TOXICOLOGIE ET PHYSIOLOGIE
Note sur les liquides de l'amnios et de Tallantoïde.
extrait des Comptes rendus de l'Académie des sciences, tome XXXI, p. 629; 1850.)
En examinant l'amnios lorsque le poulet brise sa coque, j'avais observé qu'il s'y trouvait toujours du biurate d'ammoniaque; je m'étais demandé si cet urate était le résultat des phénomènes chimiques accomplis pendant le développement du fœtus, et si celui-ci possédait déjà des fonctions qu'il est destiné à exercer plus tard. Mes expériences m'ont fait reconnaître que l'amnios ne renferme jamais d'acide urique sans qu'il en existe en même temps dans le cloaque. De plus, on en découvre dans le cloaque avant même qu'il s'en trouve dans l'amnios. 11 est donc bien évident que l'acide urique arrive par la voie du rein et qu'il est un produit de combustion intérieure qui s'opère déjà chez le poulet avant qu'il ait atteint son entier développement.
Dans la liqueur de l'allantoide, je n'ai pu découvrir ni urée, ni acide urique; mais j'y ai trouvé une matière organique azotée, cristallisable,
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soluble dans l'eau et dans l'alcool, dont je n'ai pas encore complètement défini la nature, faute de matière.
La liqueur de l'allantoïde renferme, en outre, des chlorures, sulfates et phosphates alcalins.
Chez la vache, l'eau de l'allantoïde renferme tous les sels que l'on rencontre dans l'urine de la vache, mais je n'ai pu y constater ni acide hippurique ni acide benzoïque.
On y trouve, en outre, de la fibrine, de l'albumine, de la caséine, et une quantité notable de sucre de raisin.
L'eau de l'amnios, chez la vache, ne renferme ni allantoïne, ni acide benzoïque; elle contient tous les sels de l'urine, ainsi qu'une quantité notable d'allumine et de fibrine; elle est saturée d'acide carbonique et contient du bicarbonate de potasse.
Chez la femme, l'allantoïde renferme de l'urée, comme on le sait déjà.
J'ai trouvé également l'urée dans le sang placentaire, et, chose remarquable, la partie liquide de ce sang est presque entièrement formée par de la caséine. Ce sang est peu albumineux et peu fibrineux.
Jusqu'à présent, il m'a été impossible de déterminer les quantités relatives de ces matières.
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Recherches médico-légales sur la nicotine, suivies de quelques considérations sur la manière générale de déceler les alcalis organiques dans le cas d'empoisonnement.
(Extrait du Bulletin de V Académie royale de médecine de Belgique, t. XI. p. 202 ; 1851-1852.)
INTRODUCTION
Si je ne consultais que mes sentiments et l'impulsion de mon cœur, je laisserais dans l'oubli les recherches chimiques que j'ai faites à l'occasion d'un empoisonnement qui a ému la société entière. Mais j'ai compris que j'avais un devoir à remplir envers l'Académie et envers moi-même; c'est de ce devoir que je viens m'acquitter.
Ces recherches, comme on le sait aujourd'hui, m'ont mis à même de découvrir, dans les organes de G. Fougnies, l'existence de la nicotine, poison qui, jusqu'à ce jour, était resté relégué dans le cabinet des chimistes. Bien peu de développements seraient nécessaires pour exposer la manière dont j'ai décelé et extrait le poison de ces organes; mais l'intervention insolite, dans cette affaire, d'un homme à qui l'Académie a donné naguère un témoignage éclatant d'estime et de considération en lui décernant le titre de membre honoraire, l'intervention, dis-je, de ce confrère m'empêche de donner un résumé de mes travaux et me force de présenter
à l'Académie un extrait textuel du rapport médico-légal que j'ai adressé à la justice.
On se rappelle qu'au milieu de l'émotion causée par îe drame lugubre qui se déroulait à Mons, M. Orfila lut à l'Académie de médecine de Paris un mémoire sur V empoisonnement par la nicotine. On se rappelle l'impression pénible produite par l'annonce seule de ce travail; à cette époque, en effet, moi qui avais consacré cinq mois de travaux aussi pénibles que funestes à ma santé pour élucider cette question, je me trouvais encore condamné au silence par le plus impérieux des devoirs. Il semblait à tous que la plus vulgaire délicatesse devait commander à M. Orfila de s'abstenir de publier quoi que ce soit sur cette question, et d'attendre que, libre des liens qui me retenaient, j'eusse livré mes recherches à la publicité i/).
