BLANC DE ZINC
L'application à la peinture de l'oxyde de zinc, désigné sous le nom de blanc de zinc, blanc de neige, est née de trois circonstances : l'une, l'insalubrité bien constatée de la fabrication du blanc de plomb, lorsque cette fabrication s'exécute sans soins particuliers; l'autre, le changement de couleur qu'éprouve la peinture à la céruse sous l'influence des émanalions sulfureuses; la troisième, l'illusion dans laquelle on était, que le blanc de zinc peut, dans toutes les conditions, remplacer la céruse. Quoique de grandes améliorations fussent déjà accomplies dans la mise en pratique du procédé hollandais, on ne saurait prétendre, sans méconnaître l'évidence des faits, que l'apparition du blanc de zinc, et la pression que l'on a exercée pour l'introduire dans la pratique de la peinture, n'aient puissamment contribué au perfectionnement des procédés de fabrication de la céruse. C'est ainsi que l'erreur contribue aux plus grandes améliorations. Aujourd'hui, dans toutes les céruseries bien organisées, la fabrication du blanc de plomb se fait sans danger pour la santé des ouvriers; la cause principale de la proscription de l'emploi de la céruse a disparu; le blanc de zinc ne peut donc se présenter que comme rival de la céruse. C'est uniquement sous ce rapport que nous allons l'examiner.
La majeure partie des problèmes que soulève sa fabrication économique sont résolues; nous renvoyons au rapport que nous avons rédigé pour le jury international, ceux qui désirent avoir des détails sur les procédés de cette fabrication.
Le blanc de neige est d'une blancheur éblouissante, d'un éclat que rien n'égale; le blanc de zinc est d'une blancheur extrême, quelquefois cependant légèrement teinté de jaune et pulvérulent. Le contact de l'eau donne à l'un et à l'autre un aspect mat. Le blanc de neige couvre moins que le blanc de zinc, qui lui-même couvre moins que la céruse. Trois couches de
peinture données à Taide de ces blancs ne couvrent pas plus que deux couches de peinture faites au blanc de plomb pur. Mais, à poids égal, le blanc de zinc développe une^plus grande surface de peinture que la céruse. Sur le bois de sapin neuf, les surfaces sont comme 307 mètres à 355 mètres carrés, par 10 kilogrammes de céruse et de blanc de zinc; mais, dans ce cas, l'égalité de la nuance n'existe pas, puisque nous venons de dire que trois couches de blanc de zinc ne couvrent pas plus que deux couches de blanc de plomb.
Le blanc de zinc produit une peinture brillante ou mate, dont les tons sont aussi beaux et aussi frais que ceux produits par la peinture faite avec la plus belle céruse.
Appliquée ù l'intérieur, la peinture au blanc de zinc conserve plus généralement sa blancheur que celle produite avec du blanc de plomb. Cette dernière peinture est sujette à jaunir, lorsqu'elle est privée de lumière et que la céruse n'a pas été suffisamment dépouillée, par le lavage, de l'acétate de plomb qu'elle contient très souvent. Le jaunissement de la couleur au blanc de zinc, que l'on a observé quelquefois, lorsqu'elle n'est pas convenablement éclairée, paraît devoir être attribué à la mauvaise qualité du siccatif employé.
La peinture au blanc de zinc acquiert une dureté fort grande dans les circonstances ordinaires; on peut même la polir; mais, nouvellement appliquée, et à cause de la grande quantité d'huile qu'elle exige, elle est sujette à se ramollir par la chaleur. Quoique aussi dure que la peinture à la céruse, la poussière s'y attache néanmoins plus facilement, et elle se salit également plus vite. Elle l'emporte sur la peinture à la céruse, parce qu'elle ne change pas de couleur sous l'influence du gaz éclairant et des émanations animales sulfurées qui peuvent se répandre à l'intérieur des habitations ou des édifices publics.
Appliquée à l'extérieur, ses eflets sont variables suivant la manière dont elle est exposée aux intempéries atmosphériques, et suivant la nature de la
surface qu'elle recouvre. Néanmoins, à exposition et à nature de surface égales, sa solidité, en d'autres ternies, sa durée, est moindre que celle de la peinture à la céruse.
