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DE NICOTINE

Tableau des caractères d'une solufion.

DE PICOLINE (2), DE PETININE (3).

Incolore , transparente , fortement alcaline.

Elle agit sur plusieurs réactifs, comme l'ammoniaque.

Elle précipite en blanc le bi-chlorure de mercure.

Elle précipite en jaune serin le bi-chlorure de platine ; ce précipité est solubie dans l'eau (la couleur du chloro-platinate de nicotine dépend de la concentration du liquide, elle peut varier du jaune serin au rouge orangé). (Stas.)

Elle précipite en bleu l'acétate de bi- oxyde de cuivre ; le précipité gélatineux est soluble dans un excès de nicotine, en formant un acétate double bleu, comme le fait l'ammoniaque avec le même sel.

Elle précipite l'acide tannique pur.

Incolore , transparente , fortement alcaline.

Elle agit comme l'ammoniaque.

Elle précipite en blanc le bi-chlorure de naercure.

Elle précipite en jaune orangé le bi-chlorure de platine; le précipité est soluble dans l'eau.

Elle précipite en bleu l'acétate de bi- oxyde de cuivre; le précipité gélatineux est soluble dans un excès de picoline en produisant un liquide bleu.

D'ailleurs, M. Stenhouse déclare que tous les alcaloïdes provenant de l'action de la chaleur, ou de l'action combinée de la chaleur et de la potasse, précipitent les sels de cuivre et qu'un excès redissout le précipité en produisant un liquide bleu.

Elle précipite l'acide tannique pur.

(1) D'après M. Orfila.

(2; D'après MM. Andersen et Stenhouse.

(S) D'après M. Andersen.

Incolore , transpa rente , fortement alcaline.

Elle agit comme l'ammoniaque.

Elle précipite en blanc le bi-chlorure de mercure.

Elle précipite en jaune le bi-chlorure de platine; le précipité est soluble dans l'eau.

Elle précipite l'acétate de bi-oxyde de cuivre; le précipité est soluble dans un excès de pétinine en produisant un liquide bleu.

Elle précipite l'acide tannique pur.

De ce tableau, il résulte, sans contestation aucune, que des solutions de nicotine, de picoline et de pétinine présentent, par rapport aux corps avec lesquels elles ont été mises en contact, les mêmes phénomènes; aussi les réactions, telles qu'elles sont exposées, du moins, dans les mémoires de M. Oriila, ne prouvent qu'une seule chose, c'est la présence d'un alcali dissous dans l'eau.

Aux propriétés que je viens de citer, M. Oriila joint, à la vérité, l'odeur de la nicotine. Mais dans les circonstances où s'est placé notre confrère, cette odeur est-elle bien caractéristique pour conclure à la nicotine? Évidemment non, et la preuve s'en trouve dans mes propres recherches. Quand j'ai retiré pour la première fois la nicotine du contenu de l'estomac de Fougnies, je l'ai prise pour de la conicine; M. Melsens y a été trompé comme moi. Toutes les fois que j'ai isolé la nicotine, son odeur a été d'abord masquée par un mélange d'odeur animale plus ou moins désagréable. Pour s'en convaincre, il suffit de lire les g§ 32, 53, 78, 82, 84, 99 et 109 de mon rapport. Cette odeur animale varie d'intensité suivant que l'on a traité des matières plus ou moins altérées. M. Orfila lui-même ne dit-il pas avoir observé que dans une circonstance l'odeur de la nicotine (•) était primée par une odeur très prononcée de hareng saure; et cependant, M. Oifila n'avait eu recours ni à l'action de la potasse, ni à celle de la chaleur, agents qui, lorsqu'ils agissent simultanément, communiquent aux matières animales une odeur propre et dont l'alcaloïde qu'on en retire participe toujours plus ou moins. Aussi je ne crains pas d'avancer que de la nicotine qui a été mêlée à des matières cadavériques présente toujours, quel que soit le procédé dont on s'est servi pour la retirer, une odeur autre que celle que ce corps possède par lui-même. Aussi dans mes recherches pour enlever à la nicotine obtenue son odeur aminale étrangère, j'ai été obligé de lui faire subir un nouveau traitement. (Voir aux §§ 38, 78, 100 et 109 de mon rapport.)

Si maintenant j'ajoute à cela que l'odeur de la picoline et de la pétinine

(') Page 16, Mémoire des Annales iChygiène, etc.

est piquante, désagréable, que leur saveur est acre et brûlante, propriétés qui lui sont communes avec la nicotine, je puis conclure tout aussi bien à l'existence de la picoline ou de la pélinine, dans les produits de M. Orfila, qu'à celle de la nicotine.

Cependant, ce sont les réactions si imparfaites, si insuffisantes, que je viens de citer tantôt; c'est l'odeur de l'alcaloïde retiré directement des matières animales qui servent à M. Orfila pour en déduire qu'il a retiré de la nicotine des organes des animaux auxquels il en avait administré. Le passage suivant de son mémoire, inséré dans les Annales dliygiène publique, etc., page 17, le prouve à l'évidence; il s'agit de l'extraction de la nicotine de la matière du foie d'un chien auquel M. Orfila avait ajouté de la nicotine : « Le liquide, dit-il, condensé dans le ballon renfermait de la nicotine. En effet, lorsque, après l'avoir concentré par l'évaporation au bain-marie (! !), dans une petite capsule de porcelaine, je faisais agir sur lui un papier rougi de tournesol, du chlorure de platine, du bi-chlorure de mercure, de l'acétate de cuivre et de l'acide tannique, j'obtenais toutes les réactions de la nicotine; d'ailleurs, en chauffant à feu nu une portion de ce liquide, je ne tardais pas à le réduire en vapeurs qui exhalaient l'odeur si caractéristique de la nicotine. »

D'après ce qui précède, je pense être en droit de dire que M. Orfila n'a pas prouvé qu'il a retiré de la nicotine des matières qui en renfermaient. Pour convaincre les chimistes de l'existence de la nicotine dans la solution qu'il a obtenue, M. Orfila aurait dû entrer plus avant dans les phénomènes de réactions indiquées plus haut; ainsi, pour prouver que c'est de la nicotine et non pas de la picoline ou de la pétinine, il aurait dû démontrer que le chlorure double de platine et de l'alcaloïde est insoluble dans l'alcool (^). Le chloro-platinate de picoline et de pétinine sont solubles dans ce corps.