A cette époque, la conduite de notre confrère a été sévèrement appréciée. On a dit, on l'a même écrit, et à mon grand regret, qu'il a voulu me ravir l'honneur de la découverte que je venais de faire. Je ne l'ai pas cru, mais examen fait de toutes les circonstances qui ont précédé la publication du travail de M. Orfila, je me suis convaincu qu'il a essayé du moins de partager cet honneur avec moi. Malgré le froissement légitime que m'a fait éprouver une conduite si peu délicate, j'aurais gardé un dédaigneux silence, laissant à la' justice du temps le soin de faire la part de chacun. Mais il y a dans tout ceci quelque chose de plus grave qu'une question d'amour-propre ou de propriété personnelle; il s'agit de la sincérité dans les relations scientifiques, de la vérité, et quelque pénible que soit la tâche que j'ai à remplir, il m'est impossible de me taire plus longtemps. Je vais donc prouver, pièces à la main, que M. Orfila n'a rien, absolument rien à réclamer concernant la découverte de la nicotine dans le cas d'empoisonnement. Je vais prouver que M. Orfila a connu d'une manière certaine,
(^) Avant le dépôt du mémoire de M. Orfila à l'Académie de médecine de Paris, je l'avais averti que je m'étais engagé à présenter à notre Académie les recherches que je venais de faire.
positive, la découverte que j'avais laite de la nicotine dans les organes de G. Fougnies, avant que lui eût songé à entreprendre des recherches sur cette question; je vais prouver qu'il a connu ces faits par moi-même; je vais prouver enlin qu'il s'est servi de moyens que je ne veux pas qualifier pour obtenir ces renseignements. Si dans l'appréciation des faits dans lesquels je vais être obligé d'entrer pour justifier ce que j'avance, je suis sévère, on voudra, j'espère, m'accorder que je suis juste.
Le 5 avril, plusieurs mois après que les journaux avaient fait connaître la découverte de la nicotine dans les organes de G. Fougnies, j'ai reçu de M. Orfila la lettre suivante :
« Paris, le 4 avril i8o1.
« Monsieur,
« J'ai appris indirectement que vos recherches dans l'affaire IJocarmé vous avaient amené à conclure que le poison avalé par la victime était de la nicotine. Occupé de préparer la cinquième édition de ma Toxicologie, il m'importe beaucoup de savoir ce qu'il en est à cet égard; si vous aviez la bonté de me renseigner sur ce sujet, je vous en serais très reconnaissant, non pas que j'aie l'indiscrétion de vous demander de grands détails avant le jugement; tout porte à croire qu'après les débats vous publierez ou vous permettrez de publier votre rapport; je pourrais alors me procurer les faits qui m'intéresseront; mais comme je compte assister h l'audience où vous serez entendu, je désirerais savoir par anticipation ce que vous direz. Il serait même possible, si vous n'avez pas fait des expériences sur les animaux, que j'en fisse avant mon départ pour Bruxelles. Si je liens beaucoup à avoir un mot de vous sur cette affaire, c'est que je fais grand cas de votre talent et de votre sagacité.
« Pourriez-vous m'indiquer aussi Tépoque à laquelle les débats auront
lieu?
« Agréez, etc.
(Signé) « Orfila. »
Immédiatement après la réception de cette lettre et après en avoir conféré avec M. le procureur général de Bavay, j'ai répondu à M. Orfila « que le fait annoncé par les journaux concernant la découverte de la nicotine dans le cadavre de Fougnies, quelque surprenant qu'il paraisse, est cependant vrai, absolument vrai », que « j'ai, en effet, retiré de la langue de ce malheureux, du contenu de son estomac, de son estomac lui-même, de son foie et des poumons, une quantité de nicotine telle que j'ai pu étudier dans ses plus grands détails ses propriétés physiques et chimiques et essayer en outre ses propriétés toxiques sur les animaux ». J'ai fait connaître en outre à M. Orfila que j'avais fait des expériences sur des chiens à l'aide de la nicotine et que j'avais surtout pour but de rechercher les lésions produites par une dose énorme de ce poison. M. Orfila a parfaitement reçu ma lettre; ce qui le démontre, c'est que le 11 du même mois il m'a adressé la lettre suivante :
« Paris, 11 avril 1851.
