‹ OEuvres complètesChapitre 12 sur 124 · QUESTIONS. RÉPONSES · texte numérisé non relu

QUESTIONS. RÉPONSES

« Rechercher et constater à l'aide de l'analyse chimique sur les matières cadavériques extraites du cadavre de Gustave Fouguies :

1° « S'il y a eu, chez le défunt, inges- 1° D'après les résultats nombreux et tion d'une substance vénéneuse ou morbi- incontestables fournis par l'analyse chifîque quelconque. » mique des organes de Gustave Fougnies,

' ■ ■ je conclus qu'il y a eu chez le défunt

ingestion de matières vénéneuses.

2" « De quelle natui'e était cette substance. » '

3" « Notamment si ce n'était pas de l'acide sulfurique. »

4" « En quelle quantité elle aurait été ingérée. »

5" « Si elle n'était pas mélangée à un autre liquide au moment de l'ingestion. »

6° « Si la couleur noire de la lèvre inférieure (la supérieure étant de la même couleur), de la langue, de toute la muqueuse buccale, de l 'arriére-bouche et du pharynx, n'était pas due au passage d'un acide quelconque, notamment le sulfurique. »

2° Ces matières sont : l** rie la nicotine , alcali organique existant dans le tabac, et un des [)oisons les plus violents connus; 2° du vinaigre.

3" Il n'y a pas eu ingestion d'acide sulfurique.

4° Il m'est impossible d'indiquer en quelle quantité la nicotine et le vinaigre ont été ingérés; mais j'affirme que la quantité de nicotine que j'ai extraite de la moitié des oi^anes de Gustave Fougnies, est plus que suffisante pour tuer l'homme le plus vigoureux.

5° La gravité des lésions observées dans les organes du défunt ne s'expliquent qu'en admettant que la nicotine a été administrée sans être mélangée à un autre liquide.

6° Les altérations que présentent les organes du défunt coïncident avec celles qu'on observe sur les animaux empoisonnés par une dose ènonne de nicotine.

Toutefois, la présence du vinaigre a dû apporter quelques modifications dans la nature de ces altérations. Je vais m'expliquer sur chacun de ces points.

Les expériences faites à l'aide d'une quantité minime de l'alcaloïde orçanique extrait des orçanes de G. Fougnies, sur deux tarins et un pigeon, expériences dont j'ai exposé les résultats dans le corps du rapport (voir §§ 278 à 281), ne peuvent laisser de doute, dans l'esprit le plus sceptique, sur la présence, dans ces organes, d'un poison d'une violence excessive, puisqu'il tue par le simple contact, et d'une manière foudroj'^ante.

Il s'agit donc seulement de démont rei' que ce poison est de la nicotine.

Pour arriver à ce résultat, il suffit de comparer : 1° les propriétés physiques et

chimiques de ces deux matières; 2" les altérations organiques que présentent les animaux tués par la nicotine et celles observées sur les organes de Gustave Fougnies.

Le tableau ci-joint, renfermant la comparaison des propriétés physiques et chimiques des deux substances, prouve leur identité complète, absolue, sous ce rapport.

Reste donc à démontrer la similitude des altérations organiques produites par la nicotine et par le poison.

Ce problème est complexe. Les organes de Gustave Fougnies contiennent, outre la nicotine, une certaine quantité de vinaigre, qui, étant doué d'autres propriétés, je dirai presque antagonistes de celles de la nicotine, doit modifier, jus(iu'à un certain point, l'aspect des tissus qui ont subi l'action du premier poison. Les propriétés chimi([ues de la nicotine, en effet, sont celles d'un caustique alcalin, qui ramollit les tissus en les détruisant, tandis que les propriétés du vinaigre sont celles d'un acide dilué qui resserre plutôt les tissus ramollis par l'action cautérisante des alcalis.

Quoi qu'il en soit, en comparant les résultats des expériences que j'ai faites sur les chiens, à l'aide de la nicotine, à ceux consignés dans le rapport d'autopsie du cadavre de Gustave Fougnies, dressé par MM. Gosse, Marouzé et Zpude, et en tenant compte des modifications dues à la présence du vinaigre, j'arrive à cette conséquence, que les altérations organiques sont semblables.

Ainsi, mêmes lésions du côté de la langue, de la cavité buccale, du pharynx, de l'estomac et des organes respiratoires

(voir du reste aux §§ A, B, G du iapi>ort).

En terminant, je crois devoir ajouter que, d'à pi'és l'examen scrupuleux du rapport d'autopsie de Gustave Fougnios, uies propres observations, et surtout l'altération profonde de la moitié droite de la face supérieure de la langue (voir le dessin ci-joint), me font penser que l'ingestion de ces deux matières a eu lieu dans l'ordre et de la manière suivants : la nicotine a été ingérée, en preuiier lieu; lors de cette ingestion, Gustave Fougnies était couché sur le dos, la tête tournée du côté droit. Immédiatement après, dos convulsions tétaniques ont dû survenir et continuer jusqu'à la mort qui a suivi de bien près l'administration du poison. Pendant ces convulsions, la langue a été prise entre deux dents, ce qui explique l'empreinte profonde de deux dents observée sur la face supérieure et gauche de cet organe.

Le vinaigre a été administré quand la vie était déjà éteinte, et lorsque le poison avait produit toute son action cautérisante sur les tissus avec lesquels il a été mis en contact.

Je ne pense pas qu'il m'appartienne de m'expliquer sur les raisons pour lesquelles ce vinaigre a été administré.

Réquisitoire du 2 décembre 1850. — N" 2.

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