(^) J'ai eu soin de constater ces caractères quand j'ai étudié ralcaloïde retiré des organes de Fougnies et que j'ai voulu établir son individualité par des propriétés différentielles. (Voir au § 19 de mon rapport.)

M. Orfila aurait dû rechercher la forme géométrique du chlorure double, parce que la nicotine n'en possède pas. Il aurait dû démontrer que le précipité produit par le bi-chlorure de mercure est insoluble dans l'eau. Les chloro-hydrargyrates de pétinineet de picoline sont solubles dans l'eau et même dans l'alcool.

Pour achever la démonstration, M. Orfila aurait dû faire quelques sels, étudier leurs caractères et prouver leur insolubililé dans l'éther. De l'ensemble de ces propriétés, il nurait pu conclure, sans qu'on puisse lui présenter d'objection sérieuse, qu'il avait réellement obtenu de la nicotine. Mais il n'a rien fait de tout cela. La raison en est bien simple; notre confrère n'a pas l'habitude de mettre plus de soin dans ses travaux chimiques; ils portent tous l'empreinte profonde de ce défaut, et pour ma part je n'en connais aucun qui présente assez de précision pour inspirer de la confiance et assurer l'exactitude de ses recherches. Je ne dis rien de neuf ici pour les chimistes, car, sous ce rapport, notre confrère est jugé depuis bien longtemps; et s'il trouvait ce jugement trop sévère, je l'engagerais à consulter sur ce point M. Regnault ou même son collègue de la faculté de médecine de Paris, M. Dumas, ou bien M. Liebig. J'ai tout lieu de croire que l'avis de ces illustres chimistes serait conforme à celui que je viens d'émettre.

Pour en finir avec cette appréciation et pour démontrer une fois pour toutes la vérité de ce que j'avance concernant le manque de précision et l'insuffisance des travaux chimiques de notre confrère, je vais examiner quelque autre travail ; je serai bref.

Page 25 du Mémoire sur la nicotine, inséré dans les Annales (fliiigiène publique, etc., je lis : « Dès l'année 1830, nous avions trouvé, M. I^esueur et moi (voy. la quatrième édition de ma Médecine légale, article exiilmvtions juridiques), que l'on décèle la morphine, la strychnine et la brucine, plusieurs mois après le mélange de ces alcalis avec des organes qui avaient fini par être pourris outre mesure, etc. » Or, voici comment M. Orfila a constaté ce fait pour la strychnine; je transcris textuellement ce passage

de la Médecine légale, quatrième édition, tome III, deuxième partie, pages 779 et 780 : « Le 11 mai 1827, on mit dans un bocal à large ouverture, exposé à l'air, et contenant des intestins, 50 centigrammes d'acétate de strychnine dissous dans un litre et demi d'eau. Le 8 août suivant, le mélange exhalait une odeur infecte : la liqueur fut filtrée et évaporée jusqu'à siccité ; le produit de l'évaporation, traité par l'alcool et décoloré par le charbon animal, évaporé de nouveau, fournit un résidu jaunâtre qui devenait d'un très beau rouge par l'acide azotique, et qui était d'une amertume insupportable, analogue à celle des sels de strychnine. » Et immédiatement il ajoute : « li m'a donc été possible de reconnaître un sel de strychnine plusieurs mois après qu'il avait été mêlé avec des matières animales, même lorsque le mélange avait été en contact avec l'air. »

Je ne connais aucune recherche chimique que l'on puisse comparer à celle-là. En effet, M. Orfila reconnaît et constate la présence de la strychnine par un caractère que cet alcaloïde n'offre pas. Lui-même il s'est aperçu de l'énormité de la chose; car, dans une note mise au passage que je viens de citer, il ajoute : « J'ai dit que la strychnine pure ne rougit pas par de l'acide azotique, mais il est difficile (^) de l'obtenir telle, en sorte que presque tous les sels de strychnine du commerce deviennent rouges par leur contact avec cet acide. »

Mais en supposant lexactitude de ce fait, depuis quand constate-t-on l'existence d'un corps par les caractères des impuretés que ce corps peut accidentellement renfermer? Comment aussi, dans des expériences qui

(1) Il n'y a aucune difficulté d'obtenir de la strychnine pure ou un sel de strychnine privé de la faculté de rougir par l'acide azotique; il suffit, en effet, de dissoudre la strychnine impure ou un de ses sels dans un excès d'acide tartrique, et de précipiter par du bi-carbonate de soude. Toute la strychnine se dépose sous la forme d'aiguilles prismatiques, quadrilatères et terminées par des pyramides aplaties et à quatre pans. Cette strychnine dissoute dans l'alcool se dépose souvent sous forme d'octaèdres réguliers, transparents et fort brillants. La brucine qui communiquait à la strychnine la faculté de rougir reste en solution, parce qu'un bi-carbonate ne peut précipiter cet alcaloïde quand il est combiné à un excès d'acide tartrique.

doivent servir à éclairer la médecine légale, emploie-t-on, par exemple, de la strychnine impure et dont les impuretés surtout impriment à celle-ci des caractères qui peuvent la faire confondre avec la brucine, qui possède d'ailleurs presque toutes les propriétés du premier alcaloïde? Je ferai remarquer maintenant que M. Orfila dit que, dans le cas d'empoisonnement par la strychnine, les phénomènes de coloration ne suffisent pas pour établir l'existence du poison; et que, dans cette circonstance, il faut isoler la strychnine ou ses sels de manière qu'on puisse constater tous les caractères. Mais, d'après cela, n'est-on pas autorisé à demandera M. Orfila: Pourquoi, dans des expériences d'exhumations juridiques, établissez-vous l'existence de la strychnine sur des phénomènes de coloration qui n'appar-s tiennent même pas à cet alcaloïde? Pourquoi, avant de conclure, n'isolezvous pas la strychnine pour en constater tous les caractères?

Sur ce dernier point, je vais répondre pour lui. Un travail de ce genre est long, minutieux et parfois très difficile, et M. Orfila veut aller vite, très vite, il est pressé de jouir. Que notre confrère ne s'y méprenne pas; en agissant de la sorte, on produit des œuvres qui ne restent même pas le temps qu'il a fallu pour les faire.

