C. — Examen de l'estomac
* Examen physique.
§ 76. Il est dit au § 18 que l'estomac, après avoir été lavé deux fois à l'eau distillée, est examiné avec soin et ensuite introduit dans un flacon bouché à l'émeri, contenant un demi-litre environ d'alcool pur.
Voici le résultat de cet examen (^) :
Il est ouvert dans le sens de son grand diamètre, et étalé sur une très grande capsule de verre; la muqueuse est rouge, fortement injectée; dans le grand cul-de-sac et tout autour de l'ouverture pylorique, se trouvent de larges plaques livides, noirâtres, circonscrites, qui embrassent la membrane muqueuse et la musculeuse.
La tunique séreuse, rose dans toute son étendue, est recouverte de vaisseaux remplis d'une masse coagulée noire, qui ressemble entièrement à du sang traité par de l'acide sulfurique ou chlorhydrique concentré.
Ce fait s'observe bien en examinant l'estomac par transparence.
Du reste, cet organe n'offre ni ulcération, ni perforation.
Le duodénum, qui est examiné en même temps, est également excessivement rouge et fortement injecté. Il ne présente pas les plaques livides qu'on observe dans l'estomac.
(<) Cet examen a eu lieu le 27 novembre, vers trois heures de relevée, en présence de M. le juge d'instruction, immédiatement après la remise des pièces. G. Fougnies est mort le 20 ; il s'est donc passé sept jours entre cet examen et la mort. Je n'oserais pas affirmer que ce laps de temps ne soit pas sans influence sur les caractères cadavériques.
- 2iG —
Examen chimique de l'estomac. — Examen du liquide alcoolique dans lequel l'estomac a séjourné.
§ 77. Deux cent cinquante centimètres cubes du liquide dans lequel l'estomac a séjourné pendant vingt-cinq jours, sont décantés et remplacés par un égal volume d'alcool pur.
Le liquide décanté est trouble, rougeâtre, d'une odeur désagréable, animale et acide à la fois; il est acidulé par 2 grammes d'acide oxalique cristallisé et introduit dans une large capsule de porcelaine, dans laquelle il est évaporé jusqu'à consistance sirupeuse et sans le faire bouillir. Pendant l'évaporation, il se dégage une odeur sensible d'acide acétique (vinaigre). Le résidu est repris par la plus petite quantité d'eau possible et la solution est filtrée pour en séparer la matière grasse.
Le filtre est lavé à l'aide des eaux de lavage de la capsule. Le liquide obtenu est évaporé à son tour, et sans le faire bouillir jusqu'à consistance d'un sirop très concentré. Ce sirop est jaune, d'une odeur infecte; il est traité à plusieurs reprises par de l'alcool concentré qui en dissout une certaine quantité et laisse les matières animales indissoutes. La solution alcoolique claire est évaporée avec précaution jusqu'aux neuf dixièmes de son volume. Le résidu, à peine coloré, vivement acide, est introduit dans un flacon-éprouvette de 55 centimètres cubes de capacité et additionné de son volume d'une forte solution de potasse caustique. Le mélange alcalin est épuisé par l'éther; les solutions éthérées sont réunies dans un flacon-éprouvette et abandonnées au repos.
§ 78. Une partie de l'éther est décantée dans une petite capsule de verre et exposée à l'évaporation ordinaire à l'air libre. Elle laisse une matière huileuse, incolore, d'une odeur animale désagréable, piquante, et plus ou moins suffocante, d'une saveur brûlante, alcaline au tournesol. Le liquide est repris par de l'éther qui le dissout intégralement. La solution, versée dans un autre verre de montre, exposée à l'air, reproduit la même quantité
de liquide incolore, qui est immédiatement soumis au vide, au-dessus de l'acide sulfurique : après dix minutes d'évaporation dans le vide, le liquide est saturé d'acide sulfurique, et la solution du sulfate introduite dans un tube est décomposée par une solution de potasse caustique. Le mélange est épuisé par Téther, lequel reproduit, par l'évaporation à l'air libre, la matière huileuse, incolore, dépouillée de son odeur animale, mais douée de son odeur désagréable, piquante, irritante et de sa saveur brûlante. Elle présente, en un mot, toutes les propriétés de l'alcaloïde retiré du contenu de l'estomac même.
