SUR LA POÉSIE CHAMPÊTRE
Smi'U'DS les Sots, heureuse Loire ,
Dans ces Ttiloos délicieuK;
Queli bords t'oSHn>nt plus de gbire
Et des côteaui plus gracieux?
Pactole , Mcaudre , Péuée ,
Jamais taire onde fortutiée
Ne coula sous de plus beaux cieux,
Ingénieuses rêveries.
Songes lianls, sages loisirs, VFnez suus ces omhtes chéries.
Vous suflirei à met désirs.
Plaisirs brillants, troublez les vides; Plaisirs champêtres et tranquilles , Seuls TOUS êtes les vrais plaisirs.
Mais pourquoi œ triste silence ?
Ces lieux charmants sont-ils déserts ?
Quelle fetale violence En éloigne les doux concerts ?
Sur ces gazons et sous ces hêtres, D*une troupe d*amants champêtres Que n*entends-je les libres airs?
Quel son me frappe ? une voix tendre Sort de ces bocages secrets, On soupire : pour mieux entendre, Entrons sous ces ombrages frais.
JTy vois une nymphe affligée ; Sa beauté languit négligée , - Et sa couronne est un cyprès.
Seuls confidents de sa retraite , Les Amours consolent ses maux; L*un lui présente la houlette, L'autre assemble des chalumeaux :
Faibles secours ! rien ne la touche,
y^taite
A VIRGILE
Des pleurs eouleot; m beUe bouche M*Titfr[rmiTi la cuise ea ces aots:
D^terpe tu reçois les larmes :
Je Tais quitter ces beaux ^ergen; Aux chauipa français perdant ne Je frns sur des bords étnmgerL •
Tu n*entc&ds point dans ces prairies Les chants Tantes des bergeries ; Cest qu'il n^est plus de Trais bcrgen.
Dès qu*une frivole harmonie, Assenrissant mes libres sons.
Eut de la moderne' Ausonie Banni mes premières chansons.
De ces plaines dégénérées, France, je vins dans tes contrées :
J*espérais mieux de tes leçons.
Alddor * sut calmer ma peine
I Ou repro^e les «M«rm' et les peoMee trop reclMrcbées IX bergers italiou de Gaariai, de BonareUi , da caTalier arini » etc.
a Acteur des Bergeries de M. le OMniois de Racan , né I Tooraine.
Par ses airs naïfs et touchants ; Galantes nymphes de Toi;raine , Il charmait vos aimables champs :
Mourant , il laissa sa musette Au jeune amant de Timarète <, Dont rOme admira les doux chants.
Mais quand le paisible Elysée
Posséda Racan et Segrais ,
Lorsque leur flûte fut brisée ,
L'Idylle perdit ses attraits:
A peine la muse fleurie
D'un nouveau berger de Neustrie'
En sauva-t-«lle quelques traits.
Bientôt Flore vit disparaître Cette heureuse naïveté Qui de mon empire champêtre Faisait la première beauté :
N'entendant plus aucun Tityi'e, N'ayant rien d'aimable à redire, L'écho se tut épouvanté.
1 Bergère des Idylles de M. de Segrais , né à Caen.
2 M. deFontenelle.
A. VIRGILE. 77
^j^ bergère, outrant sa parure , !N'eut plus que de faux agréments; Le berger, quittant la nature, JN'eut plus que de faux sentiments; Et ce qu'on appelle Féglogue Ne fut plus qu'un froid dialogue D'acteurs dérobés aux romans.
Leur voix contrainte ou doucereuse Mit les Dryades aux abois; Leur guitare trop langoureuse Endormit les oiseaux des boisy Les Amours en prirent la fuite, Et vinrent pleurer à ma suite La perte des premiers hautbois.
Tendres Muses de cet empire, Oh ! si, sortant de chez les morts, "Virgile, pour qui je soupire.
Ranimait sa voix sur vos bords.
S'il quittait sa langue étrangère, Parlant la vôtre pour vous plaire.
Vous trouveriez mes vrais accords !
A ces mots, la déesse agile
Fuit au travers des bois naissants....
Viens donc, parais , heureux Virgile ; De vingt sièdes reçois l'encens :
Chez les nymphes de ce rivage , B^er français , gagne un suffirage Qui manque encore à tes accents.
Sous quelque langue qu*elle chante , Ta muse aura tod air dbarmant :
Telle qu*une beaulé toudiante Qui plait sous tout habiUement; Tout lui siei bien, rien ne Tefiace; Pour elle une nouvdle grâce Naît d'un nouvel ajustement.
Viens sur les Tyrcis de Mantoue Réformer ceux de ce séjour; Rends-nous ce goût qu'Euterpe avoue :
Guidé par toi, Feofant Amour Ne viendra plus dans nos montagnes Parler aux nymphes des campagnes Gomme il parle aux nymphes de cour.
Affinnchis réglogue captive.
Tire-la des chaînes de Fart;
A VIRGILE
Qu'elle floit tendre , mais naïve.
Belle sans soin, Tnre sans fiuxl ; Que dans des routes naturelles Elle cueille des fleurs nouvelles.
Sans les chercher trop à l'écart.
En industriease bergère Qu'elle dépeigne les forêts, Hais sur une toile légère, Sans des coloris indiscrets; Et que jamais le trop d'étude ïTy contraigne aucune attitude , Ni ne charge trop les portraits.
