‹ Œuvres complètesChapitre 10 sur 31 · B. TT · texte numérisé non relu

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gétaux. Cependant, le chaud et le froid forment ensemble un des principes de la végétation , nonseulement dans les climats tempérés, mais jusqu'au milieu de la zone torride.

On peut dire que tous les désordres , au physique et au moral, ne sont que des oppositions heurtées de deux contraires. Si les hommes faisaient attention à cette loi, elle terminerait la plupart de leurs erreurs et de leurs disputes ; car on peut dire que, tout étant composé de contraires, tout homme qui affirme une proposition simple , n'a raison qu'à moitié , puisque la proposition contraire existe également dans la nature.

Il n'y a peut-être dans le monde qu'une vérité intellectuelle, pure, simple et sans idée contraire; c'est l'existence de Dieu. Il est trés-remarquable que ceux qui l'ont niée, n'ont apporté d'autres preuves de leur négation, que les désordres apparents de la nature, dont ils n'envisageaient que les principes extrêmes; en sorte qu'ils n'ont pas prouvé qu'il n'existait pas de Dieu , mais qu'il n'était pas intelligent , ou qu'il n'était pas bon. Ainsi leur erreur vient de leur ignorance des lois naturelles. D'ailleurs , leurs arguments ont été tirés, pour la plupart, des désordres des hommes, qui existent dans un ordre encore différent de celui de la nature, et qui sont les seuls de tous les êtres sensibles qui ont été livrés à leur propre providence.

Quant à la nature de Dieu, je sais que la foi même nous le présente comme le principe har-

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moiiiquc par excellence, non-seulement par rapport à tout ce qui l'environne , dont il est le créateur et le moteur, mais dans son essence même divisée en trois personnes. Bossuet a étendu ces harmonies de la Divinité jusqu'à l'homme, en cherchant à trouver dans les opérations de son ame, quelque consonnance avec la Trinité dont elle est l'image. Ces hautes spéculations sont, je l'avoue, infiniment au-dessus de moi. J'admire même que la Divinité ait permis à des êtres aussi faibles et aussi passagers que nous, d'entrevoir seulement sa toute-puissance sur la terre, et qu'elle ait voilé, sous les combinaisons de la matière, les opérations de son intelligence infinie , pour la proportionner à nos yeux. Un seul acte de sa volonté a suffi pour nous donner l'être ; la plus légère communication de ses ouvrages pour éclairer notre raison : mais je suis persuadé que si le plus petit rayon de son essence divine se communiquait directement à nous dans un corps humain , il suffirait pour nous anéantir.

DES CONSONJN ANCES.

Les consonnances sont des répétitions des mêmes harmonies. Elles augmentent nos plaisirs en les multipliant, et en en transférant la jouissance sur de nouvelles scènes. Elles nous plaisent encore en nous faisant voir que la même intelligence a présidé aux divers plans de la nature, puisqu'elle nous y présente des harmonies semblables. Ainsi les consonnances nous plaisent plus que les simples

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harmonies, parce qu'elles nous donnent les sentiments de l'étendue et de la Divinité, si conformes à la nature de notre ame. Les objets physiques n'excitent en nous un certain degré de plaisir, qu'en y développant un sentiment intellectuel.

Nous trouvons de fréquents exemples de consonnances dans la nature. Les nuages de l'horizon imitent souvent, sur la mer, les formes des montagnes et les aspects de la terre, au point que les marins les plus expérimentés s'y trompent quelquefois. Les eaux reflètent, dans leur sein mobile, les cieux, les collines et les forêts. Les échos des rochers répètent, à leur tour, les murmures des eaux. Un jour, me promenant, au pays de Caux, le long de la mer, et considérant les reflets du rivage dans le sein des eaux, je fus fort étonné d'entendre bruire d'autres flots derrière moi. Je me tournai, et je n'aperçus qu'une haute falaise escarpée, dont les échos répétaient le bruit des vagues. Cette double consonnance me parut trèsagréable; on eût dit qu'il y avait une montagne dans la mer, et une mer dans la montagne.

