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H. — VÉRIFICATION DE LA PLUETÉ DU PLATINE

Nous avons eu. recours au procédé d'analyse que nous avons décrit dans notre travail sur le platine iridié de la section française, lorsque nous avons eu à examiner du platine qui n'avait pas été préparé par nous. Dans le cas contraire, nous nous sommes abstenus de traiter le métal par le plomb pur et nous l'avons dissous directement dans l'eau régale en opérant sur citiff

grammes, sauf dans une circonstance où nous avons mis en expérience soixante-dix grammes, voulant en même temps nous procurer du platine absolument privé de fer et destiné à des recherches sur les propriétés magnétiques de ce métal.

La dissolution du platine dans l'eau régale, contenue dans un ballon à long col, après avoir été additionnée d'acide chlorliydrique concentré pour détruire autant que possible les composés nitreux dissous, a été évaporée à siccité en inclinant le col du ballon et en engageant le col dans un second ballon. Le résidu a été repris par dix fois son poids d'eau, et la solution, iiltrée au travers du pdpier lavé avec les acides chlorhydrique et fluorhydrique dilués, a été introduite à l'aide d'un siphon eflilé dans deux fois son volume de solution d'acétate et de formiate acides d'ammoniaque, portée vers 100^

On a maintenu ensuite le liquide à une douce ébullition jusqu'à ce qu'une partie de l'eau mère filtrée ne déposât plus du noir de platine par une nouvelle ébullition prolongée pendant plusieurs heures.

Ce résultat étant atteint et le noir de platine déposé, on a recherché le fer dans l'eau mère filtrée en y ajoutant successivement de l'eau de chlore et de l'ammoniaque en excès, et en portant ensuite le liquide à l'ébullition dans un vase de platine bien poli et privé de fer.

Le noir de platine a été lavé à l'eau pure d'abord, et ensuite à l'eau bouillie, acidulée par de l'acide chlorhydrique. Le traitement par cet acide est indispensable pour empêcher le noir de passer au travers du filtre. Il est très important de ménager l'emploi de l'acide chlorhydrique, car une trop grande quantité transforme brusquement le noir en globules parfaitement sphériques, les uns petits, les autres de plusieurs millimètres de diamètre, roulant librement sur eux-mêmes sans se désagréger. Dans ce cas, le lavage complet est impossible, à moins de provoquer leur dissémination dans le liquide par une digestion prolongée dans de l'eau pure suffisamment renouvelée.

Quelques soins que l'on prenne dans le lavage, on ne saurait obtenir par ce moyen du noir qui, étant séché à iOO", ne perde pas très notablement de son poids lorsqu'on le chauffe dans l'air ou dans l'hydrogène, de manière à le ramener à l'état de gris de platine. Par l'action de la chaleur, il se dégage des vapeurs acides et même des vapeurs de sel ammoniac. Nous avons été impuissants à produire du noir constitué exclusivement de platine. On peut, du reste, appliquer la même observation au noir de rhodium, qui retient encore plus fortement une partie des matières au sein desquelles il a pris naissance ou à l'aide desquelles on a opéré le lavage. D'après les observations de M. Debray, le noir de rhodium produit par l'acide formique retient même de l'oxyde de ce métal.

Le noir de platine, séché à lOO"*, est traité ensuite au bisulfate de potasse pour y rechercher le rhodium et le fer. A cet effet, on fond, dans un vase de platine pur, une quantité suffisante de ce sel pour couvrir complètement le platine à examiner; on y ajoute ensuite petit à petit le noir de platine, on couvre le vase et on élève lentement sa température au point de volatiliser une quantité d'acide sulfurique suffisante pour amener un commencement de solidification du sulfate potassique.

Le platine de l'essai qui a pu se dissoudre à basse température ayant du se précipiter par suite de l'élévation de la température, le bisulfate refroidi doit contenir du rhodium ou du fer, si le noir soumis à son action renferme l'un ou l'autre de ces deux métaux.