J'en resterai là, sauf à reprendre un autre jour ce sujet, si notre confrère trouvait que j'ai été trop sévère dans l'appréciation de ses travaux.

CONSIDÉRATIONS SUR UNE MÉTHODE GÉNÉRALE PROPRE A DÉGELER LES ALCALIS ORGANIQUES DANS LE CAS d'eMPOISONNEMENT.

Quoi qu'en aient dit certains auteurs, il est possible de découvrir au sein d'un liquide suspect tous les alcaloïdes, quel que soit leur état. J'ai, même la conviction profonde que tout chimiste bien au courant de l'analyse parviendra non seulement à déceler leur présence, mais même à déterminer la nature de celui qu'il aura découvert, bien entendu quand, cet alcaloïde rentrera dans la classe des corps dont l'étude a été convenabie-

ment faite. Ainsi on pourra découvrir la conicine, la nicotine, l'aniline, la picoline, la pétinine, la morphine, la codéine, la narcotine, la strychnine, la brucine, la vératrine, la colchicine, la delphine, l'émétine, la solanine, l'aconitine, l'atropine, l'hyoscyamine.

Je ne prétends pas que l'étude chimique de tous ces alcaloïdes soit assez bien faite, pour que l'expert qui décèle un d'eux, le reconnaisse immédiatement et affirme que c'est tel alcali et non pas tel autre. Cependant, pour ceux-là mêmes qu'il ne parviendra pas à déterminer, à spécifier d'une manière certaine, il pourra dire qu'il appartient à telle famille de végétaux, les solanées, par exemple. Pour un cas d'empoisonnement par ces matières, ce sera déjà beaucoup.

Le procédé que je propose pour rechercher les alcaloïdes dans les matières suspectes, est à peu près le moyen employé pour extraire ces corps des végétaux qui les renferment. La seule différence consiste dans le mode de les mettre en liberté et de les présenter au dissolvant.

On sait que les alcalis forment des sels acides, qui sont en même temps solubles dans l'eau et dans l'alcool ; on sait aussi qu'une solution de ces sels acides est susceptible d'être décomposée, de manière que la base mise en liberté reste momentanément, ou d'une manière permanente, en solution dans le liquide. J'ai observé que tous les alcaloïdes solides et fixes que f indique plus haut, maintenus à l'état de liberté et de solution dans un liquide, peuvent être enlevés par l'étlier, quand ce dernier corps est en quantité suffisante.

Ainsi, pour retirer un alcaloïde d'une matière suspecte, le seul problème à résoudre consiste à éliminer, à l'aide de moyens simples, les substances étrangères, et à trouver ensuite une base qui, tout en rendant l'alcaloïde libre, le maintienne en solution, pour que l'éther puisse l'enlever à celle-ci.

L'intervention successive de l'eau et de l'alcool à différents états de concentration suffit pour séparer les matières étrangères et obtenir sous un petit volume une solution dans laquelle l'alcaloïde doit se trouver.

Les bi-carbonates de potasse ou de soude, ou ces alcalis à l'état caus-

tique, sont les bases convenables pour mettre les alcaloïdes en liberté, tout en les conservant en solution, surtout si ces derniers corps ont été combinés à un excès d'acide tartrique et même d'acide oxalique.

Pour éliminer des matières suspectes les substances étrangères, animales ou autres, on a généralement recours à l'action de l'acétate iribasique de plomb; on précipite ensuite le plomb par un courant d'acide sulfhydrique. Comme je l'ai reconnu à plusieurs reprises, cette manière de procéder a plusieurs inconvénients et même très graves. D'abord il s'en faut de beaucoup que l'acétate tribasique de plomb, versé même en très grand excès, précipite toutes les matières étrangères; ensuite l'acide suifhydrique qui sert à éliminer le plomb reste en combinaison avec certaines matières organiques qui deviennent ainsi extraordinairement altérables par l'action de l'air et d'une chaleur même très faible; de manière que les liquides animaux qui ont été précipités par l'acétate tribasique de plomb, et dont on a séparé ensuite le plomb par l'acide sulfhydrique, se colorent rapidement à l'air, et exhalent en même temps une odeur infecte qui adhère avec une ténacité extrême aux matières qu'on retire ensuite de ces liquides.

L'emploi d'un sel de plomb présente un autre inconvénient : c'est celui d'introduire dans des matières suspectes des métaux étrangers, de sorte que cette portion de matière suspecte est ainsi perdue pour la recherche de substances minérales. L'emploi successif et combiné de Teau et de l'alcool à différents états de concentration permet d'aller à la recherche des substances minérales, quelle que soit leur nature; de sorte que rien n'est compromis, ce qui est un immense avantage quand on se trouve devant l'inconnu.

Il est à peine nécessaire de dire que, dans les recherches médico-légales sur les alcaloïdes, on ne doit pas avoir recours à l'emploi du charbon animal pour décolorer les liquides, parce qu'on s'expose à perdre tout l'alcaloïde contenu dans la matière suspecte, il est généralement reconnu

que le charbon condense ces matières en même temps qu'il fixe les matières colorantes et odorantes.

Les considérations qui précèdent ne proviennent pas uniquement d'idées spéculatives, mais sont le résultat d'une assez longue expérimentation à laquelle je me suis livré à plusieurs reprises pour découvrir les alcalis organiques.

Pour mettre en pratique les principes que je viens d'exposer, voici comment je propose d'aborder l'analyse :

Je suppose d'abord qu'il s'agisse de rechercher un alcaloïde dans le contenu de l'estomac ou des intestins : on commence par additionner ces matières avec le double de leur poids d'alcool pur et le plus concentré possible (^); on ajoute ensuite, suivant la quantité et l'état de la matière suspecte, 1/2 à 2 grammes d'acide tarlrique ou d'acide oxalique, mais de préférence de l'acide tarlrique; on introduit le mélange dans un ballon et on chauffe jusqu'à 70 ou 75°. Après le refroidissement complet, on jette le tout sur un filtre de papier Berzélius, on lave le produit insoluble à l'aide de l'alcool concentré, on évapore ensuite le liquide filtré dans le vide, ou, si on n'a pas de machine pneumatique à sa disposition, on abandonne le liquide dans un fort courant d'air à une température qui ne peut être supérieure à 35°.

