‹ Œuvres complètesChapitre 9 sur 31 · DES MOUVEMENTS · texte numérisé non relu

DES MOUVEMENTS

Il me reste à dire quelque chose des mouvements. Nous en distinguerons également cinq principaux : le mouvement propre ou de rotation sur lui-même, qui ne suppose point de déplacement et qui est le principe de tout mouvement, tel qu'est, peut-être , celui du soleil ; ensuite le perpendicu-

laire, le circulaire, l'horizontal el le repos. Tous les mouvements peuvent se rapporter à ceux-là. Vous remarquerez même que les géomètres , qui les représentent aussi par des figures, supposent le mouvemicnt circulaire engendré par le perpendiculaire et l'horizontal , et pour me servir de leurs expressions , produit par la diagonale de leurs carrés.

Je ne m'arrêterai pas aux analogies de la génération des couleurs et des formes , avec celles de la génération des mouvements, et qui existent entre la couleur blanche, la ligne droite et le mouvement propre ou de rotation ; entre la couleur rouge , la forme sphérique et le mouvement circulaire; entre les ténèbres, le vide et le repos. Je ne développerai pas les combinaisons infinies qui peuvent résulter de l'union ou de l'opposition des termes correspondants de chaque génération , et des filiations de ces mêmes termes. Je laisse au lecteur le plaisir de s'en occuper, et de se former avec ces éléments de la nature des harmonies ravissantes et tout-à-fait nouvelles. Je me bornerai ici à quelques observations rapides sur les mouvements.

De tous les mouvements , le plus agréable est le mouvement harmonique ou circulaire. La nature l'a répandu dans la plupart de ses ouvrages, et en a rendu susceptibles les végétaux même attachés à la terre. Nos campagnes nous en offrent de fréquentes images , lorsque les vents forment , sur les prairies, de longues ondulations semblables aux

flots de la mer; ou qu'ils agitent doucement, sur le sommet des montagnes, les hautes cimes des arbres, en leur faisant décrire des portions de cercle. La plupart des oiseaux forment de grands cercles en se jouant dans les plaines de l'air, et se plaisent à y tracer une multitude de courbes et de spirales. Il est remarquable que la nature a donné ce vol agréable à plusieurs oiseaux innocents, qui ne sont point autrement recommandables par la beauté de leur chant ou de leur plumage. Tel est, entre autres , le vol de l'hirondelle.

Il n'en est pas de même des mouvements de progression des bétes féroces ou nuisibles; elles vont par sauts et par bonds , et joignent à des mouvements quelquefois fort lents, d'autres qui sont précipités; c'est ce qu'on peut observer dans ceux du chat lorsqu'il veut attraper une souris. Les tigres en ont de pareils lorsqu'ils cherchent à atteindre lejLir proie. On peut remarquer les mêmes discordances dans le vol des oiseaux carnassiers. Celui qu'on appelle le grand-duc , espèce de hibou, vole au milieu d'un air calme comme si le vent l'emportait çà et là. Les tempêtes présentent dans le ciel les mêmes caractères de destruction. Quelquefois vous en voyez les nuages se mouvoir de mouvements opposés; d'autres fois vous en apercevez qui courent avec la vitesse d'un courrier, tandis que d'autres sont immobiles comme des rochers. Dans les ouragans des Indes, les tourbillons de vent sont toujours entremêlés de calmes profonds.

Plus un corps a en lui de mouvement propre ou

de rotation, plus il nous paraît agréable, surtout lorsqu'à ce mouvement se joint le mouvement harmonique ou circulaire. C'est par cette raison que les arbres, dont les feuillages sont mobiles, comme les trembles et les peupliers , ont beaucoup plus de grâce que les autres arbres des forets, lorsque le vent les agite. Ils plaisent à la vue par le balancement de leurs cimes , et en présentant, tour-àtour, les deux faces de leurs feuilles, de deux verts différents. Ils plaisent encore à l'ouïe , en imitant le bouillonnement des eaux. C'est par l'effet du mouvement propre, que, toute idée morale à part, les animaux nous intéressent plus que les végétaux, parce qu'ils ont en eux-mêmes le principe du mouvement.

