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BLANC DE CÉRUSE

L'exposition a permis de constater qu'un grand mouvement agite l'industrie de la céruserie*. Jamais tant d'efforts n'ont été faits pour améliorer

la qualité des produits, et surtout les procédés de fabrication, afin de soustraire les ouvriers aux effets si délétères de l'absorption du plomb. La raison en est simple : cette fabrication a été justement attaquée au nom de la santé des ouvriers, et une autre substance, le blanc de zinc, est venue disputer à la céruse le monopole dont elle avait joui pendant tant de siècles.

L'examen de tous les blancs de plomb exposés a confirmé le jugement porté depuis longtemps sur la prééminence des céruses de la Carinthie, appelées blancs de Crems, sur toutes les autres. Elles sont, en effet, plus blanches, plus opaques, plus couvrantes que n'importe quel autre blanc de plomb. Elles doivent ces qualités exceptionnelles à la pureté presque absolue du métal employé, et au procédé de fabrication pratiqué. La plupart des céruses de l'Allemagne, préparées par la même méthode, se rapprochent du blanc de la Carinthie, et elles lui sont identiques, lorsque le plomb qui a servi présente la pureté nécessaire.

Les céruses obtenues par le procédé hollandais occupent le second rang. Elles étaient à beaucoup près les plus nombreuses. La France et la Belgique y ont la première place. La Hollande, qui pendant des siècles a joui du privilège de fournir presque à elle seule à la consommation des autres nations, n'y était qu'au deuxième rang.

Peu ou point d'efforts ont été faits en Carinthie, où se fabrique l'immense quantité de blanc de Crems consommée, pour soustraire les ouvriers à l'intoxication saturnine. C'est surtout en France, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, que ce mouvement s'est manifesté. A la France et à l'Angleterre appartient l'initiative de cette réforme; la Belgique a suivi l'exemple donné par les industriels de ces deux nations. Aujourd'hui, la fabrication de la céruse par le procédé hollandais peut se faire avec moins de chances de danger pour la santé des ouvriers qu'une foule d'autres fabrications. Nous renvoyons au rapport que nous avons rédigé pour le jury international, ceux qui désirent connaître les changements apporté»

en France au procédé hollandais ; ils les trouveront aux articles consacrés à MM. Théodore Lefèvre et 0% à Lille, et à MM. Besançon frères, à Ivry, près Paris. Les détails seraient d'ailleurs trop longs pour être reproduits

Le procédé français, ou de la précipitation, dont le principe a été indiqué au commencement de ce siècle par M. le baron Thénard, a reçu d'importantes modifications. Les céruses produites à l'aide de cette méthode n'étaient pas homogènes, et surtout manquaient de propriétés couvrantes. M. Fallu, par une nouvelle application du principe de l'illustre chimiste français, est parvenu à produire des céruses qui peuvent rivaliser avec les bons blancs de plomb obtenus par le procédé hollandais. La cause première de l'infériorité de la céruse dite de Clichy, où l'on a appliqué primitivement le principe du baron Thénard, consiste dans le changement de nature chimique qu'éprouve la solution de plomb, aux différentes phases de sa précipitation par l'acide carbonique. M. Fallu a obvié à cet inconvénient, en imprimant aux solutions un mouvement continu, qui les ramène des cuves à précipitation vers les cuves où elles se saturent incessamment d'oxyde de plomb. De cette manière, de l'oxyde nouveau remplace continuellement celui que l'acide carbonique enlève aux solutions, lesquelles conservent ainsi leur densité initiale et leur composition chimique.

La parfaite innocuité, pour les ouvriers, de la mise en pratique de ce procédé, rend désirable sa réussite complète.

