‹ Œuvres complètesChapitre 34 sur 73 · LES REGRETS DE DAMON · texte numérisé non relu

LES REGRETS DE DAMON

Du soleil renaissant trop lente avant-courrière, Étoile que chérit la mère des Amours, Brille aux cieux , ouvre enfin le dernier de mes jours. Yictime des rigueurs d'une amante infidèle, Pour la dernière fois je viens me plaindre d'elle. Ciel ! je m'en plains à toi. Soulfirez-vous, immorteb. Qu'on trahisse un amour juré sur vos autels? ce Muse, prête au chagrin qui va finir ma vie « Les tristes airs dont Pan pleura Syrinx ravie. » Pour fuir le dieu des bois , plongée au fond des eaux , S3rrinx fut transformée en d'utiles roseaux : Pan embrassait les joncs qui cachaient sa bergère ; U tira des soupirs de leur tige légère ; Du Ménale à l'instant les fidèles échos Répétèrent les sons des premiers chalumeaux.

« Poursuis , Muse ; au chagrin qui va fiuir ma vie « Prête les airs dont Pan pleura Syrinx ravie. » Le croirai-je, grands dieux ! Quoi ! pour d'autres

amours Daphné quitte Damon ! je la perds pour toujours! Trop crédules amants, fiez-vous aux bergères ; Idolâtrez encor ces beautés mensongères.

Daphné chérit Mopsus ! quelle étrange union ! Ainsi , que la brebis s'unisse au vieux lion , Que les chiens de Diane et les biches craintives

i>'. EOLOGrE TIII.

^ii-rinMit bondir «i>hii}iIf . rt boire nu mèm Afiiir^ laffruH htmeii qui caïue moii trepu

Prépare . heuieui rïial , cette rhaiminle féti A IL\ auteli de Tcaus ii mPDfr ti conquête ; l'rîomplie, etparlnnnii Uleb fin dujan L'îiutaat du sarrifice cl l'heure de l'ainoar. ■■ Poursuis, Slute; au rhsgnn qui <a Soir ma

Quel caprîc?e I quel choiil PourceliiidigDeé| PeuX'lu rompre, Daphné,les liens les plm li Le ciel protège- l-ïl les bergères perfides ? Ton «Eur ne eraiat-il point les noires Eaméo AL : li les dieux GTiieti autorisent ton ehoîi. Songe au moins qu'il te rend U foble de dos 1 ''Poursuis, Muse; au chagrin qui taGnirma - Prite les airs dont Pan pleura Sjtùii ratie. Ingrate, soiivieiis-loi de nos Jeunes plaûira: Tu fin le seul ol)jcl de mes premiers sonpirs; Nés au mime hameau, dans les jeux de l'enfo Hou! goillioiis lia (loureurs d'une même inno Ta naissaiile beaulé savait déjà charmer ; Mon cirur,déjà sensible, apprenait il t'aimer Je n'avait pas douze ans, aux beaux jaun de l'a Je ( uurrais nos veinera pleins des dons de Po

LES REGRETS DE DAMON. i5t

Pour toi je dépouillais nos arbres les plus heaux , Je n'atleij^nais ([u'à peine à leurs premiers rameaux ; Je ^()^ais, j'admirais le proi;rès de tes cliarmes: Qui reùt dit qu'ils devaient me coûter tant de larmes ! Ta chaîne seule , Hymen, manquait pour nous unir! Devais-tu naître , amour, si tu devais finir? « Poursuis, Muse ; au chagrin qui va finir ma vie « Prête les airs dont Pan pleura Syrinx ravie. » Dans ma jeunesse , Amour , je t'avais mal connu : Hélas ! je te croyais un enfant ingénu ; Mais, cruel ! tu n'es point, non (j'en crois mes disgrâces) Ni le fils de Vénus , ni le frère des Grâces ; Paphos ne t'a point vu naître au printemps nouTeaii , Le Riphée ou TAthos t'ont servi de berceau; Dans le sein d'AIecton, monstre ! tu pris naissance; Une horrible lionne allaita ton enfance; La Thrace t'eadurcit au sein des noirs frimas; Et les Scythes au meurtre instruisirent ton bras. « Poursuis, Muse; au chagrin qui va finir ma vie « Prête les airs dont Pan pleura Syrinx ravie. »• Livrée à tes fureurs , impitoyable Amour, Une mère à ses fils a pu ravir le jour ; Méconnais-tu ton sang dans ces chères victimes, Implacable Médée ? Amour, voilà tes crimes ! Si ses fils ont péri pai' un coup inhumain,

