, très irrégulières, les unes brunes, d'autres d'un brun rougeâtre, d'autres même d'un rouge foncé. La planche cotée n° 2 présente surtout ces taches rouges d'une manière plus prononcée que les autres. On
trouve en outre sur celle-là, malgré le lavage qu'elle a subi, et en trois endroits différents, un dépôt formé d'une matière brune, terne à la surface. Ce dépôt possède à peu près 1 millimètre d'épaisseur sur une largeur de 2 à 3 millimètres et une longueur de 5 à 6. Cette matière est détachée du bois à l'aide d'un bistouri; elle est manifestement formée par des corps hétérogènes. Elle renferme des grains de sable ; elle paraît contenir en outre un corps gras, ainsi qu'une substance transparente d'un rouge assez intense.
§ 157. La moitié de la substance détachée est introduite dans un tube bouché et mise, pendant une heure, en digestion avec de l'eau; au bout de ce temps, elle se délaye en grande partie. L'eau se colore très sensiblement en rouge. Le liquide présente une légère réaction alcaline, il est bien agité et abandonné ensuite au repos. Quand la matière insoluble s'est déposée, la liqueur limpide est aspirée à l'aide d'un tube effilé et introduite ensuite dans un verre de montre et soumise à l'évaporation dans le vide sec. Par la concentration, le liquide se colore en rouge, un peu brunâtre. Chauffé jusqu'à l'ébullilion, il se trouble immédiatement, devient d'un gris sale et dépose des flocons gris. Le mélange est traité par une solution de potasse qui rend à l'instant le liquide limpide, mais qui lui communique une couleur qui, vue par réflection, est verdâtre, et, vue par réfraction, est rougeâtre ou rouge foncé brunâtre. Ce liquide, évaporé et chauffe jusqu'à destruction de la matière organique, dégage une odeur de matière animale qui brûle, ainsi que des vapeurs qui bleuissent le papier rouge de tournesol.
§ 158. L'autre partie de la substance détachée est mise, comme la précédente, en contact de l'eau; elle produit de même un liquide rougeâtre, légèrement alcalin. Ce liquide est mis en contact avec les vapeurs que dégage de l'eau de chlore. Sous cette influence, il verdit d'abord, et se décolore ensuite en déposant de très légers filaments solubles dans la potasse.
§ 159. Ces faits ne peuvent laisser dans l'esprit le moindre doute sur la pré-
sence du sang dans le peu de matière qui se trouve déposée sur la planche cotée n" 2.
§ 160. La substance détachée et qui a été épuisée par l'eau, est traitée par Téther à chaud. Après, un repos convenable, l'éther est décanté dans un petit verre de montre et abandonné à l'évaporation spontanée. Il laisse un enduit semi-solide, gras, d'une odeur d'huile et de savon en même temps. L'eau ne mouille pas cette matière; une solution de polasse caustique, introduite dans le verre, divise immédiatement l'enduit, et à la loupe on aperçoit de petits globules liquides. Le mélange abandonné vingtquatre heures à lui-même, sous une cloche, renferme des grains blancs qui présentent la forme d'un savon insoluble dans un excès d'alcali.
§ 161 . Ces faits ne peuvent laisser de doute dans f esprit sur la présence d'une petite quantité d'huile dans le peu de matière brunâtre déposée sur la planche cotée n" 2.
§ 162. La surface supérieure des planches cotées n*" i, 2 vA 4, est rabotée pour en détacher des copeaux et pour les soumettre, chacune séparément, à un examen chimique, afin de découvrir la nature des matières qui produisent les différentes taches qu'on observe sur ces planches. La planche n** 5 est laissée intacte.
Les copeaux très fins, obtenus des autres planches, sont mis en macération dans l'eau froide, chacun dans un vase séparé. Le liquide contenu dans chacun des vases se colore uniformément en jaune légèrement brunâtre. Chacun est très sensiblement alcalin au tournesol. Chacun possède une saveur piquante très prononcée de tabac. Chacun est acidulé par de l'acide oxalique et filtré ensuite. Chaque liquide est exposé au vide sec pour le réduire aux trois quarts. Une petite partie du résidu de l'évaporation de chacun d'eux f est introduite dans trois petits flacons-éprouvettes et mélangée chacune avec son volume de solution de potasse caustique et agitée avec de l'éther. L'éther décanté après un repos convenable, et abandonné à l'évaporation spontanée, fournit de légères stries huileuses, incolores, d'une odeur excès-
sivement piquante, d'une saveur acre, brûlante, qui se propage dans la bouche et dans l'arrière-bouche.
Cette matière huileuse est très alcaline au tournesol. Elle dégage à la température ordinaire des vapeurs incolores, qui, par le contact d'un bouchon mouillé d'acide chlorhydrique, produisent des vapeurs blanches.
Cette matière huileuse est traitée par l'eau qui la dissout immédiatement; la solution est incolore et alcaline ; elle est saturée par de l'acide chlorhydrique et additionnée ensuite d'une goutte de solution de bichlorure de platine. Le mélange, abandonné à lui-même, fournit par une légère évaporation des prismes rhomboïdaux quadrilatères, jaunâtres, insolubles dans l'alcool et dans l'éther.
§ 163. Ces faits ne peuvent laisser le moindre doute dans l'esprit sur la présence, dans chacun des bouts de ces planches, du même alcaloïde que celui découvert dans les organes de G. Fougnies.
§ 164. Le restant des liquides est réuni dans un seul flacon et réservé pour l'extraction de tout l'alcaloïde qu'il renferme.
Examen des planches cotées n°^ 5, 6 et 7.
§ 165. Ces trois planches ont été partiellement lavées. Une partie est intacte, celle qui était recouverte d'un meuble. Elles ne présentent pas les raies ou les traits qu'on découvre sur les planches n°' 1, 2, 5 et 4. La planche n° 5 porte l'empreinte du pied d'un meuble. Cette planche présente en outre d'abondantes taches d'un rouge violacé, irrégulières. Les planches n"' 6 et 7 présentent les mêmes taches. La planche n° 7 offre une cavité irrégulière ressemblant à un nœud du bois et remplie d'un liquide épais, dont la surface est noire et qui tache les doigts et le papier, comme le fait l'huile.
§ 166. Cette matière est enlevée à l'aide d'une gouge, le bois lui-même est entamé pour avoir tout le liquide dont ce fragment est imprégné. Le tout
est mis dans un petit ballon avec de l'eau acidulée par de Tacide oxalique, et mis en digestion à une température de 50 à 40". Le liquide est décanté et la matière est lavée à l'eau pure. Les eaux de lavage sont évaporées à une douce chaleur et réunies aux premiers liquides. Le mélange est additionné d'ammoniaque et ensuite agité avec de l'éther. Celui-ci, après un repos convenable, est décanté et abandonné à l'évaporation spontanée; il laisse une couche huileuse assez abondante, d'une matière liquide incolore, d'une odeur piquante, désagréable et aromatique, d'une saveur acre, brûlante, et dont la sensation se propage dans toute la bouche. Cette matière est alcaline au tournesol. Elle est reprise par de l'éther et la solution est conservée pour être utilisée plus tard. (Voir le § 164.)
g 167. La substance enlevée à l'aide de la gouge, et qui a été épuisée par l'eau acidulée par l'acide oxalique, est desséchée avec précaution et traitée par l'éther à chaud. Ce liquide se colore légèrement en jaune verdàtre. Abandonné à l'évaporalion spontanée, il laisse une très notable quantité d'une matière grasse liquide, d'une couleur jaunâtre, légèrement verdàtre, d'une odeur d'huile de navette {Brassica asperifolia oleifera). Cette matière est mise en contact avec l'acide azotique à 1,100 de densité. Au bout de quarante-huit heures, elle s'est transformée en des grumeaux blancs.
