‹ Œuvres complètesChapitre 61 sur 73 · A L'ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

A L'ACADÉMIE FRANÇAISE

Le sentiment est trop an - tlHiiit des couleurs qu'on iuipr^te et de l'art qui veut lepeiodrepour <|ue je puisse me Datler de vous bien eiprimer ma rccouDaissauce ; tous les i^réments, toute ta nouveaulé, toute la riebesscdu discours, ne sodI que

l'èk

DISCOURS e l'esprit : il en ei

ispc

sive, plua chcreiimseiisibilîlé, el plus toue: justifier ici vos biea&ils par leur usagi <âcer des es!>ais passagers par des travaun Jur. voilà, messieurs, le véritable hommage qui est dd, l'éloqaeDce du cœur , vos dniils, e engE^iements.

Pourrais-JG Ibnner d'autres projets et d'ï •KRia en eotram dans ce temple du l'éloqH' de la poésie, de l'hisloire , de la science des mi et de tous tes arts cousacrés à rinsiructioD plaisir de l'esprit humain ? temple immortc

grandeur elle-oiSme, non contente d'être iî aux talents, les partage! les embellit; où ei critique , toujours aussi utile <pie aai^ , [es é et les perfectioMie. A ta vue de ce lieu res| ble et des noms célèbres que pi'ésenlent vos i rapproché des modèles et des secours, me mien sentiments , aprjs In reconnaissance , n vent -ils pas être ceux de la plus oable émul^ el tous mes r^ards ne s'arrétenl-ils pas né rement sur les exemples illustres qui in'aji lient l'emploi du temps, snr la iLÙccasilé rendre utile à son siècle . et sur la gloire prendre à la postérilé ipi'uii a vécu P

A L'ACADÉMIE. ali

Tels furcDl , messieurs , et les principes el les exemples de rhoaune atimable que tau; venez de perdre: toute sa vie fui appliquée, remplie, el digne de ses modèlea; né avec un espril Ikdie . el fécond, un lalent heureux potir la poésie, une ame feite pour saisir et peindre les idées élevées et les sentiments nobles , un jugement loujours maître du laleut, Al. Danchel avait joint à ces dons de la nature tous les secours de l'art, loute la culture de l'élude et de la réfleilon , les richesses des muses d'Athènes et de Rome , et tous les nou ' veaux trésors dont le Pâmasse de l'Europe est enrichi depuis la fin des siëeles barbares et la renaissance des lettres; instruit, (orme par les oracles de la poésie, rempli de leurs beautés, animé de leur esprit, il mérita de parler leur langue, et de partager leurs lauriers.

Je ne ni'arrélei'ai point à caraclériser ses différents écrits . ni à rappeler les succès des Tyndarides , de Cyrus , de Nitétis , couronné plusieurs fois sur la scène tragique , et le rang distingué qii'Hésione, Taoeiède, et les Fêles Vénitiennes , tiendront toujours sur la scène lyrique ; c'est aii\ ouvrages à parler de leur auleur; loul autre témoignage est suspect ou superflu. Mai* il est uu

',.ii DISCOURS

li'ibut plm cher que je puis faya k la néaioire Je M. Dandiet arec toute l'autorilé tlii témoigiiage public , et arec cette satiiEactioii do ocenr (|ui accompagne la vérité ; on tribut dont j« m clois ricD omettre pour u gloire et celle de* la- IcDtt ntinie; un litre pins hoooraUe que la luccèi et que le frivole mérite de n'avoir que de l'ei' (iril t un éloge fait poiir iiitéresBcr égalemmt et celui qui le doime e( ceni qui l'écoutent: avantage bien rare pour la louauge !

Ce n'est pas seulement , messieurs , à l'idée générale d'une franchise respecislile , d'une probité sans nuages , et d'une cpoduile sons variations , que je viens rappeler votre souvenir pour peindre tout le mérite île son ame: je n'ai nommé là que les vertus et les devoirs qu'il partageait avec tous les véritables honoëlea gcni; il n'avait d'amis qu'eux, il ne pouvait ressembler à d'autres ; mais , |)our y joindre des traits plus personnels, un mérite dont il faut lui tenir compte, un avantage qu'il emporte dans le tombeau, c'est de n'avoir jamais déshonoré l'usage de son esprit par aucun abus delà pncsie; «iractère si rare dansl'arl dangereux qu'il cultivait , et où le talent ne doit pa.s ètiv plus rslimable par les choses mêmes qu'il