Ces transpositions d'harmonie d'un élément à l'autre font beaucoup de plaisir; aussi la nature les multiplie fréquemment, non-seulement par des images fugitives^ mais par des formes permanentes. Elle a répété, au milieu des mers, les formes des continents dans celles des îles, dont la plupart, comme nous l'avons vu, ont des pitons, des montagnes, des lacs, des rivières et des campagnes proportionnés à leur étendue, comme si

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elles étaienl de petits mondes; d'un autre coté, elles représentent, au milieu des terres, les bassins du vaste Océan dans les méditerranées, et dans les grands lacs qui ont leurs rivages, leurs rochers, leurs îles, Jeurs volcans, leurs courants, et quelquefois un îlux et reflux qui leur est propre, et qui est occasioné par les effusions des montagnes à glaces, au pied desquelles ils sont communément situés, comme les courants et les marées de l'Océan le sont par celles des pôles.

Il est très-remarquable que les plus belles harmonies sont celles qui ont le plus de consonnances. Par exemple, rien, dans le monde, n'est plus beau que le soleil, et rien n'y est plus répété que sa forme et sa lumière. 11 est réfléchi de mille manières par les réfractions de l'air, qui le montrent, chaque jour, sur tous les horizons de la terre, avant qu'il y soit, et lorsqu'il n'y est plus; par les parélies, qui réfléchissent quelquefois son disque deux ou trois fois dans les nuages brumeux du nord; par les nuages pluvieux, où ses rayons réfrangés tracent un arc nuancé de mille couleurs ; et par les eaux, dont les reflets le représentent en une infinité de lieux où il n'est pas, au sein des prairies parmi les fleurs couvertes de rosée, et dans l'ombre des vertes forêts. La terre sombre et brute le réfléchit encore dans les parties spéculaires des sables,, des mica, des cristaux et des rochers. Elle nous présente la forme de son disque et de ses rayons, dans les disques et les pétales d'une multitude de fleurs radiées dont elle est couverte.

Enfin ce bel astre est multiplié lui-même à Tinfini, avec des variétés qui nous sont inconnues, dans les étoiles innombrables du firmament, qu'il nous découvre dès qu'il abandonne notre horizon , comme s'il ne se refusait aux consonnances de la terre, que pour nous faire apercevoir celles des cieux.

Il s'ensuit de cette loi de consonnance, que ce qu'il y a de plus beau et de meilleur dans la nature, est ce qu'il y a de plus commun et de plus répété. C'est à elle qu'il faut attribuer les variétés des espèces dans chaque genre, qui y sont d'autant plus nombreuses que ce genre est plus utile. Par exemple, il n'y a point dans le règne végétal de famille aussi nécessaire que celle des graminées, dont vivent non-seulement tous les quadrupèdes, mais une infinité d'oiseaux et d'insectes : il n'y en a point aussi dont les espèces soient aussi variées. Nous observerons dans l'Étude des plantes les raisons de cette variété; je remarquerai seulement ici que c'est dans les graminées que l'homme a trouvé cette grande diversité de blés dont il tire sa principale subsistance ; et que c'est par des raisons de consonnance que, non-seulement les espèces, mais plusieurs genres se rapprochent les uns des autres, afin qu'ils puissent offrir les mêmes services à l'homme, sous des latitudes tout-à-fait différentes. Ainsi, les mils de l'Afrique, les maïs du Brésil, les riz de l'Asie, les palmiers-sagou des Moluques, dont les troncs sont pleins de farines comestibles, consonnent avec les blés de l'Europe. Nous retrouvons des consonnances d'une autre sorte dans les

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mêmes lieux, comme si la nature eût voulu multiplier ses bienfaits, en en variant seulement la forme, sans changer presque rien à leurs qualités. Ainsi consonnent avec tant d'agrément et d'utilité, dans nos jardins , l'oranger et le citronnier, le pommier et le poirier, le noyer et le noisetier ; et dans nos métairies, le cheval et l'âne, l'oie et le canard, la vache et la chèvre.

Chaque genre consonne encore avec lui-même, par les sexes. H y a cependant entre les sexes des contrastes qui donnent à leurs amours la plus grande énergie, par l'opposition même des contraires, d'où nous avons vu que toute harmonie prenait sa naissance; mais, sans la consonnance générale des formes qui est entre eux, les êtres sensibles du même genre ne se seraient jamais rapprochés. Sans elle, un sexe aurait toujours été étranger à l'autre. Avant que chacun d'eux eût observé ce que l'autre pouvait avoir de convenable à ses besoins, le temps de la réflexion aurait absorbé celui de l'amour, et en eût, peut-être, éteint le désir. C'est la consonnance qui les attire, et c'est le contraste qui les unit. Je ne crois pas qu'il y ait, dans aucun genre d'animal, un sexe tout-à-fait différent de l'autre en formes extérieures; et si ces différences se trouvent, comme le prétendent quelques naturalistes, dans plusieurs espèces de poissons et d'insectes, je suis persuadé que la nature y fait vivre le mâle et la femelle dans le voisinage l'un de l'autre, et ne met pas leur couche nuptiale loin de leur berceau.