La matière huileuse, exposée au vide sec pour la dépouiller de l'éther qu'elle peut renfermer, est placée ensuite sous une petite cloche à côté d'un vase renfermant de l'acide sulfurique et dans lequel se trouvent quelques fragments de sel marin. Le gaz acide chlorhydrique qui se dégage de l'acide sulfurique se combine à la matière huileuse, alcaline, et transforme d'abord sa surface et ensuite le tout, en une masse blanche, formée d'aiguilles cristallines. Le verre retiré de dessous la cloche est exposé à l'air. La masse cristalline s'humecte immédiatement et se convertit en un liquide incolore, d'une saveur piquante de tabac. Ce liquide est additionné d'eau et la solution est mêlée de bichlorure de platine. Au bout de dix-huit minutes, le mélange dépose des petits cristaux d'un jaune foncé qui, en grossissant, finissent par se transformer en prismes rhomboïdaux quadrilatères, assez volumineux pour pouvoir être déterminés à l'œil nu.
§ 79. De ces faits, il résulte que l'alcool dans lequel a séjourné l'estomac renferme le même alcaloïde que le contenu de cet organe et que par conséquent le tissu de l'organe contenait cet alcali, malgré les deux lavages à l'eau que je lui avais fait subir, avant de le mettre en contact avec l'esprilde-vin.
§ 80. Je reviendrai plus loin sur le moyen employé pour isoler l'alcaloïde engagé dans cette combinaison,
D. — Langue.
Recherches faites dans le but de constater si la langue renferme le même alcaloïde
que le contenu de l'estomac.
a. Recherches faites sur le résidu de l'évaporation des eaux de lavage de la langue.
g 81. J'ai dit au § 6 que les eaux de lavage de la langue, évaporées au bain d'eau salée, ont laissé un résidu jaune pâle, possédant une acidité très prononcée. Ce résidu sec est dissous dans la plus petite quantité d'eau possible. La solution trouble est additionnée d'alcool anhydre jusqu'à ce qu'il ne se produise plus de précipité des matières organiques. L'alcool, après un repos suffisant, est décanté dans une petite capsule de porcelaine et évaporé à l'air libre. Il reste un résidu très légèrement jaunâtre, acide, d'une saveur piquante; ce résidu est dissous dans la plus petite quantité d'eau possible et la solution est introduite dans un petit flacon-éprouvette, et additionné de la moitié de son volume de solution forte d'oxyde de potassium pur; le mélange alcalin, jaune foncé d'abord, devient bientôt brun; il est agité avec deux fois son volume d'éther. Après un repos suffisant, une faible partie de l'éther est décantée dans un verre de montre et abandonnée à l'évaporation spontanée. Il fournit des stries huileuses, d'une odeur désagréable, piquante, d'une saveur acre, brûlante de tabac et qui bleuissent vivement le tournesol.
Le reste de l'éther est décanté dans un flacon-éprouvette bouché à l'émeri et réservé pour la constatation des propriétés chimiques.
b. Recherches faites sur le résidu provenant des décoctions du tissu de la langue.
§ 82. J'ai dit au § 9 que les décoctions du tissu de la langue soumises à l'évaporation ménagée ont fourni un résidu sec, acide, jaunâtre; cette matière est dissoute dans l'eau et la solution, trouble par des corps
insolubles qui y sont en suspension, est- filtrée et évaporée jusqu'à consistance sirupeuse. Le sirop acide est mélangé d'alcool jusqu'à ce qu'il ne précipite plus.
L'alcool, après un repos convenable, est décanté et soumis à l'évaporation lente. Le nouveau résidu est repris par la plus petite quantité d'eau possible et mêlé de son volume d'une forte solution de potasse caustique pure. Le mélange jaunit fortement, il est épuisé par l'éther; une petite partie de l'éther, décantée dans un verre de montre et abandonnée à l'évaporation spontanée, fournit des stries huileuses, alcalines, d'une odeur animale, piquante, désagréable et d'une saveur brûlante.
Le restant de l'éther est ajouté à celui provenant du traitement de l'eau de lavage de la langue (voir le § précédent).
c. Recherches faites sur l'alcool dans lequel ont séjourné la mâchoire, la langue, l'arrière-bouche et le larynx.