§ 168. Il résulte donc de cet examen que la matière noirâtre déposée dans cette cavité renferme, outre l'alcaloïde trouvé dans les planches cotées n"* 1, 2, 3 et 4, une certaine quantité d'une huile siccative, qui présente l'odeur de l'huile de navette.
§ 169. La surface supérieure des planches n"' 6 et 7 est rabotée. Les copeaux qui en proviennent sont mis en macération avec de l'eau dans un vase séparé. L'eau de chaque vase se colore en jaune brunâtre, acquiert une réaction alcaline très prononcée. La saveur de chacun des liquides est piquante et prend à la gorge. Ils sont acidulés par l'acide oxalique, filtrés, et soumis à l'évaporation dans le vide sec. Une partie du résidu de chacun des liquides est introduit dans un petit flacon-éprouvelte séparé et addi-
tionné de son volume d'une solution de potasse caustique. Celte solution brunit très fortement ces liquides. Le mélange est agité avec de l'éther, lequel, après un repos convenable, est décanté dans un verre de montre et abandonné à l'évaporation spontanée. Il reste dans chaque verre des stries huileuses, très abondantes, incolores, d'une odeur piquante, désagréable, d'une saveur acre, brûlante, excessivement persistante. Cette matière bleuit le papier rouge de tournesol.
' Mise en contact de l'eau, elle se dissout immédiatement, forme un liquide incolore, transparent, qui est neutralisé par de Tacide chlorhydrique. La dissolution est additionnée de bichlorure de platine et abandonnée à ellemême dans un lieu chaud. Après une demi-heure, elle dépose des prismes rhomboïdaux quadrilatères d'un jaune d'or.
§ 170. Nul doute que les taches qui se trouvent sur les planches cotées n"*" 6 et 7 ne soient dues au même alcaloïde que celui découvert dans les organes de G. Fougnies.
. § 171. Les copeaux provenant des planches cotées n"'' 1, 2, 4, 6 et 7, et qui ont été épuisés des matières solubles dans l'eau acidulée par de l'acide oxalique, sont desséchés avec précaution et traités ensuite par l'éther pur. L'éther décanté et abandonné à l'évaporation spontanée fournit un abondant résidu blanc, semi-liquide, d'un toucher très gras, qui tache le papier.
Celte matière huileuse rougit le papier bleu de tournesol légèrement humecté.
Tïaitée par une quantité insuffisante d'alcool anhydre pour la dissoudre, il s'en sépare un corps gras solide, qui, étant dissous dans l'alcool bouillant, se dépose sous la forme de très petites lamelles blanches, fusibles, rougissant le papier bleu de tournesol humecté.
§ 172. Nul doute que ces copeaux ne renferment des acides grûs, liquides et solides.
§ 175. Les solutions acides provenant du traitement des copeaux des
planches n""* i, 2 el 4 (voir § 162), ainsi que celles obtenues par le traitement des copeaux des planches n**^ 6 et 7^ sont réunies et additionnées d'ammoniaque caustique. Le mélange devient brun. Il est agité à plusieurs reprises avec de l'éther pour lui enlever les dernières traces de l'alcaloïde. Les solutions éthérées sont réunies et jointes à celle obtenue par le traitement à l'acide oxalique, à l'ammoniaque et à l'éther de la matière noire contenue dans le nœud dont il est parlé aux §§ 164 et 167. Ce liquide est introduit successivement dans un large tube de 10 centimètres de hauteur et de 2 centimètres de diamètre, ouvert à un bout, effilé, courbé et fermé à l'autre bout ; il est exposé dans cet appareil, à la température ordinaire, à l'évaporation à l'aide d'un courant d'hydrogène sec qui passe continuellement au travers. La volatilisation de l'éther laisse dans la partie effilée du tube une certaine quantité d'un liquide jaunâtre d'une forte odeur piquante et désagréable. Ce tube est changé de position, de manière à amener le bout en haut et à pouvoir briser la pointe du tube effilé sans perdre une trace du liquide qu'il renferme. Dans cette position, le tube est engagé dans un appareil identique à celui décrit au § 115. Le liquide qu'il renferme est chauffé dans un courant d'hydrogène, comme il est dit à ce paragraphe; il distille sans laisser le moindre résidu.
Les vapeurs qu'il produit sont condensées dans une petite ampoule. L'opération terminée, les deux bouts de l'ampoule sont fermés au chalumeau. Elle renferme un liquide complètement incolore qui est conservé comme pièce de conviction avec l'étiquette suivante : Nicotine extraite des copeaux détachés des planches du parquet, n"' 1, 2, 4, 6 et 7.
Quand je me suis présenté devant le tube avec le chalumeau pour souder le verre, il est sorti accidentellement une très petite quantité de liquide qui a été projetée sur ma figure. J'ai ressenti immédiatement un picotement qui a été suivi d'un sentiment de brûlure très désagréable. Ce sentiment a persisté pendant plus de trois heures, quoique j'eusse pris la précaution de me laver immédiatement la figure avec de l'acide acétique dilué.
§ 174. Le liquide ammoniacal épuisé par l'éther, et dont il est parlé au paragraphe précédent, est évaporé jusqu'à siccité et chauffé dans une capsule de platine.
Le résidu charbonneux est repris par de l'eau et le tout est jeté sur un filtre; il découle un liquide incolore très alcalin. Ce liquide est évaporé et saturé par de l'acide chlorhydrique. Il se fait une vive effervescence. Le chlorure formé mêlé avec une solution alcoolique de chlorure de platine, dépose considérablement du chlorure double de platine et de potassium. Le liquide surnageant, décanté, est évaporé jusqu'à consistance sirupeuse. Le résidu est délayé dans l'alcool à 80/100 dans lequel il se dissout presque entièrement en formant un liquide orange brunâtre. Ce liquide est décanté de la faible quantité de matière insoluble, évaporé et ensuite calciné. Le résidu métallique est repris par de l'eau; il cède à ce liquide une quantité insignifiante de chlorure de sodium.
§ 175. De ce fait, il résulte que l'alcali renfermé dans les copeaux est uniquement ou presque uniquement formé de potasse.
§ 176. En résumant les différents faits constatés par l'examen des planches du parquet, je trouve que la planche, cotée n° 2, présente trois taches qui renferment du sang; que les planches n°^ 1, 2, 4, 6 et 7 contiennent le même alcaloïde que celui découvert dans les organes de Fougnies ; que la planche ?i° 7 présente une tache formée par de l'huile, qui paraît être de r huile de navette; enfin, que les planches n°^ 1, 2, 4, 6 et 7 renferment des acides gras et de la potasse dont une partie provient du savon employé pour les laver ; une autre partie de la potasse peut provenir aussi de celle que l'on trouve dans le bois de chêne»
Réquisitoire du 7 décembre 1850.
Par une ordonnance en date de ce jour, j'ai été requis « de procéder à l'examen d'un pantalon appartenant à François De Blicquy, journalier à Bury, aux fins de rechercher et constater s'il (le pantalon) porte des
marques, taches, brûlures ou traces quelconques produites par un acide, une substance vénéneuse ou ingrédient chimique, vérifier enfin la nature desdits acides, substances ou ingrédients chimiques ».
Le pantalon qui fait l'objet de cet examen est celui que portait F. De Blicquy quand il a aidé le comte de Bocarmé pour la préparation de la nicotine.
Examen du pantalon de F. De Blicquy.
§ 180. Ce pantalon est en étoffe d'un brun bleuâtre, en tissu de laine et coton; il répand une odeur excessivement désagréable, mais dans laquelle perce une odeur de tabac; il présente un nombre considérable de taches de nature et d'aspect différents, et des trous qui ne proviennent ni d'une déchirure, ni d'une usure mécanique.
