‹ OEuvres complètesChapitre 13 sur 124 · QUESTIONS. RÉPONSES · texte numérisé non relu

QUESTIONS. RÉPONSES

« Rechei'cher, dans les objets suivants, s'il n'en est point qui portent soit des empreintes d'acide quelconque, soit de substance vénéneuse quelconque, soit même de sang : »

« Un gilet de flanelle, ayant appartenu Ce gilet présente des taches qui doivent à Gustave Fougnies. » résulter de l'application d'un caustique

« Sept bouts de planches en chêne, qui ont été sciées et détachées du parquet de la salle à manger du château des époux de Bocarmé à Bury, par la raison que ces planches, bien qu'ayant subi plusieurs lavages, paraissent néanmoins accuser des empreintes de sang. »

liquide. Le lavage qu'on lui a fait subir a enlevé cette matière ; cette matière n'était pas de la nicotine.

Les sept bouts de planches qui ont été sciées et détachées du parquet de la salle à manger du château de Bitremont, me semblent provenir de deux parties différentes de ce parquet. Les planches cotées n"' 1, 2, 3 et 4 paraissent appartenir à une partie de ce parquet, et les planches cotées n"^ 5, 6 et 7 semblent appartenir à une autre partie.

Les planches cotées n°* 1,2,3 et 4 ont été entièrem^ent lavées à Veau de savon. La planche cotée n'' 2 présente des taches irréfragables de sang. Les planches cotées tl"^ i, 2 et 4 renferment une quantité très notable du même alcaloïde volatil que celui extrait des organes de Gustave Fougnies.

Les planches cotées n°^ 5, 6 et 7 n'ont été que partiellement lavées. La planche cotée n*' 7 renferme, dans le creux formé par un nœud du bois, une certaine quantité d'huile fixe qui paraît être de l'huile de navette. Les planches cotées 6 et 7 contiennent également de la nicotine.

Enfin, SafTirme que la plupart des taches que présentent les planches cotées n"^ 1, 2, 4, 6 et 7 sont dues à de la nicotine qui a été très abondamment répandue sur le parquet; j'affirme en outre que quelques-unes de ces taches sont le résultat du sang qui y est tombé.

Réquisiloire du 7 décembre 1850,

QUESTION

« Rechercher et constater si un vieux pantalon en étoffe brune, à lignes, appar-

REPONSE

Le pantalon de François de Blicquy, qui a été partiellement lavé, présente incon-

tenant au nommé Framjois De Blicciuy, journalier à Bury, porte des marques, taches, brûlures ou traces quelconques produites par un acide, une substance vénéneuse ou ingrédient chimique; vérifier, enfin, la nature desdits acides, substances ou ingrédients chimiques. »

testablement des trous de brûlures produits par un acide; des taches provenant les unes de l'action d'un acide minéral, l'acide sulfurique ou chlorhydrique, les autres provenant de l'action d'une solution d'un alcali caustique, la potasse ou la soude. Ce pantalon porte, endn, tk'^ taches plus ou moins épaisses collantes, dues à une substance qui répand l'odeur du tabac et qui retifermc rcne quantité notable de nicotine. Il est excessivement probable, sinon certain, que la substance de ces taches est de l'extrait aqueux du tabac.

Je dois ajouter ([ueje n'ai pas le moindre doute sur ce que Fran(^ois De Blicquy a manié des agents chimiques (acides et alcalis) quand il a porté ce pantalon.

Héqimiloire du iO di'cemhre 1850.

QUESTION

« Rechercher et constater si deux chats et deux canards, ou l'un de ces animaux, n'a pas succombé par suite d'ingestion de substance vénéneuse, et quelle a pu être cette substance. »

REPONSE

L'état de profonde altération de ces animaux ne m'a pas permis de les examiner tous- les quatre. J'ai procédé, seulement sur un chat, à la recherche de l'alcaloïde que j'avais découvert dans les oi^anes de Gustave Fougnies.

Le résultat de ces recherches est que le cadavre de cet animal contient une quantité infiniment petite d'un alcato/'de volatil. Les propriétés que je suis parvenu à constater à l'aide de cette mininw. quantité, sont insu//isantes pour pouvoir en déduire que cet alcaloïde est identique avec celui extrait des oi^anes do Gustave Fougnies. Cependant je suis obligé do déclarer que l' identité de ces deux matières me parait probable. Quoi qu'il en soit de cette identité, il est un fait certain

que cet alcaloïde a dû être donne au chat, parce qu'il ne se produit pas par la putréfaction des alcaloïdes liquides et volatils. Je raisonne ici d'après l'état actuel de nos connaissances sur la formation des alcalis organiques.

Réquisitoire du 1 janvier 1851.