Si, après la volatilisation de l'alcool, le résidu renferme des corps gras ou d'autres matières insolubles, on verse de nouveau le liquide sur un filtre mouillé par de l'eau distillée, on évapore ensuite dans le vide pneumatique, jusqu'à presque siccité, le liquide filtré auquel on a joint l'eau de lavage du filtre. Si on est privé d'une machine pneumatique, on place

(^) Quand on veut rechercher un alcaloïde dans le tissu d'un organe, comme le foie^ le cœur, les poumons, etc., on doit préalablement diviser cet organe en de très menus fragments, mouiller la masse avec de l'alcool pur et concentré, exprimer ensuite et épuiser à l'aide de l'alcool le tissu de toutes les substances solubles. On agit sur le liquide obtenu comme pour un mélange de matière suspecte et d'alcool.

le vase qui renferme le liquide sous une grande cloche au-dessus de l'acide siilfurique concentré. On reprend ensuite le résidu par de l'alcool anhydre et froid, en prenant la précaution de bien épuiser la matière; on évapore l'alcool à l'air libre à la température ordinaire ou mieux dans le vide; on dissout le résidu acide dans la plus petite quantité d'eau possible et on introduit la solution dans un petit flacon-éprouvette et on ajoute peu à peit du bi-carbonate de soude ou du bi-carbonate de potasse pur et pulvérisé, jusqu'à ce qu'une nouvelle quantité ne produise plus d'effervescence d'acide carbonique. On agite alors le tout avec quatre ou cinq fois son volume d'éther pur et on abandonne au repos. Quand l'éther surnageant est parfaitement éclairci, on en décante une petite partie dans une capsule de verre et on l'abandonne dans un lieu bien sec à l'évaporation spontanée.

Maintenant deux ordres de faits peuvent se présenter : ou bien l'alcaloïde contenu dans la matière suspecte est liquide et volatil, ou bien il est solide et fixe. Je vais examiner les deux hypothèses.

Recherche d'un alcaloïde liquide et volatil.

Je suppose qu'il existe un alcaloïde liquide et volatil ; dans ce cas, par l'évaporation de l'éther, il reste tout autour de la paroi interne de la capsule de faibles stries liquides qui se rendent lentement au fond du vase. Dans cette circonstance, sous l'influence de la chaleur seule de la main, le contenu de la capsule exhale une odeur plus ou moins désagréable, qui devient, suivant la nature de l'alcaloïde, plus ou moins piquante, suffocante, irritante; il présente, en un mot, une odeur qui rappelle celle d'un alcali volatil, masquée par une odeur animiile. Si on découvre quelque indice de la présence d'un alcaloïde volatil, on ajoute alors au contenu du flacon dont on a décanté une petite quantité d'éther, 1 ou 2 centimètres cubes d'une forte solution de potasse ou de soude caustique, et on agite de nouveau le mélange. Après un repos convenable, on décante l'éther dans un flacon-éprouvette, on épuise le mélange par trois ou quati-e traite-

ments à Téther et on réunit tout le liquide éthéré dans le même flacon. On verse ensuite dans cet ëtlier, tenant l'alcaloïde en solution, 1 ou 2 centimètres cubes d*eau acidulée par un cinquième de son poids d'acide sulfurique pur; on agite pendant quelque temps et on abandonne au repos; on décante Téther surnageant et on lave le liquide acide à Taide d'une nouvelle quantité d'éther. Comme le sulfate d'ammoniaque, de nicotine, d'aniline, de quinoléine, de picoline, de pétinine sont entièrement insolubles dans l'éther, l'eau acidulée par l'acide sulfurique renferme maintenant sous un petit volume et à l'état de sulfate pur l'alcaloïde, tandis que le sulfate de conicine étant soluble dans l'éther, celui-ci peut contenir une petite quantité de cet alcaloïde ; mais la majeure partie reste toujours en solution dans l'eau acide. L'éther, de son côté, retient toutes les matières animales qu'il a enlevées à la solution alcaline. Son évaporation spontanée laisse donc une petite quantité d'un résidu faiblement coloré en jaune, d'une odeur animale repoussante, mêlé d'une certaine quantité de sulfate de conicine, quand, par exemple, cet alcaloïde existe dans la matière suspecte soumise à l'analyse.

Pour extraire l'alcaloïde de la solution de sulfate acide, on additionne celle-ci d'une solution aqueuse et concentrée de potasse ou de soude caustique; on agite et on épuise le mélange par de l'éther pur. L'éther dissout l'ammoniaque et l'alcaloïde devenus libres. On abandonne la solution éthérée à la plus basse température possible, à l'évaporation spontanée. La presque totalité de l'ammoniaque se volatilise avec l'éther, tandis que l'alcaloïde reste pour résidu. Pour éliminer les dernières traces d'ammoniaque, on expose un instant le vase qui renferme l'alcaloïde dans le vide au-dessus de l'acide sulfurique, et on obtient l'alcali organique avec les caractères physiques et chimiques qui lui appartiennent et qu'il s'agit alors de déterminer rigoureusement.

J'ai appliqué, le 5 mars 1851, le procédé que je viens d'indiquer pour la recherche de la nicotine dans le sang du cœur d'un chien empoisonné par

2 centimètres cubes de nicotine ingérés dans la gueule, et j'ai pu reconnaître de la manière la plus positive la présence de la nicotine dans le sang. Ainsi, j'ai pu constater son état physique, son odeur, sa saveur, son alcalinité; j'ai réussi à obtenir le chloro-platinate de nicotine parfaitement cristallisé sous forme de prismes rhomboïdaux, quadrilatères, d'un jaune assez foncé; j'ai pu constater leur insolubilité dans l'alcool et l'éther.

J'ai appliqué le même procédé à la recherche de la conicine dans une teinture fort ancienne de ciguë que mon ami et confrère, M. De Hemptinne, a bien voulu mettre à ma disposition, et je suis également parvenu à retirer de la conéine liquide et incolore présentant toutes les propriétés physiques et chimiques qu'on connaît à cet alcaloïde. J'ai été ainsi à même de constater que l'éther qui renferme de la conicine en solution, entraîne notablement de cet alcaloïde quand on abandonne le dissolvant à levaporation spontanée.

Recherche d'un alcaloïde solide et fixe.

