DE LA FABRICATION DU SULFATE DE SOUDE
A Loos, il existe, en activité, cinq grands l'ours à sulfate, qui sont absolument construits de la même manière que les fours à sulfate de l'usine de la Madeleine, c'est-à-dire que la calcination du sel marin avec le bisulfate s'y opère dans un four à réverbère chauffé directement par les produits de la combustion du coke qui brûle dans un foyer faisant partie du four. L'acide chlorhydrique qui y prend naissance se mêle donc, comme à la Madeleine, avec l'azote et avec l'acide carbonique de la combustion. A ces cinq fours, il y a cinq doubles systèmes de condensation, protégés par des toits des intempéries atmosphériques. De ces cinq doubles systèmes, quatre sont identiques à ceux qui se trouvent à la Madeleine; il me suffit de les indiquer; un double système diffère : je vais essayer de le décrire.
Ce double système consiste dans une série de cent vingt quatre bonbonnes divisées en deux parties; l'une mise en communication avec les gaz de la cuvette, l'autre en communication avec les gaz de la calcine. Voici comment chacune est disposée : on a établi à environ 1 mètre au-dessous de l'ouverture par laquelle l'acide chlorhydrique sort du four, un massif en maçonnerie en forme d'escalier; mais afin de ménager l'espace occupé par cet escalier massif, c'est-à-dire au lieu de le prolonger en longueur, on l'a replié trois fois sur lui-même, en augmentant la largeur du massif : on a ainsi imité l'escalier d'une maison à trois étages, avec cette différence que tous les gradins sont pris dans l'épaisseur de la maçonnerie. On a placé, sur chacun des replis, seize bonbonnes de 175 litres environ, les quarante-
huit bonbonnes qui se trouvent ainsi rangées, sont reliées entre elles par des raccords bien mastiqués, de manière à forcer le gaz acide qui entre dans la première bonbonne d'en bas à monter successivement au travers de toutes les bonbonnes et à sortir par le raccord de la dernière, appelé qu'il est vers un second système de condensation, par la grande cheminée. Les bonbonnes qui se trouvent ainsi placées sur cet espèce d'escalier sont mises en communication entre elles par des tubulures qu'on y a pratiquées sur les côtés, vers les deux tiers supérieurs. Dans l'intérieur de la tubulure gauche de chaque bonbonne se trouve soudé un tube en grès arqué qui se dirige dans l'intérieur de la bonbonne, à peu près jusqu'au fond. Je prends pour tubulure gauche de la bonbonne celle qui fait face à ma droite quand je me trouve devant la rangée. Cette tubulure gauche étant mastiquée dans l'intérieur de la tubulure droite de la première bonbonne, le liquide qui pénètre dans la seconde se déverse dans la première au moment où il s'est élevé au niveau de la tubulure de la première bonbonne. Le liquide déversé vient du fond du second vase, puisque le tube arqué par lequel il doit s'écouler plonge au fond de celui-ci. La disposition que je viens de décrire pour les deux premières bonbonnes existe entre la deuxième et la troisième, entre la troisième et la quatrième et ainsi successivement jusqu'à la quarante-huitième. De cette disposition il résulte que le liquide qui pénètre dans la quarante-huitième bonbonne doit s'écouler par la première, après avoir traversé successivement la quaranteseptième, la quarante-sixième, la quarante-cinquième la troisième, la deuxième, la première. Puisque le liquide qui s'éooule de chaque bonbonne provient du fond de celle-ci, il en résulte aussi que c'est toujours le liquide le plus dense qui est déversé. Si je rappelle maintenant que les gaz entrent dans ce système par la première bonbonne et s'échappent par la dernière, on conçoit qu'il se trouve toujours en contact de liquide de moins en moins acide, et, par conséquent, de plus en plus apte à en dissoudre, lorsqu'il s'en présente à lui. On conçoit aussi qu'en
réglant convenablement un écoulement d'eau par la quarante-huitième bonbonne, la première doit déverser constamment de l'acide chlorhydrique à un degré de saturation constant. On doit comprendre aussi que si l'on multipliait considérablement le nombre de bonbonnes disposées ainsi en cascade, on arriverait à absorber presque la totalité du gaz acide dégagé par le four, sans devoir recourir à d'autres moyens de condensation. Mais un système de ce genre exigerait un emplacement très considérable, serait très coûteux et ne produirait pas, à beaucoup près, ce qu'il exigerait en frais d'installation et d'entretien. M. Kuhlmann a donc ajouté à ce système une série de 12 bonbonnes, renfermant de l'eau et de la withérite, et 2 bonbonnes à moitié remplies d'eau pure; celles-ci devant servir de témoins. Les bonbonnes à la withérite et les deux témoins sont mis en communication entre eux et avec le système de bonbonnes en cascade, par des raccords ordinaires. Tout l'appareil de condensation est mis en rapport arec la cheminée d'appel qui est chargée de déterminer le courant gazeux et la combustion dans le foyer du four.
Cet appareil de condensation annihile aussi complètement qu'on peut le désirer l'acide chlorhydrique produit tant par la chaudière que par la calcine. Je m'en suis assuré de manière à pouvoir l'affirmer. De plus, il fonctionne d'une manière permanente une fois que le courant est établi à la dernière bonbonne de la cascade et s'écoule en filet continu d'acide concentré par le tube soudé dans la tubulure gauche de la première bonbonne. L'acide, à mesure qu'il s'écoule, est reçu dans un récipient clos.