On parvient à dissoudre plus sûrement tout le rhodium qui peut exister dans le noir de platine, en mêlant intimement à froid ce noir avec cinq fois son poids de bisulfate de potasse fondu et pulvérisé, et en chauffant ensuite au rouge très sombre ce mélange pendant une heure dans une capsule de porcelaine ou mieux dans une capsule de platine pur. Au bout de ce temps, on décante le bisulfate et on le remplace par son poids égal du même sel préalablement fondu. On maintient de nouveau le platine pendant une demi-heure en contact avec le bisulfate au rouge sombre, et l'on élève

eiîlin la température de manière à produire un commencement de solidification du sel par suite de la volatilisation d'une quantité suffisante d'acide sulfurique.

S'il y existe du rhodium seul, le bisulfate solidifié et refroidi doit être coloré en jaune, en rose ou en rouge, suivant la quantité de rhodium qu'il a dissous; s'il contient du fer seul, le sel peut être incolore; mais, s'il s'y trouve à la fois du rhodium et du fer, sa coloration sera orangée ou rouge teint de brun, d'après la quantité et le rapport mutuel des deux métaux.

Le dosage du rhodium et du fer dissous par le bisulfate se fait ensuite par les méthodes que nous avons suffisamment exposées dans notre rapport sur Vanalyse du platine iridié.

Si l'opération a été exécutée dans une capsule en porcelaine, il est indispensable de faire suivre le traitement à l'acide chlorhydrique dilué et bouillant par un traitement à l'acide fluorhydrique, suivi d'un lavage à l'eau acidulée par l'acide chlorhydrique.

Nous croyons toutefois devoir ajouter qu'il est indispensable de traiter à l'acide chlorhydrique dilué et bouillant le platine divisé auquel on a enlevé par l'eau le bisulfate de potasse. L'acide chlorhydrique dissout ainsi un composé insoluble dans l'eau pure, contenant du rhodium. 11 importe dans ce traitement de ne pas se servir d'acide chlorhydrique concentré, car, sous l'influence de l'air, du platine entre en dissolution, ainsi que nous l'avons dit dans notre rapport sur Vanalyse du platine iridié.

Une partie du métal dont nous nous sommes servis pour mesurer le poids spécifique du platine pur et pour faire la synthèse du platine iridié pur à 10 p. c. a été vérifiée par l'un de nous avec le concours de M. Rommelaere et a été reconnue exempte de rhodium et de fer. Le métal obtenu lors de cette vérification, exécutée sur soixante- dix grammes, a été employé par M. Mouton pour l'étude des propriétés magnétiques du platine pur.

Cette étude a prouvé que le métal dépouillé de fer est très faiblement, mais positivement magnétique.

m. DES PROPRIÉTÉS DU PLATINE QUI INTÉRESSENT LA MÉTROLOGIE.

Le platine est le plus fixe et le plus inaltérable des métaux connus; sa fixité est telle, qu'il peut être chauffé pendant plusieurs heures, à la température la plus élevée que peut produire le dard d'un chalumeau alimenté par un mélange d'air et de gaz d'éclairage, sans perdre de son poids et sans colorer la chaux blanche ou l'alumine. (Voir aux Annexes, n° 1.)

11 n'est pas certain qu'il se volatilise sensiblement lorsqu'on le fond dans le gaz oxhydrique; du moins une lame de chaux blanche sur laquelle on reçoit le courant gazeux qui maintient le platine en fusion* ne prend pas de teinte particulière.

Les globules que l'on trouve sur les parois des creusets de chaux dans lesquels on fond ce métal peuvent avec grande probabilité être attribués à des projections ou à des entraînements produits par le courant gazeux.

A une température bien inférieure à son point de fusion, il est perméable aux gaz et particulièrement à l'hydrogène. A l'état fondu, il les dissout. Pendant le refroidissement, il les laisse échapper en produisant dans le lingot, d'une part, des cavités qui ont communication avec l'extérieur et, d'autre part, de petites bulles closes, disséminées dans la masse.

