ALCALOÏDE EXTRAIT DES ORGANES DE FOUGNIES
1° Il est liquide.
2° Il est incolore.
3® Elle présente une odeur piquante et désagréable de tabac.
4° Sa saveur est Acre, brûlante, très persistante.
5" Elle est volatile.
6" Elle distille dans un courant de gaz hydrogène.
7° Elle est inflammable et brûle avec une flamme fuligineuse.
S° Elle possède une forte réaction alcaline, 1" au tournesol, 2' sur le cui'cuma.
9° Elle sature parfaitement les acides.
10" Elle se dissout dans l'eau, dans l'alcool et dans l'éther.
11" L'éther l'enlève à l'eau.
Les sels de nicotine présentent les caractères suivants :
12° Ils possèdent la saveur piquante du tabac.
13*» Ils sont déliquescents.
14" Ils sont très solubles dans l'alcool.
15° Ils sont pour la plupart insolubles dans l'éther.
16' Le chlorhydrate cristallise en aiguilles insolubles dans l'éther ; il est très déliquescent.
17" Le chlorhydrate se combine au bichlorure de mercure et produit un chlorure double, cristallisable en aiguilles.
18" Une solution aqueuse de nicotine précipite en blanc le bichlorure de mercure dissous. Le précipité est insoluble dans l'eau
19" Le chlorhydrate de nicotine se combine au bichlorure de platine et donne un chlorure double qui cristallise en prismes rhomboïdaux quadrilatères.
20' Une solution de nicotine précipite en brun chocolat le protOchlorure de pal-
3' 11 présente une odom- piqiinute et désagréable de tabac.
4" Sa saveur est acre, brûlante, très persistante.
5" Il est volatil.
6" Il distille sans altération dans un courant de gaz hydrogène.
7" Il est inflammable et brûle avec une flamme fuligineuse.
8" Il possède une forte réaction alcaline, 1" au tournesol, 2' sur le curcuma.
9" Il sature parfaitement les acides,
10° Il se dissout dans l'eau et dans l'éther. (Je n'ai pas essayé s'il était soluble dans l'alcool, mais je n'en doute aucunement.)
11° L'éther l'enlève à l'eau.
Les sels formés par l'alcaloife présentent les caractères suivants :
12 ' Ils possèdent la saveur piquante du tabac.
13" Ils sont déliquescents.
14" Ils sont très solubles dans l'alcool.
15" Ceux que j'ai produits sont insolubles dans l'éther.
16" Le chlorhydrate cristallise en aiguilles; il est très déliquescent.
17" Le chlorhydrate se combine au bichlorure de mercure et produit un chlorure double cristallisable en aiguilles.
18" Une solution aqueuse de l'alcaloïde précipite en blanc le bichlorure de mercure dissous; le précipité est insoluble dans l'eau.
19" Le chlorhydrate de l'alcaloïde se combine au bichlorui'e de platine, et forme un chlorure double qui cristallise en prismes rhomboïdaux quadrilatères.
20' Une solution de l'alcaloïde précipite en brun chocolat le protochlorure de
ladium; le précipité est soluble dans un excès de nicotine ; la dissolution est incolore.
21° Le chlorhydrate de nicotine se com bine au protochlorure de palladium et donne des prismes rouges qui sont très solubles dans l'eau et colorent le liquide en rouge de sang.
22^ Le chlorhydrate de nicotine se combine au chlorure de cobalt et forme un chlorure double qui cristallise qh prismes aplatis d'un bleu verdàtre, solubles dans l'eau qu'ils colorent en rouge groseille.
23'' L'oxalate de nicotine parfaitement neutre est liquide, huileux; l'oxalate acide cristallise en cristaux très confus.
24" Le tartrate de nicotine cristallise en grains.
25° Le phosphate de nicotine cristallise en lamelles d'un aspect gras.
26° Une solution d'un sel de nitrate précipite, en brun de kermès, une solution aqueuse de bi-iodure de potassium.
Le précipité se réunit au bout de quelques instants sous forme de gouttelettes huileuses d'un rouge intense, .qui finissent par se prendre en une masse cristalline.
palladium; le précipité est soluble dans un excès de solution de l'alcaloïde; la dissolution est incolore.