Je ne crois pas qu'il y ait un seul lieu, sur la terre, où il n'y ait quelque corps en mouvement. Je me suis trouvé bien des fois au milieu des plus vastes solitudes, de jour et de nuit, par les plus grands calmes, et j'y ai toujours entendu quelque bruit. Souvent, à la vérité, c'est celui d'un oiseau qui vole, ou d'un insecte qui remue une feuille; mais ce bruit suppose toujours du mouvement.

Le mouvement est Fexpression de la vie. Voilà pourquoi la nature en a multiplié les causes dans tous ses ouvrages. Un des grands charmes des paysages est d'y voir du mouvement, et c'est ce que les tableaux de la plupart de nos peintres manquent souvent d'exprimer. Si vous en exceptez ceux qui représentent des tempêtes, vous trouverez partout ailleurs leurs forêts et leurs prairies immobiles ,

et les eaux de leurs lacs glacées. Cependant le retroussis des feuilles des arbres, frappées en-dessous de gris ou de blanc, les ondulations des herbes dans les vallées et sur les croupes des montagnes, celles qui rident la surface polie des eaux, et les écumes qui blanchissent les rivages, rappellent avec grand plaisir, dans une scène brûlante de l'été, le souffle si agréable des zéphyrs. On peut y joindre avec une grâce infinie les mouvements particuliers aux animaux qui les habitent, par exemple, les cercles concentriques qu'un plongeon forme sur la surface de l'eau; le vol d'un oiseau de marine qui part de dessus un tertre, les pâtes alongées en arrière et le cou tendu en avant ; celui de deux tourterelles blanches qui filent côte à côte, dans l'ombre, le long d'une foret; le balancement d'une bergeronnette à l'extrémité d'une feuille de roseau qui se courbe sous son poids. On peut y faire sentir même le mouvement et le poids d'un lourd chariot qui gravit dans une montagne, en y exprimant la poussière des cailloux broyés qui s'élèvent de dessous ses roues. Je crois encore qu'il serait possible d'y rendre les effets du chant des oiseaux et des échos, en y exprimant certaines convenances dont il n'est pas nécessaire de nous occuper ici.

Il s'en faut bien que la plupart de nos peintres, même parmi ceux qui ont le plus de talent, emploient des accessoires si agréables, puisqu'ils les omettent dans les sujets dont ces accessoires forment le caractère principal. Par exemple, s'ils re-

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présentent un char en course, ils ne manquent jamais d'y exprimer tous les rayons de ses roues. A la vérité, les chevaux galopent ; mais le char est immobile. Cependant, dans un char qui court rapidement, chaque roue ne présente qu'une seule surface ; toutes ses jantes se confondent à la vue. Ce n'est pas ainsi que les anciens, qui ont été nos maîtres en tout genre, imitaient la nature. Pline dit qu'Apelle avait si bien peint des chariots à quatre chevaux , que leurs roues semblaient tourner. Dans la liste curieuse qu'il nous a conservée des plus fameux tableaux de l'antiquité, admirés encore à Rome de son temps , il en cite un représentant des femmes qui filaient de la laine, dont les fuseaux paraissaient pirouetter. Un autre très - estimé * , ((OÙ l'on voyait, dit son vieux traducteur, deux (( soldats armés à la légère , dont l'un est si échauffé (( à courir en la bataille , qu'on le voit suer , et l'autre (( qui pose ses armes, se montre si recreu, qu'on (( le sent quasi haleiner. » J'ai vu dans beaucoup de tableaux modernes, des machines en mouvement, des lutteurs et des guerriers en action, et jamais je n'y ai vu ces effets si simples, qui expriment si bien la vérité. Nos peintres les regardent comme de petits détails où ne s'arrêtent pas les gens de génie. Cependant ces petits détails sont des traits de caractère.

Marc-Aurèle, qui avait bien autant de génie qu'aucun de nos modernes , a très-bien observé

* Histoire naturelle de Pline, liv. xxxvii, chap. x et xi , traduction de Du Pinet.