Je suppose maintenant que l'alcaloïde soit solide et fixe; dans ce cas, suivant la nature de l'alcali, il peut arriver que l'évaporation de l'éther provenant du traitement de la matière acide à laquelle on a ajouté du bi-carbonate de soude, laisse ou ne laisse pas un résidu renfermant un alcaloïde. Dans cette dernière alternative, on ajoute une solution de potasse ou de soude caustique au liquide et on agite vivement avec l'éther. Celui-ci dissout l'alcali végétal devenu libre et resté dans la solution de potasse ou de soude. Dans l'un et l'autre cas, on épuise la matière à l'éther. Quel que soit l'agent qui ait mis l'alcaloïde en liberté, que ce soit le bi-carbonale de soude ou de potasse, ou la soude ou la potasse caustique, il reste par l'évaporation de l'éther, autour de la capsule, un corps solide, mais le plus souvent une liqueur incolore, laiteuse, tenant des corps solides en suspension. L'odeur de la matière est animale, désagréable, mais nullement piquante. Elle bleuit d'une manière permanente le papier de tournesol.

Quand on découvre ainsi un alcaloïde solide, la première chose à faire, c'est de tâcher de l'obtenir à l'état cristallisé, afin de pouvoir déterminer sa forme. On verse donc quelques gouttes d'alcool dans la capsule qui renferme l'alcaloïde, et on abandonne la solution à l'évaporation spontanée. Mais il est bien rare que l'alcaloïde retiré par le procédé indiqué soit assez pur pour pouvoir cristalliser. Presque toujours il est souillé par des matières étrangères. Pour l'isoler de ces substances, on verse dans la capsule quelques gouttes d'eau très faiblement acidulée par de l'acide sulfurique et on les promène dans la capsule pour mettre le liquide acide en contact avec la matière; généralement on observe que l'eau acide ne mouille pas la paroi du vase ; la matière qui y est contenue se sépare en deux parties, l'une, formée de matière grasse, reste adhérente à la paroi, l'autre, alcaline, se dissout et se transforme en sulfate acide.

On décante avec précaution le liquide acide, qui doit être limpide et incolore, si l'opération est bien exécutée, on lave la capsule par quelques gouttes d'eau acidulée qu'on ajoute au premier liquide, et on évapore le tout jusqu'aux trois quarts dans le vide, ou bien sous une simple cloche au-dessus de l'acide sulfurique. On verse ensuite dans le résidu une solution très concentrée de carbonate de potasse pur, et on reprend enfin le tout par de Talcool anhydre. Celui-ci dissout l'alcaloïde, tandis qu'il laisse intacts le sulfate de potasse et l'excès de carbonate de potasse. L'évaporation de la solution alcoolique fournit l'alcaloïde cristallisé.

Il s'agit maintenant d'en constater les propriétés, pour pouvoir en déduire V individualité.

J'ai appliqué les principes que je viens d'exposer à la recherche de la morphine, de la codéine, de la strychnine, de la brucine, de la vératrine, de l'émétine, de la colchicine, de l'aconitine, de l'atropine, de l'hyoscyamine, et je suis parvenu à isoler, sans la moindre difficulté, ces différents alcaloïdes mêlés préalablement à des matières étrangères.

Ainsi, j'ai retiré par ce procédé la morphine de l'opium, la strychnine

et la brucine de la noix vomique, la vératrine de Textrait de vératrum, l'émétine de l'extrait d'ipécacuanha, la colchicine de la teinture de colchique, l'aconiline d'un extrait aqueux d'aconit, l'hyoscyamine d*un extrait fort ancien de jusquiauie, et enfin l'atropine d'une teinture également vieille de belladone. Aussi est-ce en toute confiance que je livre cette méthode à l'examen des chimistes qui s'occupent de recherches médicolégales.

Becherches sur l'absorption, par la peau humaine saine, d'une solution aqueuse très diluée d'arséniate de sodium et d'iodure de potassium, et de l'absorption de l'iode de sa teinture appliquée sur la peau humaine saine et sur la peau humaine recouverte de son épiderme altéré.

(Extrait du Bulletin de V Académie de médecine de Belgique, t. XX, p. 89; 1886.)

L'absorption des solutions salines par la peau humaine a été tour à tour affirmée et niée. Ayant été, à plusieurs reprises, dans le cas de pouvoir résoudre ce problème, en m'entourant des précautions nécessaires pour écarter toute incertitude sur l'exactitude du résultat constaté, j'ai profité de cette circonstance pour rechercher si l'arséniate de sodium et l'iodure de potassium en solutions très étendues et l'iode de la teinture de ce corps sont absorbés par la peau humaine saine. Je suis arrivé à un résultat absolument négatif pour ces trois corps en ce qui concerne la peau parfaitement saine et couverte de son épiderme intact. J'ignore ce qui peut se passer pour l'arséniate de sodium et l'iodure de potassium et la peau privée de son épiderme; mais je puis affirmer de la manière la plus positive que l'iode appliqué sur la peau dont l'épiderme est déjà attaqué par l'iode même, se FIXE sur la partie externe du derme; il est absorbé ensuite et éliminé par la transpiration du derme iodé, par les urines, par la salive et par les liquides de la transpiration de la peau intacte.

Je vais essayer de rendre compte, le plus brièvement possible, des expé-

rienccs très délicates que j'ai instituées pour résoudre ces laits complexes.

Ayant pris pendant un mois journellement un bain très prolongé dans une eau arsenicale naturelle, conlenant jusqu'à 50 milligrammes d'arséniale de sodium par litre, et n'ayant éprouvé aucun des symptômes produits par l'administration de petites doses d'arsénite de potassium, ou d'arséniate de sodium, j'ai voulu constater par l'expérience directe s'il y a en réalité absorption du liquide arsenical dans ce cas.

A cet effet, j'ai préparé un bain contenant par litre d'eau de pluie, chauffée de 50 à 52° centigrades, 50 milligrammes d'arséniate de sodium convenablement déshydraté. Je me suis mis dans ce bain, à jeun, après m'étre bien dégraissé la peau à l'aide d'une très faible solution de bicarbonate de sodium et m'étre lavé ensuite à l'eau de pluie tiède. Avant d'entrer dans le bain, j'ai introduit dans le canal de l'urètre un tube de verre, convenablement graissé à l'axonge, auquel était adapté un tube de caoutchouc assez long pour que son extrémité opposée restât hors du bain où j'étais couché. J'avais verni ce tube à l'aide d'une solution de caoutchouc dans le sulfure de carbone. J'ai jugé ce vernissage utile pour me mettre h l'abri de la porosité que présentent certains longs tubes de caoutchouc faits avec des plaques artificielles de cette substance.

