‹ Œuvres complètesChapitre 25 sur 31 · HARMONIES ANIMALES DES PLANTES · texte numérisé non relu

HARMONIES ANIMALES DES PLANTES

La nature, après avoir établi sur un sol formé de débris, insensible et mort, des végétaux doués des principes de la vie, de l'accroissement et de la génération, a ordonné à ceux-ci des êtres qui avaient , avec ces mêmes facultés, la puissance de se mouvoir, des convenances pour les habiter, des passions pour s'en nourrir, et un instinct pour en faire le choi^: ce sont les animaux. Je ne parlerai ici que des relations les plus communes qu'ils ont avec les plantes; mais si je m'occupais de celles que leurs tribus innombrables ont avec les éléments, entre elles-mêmes, et avec l'homme, quelle que

soit mon ignorance, j'ouvrirais une muititude de scènes encore plus dignes d'admiration.

La nature , dans un ordre tout nouveau , n'a point changé ses lois ; elle a établi les mêmes harmonies et les mêmes contrastes, des animaux aux plantes, que des plantes aux éléments. Il paraîtrait naturel à notre faible raison, et conséquent aux grands principes de nos sciences, qui donnent tant de puissance aux analogies et aux causes physiques, que tant d'êtres sensibles qui naissent au milieu de la verdure en fussent à la longue affectés. Les impressions de leurs parents, jointes à celles de leur enfance, qui servent à expliquer tant de choses dans le genre humain, se fortifiant en eux, de générations en générations, par de nouvelles teintes, on devrait voir , à la longue , des bœufs et des moutons verts comme le pré qui les nourrit. Nous avons observé, dans FEtude précédente, que comme les végétaux étaient détachés de la terre par leur couleur verte , les animaux qui vivent sur la verdure s'en distinguent à leur tour par des couleurs rembrunies , et que ceux qui vivent sur les écorces sombres des arbres, ou sur d'autres fonds obscurs , ^ont revêtus de couleurs brillantes, et quelquefois vertes.

Nous remarquerons, à ce sujet, mig plusieurs espèces d'oiseaux qui vivent aux Indes dans les feuillages des arbres, comme la plupart des perroquets, beaucoup de colibris et même de tourterelles , sont du plus beau vert; mais indépendamment des taches et des marbrures blanches, bleues ou rouges,

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qui distinguent leurs différentes tribus, et qui les font apercevoir de loin dans les arbres , la verdure brillante de leur plumage les détache très-avantageusement de la verdure sombre et rembrunie de ces forets méridionales. Nous avons vu que la nature employait ce moyen général pour affaiblir les reflets de la chaleur; mais pour ne pas confondre" les objets de son tableau, si elle a rembruni le fond de la scène, elle a rendu les habits des acteurs plus éclatants.

Il paraît qu'elle a réparti les espèces d'animaux les plus agréablement colorés, aux espèces de végétaux dont les fleurs sont le moins apparentes, comme une compensation. Il y a bien moins de fleurs brillantes entre les tropiques , que dans les zones tempérées; et en récompense, les insectes, les oiseaux , et même des quadrupèdes , comme plusieurs espèces de singes et de lézards , y ont les couleurs les plus vives. Lorsqu'ils se posent sur les végétaux qui leur sont propres , ils y forment les plus beaux contrastes et les harmonies les plus aimables. Je me suis quelquefois arrêté , aux Iles , à considérer de petits lézards qui vivent sur les écorces des arbres , où ils prennent des ntouches. Ils sont du plus beau vert pomme, et ils ont sur le dos des espèces de caractères du rouge le plus vif, qui ressemblent à des lettres arabes. Lorsqu'un cocotier en avait plusieurs dispersés le long de sa tige , il n'y avait point d'obélisque égyptien , de porphyre , avec ses hiéroglyphes , qui me parût aussi mystérieux et aussi magnifique ^^. J'y ai vu

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aussi des volées de petits oiseaux , appelés cardinaux, parce qu'ils sont tout rouges, se reposer sur des buissons dont la verdure était noircie par le soleil, et les faire paraître comme des girandoles de lampions. Le P. Du Tertre dit cpi'il n'y a point, aux Antilles, de spectacle plus brillant que de voir des compagnies d'aras s'abattre au sommet d'un palmiste. Le bleu, le rouge et le jaune de leur plumage, couvrent les rameaux de l'arbre sans fleurs du plus superbe émail. On voit des harmonies à peu près semblables dans nos climats. Le chardonneret, à tête rouge et aux ailes bordées de jaune, paraît de loin , sur un buisson , comme la fleur du chardon où il est né. Quelquefois on prend des bergeronnettes couleur d'ardoise, qui se reposent aux extrémités des feuilles d'un roseau , pour des fleurs d'iris.

