ÉCLAIRAGE AUX HYDROCARBURES LIQUIDES
Les hydrocarbures liquides servent actuellement à l'éclairage public et privé. On le sait, leur combustion ne peut point se faire dans les lampes ordinaires sans production de noir de fumée. Depuis quinze ans au moins, on a imaginé des lampes spéciales destinées à l'éclairage à l'aide des hydrocarbures. Je ne puis pas en faire ici la description; ce serait d'ailleurs sans utilité, puisqu'elles sont assez connues de ceux qui se livrent à la construction de ces sortes d'objets. Je dirai seulement que chaque hydrocarbure, d'après sa volatilité propre, exige une lampe à part. En principe, la distance entre le point où se fait la combustion de la vapeur et le niveau du liquide dans le réservoir, doit être d'autant plus forte que la volatilité de l'hydrocarbure est plus grande. Ainsi, pour les hydrocarbures retirés du pétrole et des lignites d'une densité moyenne de 0.795, cette distance doit être au minimum de 5 à 6 centimètres; pour les hydrocarbures du schiste de 0.800 à 0.810 de densité, cette distance peut être réduite de moitié; pour les huiles dites solaires, les niveaux peuvent presque se confondre, et pour les huiles lourdes, le niveau du liquide doit être supéi^ieur au point auquel s'effectue leur combustion. Ces principes sont réalisés dans les lampes dites américaines, les lampes solaires et la lampe imaginée par M. le professeur Donny, de Gand, pour opérer la combustion de l'huile lourde de goudron ou de houille.
La combustion des hydrocarbures se fait, en effet, d'autant plus facilement que leur volatilité est plus grande. Mais le danger offert par leur emploi croît aussi avec celte volatilité. On conçoit que, peuvant entrer en ébullition par suite de réchauffement du réservoir, ils doivent produire, au lieu d'une flamme limitée, un jet épanoui de vapeurs qui, par suite de la chaleur, peut occasionner la destruction de la lampe et toutes sortes d'accidents. Le pétrole comme le photogène des lignites, plus volatils que les huiles du bog-head, peuvent donc présenter dans leur emploi un danger
réel, lorsqu'ils sont mal dépouillés dos hydrocarbures très volatils. Les premiers pétroles et photogènes versés dans la consommation étaient irréprochables sous ce rapport. Mais depuis que Tusage s'en est propagé et qu'il s'établit déjà une concurrence assez grande, des pétrolènes du commerce contiennent, comme j'ai eu l'occasion de m'en assurer, des carbures dune densité trop faible, et partant trop volatils.
D'après l'expérience que j'en ai faite, un pétrolène et ufi photogène des lignites, pour servir à l'éclairage dans les lampes américaines sans exposer à des dangers, doivent avoir une densité moyenne de 0.705 et, de plus, être entièrement* dépouillés d'hydrocarbures dont la densité soit inférieure à 0.785.
Le gouvernement a publié une instruction pratique pour faire connaître les précautions à prendre dans l'emploi des hydrocarbures comme moyen d'éclairage; j'y renvoie ceux qui veulent se renseigner à cet égard ; je n'ai d'ailleurs aucune observation à y ajouter.
Pour terminer, je dirai que les hydrocarbures, pour brûler convenablement, exigent un air en repos. A l'aide des lampes telles qu'elles sont construites aujourd'hui, on ne peut pas se mouvoir sans produire une légère fumée et sans diminuer très notablement l'intensité de la lumière. Le pouvoir éclairant des hydrocarbures est intense. D'après un essai fait avec une petite lampe, bien construite d'ailleurs, un j^étrolène de 0.795 de densité, vendu en détail à raison de 80 centimes le litre^ et consommant pour onze dixièmes de centime par heure, produit autant de lumière qUe 2.75 bougies de dimension ordinaire. Dans les lampes les moins bien construites, l'économie sur l'huile de colza est dans le rapport de 2 à 1, et cette économie peut s'élever à 3.