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DU RENDEMENT DES CORPS GRAS NEUTRES EN ACIDES GRAS

Les essais de laboratoire ont prouvé depuis longtemps que le suif bien dépouillé de toutes matières étrangères fournit, soit par la saponification calcaire, soit par la saponification aqueuse en vase clos, 95.5 à 96 p. c. d'acides gras. Le beurre de palme récent en produit 93.5 à 94; mais le palme qui a subi la fermentation lente bien connue, qui a pour effet de l'acidifier et de mettre beaucoup de glycérine en liberté, donne, après un lavage convenable à l'eau et une dessiccation à 150°, de 97 à 97.5 p. c. d'acides gras.

En fabrique, la saponification calcaire du suif ne peut s'exécuter qu'avec une perte en acides s'élevant à 2 p. c. ; on n'obtient, en effet, que 95.5 à 94 p. c. d'acides gras bruts des meilleurs suifs. Ces acides fournissent, par une pression à froid et à chaud, en moyenne 45 p. c. d'acides solides capables d'être transformés en bougies de première qualité. Exceptionnellement et en opérant sur les suifs bien riches, on obtient un rendement de 47 p. c; il reste donc de 46 à 48 p. c. d'acides liquides, en comptant une perte de 0.5 à 1 p. c. dans le travail des presses.

Il résulte des renseignements communiqués par M. Motard, de Berlin, au jury international de Paris, que le suif de première qualité, produisant un rendement en acides solides de 47 p. c. par la saponification calcaire, donne, par l'ancienne méthode de la saponification sulfurique suivie de la distillation, de 60 à 64 p. c. d'acides solides dont le point de solidification est en moyenne de trois degrés inférieur à celui des acides de la saponification calcaire. Dans plusieurs usines, le rendement indiqué par M. Motard n'est pas atteint. On ne doit nullement en être surpris, d'après ce que j'ai dit plus haut : la saponification sulfurique, suivie de la distillation, n'est pas convenablement exécutée dans un grand nombre d'usines. Beaucoup de fabricants n'accusent qu'un rendement en acides solides de 54 à 56 p. c.

Les renseignements communiqués au jury en 1862, au sujet du rendement en acides solides obtenu à l'aide de la saponification sulfurique dite instantanée, ne sont pas plus concordants. D'après certains industriels, il serait de 55 p. c. MM. De Boubaix et Oudenkoven, à Anvers, obtiennent, d'un mélange de suif et de palme bruts, de 56 à 58 p. c. d'acides solides f). MM. De Boubaix-Jenar et Janssens accusent au contraire un rendement de 61 à 62 p. c. Cependant, dans les deux usines, le point de solidification des matières grasses après la saponification est le même, en tenant compte du

(^) Depuis la rédaction de ce rapport, le rendement d'un mélange formé de deux tiers de ce suif et d'un tiers de palme a été de 60 à 62 p. c. d'acides solides dans l'usine de MM. De Roubaix et Oudenkoven.

point de fusion des matières premières. La diflërence me paraît devoir être cherchée dans la nature des corps gras employés.

En effet, le point de fusion de l'huile de palme utilisée à Anvers est beaucoup plus bas que celui de l'huile dont on se sert à Bruxelles.

Afin de mettre chacun à même d'établir la comparaison entre la valeur économique de la saponification calcaire ou aqueuse et celle des deux méthodes de saponification sulfurique, on a, sur ma demande, déterminé le rendement des acides solides, susceptibles d'être convertis en bougies, produits dans les deux expériences citées plus haut.

Voici le résultat de ces deux opérations aussi longues que laborieuses :

J*ai dit plus haut que i ,500 kilogrammes de suif fusible à 52° ont produit parla saponification sulfurique 1,542^5 d'acides noirs, dont le point de solidification était 42°8. Ces acides fournissent par la distillation 1,564''5 d'acides gras dont le point de solidification était 42 à 42''5, ou 84.5 p c. de suif.

Ces 1, 264*^5 ont été soumis, à la température de 15 à 14", à la pression la plus lente mais la plus énergique possible.

