DES ACIDES GRAS BRUTS PROVENANT DE LA SAPONIFICATION SULFURIQUE
Ces acides sont en général colorés en noir. Lorsque la saponification a été bien faite et surtout lorsqu'on a opéré sur un mélange en proportions convenables de suif et de beurre de palme, ils présentent une structure cristalline, lamellaire, conditions favorables pour céder, par la pression à froid et à chaud, l'acide liquide qu'ils contiennent. Cependant, dans toutes les usines, on procède à la distillation de la masse sans avoir opéré la séparation de l'acide liquide. C'est néanmoins l'acide liquide qui se volatilise le plus difficilement et qui, lors de son passage à l'état de vapeur, est le plus sujet à s'altérer profondément. Altéré, il entraîne avec lui des matières colorantes, jaunissant en fabrique le dernier tiers au moins des acides distillés. Dans l'usine de Battersea, M. G. Wilson fait soumettre à une pression énergique à froid certains acides noirs, et il distille ensuite à part les produits solides et liquides séparés. Les acides solides ainsi obtenus sont, après un léger lavage à l'eau acidulée par l'acide sulfurique, coulés en bougies. Quelquefois ils sont convertis en composites, après avoir été mélangés d'une certaine quantité de beurre de coco ou de palme blanchi et pressé. Lors même qu'on n'utiliserait pas directement l'acide solide ainsi produit et qu'on serait obligé, pour l'employer, de lui faire subir une nouvelle pression à chaud, il me paraît probable que l'innovation apportée par le savant directeur de Battersea a une valeur réelle. En effet, toutes choses bien considérées, il me semble probable que les acides solides, d'un point de solidification peu élevé, qui se produisent dans le procédé de la saponification sulfurique suivie de la distillation, prennent leur source dans l'acide oléique et qu'une partie de ces acides, peut-être même la totalité, prend naissance dans les modifications qu'il subit lors de l'acte de la distillation. Si cette opinion, que j'émets sous toute réserve, est exacte, il est important d'opérer la séparation la plus complète possible des acides T. II. 86
solides et des acides liquides avant de les soumettre à la distillation, surtout lorsqu'on a pour but d'obtenir des acides d'un point de solidification très élevé, et qu'on peut faire passer dans des bougies de qualité inférieure les acides solides d'un point de fusion relativement bas. Mais, je le répète, l'expérience de l'atelier peut seule résoudre cette question; je la signale à l'attention de nos intelligents industriels.
FABRICATION DES ACIDES GRAS PAR LA SAPONIFICATION AQUEUSE COMBINÉE AVEC
LA distillation; GLYCÉRINE.
La saponification aqueuse combinée avec la distillation des éléments constitutifs des corps gras présente tant de difficulté, que l'annonce seule de la solution de ce problème par M. G. Wilson suscita des objections et des dénégations. On se rappelle même que des personnes, incapables de concevoir les faits qu'elles ne savent reproduire, critiquèrent amèrement la décision du jury qui, en 1855, avait voté la médaille d'honneur à la Compagnie Price et la mention très honorable à l'auteur de la découverte. Cependant tout le monde convient aujourd'hui que les faits annoncés sont parfaitement exacts, bien entendu appliqués à l'huile de palme, comme je l'ai dit dans mon rapport de 1855. Les autres corps neutres ne se saponifient pas ainsi sans que la glycérine et même une partie de l'oléine qu'ils renferment éprouvent une décomposition partielle. J'ai pu constater, en visitant l'usine de Battersea, en 1862, que la saponification aqueuse, suivie de la distillation du beurre de palme, y est exécutée dans les conditions que j'ai décrites dans mon rapport, et que l'appareil dont la description m'avait été donnée par mon savant ami, M. Warren de la Rue, est encore celui qui fonclionne en ce moment. Les détails publiés depuis n'ont rien ajouté à ce que j'en ai dit; je n'insisterai donc pas davantage sur ce sujet. D'ailleurs, comme ce système de saponification n'est applicable qu'au beurre de palme, son usage doit être évidemment restreint à l'emploi
exclusif de l'acide palmilique et de la glycérine. Or, il est bien rare qu'on se serve uniquement de l'acide palmitique pour la confection des bougies : l'état si éminemment cristallin de cet acide rend les bougies palmitiques très cassantes; mais le travail entrepris par M. G. Wilson n'a pas eu pour but unique la saponification aqueuse pour se procurer ces acides gras; il a voulu de plus obtenir de la glycérine pure. En effet, par l'application de l'ancien procédé de saponification sulfurique, la glycérine est détruite en totalité ; la nouvelle méthode de saponification sulfurique la fournit mêlée avec de l'acide sulfurique, et les moyens qu'on doit mettre en usage pour la séparer de cet acide y introduisent les mêmes matières étrangères que celles qu'on trouve dans les eaux douces de la saponification calcaire.
