PALÉMON
Chantez , dignes rivaux : la nouvelle saison
io6 ÉGLOGUE III.
Invite à des concerts sur ce naissant gazon : Le printemps de retour rajeunit la nature, Il rend à nos forêts leurs berceaux de verdure; Philomèle reprend ses airs doux et plaintifs; L'amant des fleurs succède aux aquilons captiis. Tout charme ici les yeux; chaque instant voit éd^e Dans ces prés émaillés de nouveaux dons de Flore : A chanter tour-è-tour préparez donc vos voix; Ces combats sont chéris de la muse des bois.
DAMETE.
Muses, donnez au maître du tonnerre Le premier rang dans vos nobles chansons :
Il est tout, il remplit les cieux , Tonde, la terre, Il dispense à nos champs les jours et les moissons.
MÉNALQUE
Du jeime dieu que le Permesse adore, Muses , chantons les honneurs immortels :
Des premiers feux du jour quand Torient se dore, D un feston de lauriers je pare ses autels.
DAMETE.
Quand je suis dans un bois tranquille.
Sous un chêne épais endormi , Glycère me réveille , et d'une course agile Elle fuit dans un autre , et s'y cache à demi.
PALËMON.
Pliilia pré de ma boçcrie Tient cbique jour cueillir des fleun ; Nm tnnpeaux réunis paissent duu la pnirie, Et pu" M tendre accard imilent Doi deui coeurs.
Je leiix Air deux tourterdles A. ma Gljc^ au preniier jour; Ce couple henreui d'oiseaux fidèlei Lui dictera lei lois d'un étemel amour.
Sur ma fruiti une fleur vt Répand un brillBDl coloris ; J'en veux remplir une corbeille , Et l'offiiT de ma main à la jeune Oiloris.
Que j'aime l'entretien de la tendre Gif rère I Zépbyn , qui l'écoutei dans ces moments ti donx , ne poTlei point aux dieux ce que dit ma bergère ) Des plaisirs ù charmants rendraieut le del jaloux.
SodOrez qu'armé d'un arc je suive votre trace , (ïdoris , quand tous chassez dans les routes des bois ; SouTcnt Endjmiun vit Diane à la chasse , Souvent de la déesse il parla le carquois.
ï I vos pas*"
PALÉMON. lo.)
MBNALQUE.
PolUon lui-même avec grâce Écrit des vers d'un goût nouveau :
Savantes nymphes du Parnasse , A ce héros savant offrez un fier taureau.
DAMÈTE.
Illustre Pollion , que celui qui vous aime Soit placé près de vous au temple de l'honneur ! Que dans son champ fécond,que sur les buissons mcmc Le miel et les parfums naissent en sa faveur !
MSNALQUE.
Si quelqu'un peut aimer la muse de Bathillc , Du fade Mévius qu'il aime aassi les vers !
Qu*il asservisse au joug le renard indocile ! Qu'il préfère aux zéphyrs les vents des noh^ hivers !
DAMÈTE.
Fuyez, jeunes bergers, cette rive enchantée
Qui parait n'offrir que des fleui-s; Fuyez, malgré Tattrait de cette onde argentée; Un serpent est caché sous ces belles couleurs.
MÉNALQUE
Vous qui foulez l'émail de ces routes fleuries ,
Éloignez-vous, mes chers moutons; Allez, un vert naissant couronne ces prairies; Ce bord vous offrira de plus tendres gazons.
DAMÈTE.
Je conduis ces troupeaux au meilleur pâturage, ( !f -iMnidant je les vois dépérir chaque jour : Moi-iiiériic je lauguis au priutemps de mon âge; Tout languit daiisnos champs sousles fers de rAmour.
HklTALQUE.
L'Ainour ne me nuit poiut ; j'ignore ses alarmes; Janiaiâ il u*a rendu mes troupeaux, languissants : Mais u n sundjre enchanteur, par ses funestes charmesi Fait périr sans pitié mes agneaux innocents.
DAMÈTE.
De ce douteux déhat la palme vous est due Si vous savez m'expliquer en quels lieux L^QÛl ne peut découvrir que six pieds d*étendue De ce vaste horizon qui termine les cieux.
MÉNALQUE
Au prix de vos chansons je souscris sans murmiu^,
Et sur Clhloris je vous cède mes droits, Si vous savez me dire en quel lieu la nature Sur de naissantes fleurs grave le nom des rois.
PALEMOX.
Je ne puis entre vous décider la victoire; L^un et Tautre à mes yeux en emportent la gloire; Et tout berger qui peut égaler vos beaux sons Mérite comme vous la palme des chansons :