On constate la présence de ces bulles dans les lingots de platine en élevant suffisamment leur température; dans ce cas, les bulles émettent une lumière différente de celle du restant de la masse; le métal y paraît plus blanc et plus lumineux. En chauffant, à l'aide d'un chalumeau alimenté par le gaz oxhydrique, un lingot huileux, on voit, dès que la température est près du point de fusion du métal, sa surface s'élever et produire un véritable soulèvement là où des bulles existent. Les parties soulevées persistent après refroidissement. Lorsqu'on chauffe ensuite le lingot au point de déterminer la fusion de la partie soulevée, au moment de la liquéfaction du métal, cette partie s'ouvre, et l'on aperçoit ou une

petite cavité ou iino dépression qui persiste si l'on retire hrusqueniflit le clialumeau et si Ion abandonne le lingot au refroidissement.

En lançant très obliquement le dard d'un chalumeau à gaz oxhydrique sur la surface d'un lingot bulleux chauffé à son point de fusion, le courant, en opérant la fonte de la partie huileuse, déplace les bulles avec lui. On voit celles-ci rouler dans le métal liquéfié et éclater dès qu'elles sont arrivées très près de la surface.

Le platine massif obtenu par la compression de la mousse de ce métal, telle qu'elle était pratiquée au commencement de ce siècle et telle qu'on l'effectue encore aujourd'hui, contient également de nombreuses petites cavités, les unes ouvertes à l'extérieur, les autres closes. A l'aide des moyens indiqués ci-dessus, nous avons pu constater l'existence de ces petites cavités closes dans un creuset de platine fabriqué vers i803 et dans des barreaux de platine forgés et passés ensuite à la filière. Du reste, l'existence de cavités ouvertes et closes dans le platine, provenant de la compression de la mousse, est connue depuis fort longtemps des chimistes.

Le platine fondu est un métal très mou, très malléable et très ductile; il se laisse rayer avec une facilité extrême; à l'état poli, il reçoit même l'empreinte des tissus que l'on comprime à sa surface.

Une lame de platine, non recuite ou recuite, de 0'"002 d'épaisseur, de O'"0o de largeur et de 1 mètre de longueur, fixée par un bout et abandonnée ensuite à son propre poids, tombe immédiatement en se courbant près du point fixe et en y produisant une courbure permanente.

Une tige de platine pur recuit, de 0"'00r) de diamètre et de O^To de longueur, soutenue par ses deux bouts, se courbe lentement à la façon du plomb et de l'argent; la déformation produite persiste.

Le platine fondu se durcit très sensiblement par le martelage, le laminage, l'étirage et la frappe au balancier. Un recuit convenable lui rend sa mollesse primitive.

En laminant du platine bulleux, il arrive un instant où la surface, sulïi-

samment amincie, se soulève. Lorsque ce fait se présente, si l'on continue le laminage, la partie soulevée s'ouvre et se déchire; on peut souvent détacher de la lame une pellicule formée par les parois d'une bulle remplie d'hydrogène qui s'est brisée sous le laminoir.

Le platine provenant de la compression de la mousse, qu'il ait été forgé ou étiré, présente au laminage le même défaut. Les chimistes savent que les vases confectionnés avec ce platine se couvrent, sous l'influence de la flamme seule, de vésicules à l'extérieur et à l'intérieur, de sorte que leurs surfaces deviennent ainsi inégales.

Quelle que soit l'origine du platine, ce métal peut recevoir le poli ordinaire ou bien le poli spéculaire, remarquablement beau.

Le poli ordinaire peut prendre des tracés d'une grande finesse, profonds et susceptibles d'être ébarbés.

Le poli spéculaire peut prendre également des tracés d'une grande finesse, mais qui, naturellement, ne sont pas susceptibles d'être ébarbés sans détruire le miroir.

Malgré toutes ces qualités, le platine pur est trop mou, son élasticité est trop faible, il se raye trop facilement pour servir à la confection de prototypes invariables de longueur ou de poids.

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