J'ai répété l'expérience pendant trois jours consécutifs, en restant une première fois une heure et demie dans le bain et les deux fois suivantes pendant une heure et trois quarts. A ma sortie de l'eau arsenicale, j'ai eu soin de me laver tout le corps abondamment à l'eau tiède. L'urine que j'ai rendue étant au bain a été recueillie dans un grand flacon. J'ai réuni à ce liquide toute l'urine émise pendant 24 heures. J'ai eu ainsi dans trois flacons distincts l'urine sécrétée de 24 à 24 heures pendant trois jours, et j'ai cherché séparément la présence de l'arsenic dans chacune d'elles.

A cet effet, après avoir évaporé chaque liquide aux neuf dixièmes, j'ai introduit le produit dans une cornue tubulée dont le col plongeait dans de l'eau contenue dans un ballon. J'ai procédé ensuite à la recherche de l'ar- • T. II. 20

senic par la méthode parfaitement connue de Fresenius et von Babo. Malgré tous les soins pris par moi, il m'a été impossible de découvrir une trace d'arsenic dans aucune des trois urines de 24 heures soumises à mon examen. Comme contrôle, j'ai additionné l'urine des 24 heures suivantes, dont le volume dépassait un litre, de O^'^OIO d'arséniate de sodium sec, et j'ai appliqué au mélange la même méthode de recherche. La quantité d'arsenic retirée a été telle, que la dixième partie aurait suffi pour permettre d'affirmer, en toute certitude, la présence de ce corps.

Ainsi, dans les conditions que je viens d'exposer, en prenant les précautions convenables, on ne peut pas constater l'absorption de Tarséniate de sodium à l'aide de son élimination par la voie urinaire, élimination qui s'effectue lorsqu'un composé arsenical soluble est introduit dans les voies digestives et porté ainsi dans la circulation.

J'ai voulu contrôler la non-absorption de l'arséniate de sodium d'un bain par la peau saine, en répétant l'expérience sur un iodure soluble, dont la présence ou l'absence dans l'urine peut être constatée avec certitude. A cet effet, j'ai substitué au bain arsenical un bain d'iodure de potassium renfermant par litre d'eau de pluie i/2 gramme, soit i/2000 de ce composé. J'ai pris toutes les précautions indiquées ci-dessus pour me mettre à l'abri de causes d'erreur, si difficiles à éviter dans une expérimentation de cette nature.

Je me suis mis dans le bain, à jeun et la peau bien dégraissée, ainsi que je l'ai dit plus haut, à trois reprises différentes, à 24 heures d'intervalle, en restant chaque fois dans le bain aussi longtemps que j'ai pu.

J'ai recueilli dans un grand flacon l'urine rendue pendant mon séjour dans le bain, à laquelle j'ai ajouté l'urine évacuée pendant les 24 heures suivantes.

Avant de me livrer à la recherche de l'iode dans l'urine, je me suis assuré de la meilleure méthode à suivre pour constater avec certitude la présence d'une quantité minime d'iode à l'état d'iodure dans l'urine, et j'ai reconnu

que le seul moyen de ne pas laisser échapper les petites quantités de ce composé qui peuvent y exister, consiste à ajouter au préalable, par litre d'urine, de 2 à 3 grammes de carbonate de sodium pur et anhydre ou du carbonate de potassium. Cette addition est nécessaire pour empêcher la mise en liberté d'acide phosphorique par la décomposition du phosphate d'ammonium contenu dans l'urine. On évapore, dans un grand vase de platine, l'urine rendue alcaline, et on chauffe le résidu dans une petite capsule de platine couverte, au point de détruire les matières organiques qui y sont contenues. On recherche enfin dans le résidu salin, mêlé de charbon, la présence d'un iodure alcalin.

Voici, d'ailleurs, le détail exact du procédé de recherche tel que je l'ai suivi et qui a servi ensuite à M. Léonce Rommelaere pour contrôler, sur ma demande, les résultats obtenus par moi.

Ainsi que je viens de le dire, on évapore dans une grande capsule de platine, et sans faire bouillir, l'urine additionnée de carbonate de sodium ou de carbonate de potassium, jusqu'aux neuf dixièmes environ, et on achève l'évaporation dans une petite capsule de platine. Lorsque le produit est bien sec, on couvre la capsule d'une feuille de platine pour empêcher autant que possible l'accès de l'air et on chauffe le tout de manière à détruire complètement les matières organiques qui y sont contenues. Après le refroidissement, on reprend la masse par de l'eau bouillante, on filtre le liquide qui est légèrement coloré en jaune par la présence de sulfures alcalins. On constate même que le platine est légèrement attaqué par les sulfures. Le liquide filtré, additionné des eaux de lavage de la capsule et du filtre et de 2 à 3 décigrammes de chlorate de potassium, est évaporé au bain-marie jusqu'à siccité, dans une capsule de platine. Après avoir recouvert celle-ci d'une feuille de platine, on la porte lentement au rouge sombre afin de décomposer totalement le chlorate de potassium et l'iodate qui s'est produit et de transformer les sulfures en sulfates. Le résidu, qui doit être tout à fait blanc si la dernière opération a été

bien conduite, est repris par une quantité d'eau suffisante seulement pour le dissoudre. On prend la moitié ou même le tiers de la solution qu'on introduit dans un large tube d'essai, incliné à 45°, et on laisse couler sur la paroi, goutte à goutte, de l'acide azotique dilué au dixième, ayant la précaution d'empêcher soigneusement Vélévation de la température.

Lorsque, malgré l'addition de l'acide azotique au dixième, le liquide cesse de dégager de l'anhydride carbonique, on y ajoute quelques gouttes d'acide azotique fumant contenant beaucoup d'acide hypo-azolique ; la liqueur d'essai, d'incolore qu'elle était et qu'elle doit rester, à froid, en l'absence d'un iodure, se colore, à froid, en jaune, par la mise en liberté de l'iode au cas de la présence d'un iodure. On ajoute alors à l'essai 1 centimètre cube de sulfure de carbone privé absolument de soufre ou d'acide sulf- Injdriqiie dissous, ou mieux, du tétrachlorure de carbone. On agite vivement le tout; après le repos, le sulfure de carbone et le tétrachlorure de carbone se colorent en 7'ose, en rouge, en rouge violacé ou en violet foncé, suivant la quantité d'iode existant dans le liquide. Au cas contraire, ces dissolvants restent incolores.