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ÉOL

fiUE 1

1 1,-iiis Idiii llaiic innocent lu ronduisab sa ma l'uursuii. Muse; su chngriD qui ts finir mi l'ièK iei uii's dont l'ai) pleiira STrini ravie I . un iH< (Jonc fiùli Daphné s'est unie à Mop; ijiio IciutnhMige ; non, lien ne m'étonnera ] (lue Flort! aime l'hiver, que les hiboux fnnè 'liaiitciilniieuxquelecfgue,»! craigiienl les t Que ilaui uos bois Arcaa ehanle comme Am <^ue sa Ijre aux dauphins rende un buItc At ''luw, c'fstirop gémir, cesse une vaine plaii Muii cœur , déjà Uciri , sent sa mortdie atteii Croissez , belles farets; adieu, charmants dés Je cliulaii pour tombeau le vaste sein des mi Mu9E,appreiids4eàDaphné; pars, vole il la Que mou dernier soupir soit porté sur ton a QueUiirschanlait AtisPEiilerpe,apprei Lcd ruTsiuehantementsd'uneaQuntsencoi Alis d'unbois voisin avait VII le mystère; Il l'Épélnccs vers qu'ai ait dits la bergère.

^uteautinmu

Cent euupe sacrée , et di-^se ti

rois autels:

Anx secrets de mon art unis ta

n assistance;

Fiinnt da beau Daphnis ta volage

l'.i ill- "Il r ce bilclier la verveine et

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Ma voix va proférer de suprêmes accents.

«« Charmes impérieux, puissance eurliaiitcrcssc, " Ramenez mon herj^er, ou chassez ma tendresse. » Tout subit de mou art l'inévitable loi; Yafnqueur de la nature, il la remplit d*elli*oi; A mon gré le ciel tourne , et la terre tremblante Voit descendre le char de la lune sanglante.

Circé retint par l'art des magiques accords Les compagnons d'Ulysse enchantes sur ses bords. « Charmes impérieux , puissance enchanteresse , «r Ramenez mon berger , ou chassez ma tendresse. » Isis, sois attentive au mystère secret :

De Daphnis fugitif place ici le portrait :

Je le dois couronner de ces trois bandelettes ; J'y suspends en festons trois rangs de violettes; Je le porte trois fois autour de trois autels; Ce nombre fut toujours chéri des immortels.

« Charmes impérieux , puissance enchanteresse, « Ramenez mon bei^er , ou chassez ma tendresse. » Forme trois nœuds, Isis, et chante eu les formant: <c Que Vénus soit propice à ce lien charmant. » «Charmes impérieux, puissance enchanteresse, « Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse.» L'argile s'endurcit à ce feu de lauriers, La cire s'attendrit près des mêmes brasiers ;

Xttf

i54 ÉGLOGUE VIII.

Ainsi , que pour moi seule attendri , doux , sincère, Daphiiis soit endurci pour tout autre bergère. Cieux, enfers, unissez vos secours à mes vœux; Et toi, puissant Amour, porte-lui tous tes feux. « Charmes impérieux, puissance enchanteresse, « Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse. » Non , non ; perdons l'ingrat ; qu'il éprouve à son tour Le tourment de m'aimer sans me donner d'amour: Qu'il souffre, sans me voir sensible à son supplice, Ce que souffre un taureau que fuit ime génisse, Quand,las delà poursuivre, il tombe au bord des eaux, Et ne peut vers la nuit rejoindre les troupeaux. J'en jure ces autels, s'il résiste à mes charmes, Ses jours sont dévoués à d'étemelles larmes.