Aussi, à deux ou trois exceptions près, toutes les glycérines exposées contenaient des impuretés, telles que sels de chaux, des chlorures, des traces de plomb et de cuivre, ainsi que des matières colorantes et odorantes. Tant que la glycérine n'est pas destinée à l'usage médicinal, l'existence de ces matières étrangères est assez indifférente; mais depuis son emploi comme excipient dans une foule de matières médicamenteuses, depuis qu'elle a été même administrée pour l'usage interne, la fabrication économique, et par conséquent en grand, devenait indispensable. C'est ce problème que M. G. Wilson a résolu d'une manière fort ingénieuse. La solution diluée de glycérine qu'il obtient par la saponification aqueuse suivie de la distillation de l'huile de palme, il la concentre à l'air libre, en la chauffant jusque 150 à 155"*, à l'aide de la vapeur portée à 5 atmosphères, circulant dans un tube contourné en spirale et terminant par un retour d'eau. Lorsque la soluUon commence à émettre des vapeurs sensibles de glycérine, on l'introduit dans un appareil distillatoire, chauffé h l'aide d'un bain d'air à la température de 280 à ^W, et on procède à sa volatilisation en y faisant passer un courant de vapeur d'eau surchauffée à la même température. Dans ces conditions, la glycérine passe à l'état de vapeur sans altération aucune.
Dans l'usine de Baltersea, ces vapeurs sont condensées à l'aide d'un réfrigérant à air libre, qui consiste en un tuyau métallique de 8 à 15 centimètres de diamètre, suivant les dimensions de la chaudière distillatoire, recourbé de huit à dix fois sur lui-même et terminé par un réfrigérant à .eau ordinaire. Au bas de chaque courbure du tube se trouve un trop-plein qui déverse continuellement, dans des récipients placés au-dessous, les liquides provenant de la condensation des vapeurs circulant dans le tube. La composition des liquides recueillis ainsi dépend de la tension des vapeurs d'eau et de glycérine aux températures où se fait la condensation. On conçoit qu'à mesure qu'on s'éloigne de la source d'où émanent les vapeurs, les tubes réfrigérants, qui sont verticaux, doivent avoir des températures de moins en moins élevées et que, par conséquent, les vapeurs condensées doivent contenir de plus en plus d'eau et de moins en moins de glycérine. Aussi il n'y a guère que la glycérine obtenue au bas des deux premiers réfrigérants qui soit de concentration convenable; là, elle est assez concentrée pour contenir les sept huitièmes de son poids de glycérine normale. Les liquides condensés plus loin sont concentrés de nouveau et soumis à une nouvelle distillation à la vapeur.
Abstraction faite de 10 à 12 p. c. d'eau, la glycérine ainsi obtenue est absolument pure, comme je m'en suis assurç par un examen rigoureux. Toute celle qui sort de l'usine de Battersea présente cette qualité. Ce fait, d'ailleurs, est parfaitement connu à Londres.
Rien ne serait plus facile d'appliquer le système de purification imaginé par M. Wilson à toutes les glycérines produites par l'industrie. A la vérité, il n'y a que celle destinée à l'usage médical ou à la fabrication des cosmétiques qui exige une pureté complète. Celle qu'on peut retirer, par simple évaporation à l'air libre, des eaux douces de la saponification calcaire du suif, ou celle qu'on peut retirer des eaux acides de la saponification sulfurique dite instantanée, en les saturant d'un lait de chaux ou de craie, suffit pour les usages industriels.
L'industrie, en effet, a tiré parti des principales propriétés de la glycérine. Inaltérable par elle-même, elle communique jusqu'à un certain point cette propriété à une foule de substances végétales et animales qui, à l'état isolé, sont promptement putrescibles. L'empois et la colle de gélatine préparés à l'aide d'une solution diluée de glycérine se conservent mieux et ne sèchent plus, à cause des propriétés éminemment hygrométriques de ce corps. C'est sur sa propriété hygrométrique qu'est basé son emploi, concurremment avec l'empois ou la dextrine, pour l'apprêt des chaînes de flls de lin, de coton, etc. Le travail peut s'exécuter ainsi à une température notablement inférieure, ce qui constitue une amélioration hygiénique considérable pour les ouvriers.
On a utilisé également la propriété que présente une solution de glycérine renfermant de 50 à 55 p. c. de ce corps, de ne se congeler qu'à une température beaucoup inférieure aux plus grands froids de notre climat, et de ne pas abandonner l'eau par volatilisation, pour la faire servir de liquide pour les cuves des compteurs à gaz. Si celte pratique était plus généralisée, on ne verrait pas le liquide de nos compteurs à gaz se geler et le courant de gaz s'interrompre, comme malheureusement cela se présente si souvent pendant les froids rigoureux.