21° Le chlorhydrate de l'alcaloïde se combine au protochlorure de palladium et donne des prismes rouges qui sont très solubles dans l'eau et colorent ce liquide en rouge de sang.
22° Le chlorhydrate de l'alcaloïde se combine au chlorure de col)alt et forme un chlorure double qui cristallise en prismes aplatis d'un bleu verdàtre, solubles dans l'eau qu'ils colorent en rouge groseille.
23° L'oxalate de l'alcaloïde parfaitement neutre est liquide, huileux ; l'oxalate acide cristallise en cristaux confus.
24° Le tartrate de l'alcaloïde cristallise en grains.
25° Le phosphate de l'alcaloïde cristallise en lamelles d'un aspect gras.
20° Une solution d'un sel de l'alcaloïde précipite, en brun de kermès, une solution aqueuse de bi-iodure de potassium.
Le précipité se réunit au bout de quelques instants sous forme de gouttelettes huileuses d'un rouge intense, qui finissent par se prendre en une masse cristalline.
EXAMEN DES RECHERCHES DE M. ORFILA SUR LA NICOTINE DANS LE CAS d'eMPOISONNEMENT.
Après avoir exposé les recherches faites à l'occasion de l'empoison^ nement de G. Fougnies, je vais examiner les travaux que M. Orfila a,
publiés sur le moyen de découvrir la nicotine dans le cas d'empoisonnement.
J'ai démontré plus haut que notre confrère, avant de se mettre à l'œuvre, connaissait parfaitement bien les résultats auxquels j'étais arrivé. Son but ne pouvait donc pas être de rechercher s'il est possible de découvrir la nicotine, puisque cette possibilité venait d'être démontrée.
J'ai fait connaître le mobile qui a déterminé notre confrère, et s'il pouvait rester le moindre doute à cet égard, j'en trouverais la preuve dans un écrit d'un de ses compatriotes. M. L. Fleury, en rendant compte de la séance de l'Académie de médecine de Paris, dans laquelle M. Orfila a lu son mémoire, nous apprend que « M. Orfila, dont le zèle et l'ardeur sont éveillés par toute question neuve et importante, ne veut pas que la toxicologie française^ qui lui doit en grande partie sa supériorité, soit devancée dans l'étude que ce fait va provoquer. » Ceci est assez clair, j'espère. Eh bien! je vais démontrer que M. Orfila, en publiant ses recherches, n'a rien ajouté à nos connaissances sur ce sujet; je vais prouver que les indications qu'il donne pour reconnaître la nicotine extraite des organes sont plus qu'insuffisantes; je vais démontrer que, parmi les procédés qu'il indique, il y en a qui non seulement peuvent compromettre la découverte de la nicotine, mais même faire naître un ou plusieurs alcaloïdes qui présentent les propriétés que M. Orfila attribue à la nicotine, dans l'état où il l'obtient. Si je parviens à la démonstration de ces différentes propositions, quel nom devrais-je donner à l'acte posé par notre confrère?
Le premier point est établi par M. Orfila lui-même, qui déclare que mon travail est plus complet, quoique antérieur aux siens ('); restent donc les deux autres points.
Il existe deux mémoires de M. Orfila sur celte question : l'un présenté le 5 juin 1850, à V Académie de médecine de Paris, et publié par VUnion médicale, tome V, n» 66, et l'autre inséré dans le tome XLVI des Annules d'hugiène
(') .Mémoire inséré dans les Annale.s (Vhiigicnc publique et de médenne légale, p. 7.
publique et de médecinn légale. Ce dernier mémoire a été rédigé après que M. Orfila avait étudié mou travail. Pour le premier, notre confrère est censé n'avoir eu aucune connaissance de mes propres recherches. Je ne puis admettre ce[V'tid;mt ce fait que pour les deux premiers paragraphes; le troisième est évidemment écrit après la communication de mon rapport, puisque les procédés que j'ai employés y sont discutés et comparés à ceux dont M. Orlila s'était servi.
