LYCIDAS
(> Dieu ! Mais , cher Mœris , cet étranger féroce L'eût-il assez été pour ce forfeit atroce?
Méualque, cher pasteur, délices de nos champs, Ah ! si tu n^étais plus , qui nous rendrait tes chant Qui loûrait comme toi les nymphes bocagères, Les amours des bergers, les attraits des bergères? Quel autre chanterait des vers eu ce séjour Tels que ceux qu'en secret tu m'appris Tautre jou
MOESIS. iSg
!U recueillit tes muses fugitives?
«nsiblNueDt mon troupeau reste au loiu :
Don retour , Htyre , ayei-eo soio ; A le Goaduirei au l»nl de la riiière, )clier la coroe meurtrière.
Tcn qu'en parlant Ménalque vous a lui (ai de ceiii qu'il fera pour Vanis.
.'oSHrdea vers que Phébusmèmeavuup, noua restons dans noscliamps île Mautotic.
ablevillel ôdiamps abandonnes!
verrai-je plus féconds et fortunés?
ez moins en proie aux horreurs de Delloiie liez,hél»! moins voisins de Crémone. -
ocle Gis j'aime toujours les vers, ippreuez-moi quelqu'un de ses beaux ain ; m dota miel que vos ruches soient pleines, 01 vos brebis soient fécondes et saines.
lOwnême aussi j'ai fait qudqucscliansonsi quelquefois m'ont donné des levons , «s souvent ont vanté ma musette; se me dire ou me croire poète :
i6o ÉGLOGUE IX.
Il faut pouvoir chanter les Césars et les dieux; Timide admirateur des cygnes du Parnasse, A les suivre de loin je borne mon audace.
MOKRIS.
Des chansons de M énalque écoutez quelques vers Un pasteur y rappelle une Nymphe des mers.
Des grottes d*Amphitrite , Climène, entends ma voix:
Le mois des fleurs t'invite A rentrer dans nos bois'; Sur ces rives fécondes Quand Flore est de retour, Quel charme sous les ondes Fixe encor ton séjour?
De Talcyon tranquille Zéphire au sein des airs Soutient d'une aile agile Le berceau sur les mers; Cette jeune fougère Où paissent mes moutons A plus droit de te plaire Que Tantre des Tritons.
Sous ces ombres nouvelles
reaui beaux jouni Des Diiits CDCor plus belles Conspirent aiixamaiirs.
Des grottes d'Ampliîtrile .
dimène, entends ma voix:
A rentrer dans nos bob.
Un soir, dans ces vallons, sot des tons plus sublimes. Chaulant d'un noumu dieu les boiinain lùgitimes, Vous vantiez les beaui jours promis b ruuivers : Je n'en sais que le chant, rapp«lei-ni'en les vers.
-Des astres tropconnusn'observons plus tes ro<i les;
- L'ame du grand César, asU« plus radieux,
- Répand ses (eux brillants sur les cûleslesvodtes, -Et la fécondité sur ces aimables lieux.
- Sous l'aspect bientaisanl de ce iiigne propice
- Nos coteaux s'orneront de raisins plusnombreuv.
- Et les arbres plantés sous son fertile auspice ,
■■ Aurontencor des fruits pour nos derniers neveu i."
Pardonikez, je ue pub rien dianler davantage; Ma mémoire s'éteint, tout s'éteint avec l'àgc : Des MiiEtes, jeune encor, quand je .suivais la tour ,
ifi?. ÉGLOGUE I J.
Je savais assez d^airs pour chanter t!^t|| jour; Ce bel âge n'est plus , tout cède à la vieillesse. Nou f je n'ai plus de voix comme dans ma jeunesse; Dans ces gracieux jours, sous mes doigts plus légers, Mon chalumeau docile enfantait de beaux airs : Mais par le froid des ans ma main trop engourdie PTcst plus propre à former de vive mélodie*; Des vers que je savais le souvenir m'a fui :
Au retour de mon fils vous les saurez de lui.
