RENDEMENT
d'huile
par hectolitre
en kilogrammes.
RENDEMENT MOYEN pour cent
PKOVENANCE.
kilogrammes.
en huile.
on tourteaux.
Graine de colza du paj^s . ,
Graine de colza des polders du pays et de la Zélande, des îles danoises et de l'Elbe .
Graine de colza du Danube (Hongrie)
Graine de colza jaune des Indes (Ghuzarate)
Graines de colza brunes de Bombay, Calcutta, Madras, etc.
Graine do lin du pays .
Graine de lin de la Baltique .
Graine de lin d'Arkhangel. .
Graine de lin du Danube . .
Graine de lin de Catane . .
Graine de lin do la mer Noire.
Graine de lin de Bombay . .
Graine de lin de Calcutta, Madras, Mérôzopore, etc. . .
Graine de lin d'Egypte . . .
Graine de lin de S*'-Pctersbourg
Graine do chènevis du pays .
13àl4
Graine de chènevis de Riga .
Graine de chènevis de Smyrne.
llcàl2
Graine de coton d'Alexandrie (Egypte)
D'après des renseignements que je crois dignes de confiance, les fabricants d'huiles du nord de la France retirent de la graine de colza récoltée sur les lieux de 56 à 38 p. c. d'huile, et le maximum d'huile retirée des graines exotiques ne paraît pas dépasser 40 p. c. En Allemagne, d'après les indications de M. P. Bolley, une graine de colza, capable de fournir 40 p. c. d'huile sous l'influence de trois pressions successives, en donne de 56 à 57 p. c. à l'aide des deux pressions généralement pratiquées dans tout le pays. En comparant ces résultats à ceux consignés dans le tableau de la page précédente, on doit conclure que l'extraction des huiles de graine se pratique au moins aussi bien dans notre pays que chez d'autres nations. '
L'extraction d'huile de graines se fait presque exclusivement pour la consommation intérieure. Cette consommation est si grande que les 555,676 hectolitres de graine de colza et les 202,050 hectolitres de graine de lin, provenant de la culture annuelle et moyenne du pays, suffisent à peine pour produire la moitié de l'huile nécessaire aux différents usages. Ce fait résulte, à la dernière évidence, des données de notre statistique commerciale. En effet, en faisant la balance des quantités de graines oléagineuses et d'huiles de graine importées et exportées, on voit immédiatement que l'importation laisse disponible pour la consommation, une quantité d'huile dépassant celle qui est extraite des graines récoltées dans le pays.
En 1861, on a importé 59,127,678 kilogrammes de graines oléagineuses et on en a exporté 1,204,284 kilogrammes; en 1862, on a importé 59,055,470 kilogrammes et on a exporté 2,469,485 kilogrammes; il est donc resté de ce chef en moyenne, par année, 57,254,950 kilogrammes de graine. Quoique l'on ne connaisse pas d'une manière certaine le rapport de la graine de colza à la graine de lin existant dans cette énorme quantité, on peut néanmoins, sans crainte de se tromper notablement, évaluer à 55 p. c. son rendement en huile, ce qui représente 20,500,000 kilogrammes
d'huile; mais il résulte également des données de la statistique commerciale qu'en 1861, 627,341 kilogrammes d'huile de graines oléagineuses ont été importés, et qu'en somme on n'en a exporté que 1,585,825 kilogrammes; il doit donc être resté dans le pays :
Huile retirée des graines importées . . . 20,300,000 kilogrammes. Huile importée 627,341 —
Poids total . . . 28,927,341 kilogrammes.
Huile exportée 1.. 583,825 —
Huile livrée à la consommation .... 19,343,516 —
Cette quantité est venue se joindre à celle extraite des graines de colza et de lin cultivées dans le pays et qui s'élève, pour le '
colza, à 14,118,378 —
et pour le lin, à 3,939,975 —
ou, en tout, à 18,858,353
lesquels, joints aux 19,343,516 —
provenant des graines importées, jwodui-
sent un total de 37,481,869 kilogrammes.