La nature sur chaque image Doit guider ji^ traits du pinceau ; Tout doit 7 peindre un paysage, Des jeux , des fttes sous l'ormeau :
L'œil est choqué s'il voit reluire Les palais , l'or et le porphyre, Où Ton ne doit voir qu'un hameau.
n veut des grottes , des fontaines , Des pampjres , des siUons dorés , Des prés fleuris, de vertes plaines,
So ODE XI.
Des bois, des lointains azurés ; Sur ce mélange de spectacles Ses regards volent sans obstacles, Agréablement égarés.
Là , dans leur course fugitive ,
Des niisseaux lui semblent plus beaux
Que ces ondes que Fart captive
Dans un dédale de canaux,
£t qu'avec faste et violence
Une sirène au ciel élance,
Et fait retomber en berceaux.
Sur cette scène tout inculte, Mais par là plus charmante aux yeux , On aime à voir , loin du tumulte, Un peuple de bei^ers heureux ; Le cœiw, sur l'aile de Tldylle, Porté loin du bruit de la \i\\e.
Vient être bergei* avec eux.
Là ses passions en silence IJbissent parler la vérité ; A la suite de Tinnocence Là voltige la liberté;
A VIRGILE
Là , rapproché de la nature, Il voit briller la vertu pure Sous l'habit de la Tolupitk
Oui, la Yertu vit solitaire Chez les bergers ses fetoris ; Fuyant le faste et Tart austère , Elle y badine avec les Ris, Farouche vertu du portique, De ton mérite sophistique Pourrions-nous être encore épris ?
Aux vrais biens, par un doux mensonge , L'églogue rend ainsi les cœurs :
La raison sait que c'est im songe , Mais elle en saisit les douceurs ; Elle a besoin de ces fantômes :
Presque tous les plaisirs des hommes Ne sont que de douces erreurs.
-SDR LES ËGLOGUES DE YI&GILE.
Nttwrham veiht curahit redden.
HOJUT.
Kjkt oayrage est moins une exacte tradaction qn^one imitation hardie des Églogues de Yirgile ; Texactitade classique et littéraire ne sert qu'à rabaisser Fessor poétîqae. L'autenr a cm devoir en sfconer le joug, intimidé et averti par le peu de sacces de quelques traducteurs de différents poètes ; traducteurs craintifs et scrupuleux , qui n^ont eu diantre mérite dans leur travail que celui de prou- Ter au public qu'ils savaient expliquer mot pour mot leur auteur ; mérite de pédant ou d'écolier. Pour trop vouloir conserver Fair latin k leur ori-
ginal , ils Font soavent privé des beautés que la langue française devait lui prêter. Us ont pris beaucoup de peine; il en fallait moins pour mieux faire : le vrai go&t demande qu^on marche à côté de son auteur, sans le aoiyre en rampant , et sans baiser humblement tous ses pas. On doit le naturalifer dakis nos mœurs , oublier ses tours , ses expressions , son style étranger au nôtre , ne lui laisser enfin que ses pensées, çt les ei^rimer comme il aurait dû foire loi-mème 8*il avait parlé notre langue. Le caractère libre de la poésie française ne se plie point volontiers à la précision du vers latin : ainsi on s*est mis au large , sans s^encludner aux termes; on ne s'est étudié qa'k conserver le fond des choses ; on a quelquefois resserré , quelquefois étendu les pensées du poète , selon le besoin des transitions et les contraintes de la rime. On ne doit montrer son auteur que par les endroits avantageux : tous le sont à-peu-près pour Yirgile ; ce« pendant on a cru devoir décharger le style de certaines circonstances qui ne pourraient être rendues heureusement. Il est des traits que les Grâces accompagnent dans le texte , et qu'elles abandonneraient dans la version. Par exemple , la circon-
ATERTISSEHBHT. Bj
■tance du miBDn d'^lé, duu la liiiïme Églogut , ttUJDiui cnlniDuiée da dieu Pin dani In dûicme, n'ont rien de bu dui 1b latin ; ce mut dei iltnatSoni naïvei que la délicaieue de reipreuion re-
I elles
.iiqnoi
idc< h»tae et boHoque : c» U,
■ODt racheté* et remplacé! par ira pen plu* d'étude
dan* Ici endroit* riuiu et fiTorable*. Il n'eat pa*
hamn de jutifier qnelque* changement* dam In
nom* de* ber^n; chose IndifTérente , et qol n'âte
rien la iqjet ni i la conduite du poème. On l'est
permis nne liberté pin* considérable , aiiia qn'on
I CRie néceuaire à nos mcenrs et a notre goôt ; c'est
e changement de qnelqnes nom* de bergen en
e* nonia de bergères ; par U le* sentiments sont
uoené* dan* l'ordre, l'amour se troOTe dans la
inre , et te TOÏle est tiré sur des image* odieturs
déte*lé(s , ijoi pouvaient cependant plaire an
:1e dépravé dn poète. Cest par ces mêmes égard*
on a risqnc la mêla morph ose de l'Alexi* : i|ael-
1 personnes d'un goût déUpat et d'nne crîtiqne
^rée ODt enhardi l'auteur à ce changement. Il
dinicile d'assez bien dilTéreocier les expres-
de cette amitié d'avec celles delamouTrorme;
le préjagé reçu contre les mœurs de Virgile st rait toujours maintenu , et aurait rendu aux a timents de Corydon toute la vivacité passion qa*on aurait taché d'adoucir et de colorer.