Parmi ces taches, il y en a des jaunes, des rougeâtres et des brunes. Les taches jaunes et rouges ont été lavées. Les taches brunes qui se trouvent vers le haut du pantalon, sont épaisses, plus ou moins collantes.
L'aspect seul de ce pantalon démontre que la personne qui l'a porté manipulait des agents chimiques caustiques et en a laissé tomber sur l'étoffe.
§ 181. Différentes parties de l'étoffe de ce pantalon sont découpées en bandes, et mises en contact, une première, avec de l'acide sulfurique concentré; une deuxième, avec de l'acide sulfurique dilué; une troisième, avec de l'acide chlorhydrique; une quatrième, avec une solution de potasse.
Après quelques instants de contact, ces bandes sont lavées à grande eau, puis desséchées. Celle touchée par l'acide sulfurique présente des trous analogues à celles qu'offre le pantalon de De Blicquy; la couleur de la bande mise en contact avec de l'acide sulfurique dilué est devenue rouge, il en est de même de celle mise en contact avec de l'acide chlorhydrique. La couleur de la bande qui a été soumise à l'action de la potasse est devenue jaunâtre.
§ 182. Afin de déterminer si les taches brunes, épaisses et collantes sont
le résultat d'une décoction concentrée de tabac qui aurait été répandue sur ce pantalon par une cause quelconque, une grande partie du tissu est découpée et mise ensuite en digestion avec la plus petite quantité possible d'eau distillée. Le liquide devient jaune foncé, plutôt acide qu'alcalin; il est additionné d'une solution d'acide oxalique, de manière à le rendre très franchement acide. Il est abandonné ainsi avec l'étoffe pendant une heure ; au bout de ce temps, celle-ci est exprimée et mouillée de nouveau par de l'eau distillée et exprimée encore. Les eaux de lavage sont réunies au premier liquide. Le tout est filtré et produit un liquide jaunâtre, d'une odeur de sueur et de tabac en même temps, d'une saveur très désagréable. Ce liquide est évaporé avec la plus grande précaution jusqu'aux 99/100. Le résidu liquide est fortement coloré en jaune brun rouge âtre, il est mêlé avec un quart de son volume de solution de potasse caustique, et épuisé ensuite à l'aide de l'éther.
§ 185. Une très faible partie de la solution éthérée est décantée dans un verre de montre et abandonnée à l'évaporation spontanée. 11 reste une trace de matière huileuse, tout à fait incolore, d'une odeur piquante, désagréable de tabac, mais aromatique, d'une saveur brûlante. La matière est exposée pendant quelques instants au vide pour en éliminer l'ammoniaque qu'elle pourrait renfermer; essayée ensuite au tournesol, elle bleuit fortement le papier rouge. Le verre chauffé à 100" dégage des vapeurs incolores qui bleuissent également le papier rouge et qui forment des fumées blanches par l'approche du bouchon d'un flacon d'acide chlorhydrique.
§ 184. Le quart de la dissolution éthérée restante est versé, par petite partie à la fois, dans un verre de montre, et abandonné à l'évaporation spontanée; il fournit une très notable quantité d'une matière huileuse, douée d'une odeur piquante, désagréable de tabac, et d'une saveur brûlante, excessivement persistante. Cette matière huileuse est légèrement chauffée, pour en dégager l'ammoniaque qu'elle pourrait renfermer. Elle est dissoute ensuite dans une très petite quantité d'eau; la solution, qui est fortement
alcaline, est neutralisée par l'acide chlorhydrique, et mêlée ensuite avec deux gouttes de bichlorure de platine dissous. Le mélange, abandonné à 1 eviaporation, dépose d'abondants prismes rhomboïdaux quadrilatères, d'un jaune foncé.
§ 183. Le restant de la solution éthérée est conservé comme pièce de conviction.
^ § 186. Dé ces faits il résulte que les taches dont ce pantalon est couvert sont produites, les unes par l'acide sulfurique ou chlorhydrique, les autres par une dissolution alcaline de potasse ou de soude, les autres, enfin, celles qui sont brunes, épaisses, plus ou moins collantes, sont dues à une sul> stance qui renferme le même alcaloïde que celui découvert dans les organes de G. Fougnies et dans les copeaux du parquet.
Les propriétés de ce composé (l'aspect, l'odeur, l'acidité) sont celles de l'extrait aqueux de tabac.
Réquisitoire du 10 décembre 1850.
Le 10 décembre j'ai été requis « de procéder, par tous les moyens que la science met entre mes mains, à l'analyse chimique d'animaux pour rechercher et constater, si possible, si ces animaux ou l'un d'eux n'a pas succombé par suite d'ingestion d'une substance vénéneuse ».
Ces animaux étaient deux chats et deux canards trouvés dans les jardins du château de Bitremont; ils étaient renfermés chacun dans une caisse séparée.
Examen, de c^s animaux.
§ 187. Les caisses exhalent une forte odeur putride. Les animaux en sont extraits; chacun d'eux est enveloppé dans un essuie-main. Dégagés de leur enveloppe, on reconnaît deux corps de chats tout barbouillés de terre végétale et deux corps de canards, également recouverts dé terre végétale.
Ces différents animaux exhalent une odeur putride extraordinairement repoussante.
§ 188. Un des chats (le chat gris) soumis à l'examen présente les phénomènes suivants :
Les poils se détachent du corps par le moindre attouchement. La peau est d'un vert bleuâtre, plus ou moins gluante. Le thorax et l'abdomen sont ouverts; il s'en dégage une odeur affreusement repoussante. Les organe^ qu'ils renferment présentent tous les caractères d'une altération cadavérique très prononcée. Les poumons sont noirs, très emphysémateux; le cœur est livide, l'estomac fortement distendu par les gaz. Sa paroi externe est sillonnée par des vaisseaux sanguins, injectés d'un sang noir. La surface interne présente des plaques noirâtres ou ardoisées, parfaitement circonscrites. L'estomac renferme une bouillie visqueuse infecte, qui dégage des gaz et dans laquelle on reconnaît de la chair en putréfaction, une patte et une queue de souris, des fragments d'un scarabée (probablement des débris d'un hanneton, je n'oserais cependant pas affirmer qu'ils proviennent de cet animal); enfin, des fragments de feuilles. Cette bouillie est très fortement alcaline. Le duodénum présente à l'extérieur le même aspect que l'estomac. Sa face interne est à l'état naturel. Les intestins sont distendus par des gaz et présentent des taches livides et sont, en outre, fortement ramollis. La mâchoire se désarticule avec la plus grande facilité; les muscles ont perdu toute résistance, ils se détachent sans le moindre effort. La cavité buccale est remplie d'un liquide noir, verdâtre, très visqueux. La pointe de la langue est noire; l'épithélium s'en détache sans le moindre effort; il en est de même de la voûte palatine. Tout le pharynx est rempli d'un liquide verdâtre. Les voies aériennes sont blanches. Tous ces organes bleuissent vivement le papier rouge de tournesol.
§ 189. La matière noirâtre qui remplit la cavité buccale, la langue le pharynx, l'œsophage, l'estomac, et le contenu de ces organes, sont introduits dans un flacon, additionnés d'eau et acidulés par l'acide oxalique
pur. Lé tout bien agité est laissé en digestion pendant quarante-huit heures. § 190. Immédiatement après cet examen, j'ai fait part à M. le juge de l'impossibilité dans laquelle je me trouvais de procéder à l'examen de l'autre chat et des deux canards. Aucune force humaine n'aurait pu me déterminer à me livrera ce travail, tant le dégoût que j'avais éprouvé était grand. De commun accord avec M. le juge d'instruction, qui est venu constater par lui-même l'état de profonde altération, j'ai enterré les animaux dans un coin de mon jardin, ce dont procès-verbal a été dressé immédiatement.
g 191. Les matières, qui ont digéré pendant deux jours dans l'eau acidulée, sont ensuite jetées sur un filtre; elles laissent écouler un liquide d'une couleur verdâtre, transparent, acide, d'une odeur très infecte. Ce liquide est évaporé dans le vide au-dessus de Tacide sulfurique; il fournit un résidu de couleur brune, d'une odeur repoussante, qui est repris par de l'alcool anhydre, jusqu'à ce qu'il ne cède plus rien à ce dissolvant.