Il est reconnu, et j'ai constaté le fait avec certitude, que ces dissolvants ne se colorent point, malgré l'existence de traces d'iodure, lorsque le liquide d'essai ne contient pas suffisamment d'acide azotique nitreux. Pour ce motif, il est nécessaire d'ajouter à l'essai, goutte à goutte, de l'acide azotique rutilant, en agitant continuellement. Si, dans cette condition, le tétrachlorure de carbone ne se colore pas en rose, on peut conclure à l'absence d'une trace pondérable d'iode.

Un centimètre cube de solution aqueuse d'iodure de potassium au dix millième, mêlé à 9 centimètres cubes de solution étendue de sel marin, soit 1/1,000,000 du poids du liquide, suffit pour colorer en rose 1 centimètre cube de tétrachlorure de carbone, lorsque l'essai est convenablement exécuté; c'est dans cette limite que j'ai conclu à la présence ou à l'absence d'iode.

En appliquant la méthode de recherche de l'iode, que je viens d'exposer, aux urines rendues dans les conditions indiquées ci-dessus, je ne suis pas parvenu à y découvrir trace pondérable de ce métalloïde. Dans la limite de mon expérience, je suis donc obligé de conclure que Viodure de potassium, dissous dans l'eau d'un bain, nest pas absorbé par la peau saine et porté ensuite dans la circulation.

Il me reste à faire connaître le résultat des expériences, répétées à deux reprises différentes, pour me rendre compte, au point de vue de l'absorption, des effets de l'iode appliqué sur la peau saine et sur la peau dont l'épiderme est altéré.

Dans le but de rendre supportable, le plus longtemps possible, l'application réitérée, à ^4 heures de distance, de la teinture d'iode, j'ai eu soin de dissoudre dans le liquide renfermant 8 p. c. de ce corps, 1/2 p. c. de sulfate de morphine.

Vers 9 heures du soir, on a étendu, à l'aide d'un blaireau, de ce liquide sur toute la poitrine, jusqu'à ce que la peau fût très fortement colorée en brun; ensuite la poitrine a été couverte de plusieurs feuilles de soie pour empêcher tout frottement. On a réuni l'urine rendue jusqu'au lendemain à la même heure. En appliquant au liquide recueilli ainsi le mode d'analyse exposé ci-dessus, je ne suis pas parvenu à y déceler une trace appréciable d'iodure.

Après 24 heures révolues, la peau de la poitrine offrait son aspect normal; toute coloration avait disparu. A l'aide du blaireau, on l'a recouverte de nouveau de teinture d'iode, jusqu'à ce que la peau fût fortement colorée en brun, et on a couvert de nouveau la poitrine de feuilles de soie. L'urine rendue pendant les 24 heures suivantes, soumise au même mode d'essai, a été reconnue absolument privée d'iode. Au bout de ces 24 heures, la peau de la poitrine s'était complètement décolorée et son épiderme ne présentait aucune altération sensible.

On a étendu une troisième fois, à l'aide du blaireau, abondamment

de la teinture d'iode sur toute la poitrine. L'urine évacuée pendant les 24 heures suivantes a été encore reconnue absolument privée d'iode. A ce moment, la poitrine s'était encore décolorée, sauf autour des mamelles, où elle était très légèrement teintée de jaune, et elle répandait une odeur sensible d'acide iodhydrique.

Une quatrième application de la teinture d'iode fut faite. Elle produisit du picotement, mais très supportable. Après 24 heures révolues, toute la surface de la poitrine était colorée en jaune orange, comme si elle avait été teinte au safran. Elle répandait l'odeur caractéristique d'un mélange d'iodoforme et d'acide iodhydrique. Aucune partie de l'épiderme ne s'était détachée. L'urine rendue pendant ces 2^ heures contenait une telle quantité d'iode qu'un quart de la dissolution saline, obtenue dans l'essai, a suffi pour colorer, en violet foncé, i centimètre cube de tétrachlorure de carcone, et, en rouge violacé, 1 centimètre cube de sulfure de carbone pur.

On a appliqué une cinquième fois de la teinture d'iode sur la poitrine. Cette application a été accompagnée d'un fort picotement et suivie d'une excitation nocturne très prononcée et d'un écoulement aqueux par la muqueuse nasale, analogue à celui que l'on observe chez la plupart des personnes, lors de l'administration de l'iodure de potassium. Il m'a semblé aussi que la sécrétion bronchique et salivaire avait un goût iodé. Le volume de Turine émise pendant les 24 heures suivantes était réduit de moitié de ce qu'il est normalement. L'essai de l'urine a permis de constater la présence d'une telle quantité d'iode, qu'un dixième de la solution saline de l'essai, convenablement acidulée par l'acide azotique nitreux, a suffi pour colorer, en violet foncé, 1 centimètre cube de tétrachlorure de carbone.

Le lendemain de la cinquième application de la teinture d'iode, j'ai provoqué, à l'aide des moyens d'excitation connus, une sécrétion salivaire abondante; j'ai recueilli au delà de 5 centimètres cubes de salive dans laquelle j'ai dissous 2 décigrammes de carbonate de sodium pur avant de

l'évaporer à siccité et de calciner, en vase de platine couvert, le faible résidu. La solution saline de l'essai, convenablement acidulée par l'acide azotique nitreux, a coloré en rose 1 centimètre cube de tétrachlorure de carbone.

Le doute n'est donc pas possible : l'iode est absorbé dès quil est fixé, même superficiellement, sur le derme.

Du fait de l'absorption d'iode qui a pénétré dans le derme, il ne résulte pas nécessairement que tout l'iode fixé doit être éliminé par voie d'absorption. La résistance offerte par la peau à l'absorption m'a semblé une raison pour admettre, à priori, qu'il ne peut pas en être ainsi.

J'ai donc tenu à connaître par l'expérience la part que prend la transpiration du derme iodé à l'élimination de l'iode fixé sur lui. J'ai essayé de constater si le restant de la peau participe à l'élimination d une partie de l'iode absorbé.

