HUILES ET GRAISSES
La culture des graines oléagineuses, et notamment la culture du colza (^), se pratique en Belgique sur une échelle relativement élevée. Le même fait se présente dans le nord de la France et en Hollande. Notre production, cependant, atteint à peine la moitié de notre consommation. Pour mettre chacun à même d'apprécier notre situation h cet égard et les progrès qui ont été accomplis, je vais exposer quelques chiffres empruntés à la statistique agricole et commerciale du pays pendant les vingt dernières années. D'après le recensement général de 1846, à cette époque, 20,098 hectares de terres ont été consacrés à la culture du colza. Ils produisirent, année moyenne, 19.91 hectolitres par hectare; le maximum de rendement a été 22.95 hectolitres (Flandre orientale) et le minimum 10 hectolitres (Luxembourg). Le poids moyen d'un hectolitre a été évalué à 69 kilogrammes et sa
(1) Dans la statistique agricole du pays, la culture de la navette et de la cameline est confondue avec celle du colza*
production en huile à 50 p. c. D'un autre côté, 29,879 hectares ont été employés à la culture du lin; ils fournirent à cette époque, année moyenne, 211,782 hectolitres de graine, soit 7.09 hectolitres par hectare, dont le rendement en huile a été évalué à 27 p. c.
Enfin, 1,712 hectares ont été ensemencés de chanvre; ils ont fourni 19,591 hectolitres de graine, soit 11.41 hectolitres par hectare, dont le rendement en huile a été, d'après la statistique, de 19 p. c.
Il résulte du recensement général de 1856, que 27,104 hectares de terres labourables ont été consacrés au colza; ils ont fourni 555,676 hectolitres de graine, soit un rendement moyen de 20.45 par hectare. Le maximum a été 21.69 (Flandre occidentale) et le minimum 16.57 hectolitres par hectare (Luxembourg). A cette même époque, 52,856 hectares de terres ont été ensemencés de lin et ont produit 202,050 hectolitres de graine, soit un rendement moyen de 6.15 par hectare. Le maximum a été de 9.55 (Limbourg) et le minimum de 4.91 hectolitres par hectare (Flandre orientale).
Dans le recensement général de 1856, la culture du chanvre a été confondue avec celle du houblon, du tabac, etc.; il est donc impossible de déduire des documents publiés la part qui lui revient dans le nombre d'hectares qui ont été consacrés à ces différentes plantes.
Le résumé du recensement général ne fournit aucune indication sur le poids des différentes graines oléagineuses, ni sur leur rendement en huile. J'ai essayé de remplir cette lacune par mes propres investigations. Je reviendrai plus loin sur ce sujet.
Quoiqu'il ne faille accorder qu'une valeur relative aux renseignements de la statistique agricole, surtout lorsqu'il s'agit de questions de rendement, il est cependant impossible de méconnaître qu'une amélioration sensible s'est faite dans la culture du colza, au point de vue de la production de la graine. Si le rendement en graine par hectare est resté stationnaire pour les deux Flandres, s'il a diminué sensiblement pour la province
d'Anvers et peut-êlre même pour la Flandre occidentale, il est incontestable qu'il y a une augmentation très notable pour les provinces de Brabant, de Hainaut, de Liège, de Limbourg, de Luxembourg et de Namur. Il est parfaitement constaté qu'un sol bien cultivé, et renfermant en quantité convenable tous les principes minéraux essentiels au développement du colza, produit 40 et même 60 hectolitres de graine par hectare. L'année dernière, les terres de l'Inslilut agricole de Gembloux ont rapporté 53 hectolitres de graine par hectare. Le rendement moyen le plus élevé accusé par la statistique agricole est de 25 en 1846 et de 21.69 en 1856. En admettant même une erreur ôe 10 p. c. en moins dans les chiffres accusés par la statistique, le rendement moyen maximum serait encore de un tiers en dessous de ce que l'on obtient dans un terrain bien approprié à la culture de cette plante. Le sol des provinces de Namur et de Luxembourg, dans lesquelles, cependant, la culture du colza a fait, dans ces vingt dernières années, des progrès si considérables, ne produit guère que le quart d'une bonne récolte de graine sur une terre richement pourvue des éléments nécessaires au développement du végétal. La Belgique n'est pas le seul pays où cette situation se présente. On l'observe chez toutes les nations qui se sont livrées à la culture des plantes épuisantes. En effet, le sol sur lequel on veut produire le colza ne renferme pas les éléments constitutifs essentiels à la vie de celte plante, du moins dans les proportions convenables pour qu'une végétation capable de fournir un rendement considérable en graine puisse s'effectuer. Le sol ne les renferme pas, soit qu'il ne les ait jamais contenus, soit que, par le système de culture d'épuisement et de spoliation pratiqué pendant des siècles, on les ait enlevés.