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Mais il y a une consonnance de formes bien plus intime encore que celle des deux sexes; c'est la duplicité d'organes qui existe dans chaque individu. Tout animal est double. Si vous considérez ses deux yeux, ses deux narines, ses deux oreilles, le nombre de ses jambes disposées par paires, vous diriez de deux animaux collés Fun à l'autre, et réunis sous la même peau. Les parties mêmes de son corps qui sont uniques, comme la tête, la queue et la langue, paraissent formées de deux moitiés rapprochées l'une de l'autre par des sutures. Il n'en est pas ainsi des membres proprement dits; par exemple, une main, une oreille, un œil, ne peuvent pas se diviser en deux moitiés semblables; mais la duplicité de formes dans les parties du corps les distingue essentiellement des membres ; car la partie du corps est double , et le membre est simple; la première est toujours unique, et l'autre toujours répétée. Ainsi la tête et la queue d'un animal sont des parties de son corps, et ses jambes et ses oreilles en sont des membres.

Cette loi, une des plus merveilleuses et des moins observées de la nature, détruit toutes les hypothèses qui font entrer le hasard dans l'organisation des êtres; car, indépendamment des harmonies qu'elle présente, elle double tout d'un coup les preuves d'une Providence , qui ne s'est pas contentée de donner un organe principal à chaque animal pour chaque élément en particulier, tel que l'œil pour la lumière du soleil; l'oreille, pour les sons de l'air; le pied, pour le sol qui de-

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\ait le soutenir : mais a voulu encore qu'il eut chaque organe en nombre pair.

Quelques sages ont considéré cette admirable répartition comme une prévoyance de la Providence, afin que l'animal pût suppléer à la perte de ses organes exposés à divers accidents; mais il est remarquable que les parties intérieures du corps , qui paraissent uniques au premier coup-d'œil, présentent, à l'examen, une pareille duplicité de formes, même dans le corps humain où elles sont plus confondues que dans les autres animaux. Ainsi, les cinq lobes du poumon, dont l'un a une espèce de division ; la fissure du foie ; la séparation supérieure du cerveau par la réduplication de la dure-mère; le septum lucidum semblable à une feuille de talc qui en sépare les deux ventricules antérieurs; les deux ventricules du cœur, et les divisions des autres viscères, annoncent cette double union, et semblent nous indiquer que (de « principe même de la vie est la consonnance de (( deux harmonies semblables^.

Il résulte encore de cette duplicité d'organes un usage bien plus étendu que s'ils étaient uniques. L'homme aperçoit avec deux yeux plus de la moitié de l'horizon ; il n'en découvrirait guère que le tiers avec un seul. Il fait avec ses deux bras une infinité de choses dont il ne pourrait jamais venir à bout, s'il n'en avait qu'un, telles que de charger sur sa tête un poids d'un grand volume, et de grimper dans un arbre. S'il n'était posé que sur une jambe, non-seulement son assiette serait beaucoup moins

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solide que sur deux, mais il ne pourrait pas marcher; il serait forcé de s'avancer en rampant ou en sautant. Cette progression de mouvement serait tout-à-fait discordante à la constitution des autres parties de son corps, et des divers plans de la terre qu'il devait parcourir.

Si la nature a donné un organe extérieur simple aux animaux , tel que la queue , c'est parce que son usage, fort borné, ne s'étendait qu'à une seule action à laquelle elle satisfait pleinement. D'ailleurs, la queue est par sa position à l'abri de la plupart des dangers. De plus , il n'y a guère que les animaux forts qui l'aient longue, comme les taureaux, les chevaux et les lions. Les lapins et les lièvres l'ont fort courte. Dans les animaux faibles qui la portent longue, comme dans les raies, elle est hérissée d'épines , ou bien elle repousse si elle vient à être arrachée par quelque accident, comme dans les lézards. Enfin, quelle que soit la simplicité de son usage, il est remarquable qu'elle est formée de deux moitiés semblables , comme les autres parties du corps.

