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ACIDE SULFURIQUE

A l'époque de notre dernière exposition (1846 à 1847), la quantité d'acide sulfurique fabriquée s'élevait à 9,500,000 kilogrammes, dont 4 millions de kilogrammes environ provenaient de la combustion du soufre importé de la Sicile. Le restant était produit par la combustion de la pyrite de fer qui, depuis 1842, a concouru avec le soufre brut à produire chez nous l'acide sulfurique. En 18 i6, on a employé à la fabrication du sulfate de soude 4,860,000 kilogrammes d'acide sulfurique; de plus, on en a exporté, en Hollande principalement, 355,578 kilogrammes; le reste, 4, 500,000 ilogrammes, a été consommé dans le pays, pour les besoins des industries diverses.

Cet état de choses s'est maintenu jusqu'en 1851 ; la quantité de soufre brut brûlé annuellement, est restée la même, et on a continué à fabriquer à l'aide de la pyrite les 5,500,000 kilogrammes d'acide sulfurique; mais à dater de cette année, par suite de la création de trois grands établissements nouveaux et de l'extension donnée aux usines existantes, la production s'est annuellement élevée, de manière qu'en 1854, elle était déjà plus que doublée. En effet, la quantité fabriquée à l'aide des pyrites a été portée de 5,500,000 à 12,155,000 kilogrammes.

En ajoutant l'acide produit par la combustion du soufre importé cette année, et qui s'est élevé à 2,917,000 kilogrammmes< représentant

8,700,000 kilogrammes d'acide environ, on arrive à l'énorme production de 20,855,000 kilogrammes, dont 9,470,000 ont été cette même année transformés en sulfate de soude. Mais, depuis 1846 jusqu'en 1856, la quantité de soufre brûlée n'a été en moyenne que de 1,520,000 kilogrammes, équivalant à 5,960,000 d'acide sulfurique à 66°; ce qui porte, en réalité, la quantité produite annuellement, depuis 1851 jusqu'en 1855, à 16,095,000 kilogrammes. Si l'on en retranche les 9,470,000 kilogrammes employés à la fabrication du sulfate de soude et les 555,000 kilogrammes exportés, il reste 6 millions de kilogrammes consommés dans le pays, masse considérable, eu égard à la quantité relativement faible qu'exige chaque industrie qui emploie l'acide sulfurique.

La fabrication de l'acide sulfurique à l'aide de la combustion du soufre brut s'exécute, dans notre pays, avec une grande perfection. On peut dire que, dans la plupart de nos usines, le rendement est celui que la théorie indique. Il n'en est malheureusement pas ainsi de la fabrication de l'acide obtenu à l'aide des pyrites de fer. Dans certaines de nos usines, on n'utilise que les six dixièmes du soufre qui y est contenu; dans celles qui travaillent le mieux, le quart du soufre est encore perdu. C'est une perte considérable, parce qu'elle élève du quart aux quatre dixièmes le prix de revient de l'acide sulfurique, et ensuite, parce que l'acide sulfureux produit s'échappe dans l'air au détriment de la végétation des environs des usines.

Dans l'intérêt même des fabricants d'acide, nous allons, en peu de mots, exposer le motif de l'infériorité de leur travail. Ces motifs résident : 1° dans l'état sous lequel ils soumettent les pyrites à la combustion ; 2° dans la forme de certains fours à combustion; 5° dans le rapport de la capacité des fours avec la capacité des chambres de plomb; 4" enfin, dans la manière de présenter l'acide sulfureux produit à l'acide azotique.

Presque tous les fabricants d'acide à l'aide de la pyrite brûlent cette substance telle qu'elle est extraite du sol. Or, chacun sait que, sous la forme de masse compacte ou de poudre, le bisulfure de fer se brûle incom-

plètement et de plus d*une manière très irrégulière. Le seul moyen de transformer d'une manière complète et régulière le soufre des pyrites en acide sulfureux, consiste à mêler la pyrite en poudre à de l'argile, dans le rapport du huitième ou septième de son poids, et à mouler ce mélange sous la forme de masses, soit sphériques, soit cylindriques. Ces masses, additionnées de pyrite en fragments, et introduites dans un four convenablement construit, brûlent avec la même régularité que les boulets de charbon et d'argile dans nos foyers. C'est, d'ailleurs, mélangée avec de l'argile que la pyrite est brûlée dans les fabriques étrangères où le travail se fait le mieux.

Les fours à grilles sont les plus convenables; dans les fours à dalles, la combustion est presque toujours incomplète; le travail est surtout fort irrégulier.

La capacité des chambres de plomb est presque partout trop faible par rapport aux fours employés. Dans certaines usines, cette capacité n'est guère que la moitié de ce qu'elle devrait être. Les très grands fours, souvent employés, sont d'ailleurs moins convenables que plusieurs petits fours, la température s'y élevant trop et amenant ainsi la fusion de la pyrite.

Le dernier motif de l'infériorité du rendement dans ces usines, est l'emploi du mélange d'azotate de potasse et d'acide sulfurique, en remplacement de l'acide azotique ; la manière dont le mélange fournit de l'acide azotique; enfin, la température élevée que possède encore l'acide sulfureux, lorsqu'il vient en contact de l'acide azotique. La transformation de l'acide sulfureux en acide sulfurique exige un afflux régulier d'acide azotique; tandis que la décomposition de l'azotate de soude par l'acide sulfurique, sur le lieu où l'on opère cette réaction, se fait toujours très brusquement, de manière à produire au commencement de l'opération un grand excès d'acide azotique; d'où il résulte que, vers le milieu et surtout vers la fin de la combustion de la pyrite, il y a défaut et même absence complète de cet acide.

Enfin, dans presque toutes nos fabriqués où l'on brûle des pyrites, l'acide azotique est présenté à l'acide sulfureux, lorsque celui-ci est encore à une température trop élevée; ce qui a pour effet de déterminer une décomposition totale d'une grande partie de l'acide azotique.

En somme, pour améliorer le travail de nos fabriques d'acide sulfurique à l'aide de la pyrite, pour les mettre au niveau des usines bien conduites des autres pays, les industriels doivent renoncer à brûler la pyrite seule; ils doivent mêler la pyrite pulvérulente avec de l'argile; ils doivent remplacer leurs grands fours à dalles par plusieurs fours plus petits à grilles, et mettre ces fours mieux en rapport avec la capacité de leurs chambres en plomb; enfin, ils doivent se servir de l'acide azotique libre et né pas introduire de cet acide dans un lieu où il peut rencontrer de l'acide sulfureux à une température trop élevée.

Nous ne connaissons dans notre pays qu'une seule usine où l'on absorbe les vapeurs nitreuses qui se dégagent des chambres de plomb. Dans toutes les autres usines, les industriels les lancent dans l'atmosphère. Un membre du jury international, M. Kuhlmann, a fait connaître les procédés particuliers qu'il emploie pour condenser ces vapeurs. Nous ne les décrirons pas ici; nous les avons d'ailleurs exposés dans un rapport adressé à M. le ministre de l'intérieur, sur les établissements de ce grand industriel. Nous renvoyons à ce rapport, qui est publié, ceux qui désirent connaître ces procédés.

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