A cet effet, le lendemain de la cinquième application de Ciode, après avoir lavé la poitrine à l'eau tiède, j'ai constaté que la peau était intensément colorée en jaune légèrement orangé et que son épiderme se détachait facilement. Après une attente d'une demi-heure, la poitrine, ayant été bien couverte pendant ce temps, exhalait une odeur forte, piquante d'iodoforme mêlé d'acide iodhydrique, rougissait le papier bleu de tournesol humecté et jaunissait, après un quart d'heure d'application, du papier à filtrehumecté d'une solution étendue d'acétate de plomb. Ces indices permettent de croire à l'existence d'un composé iodé dans les produits de la transpiration du derme iodé. Je me suis açtsuré du fait à l'aide du moyen suivant, que j'ai employé en même temps pour rechercher la présence de l'iode dans les produits de la transpiration.de la peau intacte des lombes.

Le lendemain soir du jour de la cinquième application de la teinture d'iode et après avoir, dans la matinée, lavé la poitrine à l'eau tiède, ainsi que je l'ai dit plus haut, j'ai recouvert la poitrine et les lombes d'une double feuille de papier à filtre imbibée d'une solution de bicarbonate sodique

pur et saturée d'anhydriquc carbonique dans le but d'y fixer le composé iodé contenu dans la transpiration. J'ai maintenu la feuille de papier en place sur la poitrine à l'aide d'une feuille très mince de caoutchouc attachée par des rubans et les feuilles de papier sur les lombes à l'aide d'une ceinture de laine; m'étant mis au lit, j'ai conservé le tout ainsi disposé depuis dix heures du soir jusqu'à huit heures du matin. Au moment de l'application du papier imbibé de solution de bicarbonate sodique sur la poitrine, un vif picotement s'est produit, mais il a cessé bientôt; je n'ai rien ressenti par l'application du papier sur les lombes.

On a lessivé séparément les papiers qui s'étaient séchés et, après filtralion, on a évaporé les liquides qui étaient alcalins dans des petites capsules de platine. Les résidussalins légèrement jaunes ont été chauffés jusqu'au rouge sombre pour détruire les matières organiques qui y étaient contenues. On a repris les résidus par de l'eau et on a cherché dans les liquides d'essai la présence d'un iodure. On a constaté aussi que les produits exhalés par la peau de la poitrine contenaient une quantité d'iode plus tiolalde encore que celle renfermée dans l'urine émise pendant 24 heures. La surface extérieure du derme constitue donc la source principale d'élimination de l'iode qui s'est fixé sur lui. Les produits de la transpiration des lombes en renfermaient une quantité suffisante seulement pour permettre d'affirmer l'exis- •tence de l'iode dans cette sueur. On sait déjà que la sueur contient des chlorures; il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'elle renferme également un iodure lorsque l'iode a pénétré dans la circulation.

Les recherches que je viens d'exposer ont été exécutées il y a déjà nombre d'années. Dans ces derniers temps, j'ai été à même de pouvoir faire contrôler les faits observés en ce qui concerne la fixation et l'absorption de l'iode par la peau dont l'épiderme est altéré. J'ai cru devoir mettre à profit cette circonstance pour contrôler, non seulement l'absorption de l'iode, mais encore le temps exigé pour que l'iode fixé sur le derme disparaisse de l'économie animale. N'étant pas à ce moment en état de me livrer au travail

du laboratoire, j'ai prié M. Léonce Rominelaere d'exécuter pour moi les recherches chimiques. En agissant ainsi, j'obtenais à la fois le contrôle du procédé d'analyse et la confirmation de l'absorption de l'iode. M. Kommelaere, en opérant ainsi que je l'ai dit plus haut, a trouvé de l'iode dans l'urine rendue pendant l'espace de 24 heures, après la quatrième application de la teinture d'iode sur la poitrine et lorsque Tépiderme était déjà visiblement attaqué et que le derme était uniformément coloré en jaune. De plus, il a constaté la présence d'une quantité notable d'iode dans l'urine, après que f avais cessé depuis 30 heures d'appliquer de la teinture d'iode sur la poitrine.

On sait la rapidité avec laquelle les iodures alcalins ingérés sont éliminés par les urines* En effet, on trouve déjà de l'iode dans l'urine dix minutes après l'ingestion de i gramme d'iodure de potassium dissous dans 100 grammes d'eau.

Le fait de retrouver de l'iode dans l'urine, après qu'on a cessé, depuis 56 heures, d'appliquer sa teinture sur la peau dont l'épiderme est altéré, prouve que le derme cède lentement, par absorption, l'iode qui est fixé superficiellement sur lui. il a fallu GO heures, après la cinquième application à 24 heures d'intervalle chacune, pour que la peau de la poitrine fût complètement décolorée et pour qu'elle cessât d'exhaler l'odeur caractéristique de la matière albuminoïde iodée.

En s'en tenant strictement aux faits observés, on peut conclure :

1° Les solutions diluées d'arséniate sodique et d'iodure potassique ne sont pas absorbées lorsque le corps de l'homme, dont la peau est saine, séjourne dans un bain de celte nature, pendant une heure et demie, et qu'on renouvelle le bain à trois reprises et à 2i heures d'intervalle;

2" L'iode de la teinture d'iode, appliqué sur la peau saine, ne pénètre pas dans l'économie animale ; toutefois, l'absorption s'effectue après la destruction de l'épiderme par l'iode et la fixation subséquente de ce corps sur le derme. Dans ce cas, l'élimination de l'iode s'accomplit partiellement, par

la transpiration de la partie du derme iodé, par absorption et transport vers les voies urina ires, et, enfin, mais très faiblement, par la transpiration du corps.

Avant de finir, je crois devoir faire remarquer que je présente ces conclusions comme strictement adéquates aux conditions dans lesquelles les expériences ont été exécutées. Je ne prétends nullement qu'elles peuvent subsister en changeant les conditions de l'expérimentation. Je suis trop pénétré de la nécessité de ne jamais conclure au delà du fait observé pour prétendre que, dans tous les cas, les résultats doivent rester les mêmes. Mes observations ne doivent être considérées que comme un essai, ajouté à tant d'autres, dans la voie de l'expérimentation positive qui, seule, peut conduire à la vérité.

Je m'abstiens, intentionnellement, de déduire de mes recherches des conclusions ayant trait à la pratique médicale; je laisse ce soin à ceux qui sont plus compétents que moi.

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