Il y a d'autres consonnances intérieures qui assemblent, pour ainsi dire, en diagonale les divers organes du corps, afin de ne former qu'un seul et unique animal de ses deux moitiés. J'en laisse chercher l'incompréhensible connexion aux anatomistes : mais quelque étendues que soient leurs lumières, je doute qu'ils pénètrent jamais dans ce labyrinthe. Pourquoi , par exemple , la douleur qu'on éprouve à un pied, se fait-elle ressentir quelquefois à la partie opposée de la tête, et vice vei^sa?

DE- LA N AT URE. lOj

J'ai VU une preuve bien étonnante de cette consonnance dans un sergent qui vit encore, je crois, à l'Hôtel des Invalides. Cet homme , tirant un jour des armes avec un de ses camarades, qui se servait, ainsi que lui, de son épée renfermée dans le fourreau, reçut une botte dans l'angle lacrymal de l'œil •gauche , qui lui fît perdre connaissance sur-lechamp. Quand il eut repris ses sens, ce qui n'arriva qu'au bout de quelques heures, il se trouva entièrement paralysé de la jambe droite et du bras droit, sans qu'aucun remède ait jamais pu lui en rendre l'usage^.

J'observerai ici que les expériences cruelles que l'on fait chaque jour sur les bètes, pour découvrir ces correspondances secrètes de la nature, ne font qu'y jeter de plus grands voiles ; car leurs muscles, contractés par la frayeur et la douleur, dérangent le cours des esprits animaux , accélèrent la vitesse du sang, font entrer les nerfs en convulsion , et sont bien plus propres à déranger l'économie animale qu'à la développer. Ces moyens barbares de notre physique moderne, ont une influence encore plus funeste sur le moral de ceux qui les emploient; car ils leur inspirent, avec de fausses lumières, le plus atroce des vices, qui est la cruauté. S'il est permis à l'homme d'interroger la nature dans les opérations qu'elle nous cache , j'y croirais le plaisir bien plus propre que la douleur. J'en ai vu un exemple dans une maison de campagne de Normandie. Je me promenais dans un pâturage qui était autour, avec un jeune gentilhomme qui en

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était le maitre; nous aperçûmes des bœufs qui se battaient; il courut à eux, le bâton levé, et ces animaux se séparèrent aussitôt. Ensuite il s'approcha du bœuf le plus farouche , et se mit à le gratter à la naissance de la queue, avec les doigts. Cet animal, qui avait encore la fureur dans les yeux, resta, sur-le-champ, immobile, alongeant le cou, ouvrant les naseaux , et aspirant l'air avec un plaisir qui démontrait d'une manière très -amusante la correspondance intime de cette extrémité de son corps avec sa tète.

La duplicité d'organes se trouve encore dans les végétaux, surtout dans leurs parties essentielles, telles que les anthères des fleurs, qui sont des corps doubles; dans leurs pétales, dont une moitié correspond exactement à l'autre; dans les lobes de leur semence , etc. Une seule de ces parties paraît cependant suffisante pour le développement et la génération de la plante. On peut étendre cette observation jusque sur les feuilles, dont les deux moitiés sont correspondantes dans la plupart des végétaux; et si quelqu'un d'entre eux s'écarte de cet ordre , c'est sans doute pour quelque raison particulière digne d'être recherchée.

Ces faits confirment la distinction que nous avons faite entre les parties et les membres d'un corps; car, dans les feuilles, où cette duplicité se rencontre, on retrouve ordinairement la faculté végétative, qui est répandue dans le corps du végétal même. En sorte que , si vous replantez ces feuilles avec soin et dans une saison convenable, vous en

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verrez renaître le végétal entier. Peut-être est-ce parce que les organes intérieurs de Farbre sont doubles, que le. principe de la vie végétative est répandu jusque dans ses tronçons, comme on le voit dans un grand nombre qui renaissent d'une branche. Il y en a même qui peuvent se perpétuer par de simples éclats. On en trouve un exemple célèbre dans les Mémoires de l'Académie des sciences. Deux sœurs, après la mort de leur mère, héritèrent d'un oranger. Chacune d'elles prétendit l'avoir dans son lot. Enfin, l'une ne voulant pas le céder à l'autre , elles décidèrent de le fendre en deux, et d'en prendre chacune la moitié. L'arbre éprouva la destinée à laquelle fut condamné fenfant du jugement de Salomon. Il fut partagé en deux : chacune des sœurs en replanta la moitié ; et , chose merveilleuse, l'arbre divisé par la haine fraterjielle, fut recouvert d'écorce par la nature.