Les solutions alcooliques sont évaporées de nouveau dans le vide audessus de l'acide sulfurique, et donnent un résidu jaune foncé qui exhale toujours cette odeur repoussante. Cette matière est dissoute dans la plus petite quantité d'eau possible; la solution est opaline, jaunâtre; elle paraît contenir quelques substances grasses en suspension. Pour l'obtenir limpide, elle est filtrée par un petit tampon de pâte de papier. Le liquide filtré et limpide est introduit dans un petit flacon-éprouvette, et additionné de son volume d'une forte solution de potasse caustique. Le mélange est vivement agité et épuisé à l'aide de l'élher. La solution éthérée, après un repos convenable, est décantée.
§ 192. Une partie de cet éther est versée dans un grand verre de montre et abandonnée à l'évaporation spontanée. Il laisse quelques stries liquides, opalines, qui se réunissent lentement au fond du verre sous forme d'un liquide assez consistant. Ce liquide exhale une odeur animale repoussante,
très piquante, suffocante. La saveur est désagréable, très piquante. Il bleuit fortement le papier rouge de tournesol.
Le verre qui renferme la matière est exposé pendant quelques instants au vide sec; immédiatement après, il est recouvert d'une feuille de papier rouge de tournesol, et chauffé ainsi pendant quelques secondes, jusqu'à 100° à peu près; le papier rouge bleuit immédiatement. Quelques gouttes d'eau sont ensuite introduites dans le verre ; elles restent séparées comme si les parois étaient enduites d'un corps gras. Le liquide, après avoir été mis en contact avec la totalité de la surface du verre, est versé dans une solution de bichlorure de mercure, qui se trouble immédiatement. La liqueur trouble, couverte afin d'empêcher l'évaporation, est abandonnée ainsi au repos. Au bout de vingt- quatre heures, le liquide est devenu limpide et a laissé déposer une très petite quantité de matière blanche. Le liquide limpide est enlevé à l'aide d'un tube effilé et remplacé par de l'eau distillée. Après un repos convenable, l'eau de lavage est enlevée à son tour. Cette opération se renouvelle jusqu'à ce que l'eau de lavage ne noircisse plus par l'acide sulfhydrique. La très minime quantité de précipité blanc qui reste dans le verre dans lequel le dépôt s'est formé, est repris par deux gouttes d'acide chlorhydrique dilué qui le fait disparaître, mais en produisant toutefois un liquide opalin. Le verre avec son contenu est exposé au vide; par l'évaporation, il reste un anneau blanc excessivement faible, de 5 millimètres de diamètre environ. A l'œil nu, cet anneau paraît fornié d'une matière brillante, incolore. Soumis au microscope, on reconnaît qu'il est formé par une innombrable quantité d'aiguilles excessivement fines et plates.
Cet anneau traité par l'éther ne s'y dissout pas. Il disparaît, au contraire, immédiatement par l'alcool. L'évaporation de l'alcool reproduit les aiguilles, mais elles sont plus divisées sur la surface du verre.
L'insolubilité des aiguilles dans l'éther prouve qu'elles ne sont point formées par du bichlorure de mercure seul.
' § 495, Le restant de Téther, provenant du traitement de la matière du chat, est versé dans une petite capsule de verre et abandonné à l'évaporation spontanée. Le faible résidu qu'il fournit est repris par une petite quantité d'éther, qui, après un repos convenable, est décanté dans un petit verre de montre et abandonné également à l'évaporation spontanée. Le nouveau résidu, qui est extraordinairement minime, est dissous dans quelques gouttes d'eau. La solution est opaline; elle est acidulée par une goutte d'acide chlorhydrique et additionnée d'une goutte de bichlorure de platine dissous. Le mélange est opalin. Après un repos convenable, il est décanté dans un autre petit verre de montre et abandonné ensuite à lui-même dans l'air sec. Par l'évaporation du liquide, le mélange déposé des flocons brunâtres, ainsi qu'une matière grenue, jaunâtre, d'apparence cristalline, mais dont il est impossible de déterminer la forme. 11 est repris par une goutte d'acide chlorhydrique qui, à l'aide d'une faible élévation de température, redissout la matière déposée. La nouvelle solution abandonnée à elle-même, reproduit lès flocons brunâtres ainsi que les corps grenus, mais qui, cette fois-ci, sont plus foncés.
§ 194. Les faits qui précèdent ne peuvent laisser de doute sur l'existence dans les organes et les matières extraits du chat d'un alcaloïde organique volatil, qui présente une odeur piquante et suffocante, et une saveur également très piquante, mais ils sont insuffisants pour en déduire que cet alcaloïde est le même que celui qui existe dans les organes de G. Fougnies.
Réquisitoire du 7 janvier 1851.
Cette ordonnance a pour objet de faire constater si, à Taide de deux qualités de tabacs, on peut produire le poison découvert dans le corps de G. Fougnies. L'un de ces tabacs est le Virginie, l'autre est le tabac du pays.
Il est hors de doute que ces deux qualités de tabac doivent renfermer de la nicotine. Sous ce rapport donc, les expériences que j'ai faites pour répondre à ce réquisitoire ne présentent guère d'intérêt. Je crois cependant utile de donner un extrait de mon travail, parce qu'il m'a mis à même de constater deux faits qui ne sont pas généralement connus : à savoir que la nicotine extraite du tabac de Virginie présente une odeur piquante plus ou moins aromatique, tandis que la nicotine retirée du tabac indigène offre une odeur piquante, viveuse et nullement aromatique.
Cette différence entre l'odeur de l'une et l'autre nicotine m'a paru assez prononcée pour me permettre de soupçonner que la nicotine que j'ai extraite des bouts de planches du parquet de la salle à manger du château de Bitremont provenait du tabac de Virginie.
Les chimistes qui ont eu l'occasion de manier la nicotine obtenue à l'aide de la condensation des vapeurs de tabac qu'on fume dans une pipe, ont pu se convaincre que ce corps offre une odeur particulière que l'on ne découvre pas à la nicotine extraite du même tabac par un procédé chimique.
L'examen que j'ai fait du tabac de Virginie et du tabac du pays est intéressant sous un autre point de vue. J'ai constaté dans le premier, outre la nicotine, l'existence d'une matière volatile, d'une odeur aromatique, agréable, qui est la cause de l'odeur particulière du tabac de Virginie. Le tabac indigène, au contraire, ne renferme aucune trace de cette matière huileuse volatile. Cette différence entre les principes d'une même plante montre d'un côté, que les propriétés des tabacs ne dépendent pas uniquement de la plus ou moins grande quantité de nicotine qu'ils renferment; et, d'un autre côté, que le tabac indigène, qui tient ses propriétés de la nature de notre climat, ne peut, dans aucun cas, remplacer le tabac des pays chauds, qui renferme toujours des matières huileuses odorantes qui concourent, pour une grande partie, aux propriétés de la vapeur de tabac.
4" Eœamen du contenu d'un paquet étiqueté : tabac exotique.
§ 215. Ce tabac est en feuilles assez grandes, d'un jaune rougeûtre; il est gras, corsé et fort aromatique; il présente tous les caractères du tabac de Virginie qui sert principalement pour la fabrication du tabac à priser. A cause de la grande quantité de nicotine qu'il renferme, on s'en sert dans les laboratoires de préférence à tout autre, pour se procurer cet alcaloïde.