A L'ACADÉMIE. aî3

l>radiiit, qne par edki qu'il a le coungc de m i-eTuscf . Instruit dès u jeunesse et convuneu imile .sa vie qne la poétie db dût £tre qnfe l'intei^irète de la vérité et de l'bunnenr, la langue de 11 saliesse et de l'amitié, et le dianne de la société, il lie partagea ni le délire ni l'ignoDÙiue de ceux qui la profanent ; au-denui de cette 14cbe enrie qui est toujours une preuve humiliante dlufériorilé ; enDemi du genre utirique , dont l'art est si facile el si bas ; ennemi de l'obsrénité , dont le succès même est si honteux ; inaccessible i cette aveugle licenee qiri ose attaquer le respect di) aux lois, an trAne, à la religion, audace dont tout le mérite est en m^e temps si coupable ei ai digne de mépris; incapable enfm de tout ce que doivent iulerdire l'esprit sociable, la façiu noble de penser , l'ordre , la décence et ie devoir , ses éo-its portèrent loujonn l'empreinte de son cœur.

Malgré l'opinion presque géocrale, il n'est pas toiijam^ vrai qu'on se peigne dans ses ouvrages. Il est aisé d'être le panégyriste de l'honneur, l'or- !;aiie des sentiments vertueux, et l'orateur des tnipun ; mais quand (m parcourt l'histoira de la |iocsie, on a quelquefois le regrcl de trouver les l>lus belles maximes on conlradidion avec la lie

de leurs déclamateurs, et rélévation des préceptes dégradée par la bassesse des exemples : telle a été la malheureuse destinée de quelques écrivains qui ne prétendaient qu'à la célébrité, et qui n'ont ni connu ni mérité l'estime.

La mémoire de M. Danchet n'a rien à craindre d'un semblable reproche; la candeur, la raison, et la noblesse , qne respirent tous ses ouvrages , sont rhistoire de sa vie : heureux en la perdant d'obtenir les regrets sincères de tous ceux qui l'ont bien connu! heureux d'avoir uni à ses talents tous les titres de l'honnête homme et du sage, et d*avoir toujours mis avant le vain bruit de la renommée le soin de s'immortaliser dans l'cstûne publique!

C'est votre ouvrage , messieurs , ce sont vos biens que je viens d'exposer à vos yeux en parlant de son cœur et de ses vertus ; c'est par les principes invariables de cette illustre compagnie qu'il avait cultivé, enrichi, perfectionné un naturel si heureux , et surtout l'esprit d'union , de déférence et de société, ce caractère si essentiel à la république littéraire , et dont vous donnerez toujours le modèle; caractère de noblesse et de vérité , de force et de lumière , qui , ne connais-

A L'ACADÉMIE. i3i

Siiat ni le» hoptcuses inquiétudes de la jalouiie, ui les btrignes de la lamlé, ni le tourment de la haine, ni la bassesse de nuire, reçoit et donne avec droiture tous les secours de la conCaace , tous les conseils du goût, tous les jugements de l'impartialilé; ue voit point un ennemi daosnn Con> current; applaudit tout haut aux vrais succès, sans se réserver à les déprimer lout bas; et ne cherche que le bien, le progrès, et l'embellissement des arts. Vuilà, messieurs, l'esprit respectable qui vous auime; voila les lois et l'appui, ainsi que les premiers fondements de l'Académie française. En ouvrant ses annales, monuments de la vertu ainsi que de la gloire littéraire , on voit avec un sentiment de plaisir qui n'échappe potnl aux âmes généreuses , ou voit , dis-je , que l'amitié éclaira la naissance de l'Académie, C'est sur uuc société choisie de sages , qui s'aïmaienl et s'ioslruisoient réciproquement, que le cardinal de RichC' lieu, ce vaste et profond génie à qui rien n'ècbappait de tous les moyens d'illustrer un empire , contut le plan de cet établissement si honoi'ablc à sa mémoire , et si utile aux lettres et  la France. A ce spectacle, messieurs, au souvenir de voirr urigim^ , frappé de tout l'écbl de ce moment il-

i3<> DISCOURS

lustre, le premier d'une carrière imniortdle , je me pUindran de l'insuffisuioe de l'art à rendre en ce jonr d'auui brilbntes inugei , et surtoat i piùudre dignement les traits des deux premien protecteurs de rAcadénûe, si leur juste élo^ ne venait de i-ous être tracé en ce momcut par im homme ué pour parler des hommes d't'tat, pour leur ressembler , pour leur appartenir par lei talents comme par la naissance , et né également |>our appartenir aux lettres et aui arts par uii avùl hérédliaii'e.