C'est cette 'consonnance universelle de formes qui a donné à l'homme l'idée de la symétrie. Il la fait entrer dans la plupart des arts, et surtout dans l'architecture, comme une partie essentielle de l'ordre. Elle est, en effet, tellement l'ouvrage de l'intelligence et de la combinaison, que je la regarde comme le caractère principal où Ton peut distinguer tout corps organisé d'avec ceux qui ne le sont pas, et qui ne sont que les résultats d'une agrégation fortuite, quelque régulier que paraisse leur assemblage; tels sont ceux que produisent les cristallisations, les efflorescences, les végétations chimiques et les effusions ignées.

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C'est d'après ces réflexions, que venant à considérer le globe de la terre, j'observai, avec la plus grande surprise , qu'il présentait, ^insi que tous les corps organisés , une duplicité de formes. D'abord j'avais bien pensé que ce globe, étant l'ouvrage d'une intelligence, il devait y régner de l'ordre. J'avais reconnu l'utilité des îles , et même celle des bancs, des récifs et des rochers pour protéger les parties les plus exposées des continents contre les courants de l'Océan , à l'extrémité desquels ils sont toujours situés. J'avais reconnu pareillement celle des baies, qui sont, au contraire, écartées des courants de l'Océan , et creusées en profondeur, pour abriter l'embouchure des fleuves, et servir, par la tranquillité de leurs eaux, d'asiles aux poissons qui, dans toutes les mers, s'y rendent en foule pour y recueillir les dépouilles de la végétation , et les alluvions de la terre qyi s'y déchargent par les fleuves. J'avais admiré en détail les proportions de leurs diverses fabriques; mais je ne concevais rien à leur ensemble. Mon esprit se fourvoyait au milieu de tant de découpures de terres et de mers; et je les aurais attribuées, sans balancer, au hasard, si l'ordre que j'avais aperçu dans chacune de ces parties, ne m'avait fait soupçonner qu'il y en avait un dans la totalité de l'ouvrage.

Je vais exposer ici le globe sous un nouvel aspect; je prie le lecteur de me pardonner cette digression , qui est un débris de mes matériaux sur la géographie , mais qui tend à prouver l'universalité des lois naturelles, dont je constate l'existence.

Je serai, à mon ordinaire, rapide et superficiel : mais peu m'importe d'affaiblir des idées qu'il ne m'a pas été permis de mettre dans leur ordre naturel, si j'en jette le germe dans des têtes qui valent mieux que la mienne.

Je cherchai d'abord les consonnances du globe dans ses deux moitiés septentrionale et méridionale. Mais, loin de trouver des ressemblances entre elles, je n'y aperçus que des oppositions; la première n'étant, pour ainsi dire, qu'un hémisphère terrestre, et l'autre, qu'un hémisphère maritime, tellement différents entre eux , que l'un a l'hiver lorsque l'autre a l'été, et que les mers du premier hémisphère semblent être opposées aux terres et aux îles qui sont éparses dans le second. Ce contraste me présenta une autre analogie avec un corps organisé; car, comme nous le verrons dans les articles suivants, tout corps organisé a deux moitiés en contraste , comme il en a deux en consonnance.

Je lui trouvai donc, sous cet aspect nouveau, je ne sais quelle analogie avec un animal, dont la tête aurait été au nord par l'attraction de l'aimant, particulière à notre pôle, qui semble y déterminer un sensorium comme dans la tète d'un animal ; le cœur sous la Ligne, par la chaleur constante qui règne dans la zone torride, et semble y fixer la région du cœur ; enfin , les organes excrétoires dans la partie australe , où sont situées les plus grandes mers , qu on peut considérer comme les réceptacles des alluvions des continents, et où l'on trouve aussi le

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plus grand nombre des volcans, que Ton peut considérer comme les organes excrétoires des mers , dont ils consument sans cesse les bitumes et les soufres. D'ailleurs le soleil qui séjourne cinq ou six jours de plus dans l'hémisphère septentrional, semblait encore m'offrir une ressemblance plus îuarquée avec le corps d'un animal, où le cœur, qui est le centre de la chaleur, est un peu plus près de la tête que des parties inférieures.