« Monsieur,
« J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire pour m'annoncer les résultats obtenus par vous dans l'affaire Bocarmé; votre expertise est admirable et je ne saurais assez vous féliciter. J'arrive à l'objet de ma missive : je pense que vous ne serez pas fâché de voir votre travail inséré en totalité ou en grande partie dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale, le seul journal important qui soit lu dans le monde entier. Un numéro de ce JQurnal paraîtra le 10 juillet prochain, par conséquent, après la fin des débats; si vous accédez à la prière que je vous fais d'insérer votre rapport dans ce recueil, veuillez me le faire savoir le plus tôt possible, afin que je puisse m'entendre avec lé rédacteur en chef, pour qu'il me réserve la place nécessaire; pourvu que le rapport me soit communiqué vers le 1,^ ou 20 juin, cela sera suffisant. Pendant mon séjour
à Mons, je pourrais en prendre connaissance et en faire de longs extraits, s'il était jugé trop long pour être inséré en entier. « Recevez, monsieur, etc.
{Signé) « Orfila. »
Ainsi il est bien démontré qu'à partir du 6 avril, M. OrfiIa a connu par nrjoi que j étais parvenu à retirer de la nicotine des organes de M. G. Fougnie^. Il est également bien démontré qu'à cette époque, M. Orfila n'avait pas mis la main à l'œuvre. Les termes de sa lettre sont explicites : « Il serait même possible, si vous n'avez pas fait d'expériences sur les animaux, que j'en fisse quelques-unes avant mon départ pour Bruxelles. » D'ailleurs, les renseignements qu'il m'avait demandés devaient servir pour sa Toxicologie dont il était occupé à préparer la cinquième édition. Mais comment concilier ces assertions si positives avec le passage suivant du mémoire que notre confrère a inséré dans les Annales d'hygiène ptiblique et de médecine légale i^) : « Il y a quelques mois, dès que j'ai appris que la justice informait, et que M. et M™"" de Bocarmé étaient arrêtés comme prévenus d'avoir tué Fougnies, je me suis livré à des recherches nombreuses dans le but de savoir s'il n'était pas possible » (je prie le lecteur de bien remarquer ceci) « de déceler la nicotine, seule ou combinée, soit qu'elle se trouvât dans le canal digestif, soit qu'elle eût été portée dans les organes, après avoir été absorbée; ce problème me paraissait d'autant plus important que cet alcali tue, en quelque sorte, avec la rapidité de l'éclair, et qu'il appartient à la classe des alcalis végétaux vis-à-vis desquels, croyait-on, la toxicologie devait avouer son impuissance. On verra, en lisant mon mémoire, que je
(1) Dans son mémoire déposé le 20 mai à l'Académie de médecine de Paris, lu le 3 juin et inséré dans VVnion médicale, tome V, n° 66, M. Orlila s'est permis d'écrire :
« Pendant mou séjour à Mons, et, par conséquent, depuis le dépôt de ce mémoire, j'ai eu à ma disposition le rapport si complet et si remarquable de M. Stas, et j'ai pu m'assurer :
« 1° Que ce savant a retiré la nicotine de la langue, de l'estomac et des liquides contenus dans celui-ci, ainsi que du foie et des poumons de G. Fougnies.»
SUIS parvenu à surmonter toutes les difficultés, et qu'il est possible, à l'aide de moyens fort simples, de découvrir des traces de nicotine, alors même qu'on la recherche dans le foie, la rate, les poumons, etc. ».
Je demanderai maintenant dans quel but M. Orfila a pu écrire les lignes que je viens de transcrire? Ou elles n'ont pas de sens, ou bien elles tendent à faire supposer que quand il s'est mis à faire des expériences sur les animaux à l'aide de la nicotine, il ignorait que je fusse parvenu à déceler la nicotine dans les organes de G. Fougnies, supposition qui est contraire à la vérité, puisque je lui avais écril avant qu'il eût commencé ses expériences sur les animaux : « J'ai retiré de la langue de ce malheureux, du contenu de son estomac, de son estomac lui-même, de son foie, et de ses poumons une quantité de nicotine telle que j'ai pu étudier dans ses plus grands détails ses propriétés toxiques sur les animaux. »
Mon travail sur les organes de G. Fougnies était d'ailleurs entièrement terminé depuis le mois de février et les résultats en étaient connus de tout le monde, M. Orfila compris, comme je le prouverais si l'on me mettait dans cette nécessité.