Qa liTUDES

que c'est souvent là que l'attention de Tesprit se fixe et prend le plus de plaisir: «Le ridé des figues ((mûres, dit-il, l'épais sourcil des lions, l'écume (( des sangliers en fureur, les écailles rousses qui (( s'élèvent de la croûte du pain sortant du four, <( nous font plaisir à voir. )> Il y a plusieurs raisons de ce plaisir ; d'abord de la part de la faiblesse de notre esprit, qui dans chaque objet s'arrête à un point principal; ensuite de la part de la nature, qui nous offre aussi dans tous ses ouvrages un point unique de convenance ou de discorde, qui en est comme le centre. Notre ame en augmente d'autant plus son affection ou sa haine, que ce trait caractéristique est simple et en apparence méprisable. Voilà pourquoi, dans l'éloquence, les expressions les plus courtes marquent toujours les passions les plus fortes; car il ne s'agit, comme nous l'avons vu jusqu'ici, pour faire naître une sensation de plaisir ou de douleur, que de déterminer un point d'harmonie ou de discorde entre deux contraires: or, lorsque ces deux contraires sont opposés en nature, et qu'ils le sont encore en grandeur et en faiblesse, leur opposition redouble, et par conséquent leur effet.

Il s'y joint, surtout, la surprise de voir naître de grands sujets d'espérance ou de crainte, d'un objet peu important en apparence; car tout effet physique pi^duit dans l'homme un sentiment moral. Par exemple, j'ai vu beaucoup de tableaux et de descriptions de batailles, qui cherchaient à inspirer de la terreur par une infinité d'armes de toute

espèce qui y étaient représentées, et par une foule de morts et de mourants blessés de toutes les manières. Ils m'ont d'autant moins ému, qu'ils employaient plus de machines pour m'émouvoir ; un effet détruisait l'autre. Mais je l'ai été beaucoup en lisant, dans Plutarque, la mort de Cléopâtre. Ce grand peintre du malheur représente la reine d'Egypte méditant, dans le tombeau d'Antoine, sur les moyens d'échapper au triomphe d'Auguste. Un paysan lui apporte , avec la permission des gardes qui veillent à la porte du tombeau, un pa^ nier de figues. Dés que cet homme est sorti, elle se hâte de découvrir ce panier, et elle y voit un aspic qu'elle avait demandé pour mettre fin à ses malheureux jours. Ce contraste, dans une femme, de la liberté et de l'esclavage , de la puissance royale et de l'anéantissement, de la volupté et de la mort; ces feuillages et ces fruits, parmi lesquels elle aperçoit seulement la tête et les yeux étincelants d'un petit reptile qui va terminer de si grands intérêts , et à qui elle dit: «Te voilà donc ! » toutes ces oppositions font frissonner. Mais'pour rendre la personne même de Cléopâtre intéressante, il ne faut pas se 1^ figurer comme nos peintres et nos sculp-» teurs nous la représentent , en figure académique sans expression, une Sabine pour la taille, l'air robuste et plein de santé, avec de grands yeux tournés vers le ciel , et portant autour de ses grands et gros bras un serpent tourné comme un bracelet. Ce n'est point là la petite et voluptueuse reine d'Egypte, se faisant porter, comme nous.l'avons dit

ailleurs, dans un paquet de hardes, sur les épaules d'Apollodore , pour âWer y oïr incognito Jules-César; courant la nuit, déguisée en marchande, les rues d'Alexandrie, avec Antoine, en se raillant de lui, et lui reprochant que ses jeux et ses plaisanteries sentaient le soldat. C'est encore moins l'infortunée Cléopâtre réduite aux derniers termes du malheur, tirant avec des cordes et des chaînes, à l'aide de deux de ses femmes, par la fenêtre du monument où elle s'était réfugiée, la tête contre-bas, sans jamais lâcher prise , dit Plutarque, ce même Antoine couvert de sang, qui s'était percé de son épée, et qui s'aidait de toutes ses forces pour venir mourir auprès d'elle.

