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CAOUTCHOUC

Le caoutchouc est de toutes les matières végétales celle dont on a fait le plus d'applications, et à laquelle on a fait subir le plus de transformations. C'est en France que ses propriétés élastiques ont reçu les premières et les plus nombreuses applications, notamment pour la fabrication des tissus élastiques, connus de tout le monde, et pour la confection des objets de fantaisie. En Angleterre, son imperméabilité a été mise en premier lieu à profit pour la confection des étoffes de toute nature. Mais, par suite de la découverte de la volcanisation du caoutchouc, son emploi a pris un développement inattendu.

Le caoutchouc est, comme tout le monde le sait, mou et élastique à la température ordinaire; il devient, au contraire, dur et rigide par le refroidissement, qui n'a pas besoin de descendre jusqu'à 0°; à l'état mou, deux surfaces de caoutchouc récemment coupées peuvent se souder avec plus de facilité que deux métaux ne se soudent au rouge. Or, M. Charles Goodyear trouva que le soufre étant incorporé à la gomme élastique, et ce mélange chauffé et maintenu pendant quelques heures en vase clos, à la température de 150", on obtient une matière qui présente tous les caractères extérieurs du caoutchouc, et qui jouit de la propriété de rester molle et élastique, même à plusieurs degrés sous 0. Sous cette forme, le caoutchouc a perdu la propriété de se souder à lui-même. Cette découverte permit à M. Goodyear de confectionner des chaussures imperméables, dont on fit un grand usage en Amérique. Le caoutchouc sulfuré, qui reçut plus tard le nom de caoutchouc volcanisé, non seulement possède et conserve une grande élasticité, mais joint à cette précieuse propriété une remarquable résistance à la compression. En France, on l'a utilisé immédiatement pour la confection des tampons de locomotives, des rondelles servant aux joints des ressorts, des tubes de conduite des acides et des soupapes des pompes. Ces soupapes,

généralement sphériques, sont lestées de plomb, renfermé dans leur intérieur.

Il existe plusieurs moyens différents pour volcaniser le caoutchouc. Les principaux sont ceux découverts par M. Goodyear lui-même et par M. Thomas Hancok, de Londres. Le procédé de M. Goodyear consiste à pétrir le caoutchouc avec du soufre, à façonner des objets avec l'espèce de pâte obtenue et à soumettre ensuite celle-ci, envase clos, à une température de 150" centigrades. Ce moyen, qui réussit toujours, n'est guère exécutable que dans de grandes usines, qui disposent de puissantes machines pour découper et pétrir le caoutchouc avec le soufre. Le procédé de M. Hancok est infiniment plus simple : il consiste à plonger les objets en caoutchouc dans un bain de soufre fondu et maintenu à une température de loO"*. Convenablement exécuté, ce procédé fournit des produits parfaits ; néanmoins, il présente quelques inconvénients : ainsi il introduit dans la masse de caoutchouc plus de soufre qu'il n'est nécessaire, et le prédispose à devenir dur et cassant, comme beaucoup de personnes l'ont déjà observé. Pour obvier à ces inconvénients, on doit, lors de la volcanisation, ne pas laisser la température du bain de soufre dépasser 130° et surtout soumettre les objets volcanisés à une désulfuration énergique, en les traitant à chaud par des solutions alcalines de potasse ou de soude caustique.

Le durcissement qu'acquiert le caoutchouc volcanisé, lorsqu'on y laisse un excès de soufre, a été mis à profit par M. Goodyear pour la fabrication du caoutchouc survolcanisé ou durci. Celui-ci possède, suivant la quantité de soufre incorporé, et la température à laquelle il a été soumis, la dureté et la rigidité du bois, ou bien une certaine élasticité. Le caoutchouc durci est d'un brun noirâtre et susceptible d'un très beau poli. Chauffé jusqu'à un certain point, il se ramollit, prend dans cet état toutes les formes qu'on lui donne et les conserve après le refroidissement. Suivant qu'il a été plus ou moins durci, il a déjà reçu un grand nombre d'applications. On l'a substitué aux fanons de baleine pour fabriquer les baleines

des parapluies, à l'ëcaille dans la confection des peignes, ainsi qu*à un grand nombre d'objets de tabletterie. La fabrication des peignes en caoutchouc durci a déjà donné naissance à un commerce très important.

Le compartiment américain de l'exposition renfermait une fort belle collection d'objets de luxe et autres, confectionné avec le Caoutchouc survolcanisé. 11 y avait une machine électrique dont le plateau et les isoloirs étaient construits avec la même substance.

La survolcanisation s'obtient en pétrissant des poids égaux de caoutchouc ordinaire et de soufre, et en exposant ce mélange, pendant un temps qui varie de sept à douze heures, suivant l'épaisseur de la masse, à une température de 150^. Le caoutchouc durci présente absolument la même forme que celle de la masse avant le durcissement. Ainsi, des feuilles laminées, par exemple, renfermant le caoutchouc et le soufre, dans les rapports que nous venons d'indiquer, et introduites ensuite dans des cylindres clos et chauffés à la vapeur à la température de 150°, en sortent avec leur forme et leurs dimensions primitives.

En diminuant la proportion de soufre, ainsi que la durée et l'intensité de la chaleur, on obtient une matière d'une dureté et d'une flexibilité comparables à celle du cuir épais. M. Goodyear s'est servi de ce caoutchouc incomplètement durci pour le doublage des coques des navires. Il assure qu'un bâtiment recouvert ainsi a pu faire un voyage de circumnavigation sans que la couche protectrice ait été altérée, et sans qu'il se soit développé à la surface cette végétation sous- marine qui s'attache toujours aux vaisseaux non doublés.

La propriété du caoutchouc durci, de se ramollir par la chaleur, de prendre alors toutes les formes, et de les conserver après le refroidissement, est utilisée pour la confection des objets courbes à l'aide de simples plaques. On découpe dans des feuilles planes la surface que l'on veut courber, puis on les chauffe jusqu'à ce que la matière cède à la pression;

on la bombe ensuite sur un moule sur lequel l'objet se refroidit en conservant]la forme donnée.

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