Je ne discuteiai que ce premier travail; celui-là porte le cachet de toutes les recherches chimiques de notre confrère : il serait d'ailleurs inutile de démêler ce qui dans le second appartient à l'un ou l'autre de nous.
Le paragraphe premier du mémoire présenté à l'Académie de médecine de Paris, intitulé : On peut caractériser la nicoline pure aussi facilement qiion le fait pour un poison lire du règne minéral^ présente un tableau des propriétés physiques et chimiques de la nicotine. 11 ne renferme aucun fait nouveau; je dirai même que l'article nicoline dans les traités de chimie de Berzélius et de MM. Pelouze et Fremy est intiniment plus complet et surtout plus précis; en effet, les caractères chimiques indiqués par M. Orlila sont communs à presque tous les alcaloïdes liquides et volatils dont le nombre aujourd'hui est très considérable, et, chose bien surprenante, notre confrère n'a songé qu'à distinguer la nicotine de l'ammoniaque et de la conicine ou conéine. Je reviendrai plus loin sur ce sujet en discutant les procédés employés ou proposés.
Le deuxième paragraphe intitule : di peut déceler la nicotine dans le canal digestif et affirmer quelle y existe, alors même que ce canal n'en contiendrait que quelques gouttes, contient l'exposé de deux procédés à l'aide desquels notre confrère affirme avoir extrait de la nicoline des animaux auxquels il avait administré ce poison. Je me permettrai de dire tout d'abord que je ne vois nulle part la preuve qu'il ait obtenu la nicotine qu'il avait donnée aux animaux ou mêlée aux substances; tout se borne à des affirmations, comme je le prouverai plus loin.
Quoi qu'il en soit, quand j'ai lu pour la première fois ce travail, deux choses m'ont singulièrement frappé : d'abord, l'indécision sur la méthode à employer pour retrouver, au sein d'une matière connue, une autre également connue et dont les propriétés sont différentes; ensuite les procédés proposés ou employés.
Voici ces procédés; je copie textuellement :
Premier procédé.
« On place le contenu de l'estomac et des intestins, ou ces organes eux-mêmes, dans une proportion assez considérable d'éther sulfurique; après douze heures^de macération, on filtre ; l'éther passe tenant en dissolution de la nicotine; le plus souvent, lorsque les matières sur lesquelles l'éther a agi sont grasses, l'éther tient en dissolution un savon composé de nicotine et d'acide gras. Il se peut aussi qu'il renferme de la nicotine non saponifiée. On évapore le liquide éthéré à une très douce chaleur, presque jusqu'à siccité. Le produit graisseux et savonneux obtenu n'offre que rarement une réaction alcaline. On l'agite à froid avec de la soude caustique dissoute dans l'eau pour décomposer le savon de nicotine et mettre celle-ci à nu, puis on introduit le tout dans une cornue munie d'un récipient qui plonge dans l'eau froide, on chauffe à feu nu jusqu'à ce qu'il ne reste plus de liquide dans la cornue; le liquide condensé dans le ballon contient sinon toute la nicotine, du moins une grande proportion. Il est bon de savoir : 1" qu'à mesure que l'on chauffe la cornue, la matière mousse, augmente de volume, et passerait infailliblement dans le récipient, si la cornue n'était pas grande relativement au volunle du liquide sur lequel on opère ; 2" que même à la température de 100° centigrades la vapeur d'eau entraîne avec elle une certaine quantité de nicotine, et qu'il faut dès lors agir, autant que possible, en vases clos. A l'aide de ces précautions, le liquide distillé est limpide et incolore; il suffit de le concentrer au bain-marie, jusqu'à sixième
à peu près de son volume, pour obtenir avec lui toutes les réactions de la nicotine. »
Dcn.xihnc procédé.