11 est à espérer que ceux qui se livrent à la pratique de l'agriculture finiront un jour par comprendre que rien ne se faisant de rien, que tout dans la nature ayant sa raison, que les matières minérales dans les différentes parties des végétaux étant aussi indispensables à leur existence
normale que l'organe d'une machine est nécessaire à son jeu régulier, finiront, dis-je, par comprendre qu'ils doivent donner au sol les éléments nécessaires à la vie des plantes qu'ils veulent y cultiver. Lorsque les sols seront bien connus, l'agriculture, au point de vue économique, et c'est le seul que je puisse considérer ici, se résoudra en une question de balance entre le prix de l'engrais et la valeur des récoltes. En envisageant la question sous ce rapport, il est bien évident pour moi qu'on livre partout à la culture du colza une foule de terrains qui y sont tout à fait impropres. '"•■ '■-•'■
En Belgique, la culture du lin a pour but unique la production de la filasse; la graine n'est qu'un produit accessoire et qui, dans ce genre de culture, doit être sacrifié. Comme je me propose de traiter toutes les questions qui se rattachent à la culture du lin dans un chapitre spécial; je n'insisterai pas davantage ici sur ce sujet.
D'après les renseignements que j'ai pris auprès d'un grand nombre de
personnes qui se livrent au commerce des graines oléagineuses ou à
l'extraction des huiles des graines, il résulte que le poids d'un hectolitre
de graine de colza s'élève, suivant les localités et l'année, de 66 à 67 kilo-
grammes et qu'il fournit de 25 à 26 kilogrammes d'huile, soit 38.2 p. c. Le poids du colza de nos polders est supérieur : il est de 67 à 68 kilogrammes d'huile et produit de 27 à 28 kilogrammes d'huile par hectolitre, sous l'influence du double battage généralement pratiqué. Il paraît d'ailleurs qu'il est d'observation constante que le colza qui se développe dans un climat humide et relativement froid, produit une graine plus pesante et renfermant, sous l'unité de poids, plus de matière grasse que la graine d'un colza d'une contrée sèche et chaude. La statistique générale porte pour 1846, comme je l'ai dit plus haut, le poids d'un hectolitre de colza du pays à 69 kilogrammes et lui attribue seulement un rendement de 30 p. c. Les investigations auxquelles je me suis livré au sujet de l'état de nos moulins et fabriques à huile, me conduisent à penser que
les renseignements fournis à celte époque sont complètement erronés. Quoique le procédé employé pour l'extraction des huiles de graines oléagineuses laisse en général près de 10 p. c. d'huile dans les tourteaux, il est cependant impossible d'admettre que dans notre pays l'industrie huilière ait été exercée d'une manière si défectueuse. En général, l'industriel consulté sur des questions de rendement, craignant toujours l'impôt, induit sciemment en erreur ceux qui le consultent, surtout si ces personnes ont directement ou indirectement des relations avec les administrations publiques. Du reste, les informations prises auprès (l'un industriel des plus capables de la province de Brabant m'ont donné la conviction que depuis le commencement de ce siècle, époque à laquelle cet industriel a commencé à se livrer à l'extraction de l'huile des graines oléagineuses, le rendement de la graine de colza du pays en huile n'a jamais été inférieur à 55 p. c. et qu'il s'est presque constamment élevé au taux de 37 à 38 p. c, taux auquel il l'évalue aujourd'hui, d'accord en cela avec les principaux huiliers du pays.
Quoi qu'il en soit de l'état de cette industrie dans le passé, voici un tableau dans lequel se trouvent consignés tous les renseignements que j'ai pu me procurer sur le poids des différentes graines cultivées dans le pays et ailleurs, et sur le rendement fourni par chacune d'elles. Le soin que j'ai pris de contrôler les unes par les autres les données fournies par un grand nombre d'industriels capables et appartenant aux différentes provinces, me porte à croire que les indications que ce tableau renferme présentent, aussi exactement que possible, l'état de cette fabrication dans notre pays.