§ 214. Afin de déterminer si ces feuilles renferment de la nicotine, une dizaine de grammes sont découpées en de très menus morceaux et introduites par parties dans un long tube effilé et d'un centimètre et demi de largeur. Sur chaque partie est versée une goutte d'ammoniaque. Le tabac étant disposé dans le tube, celui-ci est fixé verticalement; sur le bout supérieur est adapté un bouchon au travers duquel passe un entonnoir effilé. De l'éther ammoniacal est versé dans l'entonnoir de manière à mouiller tout le tabac. Après quelques minutes de macération, une nouvelle quantité d'éther ammoniacal est versée dans l'entonnoir. Celui-ci, en pénétrant lentement dans le tube, déplace le précédent qui a dissous la matière soluble du tabac. La solution éthérée est reçue dans une petite capsule. Les feuilles de tabac sont traitées ainsi par l'éther jusqu'à ce que ce liquide ait dissous toutes les matières solubles qu'elles renferment. Le liquide recueilli dans la capsule est d'un vert rougedlre; il est abandonné à l'évaporation spontanée. Il fournit un résidu semi-solide, brun, verdâtre, d'une odeur fortement aromatique, piquante, qui rappelle celle du tabac à priser. Ce résidu est délayé dans de l'eau acidulée par de l'acide oxalique; le mélange est jeté sur un filtre sur lequel il reste, après l'écoulement du liquide, une matière grasse, d'un brun verdâtre, d'une odeur aromatique extraordinairement forte de tabac.
Le liquide filtré est incolore, d'une saveur acide et très piquante à la fois; il est introduit dans un petit tlacon-éprouvette, additionné de son
volume de solution de potasse caustique et agité avec de l'éther pur. Après un repos convenable, la solution éthérée est décantée et abandonnée à l'évaporation spontanée. Elle fournit une quantité assez considérable d'un liquide incolore, huileux, d'une odeur plus ou moins aromatique, forte, piquante et désagréable de tabac, d'une saveur acre et brûlante, eif^cessivement persistante, saveur qui se propage dans toute la bouche, l'arrièrebouche, l'œsophage, et qui se communique même au larynx. Cette matière est très alcaline; les vapeurs qu'elle émet à la température ordinaire bleuissent le papier rouge. Traitée par l'eau, elle s'y dissout immédiatement en produisant un liquide incolore, d une odeur de tabac, alcaline; la solution aqueuse est divisée en trois parties.
§ 215. Un tiers de cette solution est neutralisée par de l'acide chlorhydrique, et le chlorhydrate, qui est incolore, et qui possède une saveur piquante de tabac, est additionné de deux gouttes de forte solution de bichlorure de platine; au bout de cinq minutes environ, elle dépose de longs prismes jaunes qui se croisent en tous sens. Le liquide est chauffé pour redissoudre les cristaux, et, abandonné étant couvert à un refroidissement très lent, il dépose des prismes rhomhoïdaux quadrilatères d'un jaune foncé.
§ 216. Un autre tiers de cette solution est versée dans une dissolution de bichlorure de mercure, dans laquelle elle fait naître un précipité presque blanc. Ce précipité est lavé à l'eau et dissous ensuite dans la plus petite quantité possible d'acide chlorhydrique dilué. La dissolution fournit, par l'évaporation spontanée, des aiguilles fines, longues, excessivement brillantes, insolubles dans l'éther.
§ 217. Le troisième tiers de la solution aqueuse est versé dans une solution de chlorure de cobalt; elle produit un précipité de couleur de lavande. Le mélange, qui est alcalin, est neutralisé par de l'acide chlorhydrique dilué. La dissolution rose fournit, par l'évaporation, des prismes aplatis, d'un beau bleu, légèrement verdâtre.
§ 218. Les faits qui précèdent ne peuvent laisser aucun doute sur l'existence de la nicotine dans ce tabac.
2* Examen du contenu d'un paquet étiqueté : tabac du pays.
Le tabac renfermé dans ce paquet présente un aspect verdâtre, un peu velouté; les feuilles sont petites en comparaison de celles du précédent: il possède une odeur désagréable, un peu vireuse et nullement aromatique. Je n*ai jamais rencontré de tabac d'une qualité si médiocre.
§ 219. Dix grammes de ces feuilles de tabac sont finement découpées et introduites ainsi, comme le précédent, et par petites parties à la fois, dans un long tube effilé; il est traité par de l'éther ammoniacal, comme je l'ai dit au § 214 pour le tabac exotique. La solution éthérée qui s'écoule par le tube effilé est recueillie dans une capsule qui est placée dessous. Cette solution est verte; abandonnée à l'évaporation spontanée, elle fournit un résidu vert, d'un aspect gras, d'une odeur forte, piquante, vireuse, excessivement dés'dgréah\e, nullement aromatique. Ce résidu diffère par sa couleur, par son odeur et par sa consistance, de la matière fournie par le tabac exotique. Traité par de l'eau acidulée par dé l'acide oxalique, il perd entièrement son odeur piquante et vireuse; il ne reste guère qu'une odeur d'herbe. Le mélange est jeté sur un filtre, la matière verte, d'apparence résineuse, reste, tandis qu'il passe un liquide complètement incolore, d'une saveur acide et très piquante. Ce liquide est introduit dans un petit tlacon-éprouvette, mêlé à son volume de solution de potasse caustique et agité ensuite avec de l'éther pur. L'éther, décanté avec précaution, laisse, par l'évaporation spontanée, une très notable quantité de matière liquide huileuse, d'une odeur forte, piquante, vireuse, excessivement désagréable, d'une saveur acre, brûlante et persistante. Cette odeur diffère de celle du liquide extrait du tabac exotique; celle-ci, quoique piquante et désagréable, est tant soit peu aromatique et nullement vireuse.
§ 220. La matière huileuse est dissoute dans de l'eau; la solution est fortement alcaline; elle est séparée en deux moitiés.
Une moitié de ce liquide est saturée par une solution titrée d'acide oxalique pur. La dissolution évaporée dans le vide fournit un résidu huileux, faiblement odorant, d'une saveur piquante de tabac. Ce résidu est soluble dans l'alcool; l'éther précipite la solution alcoolique en blanc. Le précipité est lavé à l'éther, et, abandonné à lui-même, au contact de Tair, il se transforme de nouveau en un liquide huileux. Ce liquide est dissous dans une quantité de solution d'acide oxalique égale à celle qu'il a fallu pour saturer primitivement la matière. Cette nouvelle solution, abandonnée à l'air, se convertit en une végétation cristalline, inodore, soluble dans l'alcool, insoluble dans l'élher.
g 221. L'autre moitié du liquide est saturée d'acide chlorhydrique dilué; la dissolution est additionnée de bichlorure de platine. Le mélange abandonné à lui-même dépose au bout d'un quart d'heure des prismes rhomboidaux, quadrilatères, jaunes, transparents, solubles dans l'alcool, insolubles dans l'éther.
§ 222. Les faits qui précèdent ne peuvent laisser le moindre doute sur l'existence d'une forte quantité de nicotine dans ce tabac.
Réquisitoire du 16 janvier 1851,
Le 16 janvier, j'ai été requis « de procéder sur un foie humain, aux mêmes opérations et expériences chimiques que celles auxquelles je me suis livré en opérant sur les organes provenant du cadavre de G. Fougnies, et d'en constater le résultat ».
Le foie qui m'a été remis provenait d'un individu décédé à l'hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, par suite de l'opération de la taille. C'était un grand fumeur et un grand chiqueur. Dans la journée même de sa mort, cet individu avait mâché du tabac. L'instruction, en me faisant rechercher la
nicotine dans ce foie, avait pour but d'élucider une difficulté qui aurait pu surgir relativement à la présence de la nicotine dans les organes des fumeurs. Quand j'ai procédé à l'examen de cet organe, j'ignorais complètement les circonstances que je viens d'indiquer.