Appliquée sur une surface imperméable, la pierre, par exemple, et exposée à l'aciion du soleil et de Hiumidité, elle est plus sujette à se gercer, à s'écailler et à tomber par plaques, que la peinture à la céruse pure, qui ne se gerce que très peu à la longue. Les céruses falsifiées à l'aide du sulfate naturel de baryte, qui leur communique beaucoup de dureté, font des peintures qui se gercent à l'air humide et au soleil, aussi facilement que la peinture au blanc de zinc.
Appliquée sur du bois, et en général sur des surfaces poreuses susceptibles de s'imprégner d'eau, et exposée ainsi à l'humidité et au soleil, la peinture au blanc de zinc est très sujette à fariner; dans ce cas, le moindre frottement, la pluie même, enlève la couleur. La peinture à la céruse ne présente ce phénomène que très à la longue.
Appliquée sur des tôles de fer qui sont exposées à l'humidité et au soleil, elle ne les préserve que très imparfaitement de l'oxydation, tandis que la peinture à la céruse les conserve parfaitement.
Il résulte de ce qui précède : 1" que, pour l'intérieur des bâtiments et pour la peinture artistique, la peinture au blanc de zinc peut remplacer en tout point la peinture à la céruse, quelle a même, sur celte dernière, l'avantage considérable de ne pas changer de couleur sous l'influence des émanations sulfurées; 2" que, pour l'extérieur des bâtiments, exposée au soleil et à l'humidité^ elle résiste moins aux causes destructives de la peinture en général ; elle a moins de durée et préserve, par conséquent, moins longtemps les surfaces sur lesquelles elle est appliquée. Pour l'extérieur, le blanc de zinc ne peut donc pas remplacer économiquement le blanc de plomb.
Dans le rapport que nous avons écrit pour le jury international, et d'oii nous avons extrait textuellement ce jugement, nous avons démontré, par l'examen de la nature chimique des deux peintures rivales, pourquoi,
placées Tune et l'autre dans des conditions identiques, elles doivent, suivant les circonstances, se conduire autrement. L'espace dont nous pouvons disposer ici ne nous permet pas de reproduire ces détails.
Ainsi le blanc de zinc ne peut pas, dans toutes les circonstances, remplacer la céruse; mais il ne résulte pas moins des faits que nous avons exposés que son emploi pour l'intérieur des bâtiments est très avantageux.
Mêlé à l'huile siccative de lin, le blanc de zinc n'est pas siccatif par luimême. La Société de la Vieille-Montagne joint au blanc qu'elle livre au commerce un siccatif sec particulier, qui se compose de :
Sulfate de manganèse desséché 6 66
Acétate de manganèse sec 6 66
Sulfate de zinc sec 6 68
Blanc de zinc ordinaire 980 00
Deux à trois pour cent de ce mélange, ajoutés au blanc de zinc, suffisent pour rendre la peinture très siccative. Toutefois, nous devons faire remarquer que ce mélange présente le défaut de perdre de son efficacité par le temps.
M. Barruel en a découvert un autre d'une efficacité extrême; il se compose uniquement de borate de protoxyde de manganèse hydraté, obtenu par la précipitation à froid d'un protosel de manganèse, par une solution de borate de soude. Le précipité lavé doit être séché à une basse température. Ce borate conserve indéfiniment ses qualités siccatives, pourvu qu'on l'abrite du contact de la lumière. Un centième suffit pour rendre le blanc de zinc très siccatif.
Ce borate de manganèse pourra être d'une grande utilité pour rendre
siccatives les encres d'impression, soit à l'huile, soit au vernis, et les
encres lithographiques.
La part de la Belgique dans l'exposition du blanc de zinc est fort importante; elle produit le tiers du blanc fabriqué par la Société de la Vieille- Montagne : ce tiers s'élève à l'énorme quantité de 2 millions de kilogrammes; c'est, d'ailleurs, à cette société qu'est dû l'immense développement de la production de ce corps; c'est à elle aussi que l'on doit les efforts prodigieux faits pour propager l'emploi de la peinture au blanc de zinc.
Cette société avait exposé du blanc de neige, du blanc de zinc, du gris de zinc, du jaune, du vert de zinc. Tous ses produits tenaient le premier rang à l'exposition, tant par leur qualité exceptionnelle que par leur grande pureté. Nous devons signaler, à l'honneur de cette société, qu'elle n'a pas laissé falsifier ses produits à l'aide du sulfate de baryte ou par d'autres matières étrangères.