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I. — DE L\ PRÉPARATION DU PLATINE

On conçoit que ce n'est pas ici le lieu de décrire d'une manière complète la métallurgie de ce métal; il y aurait d'ailleurs indélicatesse à le faire, M. Matthey nous ayant confié tous les procédés pratiqués dans son usine. Nous devons nous borner à donner les principes des méthodes sur lesquelles reposent la préparation du platine pur et la production en grand de ce métal au degré de pureté qu'on peut considérer comme parfaitement suffisant pour le but à atteindre.

Le platine qui est à la disposition du chimiste et du fabricant contient généralement de l'iridium, de palladium, du rhodium et des traces de

rulhénium, de fer, de cuivre et d'or. Quoi que Ton fasse, on ne saurait réaliser la séparation de l'iridium et du ruthénium des autres métaux sans recourir à l'emploi du plomb, ainsi que nous l'avons déjà dit (').

L'alliage de plomb, de platine, de palladium, de rhodium, de cuivre et d'or ainsi produit renferme l'iridium, le ruthénium et la majeure partie du fer à l'état d'alliage séparé des autres métaux.

L'acide azotique dilué et chaud enlève à la masse métallique 8/i) du plomb employé, quelques centièmes de platine, du rhodium, tout le palladium et tout le cuivre.

L'eau régale, diluée de neuf fois son volume d'eau, dissout vers 70 à 80" l'alliage de platine, de rhodium, d'or et de plomb, et laisse intact l'alliage d'iridium, de ruthénium et de fer interposé.

L'évaporalion de la solution obtenue laisse un résidu forme de chlorures de platine, de rhodium, d'or et de plomb. Ces chlorures sont repris par l'eau, et la solution est précipitée par de l'acide sulfurique titré pour éliminer le plomb. Le liquide est amené ainsi à ne contenir que du platine, du rhodium, avec quelques millièmes de plomb et des traces de fer et d'or.

La séparation du platine et du rhodium constitue la partie la plus délicate de la préparation du platine pur, tant dans le laboratoire que dans l'usine.

Nous avons montré, dans notre rapport sur le platine iridié employé par la section française de la commission internationale du mètre à la confection des prototypes, que le chloroplatinate d'ammoniaque préparé avec une solution plalinique rhodifère contient toujours, quoi que l'on fasse, une certaine quantité de chlororhodiale d'ammoniaque.

Le moyen d'obtenir du jaune de platine, aussi complètement dépouille que possible de rhodium, consiste à transformer la solution plalinique

(') De l'analyse du platine iridié. [Procès-verbaux des séances de 1877 du comité international des poids et mesures, chap. V, p. 462.)

rhodifère en chloroplalinale et en cldororhodiate de sodium, à saturer cette solution de sel marin exempt de fer et de calcium, et à verser a froid ce liquide dans deux fois son volume de solution de sel marin saturée de sel ammoniac pur et contenant assez de ce dernier à l'état solide en suspension pour maintenir le mélange à l'état de saturation.

Le chloroplalinate d'ammoniaque produit est floconneux; lavé par décantation, à l'aide d'une solution saturée de sel ammoniac, jusqu'à ce qu'on ne découvre plus sensiblement de rhodium dans le liquide décanté, il renferme la plus petite quantité de ce métal que dans l'état actuel de nos connaissances on ne puisse lui enlever.

Pour opérer la séparation complète du rhodium fixé sur le jaune de platine, il est indispensable de ramener celui-ci à l'état de métal. Celle réduction doit s'efl'ectuer à une température suffisamment basse pour que le platine et le rhodium devenus libres ne s'allient point entre eux. On peut réaliser cette condition en laissant arriver une solution bouillante et saturée de jaune de platine dans un liquide contenant à la fois de l'acétate et du formiate acides d'ammoniaque porté entre 70 et 80". Le rhodium se précipite d'abord en colorant le liquide en bleu violacé, et le platine ensuite, en produisant du noir de ce métaK

Ce mélange, lavé par décantation à l'eau chaude acidulée par l'acide chlorhydrique et séché ensuite, fournit une poudre qui cède au bisulfate de potasse fondu tout le rhodium qu'elle contient, pourvu que, pendant l'attaque, on ménage convenablement la chaleur, et que l'on répèle au moins deux fois le traitement au bisulfate de potasse.