Examen de ce fuie.
§ 247. Après avoir constaté l'intégrité du sceau, j'ai ouvert le paquet et j'y ai trouvé un foie humain, de votume et cCaspect ordinaires. J'ai divisé ce foie en deux parties.
Une moitié a été placée dans un bocal renfermant de l'alcool pur, avec une étiquette : Foie provenant d'un individu mort à l'Iiôpilal Saint-Pierre, à Bruxelles. L'autre moitié a été hachée en très menus fragments et mouillée par de l'alcool anhydre. Le tout a été introduit dans un cylindre en cuivre étamé et percé de trous, dont il a été parlé plus haut, et soumis ainsi à l'action d'une presse métallique. 11 en exsude 150 centimètres cubes environ d'un liquide très trouble, coloré en rouge, très légèrement alcalin au tournesol. Le tissu est retiré du cylindre, divisé de nouveau, mouillé encore par de l'alcool anhydre et soumis à une nouvelle expression. Cette opération est répétée à trois reprises différentes, jusqu'à ce que la substance du foie paraisse être entièrement épuisée de matières solubles dans l'esprit-de-vin.
Les différents liquides exprimés sont réunis; le volume du mélange est de 6 dixièmes de litre; il est acidulé par 2 grammes d'acide oxalique et chauffé jusqu'à 50". Il se coagule immédiatement; après le refroidissement complet, la masse. est jetée sur un filtre et fournit une liqueur incolore, qui est soumise à l'évaporation dans un fort courant d'air, à une température qui ne dépasse pas 35". Le résidu liquide, qui représente au plus i dixième de la masse totale, est très trouble et renferme une certaine quantité de matière grasse. Il est jeté sur un filtre mouillé à l'eau distillée et produit un liquide très faiblement jaunâtre, d'une odeur animale
T. II. n
très désagréable, qui est soumis au vide sec. 11 fournit ainsi une masse jaunâtre, fendillée, dans laquelle on reconnaît des rudiments de cristaux. Cette masse est divisée et mise à plusieurs reprises en digestion avec de l'alcool anhydre. Les liqueurs alcooliques provenant de ce traitement sont exposées à la température ordinaire dans le vide sec. Le faible résidu qu'elles laissent est dissous dans la plus petite quantité d'eau possible; la dissolution est introduite dans un très petit tlacon-éprouvette, et additionnée d'une solution de potasse caustique, agitée et épuisée ensuite par réther. L'éther, après un repos suffisant, est décanté avec la plus grande précaution, dans un petit flacon.
§ 248. Une partie de cet éther est versée dans un grand verre de montre et abandonnée à l'évaporation spontanée. Il reste pour résidu sur les parois du verre une trace excessivement faible d'un liquide opalin, qui exhale une odeur animale désagréable, mais qui n'est nullement piquante, comme celle qui s'est dégagée du résidu de l'évaporation de l'éther provenant du traitement du foie de G. Fougnies. Sa saveur est à peine appréciable, donc nullement piquante et moins encore brûlante; elle ne laisse aucune sensation dans la bouche ni dans l'arrière-bouche.
§ 249. Cette trace de liquide bleuit le papier rouge de tournesol. Le verre qui la renferme est exposé pendant cinq minutes dans le vide au-dessus de l'acide sulfurique; après ce traitement, essayé de nouveau au papier de tournesol, il le bleuit comme auparavant. Il est repris par de l'éther, et la solution, après un repos convenable, est décantée dans un très petit verre de montre et abandonnée à l'évaporation spontanée. Elle reproduit la même matière, avec les propriétés alcalines. Le verre de montre est couvert d'une lame de verre sur laquelle est collée, à l'aide de l'eau distillée, un papier rouge de tournesol. Le tout est soumis ainsi à l'action de la chaleur. Les vapeurs qui se dégagent du liquide à réaction alcaline n'exercent aucune action sur le papier rouge. D'où il résulte que la matière de ce résidu qui bleuit le papier rouge, n'est point volatile.
^ 250. Le restant de l'éther (voir le paragraphe précédent) est abandonne à l'évaporation spontanée, dans une petite capsule de verre. 11 reproduit le même résidu liquide opalin, à réaction alcaline. Cette matière est reprise par de l'eau distillée ; la solution est trouble. Elle est filtrée en la versant dans un tube étroit et effilé renfermant un petit tampon de pâte de papier. Le liquide qui passe est limpide, incolore, franchement alcalin. 11 est neutralisé par une goutte d'acide chlorhydrique dilué, et additionné ensuite d'une goutte d'une forte solution de bichlorure de platine. Le mélange abandonné à l'évaporation spontanée, laisse déposer une substance grenue, à laquelle, à l'examen microscopique, je ne découvre pas de forme géométrique régulière. Cette matière grenue est très facilement soluble dans l'eau et dans l'alcool .
Cette matière ne ressemble en rien aux prismes rhomboïdaux quadrilatères, si bien caractérisés, que j'ai obtenus par un traitement identique et à Taide de la matière extraite du foie de G. Fougnios.
g 251 . Des faits qui précèdent, je dois conclure que le foie provenant d'un individu mort à Vliôpital Saint-Pierre, soumis aux opérations chimiques à Caide desquelles je suis parvenu à extraire des organes de G. Fouynies un alcaloïde nolalilj ne fournit ni ne renferme aucune trace appréciable de cet alcaloïde.
Réquisitoire du {^janvier 1851.
Par une ordonnance en date de ce jour, j'ai été requis de faire sur des poumons humains, que M. le juge m'a remis, les mêmes opérations que celles que j'avais exécutées sur les poumons de G. Fougnies, à l'elfet de rechercher s'ils renferment le même alcaloïde volatil découvert dans les organes de ce dernier.
Les poumons soumis à Texpérience provenaient d'une femuui phtisique, morte à l'hôpital Saint-Pierre, et étaient renfermés dans un bocal bouché à l'émeri.
Examen de ces poumons.
§255. Ces poumons sont retirés du bocal et divisés en deux parties. L'examen fait immédiatement reconnaître que ces poumons sont tuberculeux et renferment même quelques cavernes. Une moitié est placée dans le flacon avec une quantité convenable d'alcool pur.
I/autre est hachée en très menus fragments et mêlée avec de l'alcool à peu près anhydre. Le mélange introduit dans le cylindre en cuivre étamé et percé de trous, est soumis à une forte pression. Il en exsude un liquide rouge, neutre au tournesol. Le tissu comprimé est délayé de nouveau avec de l'alcool et exprimé une seconde fois. Cette opération est renouvelée quatre fois, jusqu'à ce que la substance animale paraisse entièrement épuisée de matières solubles. Les différents liquides exprimés sont mélangés et acidulés par de l'acide oxalique et chauffés avec précaution, jusqu'à 50" environ. 11 se fait un coagulum abondant: après le refroidissement complet, le tout jeté sur un filtre produit un liquide incolore, à réaction faiblement acide, d'une odeur fade, désagréable. Il est abandonné à levaporation, à la température de 50 à 55°, dans un fort courant d'air. Le résidu, à peine coloré, est fort trouble, renferme des matières albuminoïdes et grasses en suspension. Il est jeté sur un filtre humecté d'eau distillée; le liquide filtré est évaporé dans le vide sec. 11 fournit un résidu d'apparence extractive à peine coloré en jaune paille. Ce résidu est épuisé complètement par de l'alcool anhydre. Les solutions alcooliques sont évaporées dans le vide, au-dessus de l'acide sulfurique. Le nouveau résidu est repris par la plus petite quantité d'eau possible, et la liqueur, introduite dans un tout petit flacon-éprouvette, est mêlée avec son volume d'une forte solution de potasse caustique. Le mélange bien agité est épuisé par l'éther. L'éther provenant des différents traitements est décanté dans un petit flacon.