Pourquoi garder ses dons autrefois si chéris? II n'a plus de tendresse , elle en faisait le prix. De la foi des amants trpmpeurs et faibles gages. Que sert votre secours contre des cœurs volages? Brûlez , disparaissez, chers et tristes présents, Puisque je perds un cœur dont vous m'étiez garants. << Charmes impérieux , puissance enchanteresse, « Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse.» Un savant enchanteur aux rives de Colchos M'a cueilli ces poisons nés du sein des tombeaux. Le pouvoir redouté de ces fatales herbes

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' Fléchît des noirs torrents les déités superbes: Par leur secours vainqueur Tainaiite de Jasou Conquit à son héros la brillante toison ; Souvent au fond des bois, par leur vertu suprême, J'ai vu Mœris en loup se transformer lui-même; Dans rhorreurde la nuit autour des monuments Il erre, il soumet tout à ses enchantements; Des portes du trépas et des royaumes sombres Aux ordres de sa voix j'ai vu sortir les ombres; Vers leurs sources j'ai vu les fleuves remontés, Et dans d'autres guérets les épis transplantés, ce Charmes impérieux, puissance enchanteresse , « Ramenez mon berçer, ou chassez ma tendresse. » Le cruel ne vient point. Que serrent mes accents ? Un Dieu plus fort rend-il mes efforts impuissants? Tentons un dernier charme : Isis, prends cette cendre ; Dans le ruisseau voisin nous devons la répandre : Répands-la loin de toi , sans y porter les yeux : Ici peut-être enfin le ciel m'aidera mieux.

« Charmes impérieux , puissance enchanteresse, «Ramenez mon berger, ou chassez ma tendresse.» Que vois-je ? dieux du Styx , seriez-vous moins cruels ? Quel présage brillant embellit ces autels !

La cendre de ces fleurs se ranime elle-même; Dois-je m'en croire? Hélas! on croit tout quand on

aime!

i56 ÉGLOGUEVIII.

Non , ce n'est point l'erreur d'un trop crédule amour; Le chien de mon berger m^annonce son retour.

Aux charmes infernaux d'un magique mystère Fais succéder, Amour, les charmes de Cythère.

NOTES

Soutiens mes faibles chants , d toi qsttla TÎetoire...

Octavicn César ; il venait de la bataille de Philippes, dans laquelle il avait défait l'armée de Brutns et de Cassius , meurtriers de Jules-César.

Mais avant que sa voix sur de plus nobles airs...

Il annonce TEnéide. J*ai cru pouvoir mettre ici Homère, au lieu de Sophocle que porte le texte.

Il répéta ces vers qu'avait dits la bergère.

Cette pièce a beaucoup de l'air de la seconde idylle de Théocrite, oii Siméthée, abandonnée aussi de son amant, pratique dans un sacrifice nocturne les mêmes cérémonies à peu près que la magicienne de Yii^e.

MQERIS.

LTCIDAS, MŒRIS.

LTCXOAS.

ujet, cher Moeris , vous conduit à la TÎUe?

MOERlAb

i bientôt je D*aurai plus d'asile, int de malheurs si j'étais réservé, s si nombreux pourquoi suis-je arrivé ?

i*a dit un cruel, fuis, cherche une autre terre ; amp devient le mien par les lois de la guerre.» tel est mon sort : vous voyez ces chevreaux , ooi je les porte à Tauteur de mes maux ; se aux dieux pasteurs, souverains des prairies, irésent forcé nuise à ses bergeries !

i58 ÉGLOGUEIX.

LTCIDAS.

Un berger m'avait dit qu'en faveur des beau\ ven Par votre fils IMcnalque au dieu de Rome oiSnls, On vous laissait un champ depuis cette colline Jusqu'à ce plant d'ormeaux que le fleuve termine.

M OE R I s.

Il est vrai ; mais tout change, et nos vers sont perd Les paisibles hautbois ne sont plus entendus; Le sou tunmltucux des bruyantes trompettes Rend les muses des bois craintives et muettes; Leur faible troupe en deuil fuit des lieux d'alentc Comme fuit la colombe à l'aspect de l'autour. Pour moi, si, profitant des présages célestes, Je n'avais prévenu des malheurs plus funestes, J'aurais déjà subi la plus cruelle mort, Et l'aimable Méualque eût eu le même sort

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