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SAVONS DE POTASSE

Les savons à base de potasse sont toujours dans un état pâteux particulier. Cet état est cause que ces produits ne peuvent pas être obtenus en grand

dans les conditions de pureté qu'on est parvenu, depuis longtemps déjà, à donner aux savons à base de soude; ceux-ci, bien fabriqués, se composent absolument d'acides gras et de soude, tandis que les savons mous de potasse contiennent, outre leurs éléments constituant (les acides gras et la potasse), la glycérine devenue libre par la saponification, les matières étrangères existantes dans l'alcali et l'excès d'alcali qu'il est impossible d'éviter.

La fabrication du savon mou, qui se pratique encore sur une grande échelle en Angleterre, en Belgique, dans le nord de la France et en Hollande, est d'une telle simplicité qu'elle ne mérite pas d'être mentionnée ici; d'ailleurs, aucune amélioration n'a été signalée au procédé séculaire pratiqué. Quoique ce savon contienne de grandes quantités d'impuretés, la propriété qu'il présente, lorsqu'il est bien fabriqué, de se laisser étendre sur des surfaces en couches aussi minces que l'on veut et de se dissoudre dans une quantité d'eau presque indéfinie sans se décomposer, rend son emploi précieux dans une foule de circonstances. Mais l'excès d'alcali qu'il renferme et qui contribue indubitablement à son action détergente, limite son emploi aux tissus et matières qui supportent, sans s'altérer, le contact de la potasse caustique ou carbonatée.

Ce sont les huiles de lin, de chènevis, de caméline, de colza, de navette et l'acide oléique des fabriques d'acides gras solides, qui servent à la confection de ce savon. Lorsque ces matières premières sont à un prix relativement élevé, elles sont remplacées, pour une certaine partie, par des huiles de poisson et par de la résine commune.

L'addition de ces matières étrangères communique au savon, quoi qu'on fasse, une odeur infecte qui reste dans le linge après le lavage et en rend l'usage presque impossible, surtout si une quantité un peu considérable d'huile de poisson a été employée. Au moment où j'écris ces lignes, il est très difficile de rencontrer, dans le commerce de détail à Bruxelles, du savon mou n'offrant point ce défaut. Au lieu d'huile de poisson, on a pris,

pendant plusieurs années, de l'huile de graine de coton. Suivant l'état dans lequel celte huile est employée, elle imprime des défauts notables au savon. L'huile de graine de coton renferme une quantité considérable d'une matière colorante d'un rouge brun ; c'est à tel point que sa décoloration complète à l'aide des alcalis caustiques entraîne avec elle une perte s 'élevant, pour certaines huiles, à 15 et, pour d'autres, à 50 p. c. Elle acquiert, en outre, une odeur des plus désagréables par son contact avec l'air, par suite de l'oxydation qu'elle éprouve; à l'état de savon, elle subit la même altération. 11 résulte de ces deux circonstances que le savon mou dans lequel on fait entrer une certaine quantité d'huile de graine de coton brute présente une couleur brune particulière et une odeur désagréable. Cette coloration, quoi qu'on fasse, se communique au linge, qui, moins blanc déjà que lorsqu'il est lavé avec du bon savon, jaunit encore davantage lorsqu'il est conservé dans l'obscurité. L'odeur reste également dans les objets lavés, et son intensité ne fait que s'accroître avec le temps.

En signalant les inconvénients offerts par les savons mous renfermant des huiles de poisson, ou de la graine de coton, ou une trop grande quantité de résine, en remplacement d'une quantité équivalente d'huile de lin ou de colza, j'ai pour but d'arriver à la suppression de ces fraudes, malheureusement trop généralisées. Sera-ce trop présumer de l'honnêteté de nos fabricants que d'oser espérer que cet avertissement que je leur donne, à mon grand regret, portera des fruits heureux?

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