§ 254. Une partie de cet éther, après un repos convenable, est versée
dans un grand verre de montre et abandonnée à l^évaporation spontanée. Elle laisse pour résidu une très faible trace de liquide incolore, d'une odeur animale, désagréable, mais nullement piquante; la saveur en est également animale, mais elle n'est ni acre, ni brûlante, ni persistante.
§ 255. Ce résidu, exposé pendant quelques instants au vide sec au-dessus de l'acide sulfurique, essayé ensuite à l'aide du papier de tournesol rouge, le bleuit faiblement et d'une manière permanente. Le papier bleu ne reprend pas sa couleur rouge par l'application de la chaleur.
§ 256. Le verre qui contient le liquide est recouvert d'une lame de verre à laquelle se trouve collé un papier rouge de tournesol, est chauffé ensuite jusqu'à environ 100". Les vapeurs qui s'en dégagent ne bleuissent nullement le papier rouge.
§257. Le reste de l'éther est versé dans une très petite capsule de verre et abandonné à l'évaporation spontanée. Il laisse, comme le précédent, une matière liquide pour résidu, laquelle est reprise par quelques gouttes d'eau distillée; la solution, qui est limpide, est additionnée ensuite de deux gouttes d'acide chlorhydrique et de trois gouttes d'une solution concentrée de bichlorure de platine. Le mélange, abandonné à l'évaporation spontanée, ne fournit aucune trace de cristaux : il se réduit en un sirop brun analogue à une solution concentrée de bichlorure de platine. Ce sirop se mêle à l'alcool anhydre sans produire le moindre trouble.
§ 258. Ces faits démontrent que les poumons humains provenant d'un individu mort à l'hôpital Saint-Pierre ne fournissent ni ne renferment pas une trace appréciable de l'alcaloïde découvert en quantité notable dans les organes de G. Fougnies.
Réquisitoire du '^l janvier 1851.
Par une ordonnance en date de ce jour, j'ai été requis « de me livrer, en présence de M. le juge d'instruction, à diverses expériences sur diffé-
rents animaux, au moyen de la nicotine, à l'effet de rechercher et constater si cet agent chimique produit sur le corps de ces animaux les mêmes phénomènes que ceux observés sur les parties du cadavre de G. Fougnics qui m'ont été remises, pour faire l'objet d'investigations chimiques ».
C'est sur ma demande que M. le juge m'a adressé ce réquisitoire (^).
§ 259. Pour arriver au but que j'avais à atteindre, j'ai cru nécessaire de faire trois expériences : une première en tuant un chien avec de la nicotine; une deuxième en tuant un autre chien avec une quantité égale de nicotine, mais en lui versant dans la gueule, immédiateiïïetit après la mort, une certaine quantité d'acide acétique f), et enfin, une troisième, en tuant un chien par une insufflation d'air dans la veine jugulaire.
Des résultats fournis par ces trois expériences, il sera possible de déduire : i" la part que prend la nicotine dans les altérations organiques observées dans l'autopsie faite deux fois vingt-quatre heures après la mort; 2° les effets qui sont dus à l'ingestion de l'acide acétique après un empoisonnement par la nicotine; 5" enfin, les effets qui sont uniquement causés par l'imbibition cadavérique.
Avant d'exposer le résultat de ces expériences, je crois devoir déclarer qu'elles ont été faites à l'école vétérinaire de l'État et avec le concours bienveillant et actif de M. S. Verheyen, directeur de l'école vétérinaire de l'État, de M. Melsens, professeur de chimie, et de MM. Defays, Husson et Melsens jeune, répétiteur à ladite école ; qu'il me soit permis de leur en témoigner publiquement ma reconnaissance.
Première expérience.
§ 260. Chien de taille moyenne, vieux, maigre, d'une constitution débilitée.
(î) Les débats qui ont eu lieu à la Cour d'assises ont démontré combien ces expériences étaient nécessaires pour élucider les différentes ditiicultcs qui pouvaient surgir.
(2) Dans ma manière de voir, G. Fougnies est mort dans ces conditions; je m'expliquerai plus loin à cet égard.
Fixé dans un appareil, on écarte les mâchoires et l'on verse sur la langue, au moyen d'une pipette, 2 centimètres cubes de nicotine pure. A peine le poison est-il en contact avec la langue, qu'elle prend une teinte violacée; l'animal s'agite, mâchotte et fait des efforts, comme s'il cherchait à rejeter le liquide ingéré. La déglutition opérée, l'animal est aussitôt dégagé; on le pose à terre, mais il tombe immédiatement sur le côté droit. Dans cette position, il est pris de convulsions tétaniques : la colonne vertébrale se raidit; le cou et la tète se courbent vers le dos; les membres antérieurs et postérieurs s'étendent alternativement, ainsi que la queue; hors de l'extension, ils se meuvent comme dans l'action de nager; la pupille est dilatée au point que l'iris ne présente plus qu'un cercle fort étroit. Les convulsions gagnent en force; la colonne vertébrale et les quatre membres s'étendent, la queue se courbe et l'animal expire. A l'instant même, il secoule de la bouche, en assez grande quantité, un liquide clair, filant, qui, recueilli et examiné, est reconnu être de la salive. Ce liquide a continué à couler pendant plus de quinze minutes après la mort. Pendant les phénomènes convulsifs, la langue pendait hors de la bouche.
Entre l'administration du poison et la mort, il s'écoule trente secondes, et à peine la dernière expiration est-elle terminée, qu'il survient un relâchement dans tout le système musculaire de la vie animale.
Deuxième expérience.
§ 261. Chien adulte, de taille moyenne, d'une forte constitution.
Fixé comme le précédent, et les mâchoires écartées, on laisse couler sur la langue, à l'aide d'une pipette à ouverture plus large que la première, 2 centimètres cubes de nicotine pure. La langue prend la même teinte violacée que celle du précédent sujet.
Pendant qu'on le dégage de ses liens, il survient une émission d'urine dont le jet est lancé avec force. Placé sur le sol, l'animal ne tarde pas à
tomber sur le flanc droit, et à présenter la série de mouvements convulsifs analogues à ceux observés dans la première expérience, avec cette différence que les accès sont plus violents et que leur durée se prolonge davantage. La mort survient au bout d'une demi-minute environ après l'administration du poison; elle n'est pas suivie d'un flux de salive comme dans le premier cas, mais d'une expulsion de matières fécales.
§ 262. Immédiatement après la dernière expiration, on lui verse dans la bouche 30 centimètres cubes du vinaigre saisi au château de Bitremont; le liquide coule dans Festomac et la langue se décolore au moment du contact.
Troisième expérience.
§ 265. Chien adulte, de taille moyenne, d'une forte constitution.
Fixé comme les précédents, l'on met à découvert la veine jugulaire gauche; une ouverture, que l'on y pratique, sert à l'introduction d'un tube en verre recourbé, par lequel on insuffle une certaine quantité d'air, et aussitôt on pratique la ligature du vaisseau. L'animal pousse quelques gémissements, la respiration devient difficile, elle s'arrête bientôt; les battements du cœur, de plus en plus irréguliers, s'affaiblissent, s'effacent, et ne tardent pas à s'éteindre. Ces phénomènes se prolongent pendant deux minutes et demie, au bout desquelles l'animal a cessé de vivre.
Une étiquette est attachée à chaque chien, avec l'indication des matières ingérées et le genre de mort.
§ 264. Les cadavres des trois chiens sont déposés dans une caisse de bois, sur un lit de paille, et sur le côté même sur lequel les animaux sont tombés. La caisse est recouverte d'une toile métallique qui est fixée à l'aide de clous. Elle est scellée ensuite au moyen de ficelles et du cachet de l'école vétérinaire, que M. le directeur met à cet effet à la disposition de M. le juge. La caisse est placée sous l'amphithéâtre du laboratoire de chimie.