Quoique ces contrastes me parussent assez déterminés pour "manifester un ordre sur le globe, et qu'il s'en présente de semblables dans les végétaux, distingués en deux parties opposées en fonctions et en formes, telles que les feuilles et les racines ; je craignais de me livrer à mon imagination, et de généraliser, par la faiblesse de l'esprit humain , des lois de la nature particulières à chaque existence, en les étendant à des règnes qui n'en étaient pas susceptibles.

Mais je cessai de douter de l'ordre général de la terre, lorsque, avec les deux moitiés en contraste, j'en aperçus deux autres en consonnance. Je fus frappé , je l'avoue , d'étonnement , lorsque j'observai dans la duplicité de formes qui constitue son corps, des membres exactement répétés de part et d'autre.

Le globe, à le considérer d'orient en occident, est divisé, comme tous les corps organisés, en deux moitiés semblables, qui sont, l'ancien et le nouveau Monde. Chacune de leurs parties se correspond dans l'hémisphère oriental et occidental ; mer

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à mer, île à île, cap à cap, presqu'île à presqu'île. Les lacs de Finlande et le golfe d'Archangel correspondent aux lacs du Canada et a la baie de Baffîn ; la Nouvelle-Zemble, au Groenland; la mer Baltique , à la baie d'Hudson ; les îles d'Angleterre et d'Irlande qui couvrent la première de ces méditerranées, aux îles de Bonne-Fortune et de Welcome qui protègent la seconde; la Méditerranée proprement dite , au golfe du Mexique qui est une espèce de méditerranée, formée en partie par des îles. A l'extrémité de la Méditerranée se trouve l'isthme de Suez en consonnance avec l'isthme de Panama placé au fond du golfe du Mexique ; à la suite de ces isthmes se présente la presqu'île de l'Afrique d'une part, et de l'autre la presqu'île de l'Amérique méridionale. Les principaux fleuves de ces parties du monde se regardent également ; car le Sénégal coule à l'opposite de la rivière des Amazones. Enfin l'une et l'autre de ces presqu'îles qui s'avancent vers le pôle austral est terminée par deux caps également fameux par leurs tempêtes, le cap de Bonne-Espérance et le cap Horn.

Il y a encore , entre ces deux hémisphères , bien d'autres points de consonnance auxquels je ne m'arrête pas. A la vérité, tous ces points ne se correspondent pas aux mêmes latitudes: mais ils sont disposés suivant une ligne spirale qui va d'orient en occident, en s'étendant du nord vers le midi, en sorte que ces points correspondants vont en progression. Ils sont à peu près à la même hauteur, en partant du nord, comme la mer Baltique et la

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baie (J'Hudson; et ils s'alongent dans l'Amérique, à mesure qu^elle s'avance vers le sud. Cette progression se fait encore sentir dans toute la longueur de l'ancien continent, comme on peut le voir à la forme de ses caps , qui en partant de l'orient , s'alongent d'autant plus vers le midi , qu'ils s'avancent vers l'occident; tels que le cap du Ramtscliatka €n Asie , le cap Comorin en Arabie , le cap de Bonne- Espérance en Afrique , et enfin le cap Horn en Am^érique. Ces différences de proportion viennent de ce que les deux hémisphères terrestres ne sont pas projetés de la même manière; car l'ancien continent a sa plus grande longueur d'orient en occident, et le nouveau a la sienne du nord au sud; et il est manifeste que cette différence de projection a été ordonnée par l'Auteur de la nature, par la même raison qui lui a fait donner des parties doubles aux animaux et aux végétaux, afin que dans un besoin elles suppléassent l'une à l'autre, mais principalement afin qu'elles pussent s'entr'aider.