Il serait fort curieux de rassembler un grand nombre de ces oppositions et de ces analogies. Elles nous mèneraient à trouver la plante qui convient le mieux à chaque animal. Les naturalistes ne se sont point occupés de ces convenances ; ceux qui ont écrit l'histoire des oiseaux les ont classés par les pied«, les becs et les narines. Quelquefois ils parlent des saisons où ils paraissent, mais presque jamais des arbres où ils vivent. Il n'y a que ceux qui, faisant des collections de papillons, sont souvent obligés de les chercher dans l'état de nymphe ou de chenille , qui ont quelquefois distingué ces insectes par les noms des végétaux où ils les ont trouvés. Telles sont- les chenilles du titliymale,

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du pin, de l'orme, etc., qu'ils ont iceoniuies pour ctre particulières à ces végétaux. Mais iln'y apoiut d'animal qu'on ne puisse rapporter à une plante qui lui est propre.

Nous avons divisé les plantes en aériennes , en aquatiques , en terrestres , comme les animaux le sont eux-mêmes, et nous avons trouvé dans les deux classes extrêmes des concordances constantes avec leurs éléments. On peut encore les diviser en deux classes , en arbres et en herbes , comme les animaux le sont aussi en quadrupèdes et en volatiles. La nature ne rapproche pas les deux règnes en consonnances, c'est-à-dire, en attachant les grands animaux aux grands végétaux , mais elle les réunit par des contrastes, en faisant accorder la classe des arbres avec celle des petits animaux , et celle des herbes avec les grands quadrupèdes; et par ces oppositions, elle donne des convenances de protection aux faibles , et de commodité aux puissants.

Cette loi est si générale, que j'ai remarqué que par tout pays où les espèces de graminées sont peu variées, celles des quadrupèdes qui y vivent sont peu nombreuses, et que là où les espèces d'arbres sont multipliées , celles des volatiles le sont pareillement. C'est ce dont on peut s'assurer par les herbiers de plusieurs endroits de l'Amérique, entre autres par ceux de la Guiane et du Brésil, qui présentent peu de variétés dans les graminées, et qui en offrent un grand nombre dans les arbres. On sait que ces pays ont en effet peu de quadru-

pèdes naturels, et qu'ils sont au contraire peuplés d'une infinité d'oiseaux et d'insectes.

Si nous jetons un coup-d'œil sur les rapports des graminées aux quadrupèdes , nous trouverons que, malgré leur contraste apparent, il y a entre eux une multitude de convenances réelles. Le peu d'élévation des graminées les met à la portée des mâchoires des quadrupèdes, dont la tète est dans une situation horizontale, et souvent inclinée vers la terre. Leurs gerbes déliées semblent faites pour être saisies par des lèvres larges et charnues ; leurs tendres tiges, facilement tranchées par des dents incisives ; leurs semences farineuses , aisément broyées par des dents molaires. D'ailleurs , leu^s touffes épaisses et élastiques sans être ligneuses, présentent de molles litières à des corps pesants.

Si au contraire nous examinons les convenances qu'il y a entre les arbres et les oiseaux, nous verrons que les branches des arbres sont facilement embrassées par les pieds h quatre doigts de la plupart des volatiles, que la nature a disposés de façon qu'il y en a trois en avant et un en arrière , afin qu'ils pussent les saisir comme avec des mains. De plus, les oiseaux trouvent, dans les divers étages des feuilles , des abris contre la pluie , le soleil et le froid , à quoi contribuent encore les épaisseurs des troncs. Les trous qui se forment sur ceux-ci, et les mousses qui y croissent , leur donnent des logements pour faire leurs nids , et des matelas pour les tapisser. Les semences rondes ou alongées des arbres sont proportionnées à la forme de leurs

becs. Ceux qui portent des fruits charnus logent des oiseaux qui ont les becs pointus ou courbés comme des pioches. Dans les îles des pays situés entre les tropiques et le long des grands fleuves de l'Amérique , la plupart des arbres maritimes et lluviatilcs, entre autres, plusieurs espèces de pal^ miers, portent des fruits revêtus de coques trèsdures, afin qu'ils puissent flotter sur les eaux qui . les ressèment au loin ; mais leur enveloppe ne les met pas à couvert des oiseaux. Les divers tribus des perroquets qui les habitent, et dont je crois qu'il y a une espèce répartie à chaque espèce de palmier , trouvent bien le moyen d'ouvrir leur graine avec des becs crochus, qui percent comme des alênes et qui pincent comme des tenailles.

La nature a encore ordonné des animaux d'un troisième ordre , qui trouvent , dans Fécorce ou dans la fleur d'une plante, autant de commodités qu'un quadrupède en a dans une prairie, ou un oiseau dans un arbre entier ; ce sont les insectes. Quelques naturalistes les ont divisés en six grandes tribus, qu'ils ont caractérisées , suivant leur coutume, quoique assez inutilement, par des noms grecs. Ils les classent en insectes coléoptères ou à étuis, comme les scarabées, tels que nos hannetons; en hémiptères ou à demi -étuis, comme les gallinsectes, tels que le kermès; en tétraptères ou à quatre ailes farineuses , comme les papillons ; en tétraptères qui ont quatre ailes nues, comme les abeilles; en diptères ou à deux ailes nues, comme les mouches communes; et en aptères ou sans ailes,

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