Les détails ne sont pas à mépriser; ce sont souvent des traits de caractère. Pour revenir à nos peintres et à nos sculpteurs, s'ils refusent l'expression du mouvement aux paysages, aux lutteurs et aux chars en course, ils la donnent aux portraits et aux statues de nos grands hommes et de nos philosophes. Ils les représentent comme les anges trompettes du jugement, les cheveux agités, les yeux égarés, les muscles du visage en convulsion, et leurs draperies allant et venant au gré de» vents. Ce sont là, disent-ils, les expressions du génie. Mais les gens de génie et les grands hommes ne sont pas des fous. J'ai vu de leurs portraits, sur des antiques. Les médailles de Virgile, de Platon, de Scipion, d'Epaminondas, d'Alex'andre même, les représentent avec un air calme et tranquille. C'est aux corps brutes, aux végétaux et aux animaux d'obéir à tous

les. mouvements de la nature; mais il me semble qu'il est d'un grand homme d'être le maître des siens, et que ce n'est que par cet empire-là même qu'il mérite le nom de grand.

Je me suis un peu éloigné de mon sujet, pour donner des leçons de convenances à des artistes dent l'art est bien plus difficile que ma critique n'est aisée. A Dieu ne plaise qu'elle devienne un sujet de peine pour des hommes dont les ouvrages m'ont si souvent donné du plaisir ! Je désire seulement qu'ils s'écartent des manières académiques qui les lient, et qu'ils soient tentés d'aller ^ sur les pas de la nature , aussi loin que leur génie peut les porter.

Ce serait ici le lieu de parler de la musique , puisque les sons ne sont que des mouvements ; mais des gens bien plus habiles que moi ont traité ce grand art à foifd. Si quelque témoignage étranger pouvait même me confirmer dans la certitude des principes que j'ai posés jusqu'ici, c'est celui des plus savants musiciens qui ont fixé à trois sons l'expression harmonique. J'aurais pu, comme eux, réduire à trois termes les générations élémentaires des couleurs, des formes et des mouvements; mais il me semble qu'ils ont omis eux-mêmes dans leur base fondamentale, le principe génératif qui est le son proprement dit, et le terme négatif qui est le silence, puisque ce dernier produit, surtout, de si grands effets dans les mouvements de musique. «

Je pourrais étendre ces proportions aux saveurs

(lu gout, et démontrer que les plus agréables d'entre elles sont de semblables générations, ainsi qu'on l'éprouve dans la plupart des fruits, dont les divers degrés de maturité présentent successivement cinq saveurs, savoir, l'acide, le doux, le sucré, le vineux et l'amer. Ils sont acides en croissant, doux en mûrissant, sucrés dans leur parfaite maturité, vineux dans leur fermentation, et amers dans leur état de sécheresse. Nous trouverions encore que la plus agréable de ces saveurs, c'està-dire la saveur sucrée , est celle qui occupe le milieu de cette progression , dont elle est le terme harmonique ; qu'elle forme , par sa nature , de nouvelles harmonies en se combinant avec ses extrêmes, puisque les boissons qui nous plaisent le plus sont formées de l'acide et du sucre, comme dans les liqueurs rafraîchissantes préparées avec le jus de citron; ou du sucré et ^e l'amer, comme dans le café. Mais, en tâchant d'ouvrir de nouvelles routes à la philosophie, mon intention n'est pas d'offrir de nouvelles combinaisons à la volupté.

Quoique je sois intimement convaincu de ces générations élémentaires, et que je puisse les appuyer d'une foulé de preuves que j'ai recueillies dans les goûts des peuples policés et sauvages, mais que je n'ai pas le temps de rapporter ici ; cependant je ne serais pas surpris de ne pas obtenir l'approbation de plusieurs de mes lecteurs. Nos goûts naturels sont altérés, dès l'enfance, par des préjugés qui déterminent nos sensations physiques, bien plus fortement que celles-ci ne dirigent nos