S'il n'existait, par exemple, que l'ancien continent avec la seule mer du Sud, le mouvement do cette mer étant trop accéléré sous la Ligne, par les vents réguliers de l'est, viendrait, après avoir circuit la zone torride, heurter d'une manière effroyable contre les terres 'du Japon : car le volume des flots d'une mer est toujours proportionné à son étendue. Mais par la disposition des deux continents^ les flots du grand courant oriental de la mer des Indes sont retardés en partie par les archipels des Moluques et des Philippines; ils sont

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encore rompus par d'autres îles , telles que les Maldives , par les caps de l'Arabie , et par celui de Bonne- Espérance , qui les rejette vers le sud. Ils éprouvent , avant de se rendre au cap Horn , de nouveaux obstacles, par le courant du pôle austral qui traverse alors leur cours, et par le changement de mousson qui en détruit totalement la cause au bout de six mois. Ainsi , il n'y a pas un seul courant , soit oriental, soit septentrional, qui parcoure seulement le quart du globe dans la même direction. D'ailleurs, la division des parties du monde en deux, est tellement nécessaire à son harmonie générale, que si le canal de l'Océan Altantique qui les sépare n'existait pas , ou qu'il fût rempli en partie, comme on suppose qu'il l'était autrefois par la grande île Atlantide*, tous les fleuves orientaux de l'Amérique et tous les occidentaux de l'Europe tariraient, puisque ces fleuves ne doivent leurs eaux qu'aux nuages qui émanent de la mer. De plus, le soleil n'éclairant , de notre côté , qu'un hémisphère terrestre , dont les méditerranées disparaîtraient, le brûlerait de ses rayons; tandis que n'échauffant, de l'autre, qu'un hémisphère maritime, dont la plupart des îles seraient submergées, parce que le volume de cette mer augmenterait par la soustraction de la nôtre, il y élèverait une multitude de vapeurs en pure perte.

Il paraît que c'est par ces considérations que la

Ile fabuleuse imaginée par Platon , pour représenter allégorique- , ment le gouvernement d'Athènes, comme plusieurs savants l'ont prouvé.

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nature n'a point placé dans la zone torride la plus grande longueur des continents, mais seulement la largeur moyenne de l'Amérique et de l'Afrique, parce que l'action du soleil y aurait été trop vive. Elle y a mis , au contraire , le plus long diamètre de la mer du Sud, et la plus grande largeur de l'Océan Atlantique, et elle y a rassemblé la plus grande quantité d'îles qui existe. De plus, elle a placé dans la largeur des continents qu'elle y a prolongés, les plus grands courants d'eaux vives qu'il y ait au monde, qui sortent tous de montagnes à glace; tels que le Sénégal et le Nil qui viennent des monts de la Lune en Afrique, l'Amazone et l'Orénoque qui ont leurs sources dans les Cordilières de l'Amérique. C'est encore par cette raison qu'elle a multiplié, dans la zone torride et dans son voisinage, les hautes chaînes de montagnes couvertes de neige, et qu'elle y dirige les vents du pôle nord et du pôle sud, dont participent toujours les vents alizés. Et il est bien remarquable que plusieurs des grands fleuves qui y coulent ne sont pas situés précisément sous la Ligne, mais dans des lieux de la zone torride qui sont plus chauds que la Ligne même. Ainsi, le Sénégal roule ses eaux dans le voisinage du Zara ou Désert, qui est la partie la plus brûlante de l'Afrique, au témoignage de tous les voyageurs. *

On entrevoit donc la nécessité de deux continents, qui servent mutuellement de frein aux mouvements de l'Océan. Il est impossible de concevoir que la nature ait pu les disposer autrement qu'en

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en étendant un en longitude, et l'autre en latitude, alin que les courants opposés de leurs mers pussent se balancer, et qu'il en résultât une harmonie convenable à leurs rivages et aux îles renfermées dans leurs bassins. Si vous supposez ces deux continents projetés en anneaux, d'orient en occident, sous les deux zones tempérées, la circulation de la mer, renfermée entre deux, sera, comme nous l'avons vu, trop accélérée par l'action constante du vent d'est. 11 n'y aura plus de communication maritime de la Ligne aux pôles; partant, point d'effusions glaciales dans cette mer, ni de marées, ni de rafraîchissement et de renouvellement de ses eaux. Si vous supposez, au contraire, ces deux continents allant tous deux du nord au midi, comme l'Amérique, il n'y aura plus dans l'Océan de courant oriental; les deux moitiés de chaque mer viendront se rencontrer au milieu de leur canal, et leurs effusions polaires s'y heurteront avec une quantité de mouvement, dont les effusions glaciales qui se précipitent des Alpes ne nous donnent que de faibles idées, malgré leurs ravages. Mais par les courants alternatifs et opposés de nos mers, les effusions glaciales de notre pôle vont rafraîchir, en été, l'Afrique*, le Brésil et les parties méridionales de l'Asie, en passant au-delà du cap de Bonne -Espérance, par la mousson qui porte alors vers l'orient le cours de l'Océan; et, pendant notre hiver, les effusions du pôle sud vont vers l'occident, modérer, sur les mêmes rivages, l'action du soleil qui y est toujours constante. Par ces deux mouvements en spirale et