Les gâteaux ainsi produits ont été pressés à chaud. Les produits qui s'étaient écoulés par la pression à chaud, après avoir été refroidis pendant un jour et deux nuits, ont été soumis à une nouvelle pression à froid et à chaud. Un grand nombre de fois, en renouvelant, avec toutes les précautions possibles, ces opérations, on est parvenu à obtenir :

1° 580 kilogrammes d'acides fusibles à 52*' 1

915 kilogrammes. 61 p. c. 50o6

D'un autre côté, 1,000 kilogrammes d'un mélange de suif et de beurre de palme à poids égal ont produit, dans un premier essai, 904 kilogrammes et, dans un deuxième essai, 917 kilogrammes d'acides gras distillés. Ces 917 kilogrammes ayant été pressés à froid et à chaud, de manière à. séparer

le plus complètement possible les acides solides des acides liquides, ont donné :

1° 378 kilogrammes d'acides gras fusibles à 51°8 1

616 kilogrammes. 61.6 p. c. à 50°1

Les acides liquides exprimés vers 15 à 14° des gâteaux qui ont fourni les 90 kilogrammes et les 86 kilogrammes d'acides gras solides, se sont solidifiés vers 10°; ils renfermaient donc encore une quantité très considérable d'acides solides, mais dont le point de solidification était peu élevé.

Ces deux expériences industrielles ne laissent aucun doute sur la parfaite exactitude des renseignements fournis, en 1855, par M. Motard, et confirmés, en 1862, par le rendement dans l'usine de MM. De Roubaix-Jenar et Janssens. Mais ayant été témoin des soins et des efforts qu'on a dû employer dans chacune des opérations pour arriver à ce résultat, je suis pleinement convaincu qu'aujourd'hui, on doit le réaliser bien rarement dans les usines même bien conduites.

Les matières premières qui ont servi de base aux expériences étaient soigneusement séparées de toute substance étrangère, condition qu'on remplit rarement dans une fabrication courante. En tenant compte de ces faits, j'estime que les industriels qui obtiennent 58 p. c. d'acide fusible de 50.5 à 51% travaillent bien, et que le rendement 59 à 60 ne doit être réalisé qu'exceptionnellement.

En partant de ces données, on peut évaluer à 15 p. c. au minimum et à 15 p. c. au maximum l'augmentation de rendement en acides solides produit par l'emploi de la saponification sulfurique, en remplacement de la saponification calcaire ou aqueuse. Ces 15 à 15 p. c. d'augmentation, rapportés au poids de la matière première, constituent une augmentation de 50 p. c. environ sur le poids de la matière destinée à être convertie en bougies.

Mais, il faut le reconnaître, cet avantage est légèrement diminué par la qualité des acides produits.

En effet, les acides gras résultant de la saponification sulfurique, soit du suif, soit d'un mélange de suif et de beurre de palme, présentent, dans les mêmes conditions de pression à chaud, un point de solidification plus bas de 5° que les acides retirés de ces mêmes corps gras par la saponification calcaire. Cette différence peut être réduite de moitié en soumettant les acides de saponification sulfurique à une deuxième pression à chaud; mais, dans ce cas, les acides écoulés ne peuvent servir qu'à la fabrication de bougies de troisième qualité.

Ce point de fusion inférieur de 5** est cause que les bougies d'acides distillés sont beaucoup plus sujettes à couler dans un air chaud et agité, et que, par conséquent, ils conviennent moins dans les climats chauds. Mais cet inconvénient est singulièrement diminué dans un climat tempéré et surtout dans les pays du Nord; là, les bougies margariques et palmiques ont la même valeur, au point de vue de l'usage, que les bougies stéariques; elles présentent même sur celles-ci l'avantage de brûler avec une flamme plus blanche.

L'avantage produit par l'augmentation de rendement des acides solides est diminué par une autre cause : l'acide oléique de saponification calcaire vaut, dans le commerce, environ 10 p. c. de plus que l'acide liquide distillé. Cette différence de prix dans la valeur de ces deux acides provient de ce que les effets industriels produits par chacun d'eux ne sont pas les mêmes. Le savon de soude obtenu à l'aide de l'acide distillé ne retenant pas autant d'eau que celui préparé par l'acide oléique de saponification calcaire, le rendement en est nécessairement inférieur; comme jusqu'ici les savons d'acide oléique ne sont pas vendus en raison de leur richesse en matière détergente, mais en raison de leur poids seul, la valeur de l'acide distillé est diminuée de toute la différence du poids de savon que les deux acides sont capables de produire.

D'ailleurs, il paraît que pour le travail des laines l'acide oléique distillé I)Ossède également une valeur tant soit peu moindre.

Le procédé de la distillation ne produisant guère que 28 à 30 p. c. d'acide liquide, la diminution de la valeur est peu sensible eu égard à l'augmentation considérable de la production des acides solides, dont la valeur dépasse du double celle de l'acide liquide.

Les faits que je viens d'analyser longuement expliquent pourquoi la saponification sulfurique tend partout à remplacer la saponification calcaire.

Que les industriels autrichiens, français et italiens, qui n'ont pas encore réalisé ce progrès, y réfléchissent : s'ils ne veulent courir des chances ruineuses, ils doivent s'attacher à transformer au plus tôt leur système de fabrication.

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