Ce poids représente (à la densité moyenne de 0.925) 404,545 hectolitres d'huile de graine consommés dans le pays. La consommation doit être plus grande encore, parce que, dans les chiffres que je viens d'indiquer, n'est point comprise l'huile de chènevis, dont il m'est impossible d'évaluer la quantité, par le motif que j'ai déjà exposé plus haut. Mais en prenant la quantité accusée par la statistique agricole de 1846, qui était de 1,970 hectolitres, on arrive à un total de 406,515 hectolitres d'huile de graine consommés par année, en 1861 et 1862. La consommation du pays a été évaluée en 1846 à 225,952 hectolitres ; elle aurait donc presque doublé dans l'espace de quatorze années. Les chiffres exposés plus haut démontrent que toute l'augmentation provient uniquement de l'importation des graines oléagineuses. Aussi cette importation doit être considérée comme un immense bienfait pour notre agriculture. En effet, les 57,923,594 kilogrammes de graine importés en 1861, après avoir fourni les 20,300,000 kilo-
grammes d'huile, laissent r)7,6"25,594 kilogrammes de tourteaux, avec un déchet de 1.5 à 2 p. c; mais, en supposant que le cultivateur utilise pour sa culture la paille et les siliques du colza, ces tourteaux, soit qu'on les fasse consommer par le bétail, soit qu'on les livre directement à la terre, peuvent fournir les éléments nécessaires au développement d'une quantité de graine égale à celle dont ils sont provenus. Comme cette quantité de graine importée est supérieure à notre production de graines de colza et de lin réunies, il s'ensuit que la fabrication actuelle de l'huile fournit à elle seule, par les graines qu'elle importe, l'engrais nécessaire pour toute
notre récolte de graines de colza et de lin. Du reste, en dehors des tourteaux résultant de l'extraction de l'huile, on en importe annuellement des quantités notables.
En 186 1,1c poids des tourteaux importés a été (le 16,947,394 kilogrammes, tandis qu'on n'en a exporté que .... 6,414,754
Il est donc resté de ce chef dans le pays. . . 10,532,640 — qui, joints aux 37,632,394 —
provenant des graines importées, produisent 48,165,034 —
Les tourteaux importés, disponibles pour l'agriculture, représentent, je le répète, les éléments d'un poids égal de graines qui leur ont donné naissance. Ils peuvent suffire au développement d'une quantité de froment égale aux 4/5 du poids de la graine qui a fourni les tourteaux, ou à 58,124,000 kilogrammes, ou 742,615 hectolitres de froment, qui constituent actuellement au delà du huitième de toute notre production de cetle graminée.
Il est incontestable que notre sol s'enrichirait annuellement de cetle somme d'éléments nutritifs apportés par les graines étrangères, si l'hypothèse que je viens de faire en ce qui concerne le colza se réalisait absolument dans la pratique. En effet, j'ai supposé que le cultivateur utilise pour ses terrains la paille et les siliques du colza, restituant ainsi au sol les
matières minérales que ces débris végétaux ont enlevées ; mais, outre le colza, pour lequel ma supposition est généralement conforme aux faits de la pratique agricole, on cultive d'énormes quantités de lin. Or, le procédé de rouissage employé pour le lin entraîne la perte de toutes les matières fertiles contenues dans les tiges du lin. En ne considérant donc que la culture des graines oléagineuses en général, notre sol éprouve annuellement une certaine perte, qui est comblée par les graines importées. Il n'y a réellement que l'excédent des matières importées sur les substances enlevées qui concoure à l'enrichissement du sol du pays. Du reste, les tourteaux des graines oléagineuses ne sont pas, à beaucoup près, les seules matières qui, avec les débris végétaux et animaux, servent à restituer au sol ce que la culture de ces plantes industrielles leur a enlevé; le guano y intervient pour une large part. En examinant les questions qui se rattachent au lin, je reviendrai sur ce sujet.
Les 406,515 hectolitres d'huiles de graine consommés annuellement servent à différents usages, suivant la nature propre de ces liquides. Les huiles de colza et de navette sont employées principalement pour l'éclairage, le graissage des machines et la fabrication du savon mou; les huiles de lin et de chènevis, pour la fabrication du savon mou et des couleurs.
L'huile de colza ou de navette destinée à l'éclairage ou au graissage des machines est soumise, comme on le sait, à l'épuration. Je dois constater ici, avec un vif sentiment de regret, que l'épuration des huiles, qui pendant de longues années s'est faite en Belgique avec une rare perfection, a laissé considérablement à désirer depuis quelque temps. C'est à tel point que, pendant les deux dernières années notamment, il a été réellement impossible de rencontrer, dans le commerce de détail de Bruxelles et d'autres grandes villes du pays, de l'huile d'éclairage ne déterminant point la carbonisation de la mèche et la production de champignons, comme on le dit vulgairement.
L'examen auquel j'ai soumis un grand nombre d'échantillons d'huiles
destinées à 1 éclairage et au graissage des machines m'a donné la certitude qu'elles retiennent toutes plus ou moins d'acide sulfurique. La présence de cet acide provient du changement opéré dans le mode d'épuration. L'huile traitée à 2 ou 5 p. c. de son poids d'acide sulfurique était, après un temps d'agitation et de repos convenable, soumise à l'action de Veau chaude, ou même exposée à un courant de vapeur. La petite quantité d'acide sulfogfras /brmé était ainsi détruite; l'acide sulfurique combiné devenait libre et se dissolvait dans l'eau de lavage ; tandis qu'aujourd'hui un grand nombre d'épurateurs se servent exclusivement d'eaw froide, qui décompose très lentement les acides sulfo-gras et laisse, par conséquent, une fraction de ces acides complexes en dissolution dans l'huile épurée.