LYCXDAS.
Non , Mœris , c'est de vous que je veux les entendre; Je sais que votre chant est encor vif et tendre : Le silence des vents endormis dans ces bois, Et le calme des eaux , favorisent nos voix ; Reposons-nous ici, chantons sous ce feuillage : Nous avons déjà fait la moitié du voyage; Déjà de Bianor j'aperçois le tombeau; Des bergers pour l'orner dépouillent un ormeau : Si pourtant vous craignez que cet épais nuage N'amène avec la nuit quelque subit orage, Cédc7.-moi ce fardeau, chantez même en marchant; T/cnnui du voyageur se charme par le chant.
H (M RI s.
Osfioz. (lo m'arrélcr , arrivons à la ville Av;»nt cfiio le soleil s'ouvre l'onde tranquille;
MŒRIS. i63
Il va finir sa course, et son char plus penchant Semble dt'Jà toucher aux portes du coucliant.
NOTES
Cette églogne nous rappelle la première. Le père de Yirgile ne put long-temps jouir en repos du bienfait de César, ni du pri-vilége dont il est parlé dans le Tityre. Il fut chassé de sa terre par Arius , officier des légions de Marc-Antoine. Sous le nom de Mœris, il raconte ici son infortune an berger Lycidas , tandis que Yirgile sou fils, parti pour Rome, est allé porter sa plainte^ ses protecteurs sur cette nouTelle riolence.
Quel sojet, cher Iforis» tous oondait à la ville ? Mantoue.
Par votre fils Ménalqae aa diea de Rome ofTerts. Yirgile.
Sont on essai ds ceux qu'il fera pour Taras.
i6\ ÉGLOGUE IX.
Cest le même dont il est parlé dans la sixîème
églogne.
Si vous étiez , héUs ! moins Toisins de Crémone.
Après la victoire remportée sm> Cassius et Brutns, les triumvirs distribuèrent à leurs soldats les territoires des villes qui avaient suivi le parti des meor* triers de Jules-César : Crémone était de ce nombre; ses campagnes ne soffisant pas , on étendit le partage des terres jnsqu*aux villes voisines, à celles même qui n'étaient point coupables; Mantone en souffrit, quoiqu'elle n*eiit point armé contre le triumvirat.
« L'ame du grand César , astre plus radieox... »
Après la mort de J ules-César nn^comète pamt aà ciel ; le peuple crédule la prit pour Tame de César.
Déjà 00 Bianor j'aperçois le tombeau.
Le fondateur de Mantoue.
Cédez*moi ce fardeau, chantez même en marchant.
Les chevreaux dont Mœris a parlé.
GALLUS
JN^TMPm autrefois propice au pasteur de Sicile, A mes derniers accords daignez être facile :
Aux soupirs de Gallus mêlons de tristes airs ; De ma muse champêtre il exige des Ters :
Puis-je les refuser? il les veut d'un goût tendre, Et teb que Lycoris se plaise à les entendre.
Commencez, consolez de funestes amours, Arcthuse; et, pour prix de tos heureux secours , Dans les champs d'Amphitrite et des ondes amères Que vos ondes toujours coulent douces et claires; Puissiez-vous sans mélange, au sein des vastes flots, A lamoureux Alphée unir vos belles eaux!
Chantons : tout s'attendrit; mes brebis attentives
i6e ÉGLOGUK X.
Semblent s'intéresser à mes chuuoiu plaintives; L'amante de Narcisse, oubliant ses malbeurx.
Dans ses antres profbnds redira nos douleurs.
