PAR LES FLEURS
Quoique les botanistes aient fait de grandes et laborieuses recherches sur les plantes, ils ne se sont occupés d'aucun de ces rapports. Enchaînés par leurs systèmes, ils se sont attachés particulièrement à les considérer du côté des fleurs; et ils les
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ont rassemblées dans les mêmes classes , quand ils leur ont trouvé ces ressemblances extérieures , sans chercher même quel pouvait être l'usage particulier des différentes parties de la floraison. A la vérité, ils ont reconnu celui des étamines, des anthères et des stigmates, pour la fécondation du fruit ; mais , celui-là et quelques autres qui regardent l'organisation intérieure exceptés, ils ont négligé ou méconnu les rapports que la plante entière a avec le reste de la nature.
Cette division partielle les a fait tomber dans la plus étrange confusion ; car , en regardant les fleurs comme les caractères principaux de la végétation , et en comprenant dans la même classe celles qui étaient semblables ;, ils ont réuni des plantes fort étrangères les unes aux autres, et ils en ont séparé , au contraire, qui étaient évidemment du même genre. Tel est, dans le premier cas, le chardon de bonnetier, appelé dipsacus ^ qu'ils rangent avec les scabieuses, à cause de la ressemblance de quelques parties de sa fleur, quoiqu'il présente, dans ses branches, ses feuilles, son odeur, sa semence, ses épines et le reste de ses qualités, un véritable chardon ; et tel est, dans le second, le marronnier d'Inde, qu'ils ne comprennent pas dans la classe des châtaigniers, parce qu'il a des fleurs différentes. Classer les plantes par les fleurs, c'est-à-dire, par les parties de leur fécondation , c'est classer les animaux par celles de la génération.
Cependant, quoiqu'ils aient rapporté le caractère d'une plante à sa Heur, ils ont méconnu l'u-
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sage de sa partie la plus éclatante, qui^st celui de la corolle. Ils appellent corolle, ce que nous appelons les feuilles d'une fleur, du mot latin corolla^ parce que ces feuilles sont disposées en forme de petites couronnes dans un grand nombre d'espèces, et ils ont donné le nom de pétales aux divisions de cette couronne. A la vérité, quelques-uns l'ont reconnue propre à couvrir les parties de la fécondation avant le développement de la fleur; mais son calice y est bien plus propre, par son épaisseur, par ses barbes, et quelquefois par les épines dont il est revêtu. D'ailleurs, quand Ja corolle laisse les étamines à découvert, et qu'elle reste épanouie pendant des semaines entières, il faut bien qu'elle serve à quelque autre usage ; car la nature ne fait rien en vain.
La corolle paraît être destinée à réverbérer les rayons du soleil sur les parties de la fécondation , et nous n'en douterons pas, si nous en considérons la couleur et la forme dans la plupart des fleurs.*» Nous avons remarqué , dans l'Étude précédente , que de toutes les couleurs, la blanche était la plus propre à réfléchir la chaleur: or, elle est en général celle que la nature donne aux fleurs qui éclosent dans des saisons et des lieux froids, comme nous le voyons dans les perce-neiges , les muguets, les hyacinthes, les narcisses, et Fanemona nemorosa, qui fleurissent au commencement du printemps. Il faut aussi ranger dans cette couleur celles qui ont des nuances légères de rose ou d'azur, comme plusieurs hyacinthes ; ainsi que celles qui
ont des teintes jaunes et éclatantes, comme les fleurs des pissenlits, des bassinets des prés, et des giroilées de murailles. Mais celles qui s'ouvrent dans des saisons et des lieux chauds , comme les nielles, les coquelicots et les bluets, qui croissent l'été dans les moissons, ont des couleurs fortes, telles que le pourpre , le gros rouge et le bleu , qui absorbent la chaleur, sans la réfléchir beaucoup. Je ne sache pas cependant qu'il y ait de fleur tout-àfait noire ; car alors ses pétales, sans réflexion , lui seraient inutiles. En général , de quelque couleur que soit une fleur, la partie inférieure de sa corolle, qui réfléchit les rayons du soleil, est d'une teinte beaucoup plus pâle que le reste. Elle y est même si remarquable, que les botanistes, qui regardent en général les couleurs, dans les fleurs, comme de simples accidents, la distinguent sous le nom «d'onglet.» L'onglet est, par rapport à la fleur , ce que le ventre est par rapport aux ani- /naux : sa nuance est presque toujours plus claire que celle du reste du pétale.
Les formes des fleurs ne sont pas moins propres que leurs couleurs à réfléchir la chaleur. Leurs corolles divisées en pétales, ne sont qu'un assemblage de miroirs dirigés vers un foyer. Elles en ont tantôt quatre qui sont plans , comme la fleur du chou dans les crucifères; ou un cercle entier, comme les marguerites dans les radiées ; ou des portions sphériques, comme les roses; ou des sphères entières, comme les grelots du muguet ; ou des cônes tronqués, comme la digitale , dont la corolle est faite
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comme un dé à coudre. La nature a mis au loyer de ces miroirs plans, sphériques, elliptiques, paraboliques, etc. ^ les parties de la fécondation des plantes, comme elle a mis celles de la génération dans les animaux , aux endroits les plus chauds de leur corps. Ces courbes, que les géomètres n'ont pas encore examinées, sont dignes de leurs plus profondes recherches. Il est même bien étonnant qu'ils aient employé tant de savoir pour trouver des courbes imaginaires et souvent inutiles, et qu'ils n'aient pas cherché à étudier celles que la nature emploie avec tant de régularité et de variété dans une infinité d'objets. Quoi qu'il en soit, les botanistes s'en sont encore moins souciés. Ils comprennent celles des fleurs sous un petit nombre de classes, sans avoir aucun égard a leur usage, ni même le soupçonner. Ils ne font attention qu'à la division de leurs pétales , qui ne change souvent rien à la configuration de leurs courbes, et ils réunissent fréquemment sous le même nom , celles qui sont le plus opposées. C'est ainsi qu'ils comprennent , sous le nom de « monopétâles , » le sphéroïde du muguet et la trompette du convolvulus. Nous observerons à ce sujet une chose très-remarquable, c'est que souvent telle est la courbe que forme le limbe ou extrémité supérieure du pétale , telle est celle du plan du pétale même; de sorte que la nature nous présente la coupe de chaque fleur dans le contour de ses pétales, et nous donne à la fois son plan et son élévation. Ainsi, les roses et rosacées ont le limbe de leurs pétales en portion