En 1876 et 1877, l'un de nous a appliqué, avec le concours de M. Rommelaere, les principes exposés ci-dessus à la préparation d'environ 600 grammes de platine; après l'opération, il nous a été impossible de découvrir la moindre trace de métaux étrangers. Nous dirons plus loin comment nous nous sommes assurés de l'absence de l'iridium, du rhodium et du fer.

On peut réaliser d'une manière plus économique la réduction du jaune de platine, tout en empêchant les métaux réduits de s'allier.

A une température inférieure à la décomposition du sulfate d'ammoniaque par la chaleur, ce sel, additionné d'acide sulfurique et de bisulfate de potasse, réduit les composés de rhodium et les composés de platine. Ainsi, en ajoutant du bisulfate d'ammoniaque à du bisulfate de potasse fondu dans lequel on a dissous du rhodium, celui-ci est précipité à l'instant à l'état de lamelles cristallines d'un blanc d'argent. Lorsque la quantité de sulfate d'ammoniaque est suffisante, tout le rhodium dissous est éliminé et reste libre tant qu'il existe trace d'ammoniaque dans le bisulfate de potasse en fusion. En effet, le bisulfate de potasse rhodifère, qui est coloré en jaune foncé ou en rouge brunâtre, se décolore par le sulfate d'ammoniaque et reste incolore aussi longtemps qu'une trace de sel ammoniacal existe dans le bisulfate de potasse fondu. Dès que la totalité du sulfate d'ammoniaque est décomposée, le rhodium précipité se redissout avec effervescence, due à un dégagement d'acide sulfureux.

Le jaune de platine est réduit de la même manière par le bisulfate d'ammoniaque. Lors de cette réduction, il se produit d'abord du chlorure plaiineux, qui, étant réduit à son tour, fournit du platine à l'état de noir, de gris ou de blanc, suivant la température à laquelle la réduction a été effectuée.

Si le jaune de platine renferme du rhodium, ce dernier métal se réduit d'abord et il ne se redissout dans le bisulfate de potasse que lorsque la totalité du jaune de platine est réduit à son tour à l'état métallique, et que tout le sulfate d'ammoniaque en excès est décomposé par la chaleur.

En prenant la précaution de ménager convenablement la température et en répétant à deux ou trois reprises l'attaque du métal par le bisulfate, on parvient à obtenir du platine ne renfermant que des traces insensibles de rhodium.

Le fer contenu dans le jaune de platine soumis à la réduction par le

bisulfate d'ammoniaque reste en solution dans le bisulfate de potasse.

En lavant le métal réduit, par l'eau froide d'abord, puis par de l'eau bouillante acidulée par de l'acide chlorhydrique, on enlève les dernières traces de sel de potasse et de fer, qui se fixent aisément sur le platine à l'état de métal noir ou gris.

La réduction du jaune de platine par le sulfate d'ammoniaque est une opération délicate à conduire en l'exécutant en grand, à cause de la tuméfaction et des projections qui l'accompagnent. Nous ne pouvons, par discrétion, exposer comment elle s'effectue dans l'usine de M. Matthey.

En appliquant cette méthode dans le laboratoire, pendant les années 187G, 1877 et i878, sur plus de 1 kilogramme de jaune de platine, nous nous sommes assurés qu'elle fournit un métal dépouillé de rhodium, de palladium et de fer lorsque la réduction a été opérée à basse température, tandis qu'on obtient un métal contenant des traces de rhodium résistant indétinimcnt à l'action du bisulfate de potasse en effectuant Ja réduction à température élevée. Ainsi, dix-sept traitements successifs au bisulfate de potasse ont été insuffisants pour enlever au métal obtenu le rhodium qui s'y était allié par suite de l'élévation de la température lors de la réduction du jaune de platine rhodifère.

Appliquée en grand par M. Matthey, celte méthode a fourni du platine contenant de 0.0004 à 0.0020 de rhodium, ainsi que nous le démontrerons plus loin.

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