Des secrets de Phébus, Nymphes, déposilaires. Sur quels bords étiei-vous, dans quels bois jolitairts. Quand l'aimable Callus, prêt à perdre le jour. Dans un triste désert exhalait son amour P Ah I d'Agauipe alors vous aviez fui les rives; Sans doute, a» bruil des eaux tristement (ugitites. Vous eussiez reconnu dans le sacré ntlloa Que tout plaignail le sort d'un aoii d'Apollon; Les lauriers iBnguissaiciit sous leurs tiges flétries; Les Qeurs mouraient autour des fontaines taries^ Et des bois d'Hélicoa les sensibles échos £u sons entrecoupés répélaieut des sai^Iati.
Seul , et de Ljcoris pleurant la perfidie , Gallus sut émouvoir les rochers d'Arcadie :
Un troupeau, près de lui languissammeot errant. Partageait la douleur de sou berger mourant : (Souffre ce nom champêtre, ingénieux poète; Amphion, Adonis, ont parlé la houlette.) Auï antres du Lycée, attirés par les pleurs, Des liameaiix d'alentour vinrent mille pasteurs; Par ilca soins complaisants cette troupe attristé» Voulait rendre le calme à ton ame agitée :
GALLUS, 167
Iiiuti1escflbrts!Fhcbus même, altendri, Eut peiue à consoler son premier favori.
CherGallm, Jitledieu, quel fol smour t'encluuilei Ta Ljcoris te fuit; cette volage amaute, Fidèle à ton rival , brave en d'autres climats Les périls de la guerre , et l'horreur des frimas.
A vecFaune etS) Ivaiu , Pin , le dieu des e«n|i^nes , Pour soulager Gallut, vint du faud des moDliignes ; Quel désespoir, dit'il, berger inforluiic!
Apa^reaiosilesjaurs es-tu donc obstiné?
L'Amour n'est point sensible à tes vives alarmes; C'est DD eoEant cruel , il se ptait daus les larmes; Noi malheurs sont ses jeux , nos peines ses plaisïi's : L'abeille vit de fleurs, l'amour vit de soupirs.
De sa peine , i ces mots, calmant la violeoce, Catlus rompit enliu un lugubre dtencei D'une voix presque éteinte il dit en loupirant : Qemien témoins dea maux d'un bwger expirant, Pasleurs de l'Arcadie, arbitres desairï tendres, Btentât vous donnerez un asile à mes cendres t Mon ombre chec les morts descendra sans regrets. Si vous élernlseï mon nom dans vos forêts.
Hélas! de mou destin que n'ai-jcétéle maître? Kons vos paisibles toits si le ciel m'eiltlail uailrc, Je chérirais enoor le lieu de mon berceau;
i(iS ÉGLOGUE X.
Dans vos champs où rAmour a creusé mon tombeMi Occupé parmi vous au soiu des bei^;eries, Heui*cux , j'eusse trouve dans vos plaines chéries De plus fidèles cœurs, des plaisirs plus constants, Kt i>our moi Lachésis eût filé plus long-temps : J'aurais aimé sans crainte une simple ben;ère; Par sa uaïvc ardeur elle aurait su me plaire : Elle aurait eu peut-être un peu moins de beauté, KUe aurait eu du moins plus de fidélité ; Sur la mousse et les fleurs souvent assis près d'elle, J aurais fait chaque jour quelque chanson nou\'eUe; Son nom dans tous mes airs aurait été vanté; Le mien par elle-même aurait été chanté.
Que u'es-tu, Lycoris, sur ces charmants rivages?
Les Ris au vol léger peuplent ces verts bocages;
Plus heureux que les dieux j'y vivrais avec toi ,
Et l'univers entier ne serait rien pour moi.
Yains souhaits! tumefuis.Oùpourrai-jeencor"?i\Te
Aux fureurs des combats faut-il que je me livre?
l'^aut-il... Quel souvenir réveille mon chagrin!
Près des Alpes , cruelle! aux bords glacés du Biiin,
Loin du plus tendre amant, et loin de ta patrie.
Des fougueux aquilons tu braves la furie.