Par la disposition que je viens d'indiquer, M. Kuhlmann a obvié à l'inconvénient que présente le système à bonbonne horizontal, d'exiger journellement un siphonnage des acides concentrés et le transport des acides faibles des derniers vases vers les premiers, double opération pendant laquelle il se dégage toujours plus ou moins d'acide dans l'atmosphère.
J'ai été à même de constater jusqu'à quel point le siphonnage et le transport des acides peuvent occasionner des émanations dans l'air. J'ai dit
qu'à l*usine de Loos, sur cinq fours en activité, il y en a quatre auxquels se trouve adapté le système horizontal, c'est-à-dire les bonbonnes placées sur un même plan, et qu'il y a un four qui marche avec un système à cascade, celui que je viens de décrire.
L'appareil de condensation, composé de bonbonnes disposées en cascade et dans lequel la récolte est continue, présente, sous le rapport de la salubrité, de grands avantages sur le même appareil disposé sur un même plan dont lesiphonnage se fait d'une manière intermittente.
Le système à cascade doit l'emporter, et de beaucoup, sur le système disposé sur un plan horizontal, parce que, dans l'un, la faculté d'absorption de l'eau diminue continuellement depuis le commencement jusqu'au moment de la récolte, tandis que, dans l'autre, cette faculté reste constante à toutes les époques de l'opération. Dans l'appareil à cascade, il n'y a de limite que la rapidité du courant et le degré que l'on désire donner ou maintenir à l'acide chlorhydrique liquide qui s'écoule.
Le système d'appareil en cascade, disposé comme je viens de le décrire, fonctionne d'une manière irréprochable. Mais, cependant, il peut présenter certain inconvénient, comme M. Kuhlmann l'a reconnu le premier. Cet appareil, comme tous les autres dans lesquels interviennent les bonbonnes comme récipient, est sujet à accident. Une bonbonne peut se fêler, ou peut se casser complètement. Les bonbonnes étant reliées par les tubulures à l'aide de raccords, et étant solidaires les unes des autres par les tubulures latérales, qui sont soigneusement mastiquées, il se fait que le remplacement d'une bonbonne cassée ou fêlée est une opération très difficile. Dans la prévision de cet accident, qui doit arriver l'un ou l'autre jour, et dans l'intention de substituer pour tous ses fours le système à cascade au système sur un même plan, M. Kuhlmann a déjà fait construire un très grand nombre de bonbonnes qui ont des raccords ordinaires, mais dont les tubulures latérales sont mises en communication l'une avec l'autre à l'aide de gros tubes en caoutchouc T. n. 2Î
vulcanisé {^).Ve\\)érience, en effet, a prouvé que le caoutchouc, et surtout le caoutchouc vulcanisé, peut être Içès avantageusement employé pour ^mettre en rapport des vases ou des tubulures qui déversent de l'acide chlorhydrique liquide. Par l'interposition du tube en caoutchouc vulcanisé, le système en cascade perdra la rigidité qui est un grand inconvénient, et le remplacement d'un vase par un autre deviendra une opération très facile.
11 est probable qu'au moment où j'écris ces lignes, la substitution du nouveau système à l'ancien a déjà été opérée pour plusieurs autres fours.
DE LA CONDENSATION DE l'aCIDE SULFUREUX ET DES VAPEURS NITREUSES PROVENANT DE LA FABRICATION DE l'aCIDE SULFURIQUE.
A Loos, il existe une immense fabrique d'acide sulfurique alimentée par deux très grands fours dans lesquels on brûle du soufre d'une manière continue. Dans les fours à soufre se trouvent les générateurs qui fournissent la vapeur d'eau nécessaire à la fabrication de l'acide sulfurique. M. Kuhlmann y utilise, comme à la Madeleine, la chaleur produite par la combustion du soufre.
L'acide sulfureux et les vapeurs nitreuses sont condensés par un appareil spécial, composé d'une série de bonbonnes, placées au-dessous des chambres. Le système barytique était en installation au moment de ma visite.
DE l'état DE LA VÉGÉTATION AUX ENVIRONS DE l'uSINE, A LOOS.
, L'usine de Loos, comme je l'ai dit plus haut, se trouve au bord d'un
(1) Je sais par M. Balard, de l'Institut de France, que, dans l'usine de Javel, les bonbonnes de condensation de l'acide chlorhydrique sont mises en rapport avec des tubes-en caoutchouc appliqués sur des tubulures latérales. Mais là le système de bonbonnes est Sur un même plan. Le caoutchouc vulcanisé est également employé en Angleterre pour le même usage.
canal. Dans un périmètre fort considérable qui existe en avant, à droite, et derrière l'usine, les terrains sont la propriété de M. Kuhlmann. A l'aspect de la végétation dans les jardins de M. Kuhlmann, dans le bois qui y est contigu, dans le parc d'une campagne à droite, il est impossible de se douter de la proximité d'une usine dans laquelle se trouvent en pleine activité cinq fours à sulfate, des chambres de plomb considérables, un grand nombre d'appareils à chlorure de chaux.