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affections morales. Plusd'un homme d'église estime le violet la plus belle des couleurs , parce que c'est celle de son évéque ; plus d'un évèque, à son tour, croit que c'est Fécarlate, parce que c'est la couleur du cardinal; et plus d'un cardinal, sans doute, préférerait d'être revêtu de la couleur blanche , parce que c'est celle du chef de l'église. Un militaire regarde souvent le ruban rouge comme le plus beau de tous les rubans , et son officier supérieur pense que c'est le ruban bleu. Nos tempéraments influent comme nos états sur nos opinions. Les gens gais préfèrent les couleurs vives à toutes les autres , les gens sensibles celles qui sont tendres, les mélancoliques les rembrunies. Quoique je regarde moi-même le rouge comme la plus belle des couleurs, et la sphère comme la plus parfaite des formes, et que je doive tenir plus fortement qu'un autre à cet ordre , parce que c'est celui de mon système, je préfère au rouge la couleur car-^ minée qui a une nuance de violet; et à la sphère, la forme d'œuf ou elliptique. Il me semble aussi, si j'ose dire , que la nature a affecté l'une et l'autre modification à la rose , du moins avant son parfait développement. J'aime mieux encore les fleurs violettes que les blanches, et surtout que les jaunes. Je préfère une branche de lilas à un pot de giroflée ; et une marguerite de Chine , avec son disque d'un jaune enfumé, son pluché chiffonné, et ses pétales violets et sombres, à la plus éclatante gerbe de tournesols du Luxembourg. Je crois que ces goûts me sont communs avec plusieurs autres per-

sonnes, et qu'à juger du caractère des hommes par les couleurs de leurs habits, il y en a beaucoup plus de sérieux que de gais. Il me semble aussi que la nature (car il faut toujours revenir h elle pour s'assurer de la vérité) fait décliner la plupart de ses beautés physiques vers la mélancolie. Les chants plaintifs du rossignol, les ombrages des forêts , les sombres clartés de la lune n'inspirent point la gaieté , et cependant nous intéressent. Je suis plus ému du coucher du soleil que de son lever. En général , les beautés vives et enjouées nous plaisent , mais il n'y a que les mélancoliques qui nous touchent. Nous tâcherons ailleurs de développer les causes de ces affections morales. Elles tiennent à des lois plus sublimes que les lois physiques : tandis que celles-ci amusent nos sens , celles-là s'adressent à nos cœurs, et nous avertissent que l'homme est né pour de plus hautes destinées.

Je peux me tromper dans l'ordre de ces générations , et en transposer les termes, mais je ne me propose que d'ouvrir de nouvelles routes dans l'étude de la nature. Il me suffit que l'effet de ces générations soit généralement reconnu. Des hommes plus éclairés en établiront les filiations avec plus d'ordre. Tout ce que j'ai dit à ce sujet, et ce que je pourrais dire encore , se réduit à cette grande loi : (( Tout est formé de contraires dans la (( nature; c'est de leurs harmonies que naît le sen- ({ timent du plaisir , et c'est de leurs oppositions « que naît celui de la douleur. )^

Cette loi, comme nous le verrons, s'étend encore à la morale. Chaque vérité, excepté les vérités de fait , est le résultat de deux idées contraires. Il s'ensuit de là , que toutes les fois que nous venons h décomposer, par la dialectique, une vérité , nous la divisons dans les deux idées qui la constituent; et si nous nous arrêtons à une de ses idées élémentaires comme à un principe unique, et que nous en tirions des conséquences, nous en faisons naître une source de disputes qui n'ont point de fin; car Tautre idée élémentaire ne manque pas de fournir des conséquences tout-à-fait contraires à celui qui veut s'en saisir ; et ces conséquences sont ellesmêmes susceptibles de décompositions contradictoires, qui vont à l'infini. C'est ce que nous apprennent très-bien les écoles , où on nous envoie former notre jugement. Elles nous montrent, nonseulement à séparer les vérités les plus évidentes en deux, mais en quatre, comme disait Hudibras. Si, par exemple, quelqu'un de nos logiciens, considérant que le froid influe sur la végétation , voulait prouver qu'il en est la cause unique , et que la chaleur même y est contraire , il ne manquerait pas de citer les effjorescences et les végétations de la glace , l'accroissement , la verdure et la floraison des mousses pendant l'hiver; les plantes brûlées du soleil pendant l'été, et bien d'autres effets relatifs à sa thèse. Mais son antagoniste , faisant valoir, de son côté , les influences du printemps et les désordres de l'hiver, ne manquerait pas de prouver que la chaleur seule donne la vie aux vé-

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