§ 85. L'alcool, préalablement acidulé par l'acide oxalique, est évaporé à une température de 40 à 50°. Il laisse un sirop jaune sur lequel nagent des matières grasses. Ce liquide est mêlé d'eau et jeté sur un filtre. La liqueur obtenue est évaporée jusqu'à consistance d'extrait et le résidu est traité par l'alcool anhydre, jusqu'à ce que celui-ci n'enlève plus rien à la matière animale qui est devenue insoluble. La solution alcoolique est abandonnée à une température de 40° à l'évaporation. Elle fournit un résidu légèrement jaunâtre, acide, qui est dissous dans la plus petite quantité d'eau possible. La solution, introduite dans un flacon-éprouvette, est additionnée de son volume d'une forte solution d'oxyde de potassium, et le mélange alcalin est épuisé par l'éther pur. Après le repos de l'éther, une partie en est décantée dans un verre de montre et exposée à l'évaporation spontanée. Elle laisse une quantité très notable de matière huileuse, incolore, d'une odeur à la fois animale, désagréable et piquaute, et d'une saveur acre et brûlante; elle est fortement alcaline.
§ 84. Le reste de l'éther est versé dans une capsule de verre dans laquelle
est également introduite la solution éthérée provenant du traitement du résidu des eaux de lavage de la langue (voir le § 81), et du traitement du résidu des décoctions d'une partie du tissu de la langue (voir le § 82). La solution éthérée est abandonnée à l'évaporation spontanée. Elle laisse autour de la capsule un anneau très notable d'une matière huileuse, incolore, qui découle ensuite sous forme de stries, et se réunit, enfin, à l'étal d'une très forte goutte huileuse au fond de la capsule.
Elle est exposée ainsi au vide, à la température ordinaire, au-dessus de l'acide sulfurique, pour en éliminer l'ammoniaque que la matière liquide pourrait retenir. Par suite des vapeurs qui se dégagent de la capsule, et dont l'acide sulfurique concentré s'empare, celui-ci se colore très sensiblement en jaune foncé, à la surface.
La capsule retirée du vide exhale une forte odeur animale, piquante, irritante, excessivement désagréable. Afin de dépouiller la matière liquide dé l'odeur animale, qui évidemment lui est étrangère, celle-ci est dissoute dans l'eau acidulée par de l'acide sulfurique. La solution ainsi que les eaux de lavage de la capsule sont introduites dans un flacon-éprouvette et additionnées d'oxyde de potassium. Le mélange, qui se colore faiblement en jaune, est vivement agité et épuisé ensuite par de l'éther.
§ 85. Après un repos convenable, une partie de l'éther est décantée dans un verre de montre et abandonnée à l'évaporation spontanée ; elle laisse quelques faibles stries huileuses, incolores, fortement alcalines, d'une odeur piquante, irritante, désagréable, mais nullement animale.
§ 86. Le verre de montre chauffé dégage des vapeurs qui bleuissent le papier rouge. Le papier bleui, exposé pendant un quart d'heure à l'action d'une chaleur de 150'', reprend sa couleur rouge primitive.
§ 87. Le restant de l'éther est versé dans une petite capsule de verre et abandonné à son tour à l'évaporation spontanée. Il fournit un petit anneau liquide incolore, qui découle sous forme de stries et se réunit au fond de la
capsule. Celle-ci est exposée pendant quelques instants dans le vide pour éliminer l'éther que la matière alcaline pourrait retenir.
Le résidu tout à fait incolore est ensuite dissous dans une petite quantité d'eau et la solution, ainsi que les eaux de lavage de la capsule qui sont limpides et incolores, à peine odorantes, sont introduites dans un petit flacon-éprouvette et employées aux recherches suivantes :
§ 88. Une partie du liquide versée dans un verre de montre est neutralisée par de l'acide chlorhydrique dilué ; la liqueur limpide est additionnée de deux gouttes de solution concentrée de bi-chlorure de platine. Le mélange, abandonné sous une cloche, dépose au bout de dix minutes des aiguilles fines, jaunâtres, qui se groupent en faisceaux. En soumettant la matière à l'examen microscopique, on reconnaît que ces aiguilles sont formées par des prismes rhomboïdaux; on aperçoit également des prismes rhomboïdaux quadrilatères isolés.
La liqueur dans laquelle nagent les cristaux est acidulée par de l'acide chlorhydrique et le mélange est soumis à l'action de la chaleur pour redissoudre la masse cristalline. La solution opérée, la liqueur est abandonnée à un refroidissement lent et en même temps à une évaporation lente ; elle laisse déposer, au bout de vingt-quatre heures, des prismes rhomboïdaux quadrilatères colorés en jaune foncé, qui, en grossissant, acquièrent une longueur de près de 1 millimètre. Leur couleur se fonce en même temps et devient orange foncé. Ces prismes sont complètement insolubles dans l'alcool et dans l'éther. L'eau chaude les dissout lentement en se colorant en jaune pur.
g 89. Une autre partie de la solution est versée goutte à goutte dans une solution aqueuse de bi-chlorure de mercure et produit un précipité caillebotté, blanc, qui est lavé à l'eau et redissous ensuite dans de l'acide chlorhydrique.