«' La méthode dont je vais parler est évidemment supérieure à la précédente. On fait macérer les matières contenues dans l'estomac et les intestins, ou ces organes eux-mêmes, ainsi que l'œsophage, dans de l'eau acidulée par de l'acide sulfiirique pur et concentré; on emploie, par exemple, quatre à cinq gouttes d'acide pour 80 ou 100 grammes d'eau; au bout de douze heures, on filtre; la liqueur, ordinairement jaunâtre, contient du sulfate de nicotine et une certaine proportion de matière organique. On la fait évaporer au bain-marie, en vases clos, presque jusqu'à siccité; on la traite par quelques grammes d'eau distillée qui dissout le sulfate de nicotine, laissant indissoute la majeure partie de la matière organique; on filtre ; on sature la liqueur filtrée par quelques centigrammes de soude ou de potasse pures et solides, afin de s'emparer de l'acide sulfurique et de mettre la nicotine à nu; on introduit le mélange de sulfate de soude ou de potasse dans une cornue que l'on chauffe à feu nu, comme je l'ai dit en parlant du premier procédé; on évapore ensuite au bain-marie le liquide distillé, afin de concentrer la dissolution de nicotine. Au lieu de distiller la liqueur à feu nu, je l'ai souvent traitée par l'éther; celui-ci, décanté et soumis à une évaporation spontanée, a laissé la nicotine. »
M. Orfila ajoute : « Tout porte à croire que l'on pourrait encore déceler la nicotine par d'autres procédés; ainsi, en traitant le canal digestif par l'alcool absolu, additionné d'un peu de soude, on la dissoudrait, et, par la réaction de la soude, on formerait un savon avec la matière grasse, ce qui mettrait la nicotine à nu ; il ne s'agirait plus que de distiller à feu nu, après avoir évaporé jusqu'à siccité. Peut-être aussi la séparerait-on en agissant sur les tissus avec de la potasse ou de la soude pure, en évaporant jusqu'à siccité et en chauffant en vases clos et à feu nu », et il a mis ce dernier
conseil à exécution pour rechercher la nicotine dans la rate (l*un chien empoisonné (').
Examinons maintenant ces procédés : le premier, reposant sur l'action directe de l'éther sur le contenu des organes, est mauvais, je dirai même dangereux. En voici les raisons : on sait que les sels de nicotine, à l'exception de ceux formés par Tacide acétique et les acides gras, sont insolubles dans l'éther. On sait aussi que les liquides contenus dans l'estomac peuvent tout aussi bien être acides qu'alcalins; d'où il résulte qu'il y a autant de chances pour que la nicotine échappe au dissolvant que pour qu'elle se dissolve. Cette observation est tellement vraie, que notre confrère s'en est aperçu plus tard, et que, dans son mémoire inséré dans les Annales d'Iiyyiène publique^ il recommande d'ajouter un alcali comme la potasse aux matières, avant de les traiter par l'éther. Ce n'est pas tout : j'admets pour un instant que l'éther enlève à un pareil mélange toute la nicotine qu'il renferme, le procédé n'en devient pas meilleur; car la distillation avec la soude du résidu, provenant de Cévaporation spontanée, et renfermant la nicotine existante dans la matière examinée, cette distillation, dis-je, doit ou peut transformer la nicotine en un autre alcali organique, qui ne présente plus les propriétés de la nicotine.
C'est l'illustre chimiste de Giessen, M. Liebig, qui énonce ce fait dans son Traité de chimie, t. Il, p. 564, édition de Paris, 1842; voici le passage : « Lorsqu'on laisse la nicotine huileuse en digestion avec de l'hydrate de potasse, il se produit deux couches dont la supérieure renferme en solution une grande quantité de potasse. Si on la soumet à la distillation, il passe un corps oléagineux, d'une odeur agréable, et qui ne donne plus de cristaux avec l'acide chlorhydrique et le bi-chlorure de platine. En évaporant doucement le mélange, on obtient une cristallisation très abondante de lamelles jaunâtres et transparentes, qui sont fort solubles dans l'eau, caractère qui les distingue du chloro-plalinate de nicotine. »
(1) Voir page 20, Mémoire des Annales d'hygiène et de médecine légale.
Ainsi une dissolution de nicotine dans de l'hydrate de potasse, soumise à l'action de la chaleur, fournit un corps oléagineux, d'une odeur agréable, qui ne se conduit plus avec le chlorure de platine comme cet alcaloïde. Ce nest donc plus de la nicotine.
La possibilité seule de l'altération de la nicotine par un alcali, comme hi potasse, et la chaleur, fait que M. Orfila devait connaître, doit donc faire proscrire l'emploi simultané de ces deux agents dans les recherches médicolégales sur la nicotine.