Une des causes de l'insalubrité de la fabrication de la céruse est la forme que, dans le commerce, on a l'habitude de lui donner depuis un temps immémorial. La céruse produite par le procédé hollandais est toujours vendue sous forme de pains; le blanc de Grems est débité sous forme de masse carrée. La vente de la céruse sous ces deux états n'a pas de raison d'être. La préparation des pains constitue, au contraire, un danger permanent pour les ouvriers qui sont chargés de la confectionner. En effet, la mise en pots, le dépotage, l'arrimage des pains dans des séchoirs, leur

mise en papier, leur emballage, le déballage de ces mêmes pains, leur pulvérisation, el le broyage des cassons obtenus avec l'huile pour les amener à l'état de couleur ou de pâte broyée, constituent une série de manipulations funestes aux travailleurs qui les exécutent. Nous n'ignorons pas que certains consommateurs réclament de la céruse en pains, non pas par habitude, mais parce qu'ils croient pouvoir reconnaître la qualité de ce produit à la manière dont le pain se casse. En effet, un pain de céruse pure, provenant d'une pâte fine et homogène, possède une cassure conchoïdale. Mais cette cassure n'est pas un caractère certain de la pureté du blanc de plomb; elle appartient à toute pâte moulée faite d'une substance fine, dense, convenablement desséchée. Les fabricants de céruse eux-mêmes le savent, parce que les céruses qu'ils falsifient de sulfate de baryte, par exemple, présentent une cassure conchoïdale aussi bien que la céruse la plus pure : il suffit pour cela que le sulfate de baryte soit aussi finement pulvérisé que la céruse elle-même.

Plusieurs fabricants de céruse, français et belges, convaincus du danger qu'il y a pour les ouvriers de ûibriquer ces pains, sans qu'il en résulte aucun avantage réel pour le consommateur, ont demandé au jury d'examiner la question de savoir si la santé des ouvriers n'exige pas que la vente de la céruse en pains soit interdite. Le jury, après un long examen, a résolu affirmativement cette question, et il a émis le vœu que partout les gouvernements prohibent cette vente.

L'attention du jury s'est portée sur une autre question, qui est fort importante pour le commerce des céruses. Ce sont les fraudes auxquelles se livrent, sans exception, les fabricants de ces produits. La fraude s'est si bien établie, qu'elle s'est pour ainsi dire régularisée; ainsi, les fabricants, au lieu de vendre de la céruse pure, substance qui n'est plus connue que dans les ouvrages, débitent de la céruse n"' 1, 2, 5 et 4, et qui n'est autre chose que du blanc de plomb falsifié par 15, 50, 40 et même 60 p. c. de sulfate naturel de baryte finement pulvérisé. Nous avons eu entre les mains

du blanc de plomb, destiné à l'exportation transatlantique, renfermant 75 p. c. de ce sulfate. Ces fraudes, se pratiquent en Belgique, sur une échelle tout aussi vaste que dans les autres pays. Nous connaissons même un cérusier qui retient chez certains marbriers tous les déchets de marbre blanc, pour les moudre et les introduire dans ses céruses. Il est bien certain que la liberté de l'industrie permet à chacun d'introduire dans les produits qu'il fabrique des substances étrangères, et autant qu'il lui convient; mais il ne lui est pas permis de les débiter, quel que soit l'abaissement du prix qu'il fait, sans indiquer d'une manière nette et précise que ce produit renferme une matière étrangère, et combien il en contient. En agissant autrement, l'industriel pose un acte de tromperie contraire à la bonne foi qui doit présider aux transactions commerciales, et qui est^ sinon punissable aux termes du Code pénal, tout au moins contraire à son esprit.

Si nous nous élevons avec sévérité contre cette coupable pratique, c'est que nous avons acquis la certitude que la très grande majorité des consommateurs ne la connaissent pas, et que la peinture produite par ces céruses sophistiquées n'a pas, et à beaucoup près, la même résistance aux causes destructives que la peinture faite à la céruse pure.

Puisse cet avertissement ramener le commerce de la céruse dans la voie loyale dont il n'aurait jamais dû sortir!

La Belgique, qui renferme un grand nombre de céruseries, était représentée par trois exposants : l'un d'entre eux, ayant refusé de laisser examiner ses produits, a été mis hors concours. Le jury a récompensé les deux autres.

M. Brasseur a introduit le premier en Belgique la machine destinée a remplacer l'éplucliage à la main, le battage en pile et le broyage en vase clos, opérations excessivement nuisibles pour les ouvriers, lorsqu'elles s'exécutent par les anciens procédés. Sa fabrication, d'ailleurs, est d'une grande importance.

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