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rétrogrades des mers, semblables à ceux du soleil dans les cieux, il n'y a pas une goutte d'eau qui ne puisse faire le tour du globe, s'évaporer sous la Ligne, se réduire en pluie dans le continent, et se geler sous le pôle. Ces correspondances universelles sont d'autant plus dignes de remarque, qu'elles entrent dans tous les plans de la nature, et se trouvent dans le reste de ses ouvrages.

Il résulterait d'un autre ordre, d'autres inconvénients que je laisse chercher au lecteur. Les hypothèses ab ahsurdo sont à la fois amusantes et utiles; elles changent, à la vérité , en caricatures les proportions naturelles ; mais elles ont cela d'avantageux, qu'en nous convainquant de la faiblesse de notre intelligence, elles nous pénétrent de la sagesse de celle delà nature. Souvenons -nous de la méthode de Socrate. Ne perdons point notre temps à répondre aux systèmes qui nous présentent des plans différents de ceux que nous voyons. Tironsen seulement des conséquences : les admettre, c'est les réfuter.

Je pourrais démontrer encore que la plupart des îles ont elles-mêmes des parties doubles, comme les continents dont nous avons dit ailleurs qu'elles étaient des,^brégés , par leurs pitons , leurs montagnes, leurs lacs et leurs fleuves, proportionnés à leur étendue. Beaucouàp de celles qui sont dans l'Océan Indien, ont, pour ainsi dire, deux hémisphères , l'un oriental , l'autre occidental , divisés par des montagnes qui vont du nord au sud , en sorte que quand l'hiver est d'un côté , l'été régne

lie Tautrc, et altcrnalivemenl; telles sont les îles de Java, Sumatra, Bornéo, et la plupart des Philippines et des Moluques , en sorte qu'elles sont é\ideinment construites pour les deux moussons de la mer où elles sont placées. Si le temps me le permettait, les variétés de leur construction nous offriraient bien des remarques curieuses, qui confirmeraient en particulier ce que j'ai dit en général sur les consonnances du globe. Pour moi, je crois ces principes d'ordre si certains, que je suis persuadé qu'en voyant le plan d'une île avec l'élévation et la direction de ses montagnes , on peut déterminer sa longitude, sa latitude et quels sont les vents qui y soufflent le plus régulièrement. Je crois encore qu'avec ces dernières données , on peut , vice versa , tracer le plan et la coupe d'une île , dans quelque partie de l'Océan que ce soit. J'en excepte cependant les îles fluviatiles, et celles qui, étant trop petites , sont réunies en archipels , comme les Maldives, parce que ces îles n'ont pas le centre de toutes leurs convenances en elles-mêmes, mais qu'elles sont ordonnées à des fleuves, à des archipels ou à des continents voisins. On peut s'assurer que je n'avance point un paradoxe, en comparant, entre les tropiques , la forme générale des îles qui sont exposées à deux moussons , et celle des îles qui sont sous le vent régulier de l'est. Nous venons de dire que la nature avait donné , eu quelque sorte, deux hémisphères aux premières, en les divisant dans le milieu par une chaîne de montagnes qui court nord et sud, afin quelles reçussent les

influences alternatives des vents d'est et d'ouest , qui y soufflent tour-à-tour six mois de l'année ; mais dans les îles situées dans la mer du sud et dans l'Océan Atlantique, où le vent d'est souffle toujours du même côté, elle a placé les montagnes à l'extrémité de leur territoire , dans la partie la plus éloignée du vent , afin que les ruisseaux et les rivières qui se forment des nuages qui sont accumulés par ce vent sur leurs pitons, pussent couler dans toute l'étendue de ces îles.

Je sais bien que j'ai rapporté ailleurs ces dernières observations, mais je les présente ici sous un nouveau jour. D'ailleurs , quand je tomberais dans quelques redites, on peut répéter des vérités nouvelles , et on doit quelque indulgence à la faiblesse de celui qui les annonce.

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