BOUGIES DIAPHANES
Pour qu'une paraffine soit apte à la fabrication d'une bonne bougie, il faut qu'elle puisse supporter l'épreuve suivante : un cylindre de ce corps, de 1 1/2 à 2 centimètres de diamètre sur 55 centimètres de longueur, reposant par ses deux extrémités, doit rester rigide pendant vingt-quatre heures dans un air chauffé de 18 à 20" centigrades. Toutes celles qui se courbent dans ces conditions produisent des bougies qui s'infléchissent et coulent lorsqu'on les allume. Les bougies de paraffine sont d'une magnifique transparence, dures et sèches au toucher; elles brûlent dans un air T. u. 40
en repos avec une flamme très brillante, qui peut devenir très légèrement fuligineuse lorsque l'air est agité ou par le mouvement imprimé à la bougie par la marche. Dans ce cas, elles sont sujettes à couler comme les bougies de blanc de baleine ou d'acide stéarique.
La fluidité de la paraffine est telle que, pour empêcher le coulage lorsqu'elle est convertie en bougie, il est indispensable de diminuer d'un cinquième environ le nombre de fils composant la mèche. La combustion de la matière est ainsi diminuée d'une égale quantité; mais la bougie conserve encore un pouvoir éclairant égal à celui d'une bougie d'acide stéarique de même dimension, parce que le pouvoir éclairant de la paraffine dépasse de 25 à 50 p. c. celui de l'acide stéarique le plus pur. En Angleterre, où on consomme beaucoup de bougies diaphanes colorées, on diminue la fluidité de la paraffine par l'interposition de matière colorante organique, qui, tout en étant combustible, obstrue néanmoins légèrement les pores de la mèche et empêche ainsi le coulage.
Les bougies diaphanes sont moulées à l'aide des mêmes moyens que ceux employés pour les bougies sléariques; mais leur démoulage par le procédé ordinaire présente des difficultés à cause du faible retrait qu'éprouve la paraffine en se solidifiant. Dans l'usine de Battersea, celte difficulté est vaincue par l'artifice que j'ai ûiit connaître à l'occasion du démoulage des composites Candies, et qui est effectué à l'aide de l'air comprimé s'insinuant par le bas entre le moule et la bougie.
Lorsqu'on ne dispose pas de cet artifice, il convient, pour garantir la sortie de la bougie, de plonger le moule dans l'eau froide immédiatement après son remplissage. La contraction qu'il éprouve élimine une partie de la paraffine restée liquide qui remonte dans la masselotte. Le volume de la masse solidifiée dans le moule est ainsi moindre et la bougie sort aisément à l'aide d'une légère traction.
La paraffine est employée en association avec des acides gras pour le moulage des bougies. Deux industriels ont exposé des produits de ce genre ;
l'addition de ce corps aux acides gras dans le rapport de 15 à 20 p. c. leur communique une transparence remarquable : ils prennent ainsi l'aspect cireux caractéristique.
Dans le compartiment anglais, on remarquait des bougies et des tlambeaux destines au culte catholique et fabriqués à l'aide de ce mélange; ils imitaient à s'y méprendre les plus belles cires connues. Deux de nos plus habiles industriels, MM. De Roubaix et Oudenkoven, à Anvers, avaient exposé également, à côté de leur magnifique collection de produits d'acide gras, des bougies de paraffine de bog-head et des bougies formées d'un mélange d'acide pâlmi tique et de la paraffine épurée par eux et provenant de l'usine de MM. Coosemans et O". Ces produits, qui ressemblent en tout point aux bougies et flambeaux dont je viens de parler, ont été généralement admirés.
11 est incontestable qu'en associant la paraffine aux acides gras, on peut donner à ceux-ci une transparence extraordinaire et obtenir des produits imitant les plus belles cires. Mais celte application sera nécessairement très limitée à cause d'une propriété particulière que présentent les acides gras comme la paraffine elle-même, de diminuer notablement leur point de solidification par leur mélange. En effet, un mélange de deux acides gras ou de deux paraffines a toujours un point de fusion de beaucoup inférieur au point moyen des matières qui le constituent. C'est là la cause de l'abaissement du point de solidification d'un mélange d'acide margarique et d'acide palmitique, fait parfaitement connu dans les usines. Or, la paraffine associée aux acides gras éprouve un phénomène identique. MM. De Roubaix et Oudenkoven ont observé, en effet, qu'en fondant ensemble des poids égaux d'acide palmitique fusible à 55*2 et de paraffine fusible à 50", au lieu d'obtenir une matière d'un point de fusion moyen de 52°6, ils ont produit un mélange dont le point de solidification ne dépasse pas 45". Il y a donc un abaissement de TQ, ce qui est énorme. Ce fait démontre que la limite d'association de la paraffine avec les acides gras est très restreinte.
Le prix (le la paraffine exposée à Londres a varié de 2 à 5 francs le kilogramme, suivant lelévâlion de son point de solidification.
A l'exposition internationale de Paris, il n'y avait qu'un seul exposant de paraffine et le produit fabriqué laissait encore beaucoup à désirer. Dix-huit en ont exposé à Londres dont la qualité, à une ou deux exceptions près, était très bonne. Le jury a voté la médaille à sept d'entre eux pour la qualité exceptionnelle de leurs produits. Il s'est donc accompli des progrès considérables dans la fabrication en grand de ce' corps pendant le septennaire écoulé. Sa production a pris désormais rang parmi les industries bien établies. Qu'il me soit permis d'ajouter, en terminant, que la création de cette nouvelle branche de l'activité humaine est due, comme tant d'autres d'origine moderne, aux efforts seuls des chimistes.