J'avais donc raison de dire que ce procédé est dangereux, parce qu'il expose celui qui l'emploie à ne pas découvrir ce qui existe et à détruire ce qu'il cherche.
Le deuxième procédé, comme on l'a vu, est complexe. On commence par faire digérer les organes ou leur contenu dans de l'eau aiguisée d'acide sulfurique. On filtre au bout de douze heures d'action, et on évapore la liqueur au bain-marie , jusqu'à siccité. Le résidu est repris par l'eau. Le liquide filtré est saturé par de la soude ou de la potasse solide. Arrivé à ce point, M. Orfila laisse le choix à l'opérateur ou de reprendre la nicotine devenue libre par de Céther, ou bien de soumettre le mélange à feu nu à l'action de la chaleur.
Je prends d'abord la première alternative. Ce procédé exécuté avec dextérité doit pouvoir fournir de la nicotine. Cependant, je ne doute nullement que l'acide sulfurique, sous l'influence de la chaleur et de l'air, n'altère une quantité très notable de nicotine. Ainsi, dès l'instant que l'on chauffe l'acide sulfurique, même très dilué, avec cet alcali pur et l'air, une partie de celui-ci se résinifie par oxydation. C'est une des raisons pour lesquelles l'ancien procédé de préparation de nicotine fournit si peu de produit. On sait, en effet, que se basant sur cette méthode on avait évalué à environ un millième la quantité de nicotine existant dans le tabac,
tandis qu'il s'y trouve depuis 3 jusqu'à 8 p. c. de cet alcaloïde.
Je n'oserais, d'ailleurs, affirmer que par l'action de l'acide sulfurique
sur les matières organisées il ne se produise pas une certaine quantité d'alcaloïdes volatils, qui, en solution dans l'eau, présentent les propriétés de la nicotine. M. Stenhouse ne dit- il pas avoir observé que les matières azotées, traitées par l'acide sulfurique dilué, fournissent des alcaloïdes volatils, d'une odeur piquanle et d'une saveur acre et brûlante.
Si l'évaporation de la liqueur acide avait lieu dans le vide et à la température ordinaire, mes objections tomberaient. Mais dans ce cas, on rentrerait dans ce que j'ai fait moi-même, sauf l'intervention de l'alcool et de l'acide oxalique. Je m'expliquerai plus loin sur les motifs qui m'ont déterminé dans mes recherches.
Examinons maintenant la deuxième alternative. J'ai dit plus haut que le liquide, évaporé presque jusqu'à siccité, est repris par de l'eau et que la solution filtrée et saturée par quelques centigrammes de soude ou de potasse solide est introduite dans une cornue chauffée à feu nu et soumise ainsi îi la distillation jusqu'à ce qu'il ne reste plus de liquide dans la cornue (premier procédé). [I est évident qu'il faut ajouter un excès d'alcali pour mettre la nicotine en liberté. On peut difficilement se figurer que M. Orûla ait pu proposer ce moyen. Non seulement la nicotine, si elle existe dans la matière que l'on traite ainsi, peut s'altérer par l'action de l'alcali, de la chaleur et de l'air; mais encore il peut, je dois presque ajouter, il doit se former des alcalis volatils par l'action de la soude sur la matière organique en solution dans le liquide. Les données que présente la science à cet égard sont positives. Les matières organiques azotées, soumises à l'action des alcalis et de la chaleur, produisent une série d'alcaloïdes parmi lesquels on rencontre l'ammoniaque, la pétinine et la picoline, et, chose bien remarquable, une solution aqueuse de pétinine et de picoline, soumises aux réactions indiquées par M. Orfila pour la nicotine, présentent les mêmes phénomènes apparents qu'une solution de ce dernier alcaloïde. Ce fait, je le démontrerai tantôt.