Ilespeclez Lycoris, durs glaçons, noirs frimas;
N'empochez point les fleurs d'édore sous ses pas;
GALLUS
ihyn, Amaim, siiivezde l'hiver tiroi leurs ta e lilore élablkse ta cou .ycoria fixera ion séjour.
, traiuanl partout ma triste lélliargie,
-je m
lelir et oia flamme et mes joun :
( puisqu'enflu l'iiigrate m'est ravie )
"uctueuii d'une mouraoteiie,
le son tourment fera son seul emploi ;
ai des bois aiusi tristes que moi ;
lire burreur, solitaires vallées
nul troupeau , uul Iwrger n'a foulées;
grossiroDl vos toireuts lugîtib;
idesioupirs à vos écbos plaiutib;
les cyprès du Ter de ma iioulette amours que ma muse regrette;
ils douloureui gradés par mes regrets :
es ïivropl sur les «rbres (racées ; il bien plus dans mes sombres pensées.
. veut- je I pourquoi changer mes jours et
Saus craindre les rigueurs d^Éole et des Hyades , Siiivous plutôt Diane et les vives Dryades; Allons li\Ter la guerre aux hôtes des forêts; Le chevreuil égaré tombera sons mes traits :
J'y cours... J'erre déjà dans des routes sau\'ages; Un cerf part , il s'élance à travers les feuillages... J'entends les sons du cor joints aux voix deschasseur: Et des chiens animes les rapides clameurs :
Viens, suis-moi, Lycoris... Ah ciel ! que dis-je encon Quel nom m'échappe? Amour, en vain donc je t*a]
hon'e !
Dieu cruel! n'est-il plus d'asile sous les cieux Qui dérobe mon cœur à tes traits rigoureux ?
Partout je te retrouve, aux antres des montagnes, Sous les drapeaux de Mars,dans la paix des campagne Fuyez, portez ailleurs vos charmes superflus, Bergers,chasscurs,guerriers,vousne mecharmez plu J'essuîrais vos travaux et vos courses pénibles Sans ramener mon cœur à des jours plus pabibles; Eu vain je voguerais sur l'Hèbre impérieux, Ses flots lents et glacés n'éteindraient point mes (eu: Quand, pasteur d'un troupeau de l'ardente Libye, Dans ses sables brûlants j'irais cacher ma vie. Après mille dangers et mille maux soufiierts, Mou coBur encor captif gémirait dans ses fers.
GALLUS. i-x
Amour tient tous les cœurs sous une même ehaiiie; Aimoiis donc, rendons-nous à sa loi souveraine.
Bornons ici nos airs; Muses, sortons des bois : Je TOUS rends pour toujours le champêtre hautbois. A Taimable Gallus, Nymphes, allez redire Ce qu^irne amitié tendre en sa faveur m'inspire : Yolez, portez aussi mes vers à Lycoris ; fls plairont i GaUus, si d'elle ils sont chéris; Que par eux cet amant console sa tristesse; Qu'il en pèse le prix au poids de ma tendresse : Elle vit en mon cœur , elle y troit en tout temps ; Tel un tilleul fleuri croît à chaque printemps.
Retournons au bercail, c'est trop chanter à l'ombre : Partez, moutons; déjà la campagne est plus sombre; Les Heures chez Thétis ont conduit le Soleil , Et la Nuit fend les airs sur Faile du Sommeil.
NOTES
Le poète , sous des images pastorales, déplore l'opîniâtre passion de Gallus pour Cythéris , actrice fameuse du théâtre romain , qui avait beaucoup d'esprit
i;a ÉGLOGUE X.
et de goût. Elle est ici appelée Lycoris, nom «ow lequel Gallus l'avait célébrée dans ses élégies. Pour ajuster son sujet au géuie de Téglogue, Virgile fait nu berger de sou ami. Il feint que Gallus s'est retiré dans les bois de rAroadie, où les dieux t&chent en vain de lui faire oublier l'infidèle Cythéris.
Aux antres du Lycée , attirés par tes pleurs... Montagne de l'Arcadie.