§ 265. Le dimanche, 2 mars, à neuf heures du matin, je me suis rendu
de nouveau à Anderlecht, au laboratoire de chimie de l'école vétérinaire de l'État, où étant, j'ai trouvé M. le juge d'instruction Bemelmans, assisté de son greffier, M. Charles Wauwermans, qui m'a remis les cadavres des trois chiens, extraits de la caisse dont il est parlé plus haut, qui venait d'être ouverte, après que l'intégrité des cachets, apposés le 27 février, eut été reconnue.
L'autopsie de ces cadavres a été faite immédiatement en présence de M. le procureur général De Bavay, de M. le substitut du procureur général Keymolen et de M. le procureur du roi M. Verheyen.
Autopsie du cadavre d'un chien lue par iimjestion de 2 centimètres cubes de n'mtiinv.
§ 266. Le cadavre a été placé dans la position qu'il avait au moment de la mort, c'est-à-dire sur le côté droit. Il est légèrement météorisé et répand une odeur de putréfaction assez forte; les parois abdominales sont vertes.
Appareil digestif.
§ 267. La langue est tuméfiée, surtout vers sa base, qui offre une teinte rouge, foncée, et se trouve recouverte d'une matière gluante; sa partie flottante est d'un gris terne, livide. L'épithélium s'en détache avec la plus grande facilité, de façon qu'il suffit d'y passer le manche du scalpel, pour en enlever des lambeaux. La nuance rouge de la base de la langue est partagée par le pharynx. L'œsophage et les viscères de la cavité abdominale ne présentent rien de particulier, si ce n'est une forte imbibition sanguine, phénomène purement cadavérique. Les liquides du foie sont sans action sur les papiers réactifs.
Appareil respiratoire et cœur.
§ 268.* Le larynx et la trachée sont intacts, le poumon droit est gorgé de sang noir; le gauche, également gorgé, présente une foule de noyaux
apoplectiques; le cœur droit est obstrué par un sang noir, grumeleux, peu consistant; celui qui se trouve dans le cœur gauche offre les mêmes propriétés, mais il est moins abondant.
Appareil céphalo-rachidien.
§ 269. Le cerveau est légèrement ramolli; la moelle épinière montre à sa portion cervicale supérieure, depuis la troisième vertèbre jusqu'au trou occipital, une coloration rouge des enveloppes, avec exsudation sanguine. Cette partie du centre nerveux, examinée à la loupe, laisse voir un léger pointillement.
Autopsie du cadavre d'un chien tué par l'infiestion de 2 centimètres cubes de nicotine, et dans la gtieule duquel on a versé, après ta mort, 30 centimètres cubes du vinaigre saisi au château de Bitremont.
g 270. Ballonnement considérable; écoulement par les naseaux d'un liquide sanguinolent; odeur de putréfaction.
Appareil digestif.
§ 271. La décoloration et la pâleur de la cavité buccale ont persisté; la langue, d'un aspect grisâtre livide, n'est pas tuméfiée ; la partie flottante paraît légèrement raccornie ; vers le bord droit de cette portion de la langue, l'on voit une forte dépression contusionnée, due évidemment à l'empreinte qu'a laissée un coup de dent. L'épithélium s'enlève par lambeaux, avec la plus grande facilité.
Le pharynx offre le même aspect que la muqueuse buccale; l'œsophage est intact.
Outre l'imbibition et l'hypostase sanguine dans la cavité abdominale, l'estomac contient un liquide couleur lie de vin. Du pylore se prolongent sur les reliefs de la muqueuse, des stries d'un rouge cramoisi ; cette colo-
ration moins intense s'avance dans le duodénum. Le foie donne une réaction acide très prononcée.
Appareil respiratoire et cœur.
§ 272. Les poumons paraissent plus denses qu'à l'état normal; les noyaux apoplectiques, la quantité et la qualité du sang contenu dans les cavités du cœur ne diffèrent pas de ce qui a été remarqué chez le premier sujet.
Appareil cê/ihalo-rachidien.
§ 275. La substance cérébrale a conservé sa consistance normale; elle est pointillée ; les plexus choroïdes sont injectés. Les lésions pathologiques de la moelle offrent cette différence d'avec celles du sujet précédent, que l'épanchement sanguin est un peu plus considérable, et qu'il s'étend depuis la troisième vertèbre cervicale jusqu'en avant du bulbe rachidien;. il s'arrête au niveau des sinus sus-sphénoïdaux.
A uto/isic du cadavre d'un chien tué par l'insufflation de quelques bulles d'air dans la racine
jugulaire.
§ 274. Sous le rapport du ballonnement, de la putréfaction, de la couleur verte des parois abdominales, ce cadavre tient le milieu entre les deux précédents.
Appareil digestif.
§ 275. A l'exception des phénomènes purement cadavériques, rien d'anormal.
Appareil respiratoire et cœur.
§ 276. Le poumon droit est le siège d'une congestion hypostatique ; le gauche présente l'aspect orangé, uniforme, et la perméabilité qui caractérisent les poumons sains chez le chien. Les cavités droites du cœur sont fortement distendues ; elles contiennent un sang noir spumeux.
Appareil céphalo-rachidien.
§ 277. Le cerveau et la moelle épinière, à sa partie cervicale supérieure, ainsi que les enveloppes de ces centres nerveux, sont dans un état parfaitement normal; l'on n'y découvre ni lésion pathologique, ni altération cadavérique.
§ 278. L'autopsie de ces cadavres étant terminée, j'ai procédé à l'essai des propriétés toxiques de l'alcaloïde extrait des organes de G. Fougnies. J'ai fait trois expériences : deux sur des tarins, une sur un pigeon, en présence de M. le juge, et avec l'assistance des personnes mentionnées ci-dessus qui ont bien voulu encore me prêter leur concours.
Première expérience.
§ 279. La langue d'un tarin est touchée par un tube effilé et capillaire renfermant une petite quantité de cet alcaloïde. Au bout de quelques instants, l'oiseau secoue la tête et éprouve des convulsions tétaniques parfaitement semblables à celles observées sur les chiens tués à l'aide de la nicotine. 11 meurt au bout de deux minutes quarante-cinq secondes, en tombant sur \e côté droit .
Deuxième expérience.
g 280. Une gouttelette infiniment petite, telle qu'il est possible d'en obtenir avec un tube effilé et capillaire, est appliquée sur la langue d'un autre tarin. Immédiatement il secoue la tête, gagne des convulsions tétaniques, identiques à celles observées chez le chien, et meurt au bout de trente secondes, en tombant sur le flanc droit.
Troisième expérience.
% 28i. Une gouttelette est mise en contact avec la langue d'un pigeon assez vigoureux. Une partie du liquide est projetée au dehors par la
secousse que Tanimal imprime à la tête. Au bout de quelques secondes, il gagne des convulsions tétaniques, identiques à celles présentées par les chiens; il meurt au bout (l'une minute quinze secondes et tombe, comme les autres animaux, sur le coté droit.
§ 282. Immédiatement après la mort de ce pigeon, on procède à l'examen anatomique du cerveau et de la portion cervicale de la moelle épinière. Le centre nerveux encéphalique est normal; à la hauteur de la troisième vertèbre cervicale, et à la face antérieure de la moelle, existe une strie sanguine qui s'étend jusqu'à la moelle allongée.
§ 285. Pour pouvoir établir la comparaison entre les altérations présentées par les animaux et celles observées sur le cadavre de G. Fougnies, je joins ici un extrait du rapport médico-légal dressé, le 27 novembre 1850, par MM. Gosse, Marouzé et Zoude, chargés par M. le juge d'instruction, C. Heughebaert, d'en faire l'autopsie.