La liqueur obtenue, abandonnée à l'évaporation spontanée, fournit des. aiguilles blanches, fort longues, brillantes, solubles dans ralcool, à pehie
solubles dans Téther. Ces aiguilles, exposées à Tair pendant trois semaines, se colorent légèrement en rose.
§ 90. Une antre partie de la solution est parfaitement neutralisée par de l'acide oxalique dissous. Le verre de montre qui renferme le liquide est exposé au vide sec. Par l'évaporation, il reste une trace de matière huileuse, incolore, odorante, qui ne cristallise pas par son exposition dans le vide pendant trois jours. Au bout de ce temps, elle est dissoute dans deux gouttes d'eau; la solution est acide. Elle est exposée de nouveau au vide sec, et abandonne la même matière huileuse qui refuse de cristalliser par un séjour prolongé dans ce vide. Reprise par quelques gouttes d'eau acidulée par de l'acide oxalique et abandonnée à l'évaporation spontanée sous une cloche, elle fournit une masse cristalline blanche, inodore, dans laquelle on reconnaît, à l'aide du microscope, quelques lamelles plates carrées et surtout une végétation cristalline ressemblant à des feuilles de fougère.
La masse cristalline se dissout avec la plus grande facilité dans l'alcool. La solution alcoolique possède une saveur très piquante; l'éther la précipite en blanc. Le précipité bien lavé à l'éther, abandonné à l'air, se transforme en gouttelettes huileuses, qui, au bout de vingt-quatre heures, se prennent en petits mamelons cristallins dans lesquels on trouve, au microscope, des aiguilles très fines.
§ 91. Une autre partie de la solution, versée goutte à goutte dans du protochlorure de palladium dissous, donne naissance à un précipité couleur puce, qui disparaît par l'addition d'une nouvelle quantité du précipitant. Il en résulte ainsi un liquide incolore, lequel neutralisé par de l'acide chlorhydrique se transforme en une liqueur d'un rouge de sang. Celle-ci est additionnée de deux gouttes de solution de protochlorure de palladium et abandonnée à elle-même; au bout de cinq heures, elle fournit des prismes très volumineux; je dis volumineux par rapport à la trace de matière alcaline employée.
^ 92. Une autre partie de la solution est versée goutte à goutte dans du
chlorure de cobalt dissous, et produit un précipité couJeur de lavande, insoluble dans un excès de précipitant. Le liquide, qui bleuit le papier rouge, est neutralisé par de l'acide chlorhydrique dilué; le précipité se redissous en même temps et la solution se colore en rouge; abandonnée à l'évaporation spontanée, elle se transforme en un sirop d'un bleu verdàtre qui cristallise après en prismes aplatis d'un bleu verdàtre. Ces cristaux, redissous dans l'eau, produisent un liquide rouge qui fournit de nouveau, par l'évaporation à l'air libre, les mêmes prismes bleus.
§ 926ts. Une autre partie de la solution est saturée d'acide chlorhydrique et la solution est versée goutte à goutte dans une solution de bi-iodure de potassium. Il se forme ainsi un précipité couleur de kermès qui se réunit au bout de quelques minutes en de très faibles gouttelettes huileuses, transparentes au microscope, tellement intensément colorées en rouge, qu'elles paraissent noires. Ces gouttelettes, lavées à l'eau, se prennent lente- ^ment en de petits mamelons cristallins, formés de très fines aiguilles qui présentent un aspect métallique, et qui donnent une poudre d'un rouge vif, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool^ qu'elle colore en rouge de sang, et soluble dans l'étber, qu'elle colore en orange. La solution éthérée abandonne, par l'évaporation spontanée, la matière sous forme d'un enduit rouge de sang.
§ 95. // résulte de ces faits que la langue, l'arrière- bouche, etc.^ renferment à Fétat de sel acide le même alcaloïde que les membranes de l'estomac et du contenu de cet organe.
§ 94. Je reviendrai plus loin sur le moyen que j'ai employé pour retirer l'alcaloïde engagé dans ces combinaisons.
E. — Examen du contenu du bocal C portant pour étiquette :