QUESTION

« Rechercher et constater si, à l'aide de deux qualités de tabac, saisies en la demeure d'Armand Wuibaud, chasseur du prévenu comte Hippolyte Visart de Bocarmé-Fougnies, on peut produire le poison découvert dans le corps de feu Gustave Fougnies. »

REPONSE

Ces deux qualités de tabac renferment une quantité très notable de nicotine.

Elles peuvent donc servir, toutes les deux, à l'extraction du poison découvert dans les organes de Gustave Fougnies.

C'est à l'aide d'une de ces qualités (le tabac exotique) qu'on est dans l'habitude, dans les laboratoires de chimie, d'extraire la nicotine.

Réquisitoire du i^ janvier 1851.

QUESTIONS

1° Rechercher « si le vinaigre contenu dans une bouteille saisie au château de Bitremont, a pu produire une des matières trouvées dans le corps de Gustave

Fougnies ».

REPONSES

1° Le vinaigre saisi au château de Bitremont/a pu évidemment fournir l'acide acétique découvert dans les organes de Gustave Fougnies, mais il n'a pu fournir la nicotine, puisqu'il n'en renferme pas.

D'après le résultat des expériences faites à l'aide de la nicotine (voir aux §§ 262 et 271), il est constant que le vinaigre change l'aspect que prend la langue qui a été soumise à l'influence caustique de la nicolin3. Sous cette infliience, cet organe acquiert d'abord une teinte violacée; à l'autopsie, faite quarante- huit heures après la mort, on voit la base excessivement rouge, tandis que le vinaigre, appli-

2" « Rechercher si les taches que l'on remarque sur trois morceaux de bois cotés n"^ 118, 119 et 120, et saisis au château de Bitremont, sont bien du sang et (lu smiq humain. »

que sur cet organe immédiatement après la mort du chien, fait disparaitre instantanément la couleur violacée et qu'à l'autopsie faite quarante-huit heures après la mort, la langue au lieu d'être rouge est grisâtre, livide. Or, c'est dans cet état que les médecins légistes, MM. Gosse, Marouzé et Zoude, ont trouvé la langue de Gustave Fougnies, à l'autopsie qu'ils ont faite de son cadavre, quarante-huit heures après sa mort; c'est dans cet état aussi que moi-même j'ai trouvé cet organe, quand la justice m'a confié ses restes pour y rechercher l'existence d'une matière vénéneuse.

2" Les taches que présentent ces trois fragments de bois sont dues à du sang. Dans l'état actuel de nos connaissances, il est impossible de décider si ces taches de sang proviennent de l'homme ou d'un autre animal.

Ces taches ont été faites par le frottement à l'aide d'un corps mou, ensanglanUL

Réquisitoire du \Q janvier 1851.

QUESTION

« Procéder sur un foie humain, provenant d'un individu mort à l'hôpital Saint- Pierre, à Bruxelles, aux mêmes opérations et expériences chimiques que celles auxquelles je me suis livré en opérant sur les organes provenant du cadavre de Gustave Fougnies, et en constater le résultat. »

REPONSE

Le foie de l'individu mort à l'hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, soumis aux mêmes opérations que celles à l'aide desquelles j'ai découvert dans le foie de Gustave Fougnies un alcaloïde volatil, nerrCa fourni aucune trace de cet alcaloïde.

Hèquisitoire du \H janvier 1851.

QUESTION

« Procéder sur des poumons provenant d'un individu mortà l'hôpital Saint-Pierre, â Bruxelles, aux mêmes expériences chimiques que celles auxquelles je me suis livré, en opérant sur les organes provenant du cadavre de Gustave Fougnies, et en constater le résultat. »

REPONSE

Les poumons de l'individu mort à l'hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, soumis aux mômes opérations que celles â l'aide desquel les j'ai découvert dans les poumons de Gustave Fougnies un alcaloïde volatil, ne in' ont fourni aucune trace de cet alcaloïde.

Rêijuisitoire du 27 fécrier 1851.

QUESTION

« Rechercher et constater, â l'aide d'expériences faites en présence de M. le juge d'instruction, si la nicotine produit, sur le corps des animaux, les mêmes phénomènes que ceux observés sur les parties de Gustave Fougnies. »

REPONSE

En tenant compte des modifications apportées par l'ingestion du vinaigre, les phénomènes pathologiques ou organiques observés sur les chiens tués par une dose considérable de nicotine, sont les mêmes que ceux constatés sur les organes de Gustave Fougnies.

Dans les réponses aux réquisitoires des 27 novembre 1850 et 14 janvier 1851, je me suis suffisamment expliqué à cet égard, pour que je croie inutile d'entrer ici dans de nouveaux développements.

Fait à Bruxelles, le 7 avril 1851.

(Signe) J.-S. Stas.

AiNNExii AU Rapport.

Tableau des propriétés de la nicotine comparées à celles de l'alcaloïde erlrait des organes de G. Fougnies.

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