Toute huile renfermant de Tacide sulfurique combiné doit charbonner la mèche et attaquer les métaux qui en sont lubrifiés. En examinant avec soin l'huile épurée par l'acide sulfurique, je me suis convaincu qu'il est déjà très difficile d'obtenir, en pratique, l'élimination complète de l'acide sulfurique au moyen d'eau portée même à la température de 40 à 50% et que la séparation avec l'eau froide seule est impossible. Le seul moyen de garantir l'élimination absolue de l'acide employé est de soumettre l'huile, qui a reçu un lavage à l'eau chaude ou froide, à un battage prolongé pendant vingt-cinq minutes avec une solution de carbonate de soude renfermant une dose d'alcali variant de 1/200 à 1/500 du poids de l'huile traitée.
Du reste, voici le moyen auquel j'engage les épurateurs d'avoir recours pour s'assurer si leur huile est convenablement dépouillée d'acide sulfurique : un mélange d'huile épurée et d'eau distillée dans les rapports de volume 4 à 1, soumis pendant une dizaine de minutes à la température de 100^, étant jeté sur un filtre de papier blanc mouillé, doit fournir un liquide filtré ne rougissant pas le papier bleu de tournesol, et ne se troublant pas par l'addition de quelques gouttes d'une solution de chlorure de baryum. Si l'eau qui a filtré rougit le papier de tournesol et si elle donne naissance, au bout de quelques instants, à un léger trouble par le chlorure de baryum,
trouble insoluble dans l'acide chlorhydrique pur, il n'y a plus de doute sur l'existence de l'acide sulfurique, dont la quantité est proportionnelle à l'intensité du trouble même* On peut être certain que l'huile épurée présentant les caractères que je viens d'indiquer doit charbonner les mèches et altérer les métaux.
L'imperfection du procédé d'épuration n'est pas, malheureusement, la seule cause des défauts énormes offerts dans ces dernières années par les huiles d'éclairage ou de graissage. Les fraudes scandaleuses qu'on leur fait subir y contribuent également pour une large part. Aussi oserai-je dire qu'à l'heure actuelle il serait impossible de trouver dans le pays une industrie plus déconsidérée que celle des huiles d'éclairage. Les industriels qui ont envoyé à l'exposition de Londres des huiles épurées, doivent chercher dans cette situation déplorable le motif pour lequel celui qui a été chargé de défendre leurs intérêts n'a point sollicité pour eux une récompense du jury.
A côté de l'industrie qui a pour but l'extraction des huiles par le procédé mécanique, est venue se placer une industrie nouvelle dans laquelle on opère l'élimination de la matière grasse par voie de dissolution. Cette industrie a pris naissance en France; elle est due à l'initiative de M. Deiss, qui avait exposé à Londres une grande variété de graisses et d'huiles extraites, à l'aide du sulfure de carbone, d'une foule de produits qui avant lui étaient perdus sous le rapport des matières grasses qu'ils renferment. Les matières sur lesquelles cette nouvelle industrie a opéré jusqu'ici sont :
1" Les tourteaux de graines oléagineuses, qui donnent ainsi en moyenne iO p. c. d'huile;
2° Les étoupes et chiffons gras qui ont servi au nettoyage des parties frottantes des machines, lubrifiées avec des graisses ou des huiles;
o'* Les goudrons provenant de la distillation des acides gras de saponification sulfurique;
4^* Les boues huileuses provenant de l'épuration des huiles par Tacide sulfurique; 5" Les os de boucherie ; 6' Enfin, dans le midi de la France et en Italie, les marcs d'olives.
Les procédés de M. Deiss sont déjà pratiqués en France, en Belgique, en Angleterre et en Italie. Il existe à Molenbeek-Saint-Jean une usine de ce genre montée sur une assez grande échelle.
Tout en reconnaissant l'importance de celte nouvelle industrie, il me paraît cependant difficile d'établir dès aujourd'hui le développement qu'elle est destinée à prendre plus tard en Belgique. En effet, les tourteaux des graines oléagineuses, sur lesquels elle semble devoir se baser chez nous, sont, pour la très grande partie, donnés comme nourriture au bétail, avant d'être employés comme engrais. Or, rien ne démontre que ces substances, après leur épuisement complet des matières grasses à l'aide du sulfure de carbone, ou des hydrocarbures légers des huiles de pétrole, peuvent encore servir à l'alimentation des bestiaux. Du reste, en supposant môme qu'elles puissent être utilisées comme nourriture, il n'est pas certain que la valeur de l'huile extraite des tourteaux compenserait les frais d'extraction et leur moins-value comme aliment. Il se pourrait donc que chez nous l'application de cette méthode nouvelle restât bornée aux autres matières indiquées plus haut.
Dans ce cas, ce procédé, que je m'abstiens de décrire parce que son exploitation exclusive est garantie par un brevet, n'aurait pour le pays qu'une valeur assez peu importante; il serait tout au plus un accessoire de quelques autres fabrications.