Reste le troisième procédé : il consiste à traiter par la potasse ou la
soude les matières suspectes et à chauffer le tout à feu nu dans une cornue jusquà siccité. M. Orfila dit, page 20 de son mémoire inséré dans les Annales (T hygiène publique et de médecine légale, avoir employé ce moyen pour découvrir la nicotine dans la rate d'un chien empoisonné. Je transcris textuellement : « Rate. J'ai laissé macérer dans une dissolution de soude caustique très faible, la rate parfaitement écrasée; au bout de vingt heures, j'ai filtré et fait évaporer la liqueur. Lorsque celle-ci a été réduite à environ 20 grammes, je l'ai introduite dans une cornue et j'ai distillé à feu nu jusqu'à siccité. Le liquide recueilli dans le récipient était limpide, incolore, alcalin et d'une odeur de nicotine ; évaporé au bainmarie pour le concentrer davantage, il a fourni toutes les réactions de la nicotine. »
Dans les annales des sciences, il n'existe aucune analyse qui surpasse celle-ci en fautes commises, et je le démontre.
Le premier acle posé est contraire à tout esprit d'analyse qui est de simplifier, et d'éliminer le plus possible, des substances sur lesquelles on opère, les matières étrangères. M. Orfila fait l'inverse, il complique les choses. En effet, en laissant macérer pendant vingt-quatre heures un parenchyme spongieux, rempli d'une substance essentiellement albumineuse et partant soluble dans la soude, il obtient un liquide qui renfeinie plus de matière étrangère que ne fournirait cet organe par aucun autre dissolvant connu; il filtre ensuite et évapore au bain-marie, je suppose, la liqueur dans laquelle la nicotine doit être libre.
Or, M. Orfila a posé en principe, ce que d'ailleurs tous les chimistes savent, qu'une solution aqueuse de nicotine chauffée laisse échapper de la nicotine avec la vapeur d'eau. Quoi qu'il en soit, quand le liquide est réduit à 20 grammes, — il ne dit pas quel était son poids primitif, — il le soumet dans une cornue à feu nu à la distillation; ainsi M. Orfila a dissous de la matière organique, quand il devait tout faire pour éliminer celle-ci; par l'évaporation, il a perdu la nicotine qu'il devait retenir, et, plus que tout
cela, il a altéré celle qu'il pouvait encore y avoir; enfin, il a pu produire des alcaloïdes qui n'existaient pas.
Je prie l'Académie déjuger, d'après cet exemple, de l'habileté analytique de notre confrère et de la confiance que peuvent inspirer ses travaux chimiques.
Je vais supposer pour un instant que pas une seule des observations que je viens de présenter ne soit fondée, et que dans les opérations que M. Orfila a décrites, il ait obtenu de la nicotine; mais a-t-il administré la preuve de l'existence de cet alcaloïde? Certainement non, et voici pourquoi : que faut-il . pour qu'on puisse affirmer l'existence et la nature d'un corps? On doit prouver, comme l'a si bien exposé l'illustre chimiste M. Chevreul, ses propriétés physiques, ses propriétés organoleptiques et ses propriétés chimiques. Parmi les caractères physiques les plus certains d'un corps, il faut ranger sa forme géométrique, et, s'il n'en possède pas, la forme géométrique d'un ou de plusieurs de ses composés. Viennent en seconde ligne ses autres propriétés physiques, et parmi les caractères chimiques on doit surtout donner ceux qui lui appartiennent exclusivement et qui permettent ainsi de le différencier des autres corps avec lesquels on pourrait le confondre.
M. Orfila, dans ses recherches sur la nicotine, a-t-il satisfait à ces conditions? Nullement ; je sais bien que notre confrère va me répondre que, puisqu'il avait empoisonné les animaux avec de la nicotine, dès qu'il obtenait quelques-unes des réactions de ce corps, il pouvait en conclure qu'il l'avait isolé. Cela serait vrai, si les réactions obtenues ou indiquées appartenaient exclusivement à la nicotine; mais comme cela n'est pas, cette manière de raisonner est essentiellement fautive. Je vais le démontrer, en eff'et, en comparant les propriétés d'une solution de nicotine, car c'est à l'état dissous que M. Orfila a presque toujours obtenu ce corps, à une solution de picoline et de pétinine, deux alcaloïdes liquides et volatils qui paraissent se produire par l'action des alcalis, potasse et soude, sur les matières organiques azotées.