D'après ce qui précède, j'ai donc eu raison de dire que M. Orfila a essayé de partager avec moi la découverte de la possibilité de déceler la présence de la nicotine dans les organes des animaux empoisonnés par cet alcaloïde ; je suis également en droit de conclure que notre confrère n'a découvert que ce qu'il savait fort bien avoir été trouvé par moi plusieurs mois auparavant. Je suis autorisé à dire qu'en me demandant, sous le prétexte de la cinquième édition de sa Toxicologie, des renseignements qui étaient destinés à un travail sur le même objet que celui que j'avais fait, et que je ne pouvais encore publier, M. Orfila s'est servi d'un procédé que je laisse aux autres le soin de qualifier.
Mais ce n'est pas tout. J'ai un autre fait à signaler. Celui-ci est tellement grave que je ne sais vraiment comment m'y prendre pour l'exposer convenablement. On vient de voir qu'avant le 4 du mois d'avril, M. Orfila n'avait
fait aucune expérience sur les animaux, puisqu'il m'écrivait à celle date : « il serait même possible que j'en fisse, si vous n'en avez pas fait ». Mais à la page 55 du mémoire que je viens de citer, je lis : « J'ai empoisonné des chiens en introduisant dans l'estomac de la nicotine; après la mort, qui a eu lieu au bout d'une ou deux minutes, j'ai séparé l'estomac que j'avais lié au-dessus du cardia et au-dessous du pylore; j'ai abandonné ce viscère à lui-même sur une assiette exposée h l'air pendant deux mois (du 25 mars au 25 mai), etc. »
Il y a évidemment ici une impossibilité matérielle. Au 25 mars, M. Orfila n'a pu avoir empoisonné des chiens avec de la nicotine, puisque le 4 avril il n'avait fait encore aucune expérience sur les animaux, et qu'il ne se proposait d'en faire que pour autant que moi-même je n'en aurais pas tenté.
Je m'arrête ici, car si je continuais je me trouverais devant un dilemme qui me conduirait dans l'une ou l'autre hypothèse à des conclusions également graves et que je ne veux pas énoncer.
D'ailleurs, mes observations sont déjà assez sévères; puissent-elles servir à notre confrère, et lui apprendre que la droiture et la loyauté dans les relations scientifiques valent mieux que le succès d'un jour!
De mon côté, j'espère que j'aurai atteint mon but. J'ai voulu revendiquer pour mon pays le fait d'avoir constaté le premier, au sein même des organes de la victime d'un crime affreux, un alcaloïde volatil qui lue d'une manière foudroyante, et dont l'action sur l'homme par les lésions de tissus était complètement inconnue.
Je devrais maintenant aborder l'exposition des recherches qui font l'objet de ce travail, mais je suis obligé de m'expliquer sur un autre point. Je ne puis le cacher, ce n'est qu'avec un sentiment de tristesse profonde que j'aborde ce sujet, et si je me résous à en entretenir l'Académie, c'est que je cède plutôt aux sollicitations des honorables magistrats qui onl instruit cette affaire qu'à ma propre impulsion.
L'annonce prématurée de la découverte de la nicotine dans les organes de Gustave Fougnies, annonce que j'ai déplorée de toutes mes forces, avnit produit une certaine sensation dans le monde. Soit par envie, soit par le désir de diminuer l'importance de ce fait au point de vue de la défense, on a insinué dans le public que, si j'étais parvenu à déceler ce poison, c'était parce que l'instruction m'avait mis sur la voie en me faisant connaître que le prévenu de Bocarmé avait travaillé avec du tabac.
Quel que soit le but que l'auteur anonyme de cette assertion ait voulu atteindre, voici ma réponse; elle est bien simple, car elle n'est que le récit des opérations que j'ai faites :
Le 27 novembre 1850, j'ai reçu de M. le juge d'instruction Bemelmans un réquisitoire ayant pour objet de me « faire procéder soit par l'analyse chimique, soit par tout autre moyen scientifique, à l'examen des malièies cadavériques de Gustave Fougnies, à l'effet de rechercher et de constater : 1° s'il y a eu chez le défunt ingestion d'une substance vénéneuse ou morbifique quelconque; 2^ de quelle nature était cette substance; 5^ notamment si ce n'était pas de l'acide sulfurique; 4' en quelle quantité elle aurait été ingérée; 5" si elle n'était pas mélangée à un autre liquide au moment de l'ingestion; 6° si la couleur noire de la lèvre inférieure (la supérieure étant de la même couleur), de la langue, de toute la muqueuse buccale, de l'arrière-bouche et du pharynx, n'était pas due au passage d'un acide quelconque, notamment le sulfurique ».
M. le juge me remit en même temps quatre bocaux renfermant :
A. Le poumon;
B. L'estomac, les intestins et les liquides contenus dans ceux-ci; la vessie ;