CUIRS TANNÉS. — CUIRS CORROYÉS
Les tanneurs de toutes les nations avaient envoyé des produits à l'exposition. Dans cet immense concours, la tannerie belge a dignement soutenu la réputation qu'elle s'est acquise par l'excellente qualité de ses cuirs, par la loyauté de sa fabrication. C'est avec une juste fierté, et avec la certitude de ne pas être démenti, que nous affirmons que les produits de certains de nos tanneurs n'ont été surpassés, sous le rapport de la qualité, par aucun autre des principaux exposants anglais et français, chez lesquels, cependant, le tannage s'exécute avec une rare perfection. Nous ajoutons que, si le jury avait cru pouvoir attribuer des médailles d'honneur à l'industrie du tannage, une récompense de cet ordre élevé aurait été décernée à un exposant belge.
Peut-être les cuirs forts français et anglais se présentaient-ils, à un œil
peu exercé, avec un meilleur aspect que les cuirs belges. Peut-être les
exposants de ces produits avaient-ils mis plus de coquetterie dans l'apprêt.
La plupart de leurs cuirs, en effet, avaient subi l'opération du battage, à
laquelle, en France surtout, on attache une grande importance; tandis que
nos principaux industriels avaient envoyé leurs cuirs à l'état brut, sans apprêt quelconque, tels que le tannage le fournit. Mais, nous, le répétons, quant à leur qualité réelle, elle était excellente. »
L'exposition a permis de constater une fois de plus que les cuirs tannés par les procédés appelés nouveaux ne peuvent pas, et à beaucoup près, rivaliser avec ceux que donne la méthode ancienne du tannage. Du tan et du temps sont toujours les seuls moyens de se procurer des cuirs fortSi Incontestablement, le tannage est une opération chimique; le cuir est une combinaison chimique. Mais tous ceux qui ont recherché les méthodes d'accélération du tannage ne se sont pas assez pénétrés de la nature toute spéciale de cette opération et de la nature de la matière qui la subit. La peau constitue, en effet, une trame organique, composée de fibres élastiques résistantes, s'entrelaçant en tous sens, que le tannage doit respecter non seulement quant à leur forme, mais quant à leurs qualités élastiques et résistantes. Mais l'expérience a prononcé sur les conditions qu'on doit observer lorsqu'on veut, au sein d'un liquide, transformer un solide de forme et de propriété spéciales, en un autre solide de même forme et de qualités extérieures identiques, et de composition chimique différente. Les conditions essentielles sont le temps, le repos absolu et la dilution du liquide. Toutes les fois qu'on veut aller trop vite, qu'on agite, qu'on se sert de liquides trop concentrés, on désagrège le solide, et, de plus, on ne le transforme que très incomplètement. Tel est le tannage lent par l'ancien procédé, tel est le tannage rapidement opéré par les prétendues méthodes perfectionnées. Nous ne nions point qu'on parvienne à améliorer encore l'opération du tannage; mais ce ne sera que pour autant que l'on rentrera davantage dans les conditions que nous venons d'exposer et que, d'ailleurs, la nature nous enseigne ; car c'est là le procédé qu'elle emploie, lorsqu'elle produit certaines masses minérales, de formes incompatibles avec les molécules de ces substances.
Qae nos industriels, sans rejeter le progrès, continuent de s'en tenir à
leurs anciennes méthodes. Le véritable progrès est là, car c'est le seul moyen aujourd'hui connu de remplacer les cuirs secs et cassants, énervés et spongieux, produits par les nouveaux procédés; Thumidité pénètre les uns avec tant de facilité, les autres offrent si peu de résistance, qu'ils sont réellement impropres aux usages auxquels on les destine.
Le jury a constaté, par la comparaison de tous les produits, que c*est en France que la corroierie s'exécute avec le plus de perfection; et que c'est notamment à Paris que se fabriquent les meilleures tiges, qui sont d'une grande souplesse et d'une rare résistance.