Assez d'autres, en rendant hommage il l'Académic dans un jourscmhlablc, ont vanté plus heureiisonkunt que je ne pourrais faire sa fondatiou , <ios accroissemi'nts , ses ouvrages imniorlcls , et aes aulrts attributs ; pour moi , messieurs , si l'iiouneur de vous appartenir me donne quelque droit de vous rendre compte de moi-mcme , j'avoneni <pie , toujours indigné des inimitiés basses et des divisions indécentes dont l'empire des lettres est ipieltiucTois agité, [ténétré de vénération pour les exemples coiilrairei qne présente l'Académie , j'ai eru w ]>ouvnir uiii'ux satisfain^ au triliut ]iul>l]i' •pie fi: hii dus , qu'en ni'attaehaiit à faire reuuir- ^|iiei et rKS|ierler celle beureusi! amitié, partie

A L^ACADÉMIE. a:i^

sans doute ta plus inté^tsante de vos fûtes, puis- ((u'elle est l'histoire de la Tertu, et que la vertu, dans l'ordre du bonheur public , Diarcbe avant les talents.

Cette union qui , en assurant Toa progrès, pivsageait toute votre gloire, attira plus particolièrcnteat sur vous l'attention du souiaùi. Louis xn' nui noms sublimes de cottquà-ant et de monarque voulut joindre le titre de votre prolecteur. Et ijiii peut douter que le sentiment géaéreui de la conliance, et ce cencours de forces et de dariés toujours réunies par l'aoïour de l'inlèrit commun , n'aient heureusement contribué aui progrès particuliers de taut de grands homisea qai ont illustré le dtrBier régne et la nation, et portai un li haut degré de splendeur l'éloquence et la poésie, ainsi que II pureté , l'énergie et l'élégance de la langue fhm^mse, devenue par eux la langue de l'Europe? Ufférauts dans tesra geone, nais pheée dans b même eanière , rivMX sint divisim , eoncarreols dignes de s'estimer, daiples et modestes, parce qu'ils étaient vraiment grands, les CwaeiBe, les Bossuet (les KAdae, la FéoéloD, les La Fontainu, les Despréaui, les Flédiier, les Ia Brujù«, tui-eiil toujours les exemples de ce caractère d'éga-

yiS DISCOURS

lité et d'unioD qu'ik vous ont transmis. Poiurais-jo ne point leur associer dans cet éloge leur contem- |K)rain , leur ami , leur rival , que nous avons la douceur de voir ici, cet homme adoré de leur siècle et du nôtre , modèle comme eux d*iine vie rendue constamment heureuse par la raison , les grâces, et la vertu; d'une vie qui ne peut être trop longue au gré de nos désirs et pour notre gloire?

Que ces hommes divins , qui ont éclairé le siède que je viens de louer en les nommant, servent plutôt à rémulation qu'au découragement du nôtre , et que tous ceux qui cultivent les lettres apprennent, messieurs, par les exemples qu'ik ont reçus de vous, et qu'ils en recevront toujours, qu'il est dans tous les temps de nouveaux lauriers.

Pour nous élever au grand , dans quelque genre que ce soit , ne partons point de l'humiliant préjugé que nous sommes désormais réduits au seul partage d'imiter, et au faible mérite de ressembler : les progrès de la raison , des talents et du goût, loin de marquer les bornes de l'art aux yeux des âmes supérieures, ne sont pour elles que de nouveaux degrés d'où elles osent s'élancer. Des astres ignorés , un nouveau moudc inconnu à l'an-

l L'ACADÉMIE. 93.,

ieni point élc décourerts dus les

Jeux aèdes qui précèdeul >e nôtre, i rageuse émuliition n'avait tncé la rou u désespéferioiu-uous de prodiges de l'esprit humain , de nouveaux geures de beautés et de plaiurs, de uouvelles créations ? \.e génie connajt-il des bornes ? attendrioni-iious moins de son empire illimité que des «mbiiuisans delamalière, qui , toute bornée qu'elle est par son esseuce , est si rtehe , si inépiiisaUe dans les formes qui la var vement ? D'autres hommes ont vécu remplaças, qui ne marchons que si ne voyons-nous pas le spectacle de l'univers toujoura nouveau au miliau même des ruioes qui le couvrent? Les découvertes ioespérées, les évènemenb lea plus imprévus , les objeU les plus &ap> panls, sont-ils refusés à nos regardsP De nos jours une ville entière du nouveau inonde vient de disparaître dans la profondeur des mers, nulle trace ne laisse soup^nner qu'elle ail existé; une autre ville de notre hémisphère, cachée aui rt^trda du soleil depuis dii-sept siècles, sort de son tombeau , revient à h lumière, nous offire ses monuments; et , pour rappeler des traits plus intéressants, not^

2/io DISCOURS

jours n*out-il8 pas vu Theureuse expérience aller aux extrémités de la terre , intorroger la nature , et dévoiler des mystères ifi;norés des autres siècles? Si après une aussi longue durée de ce globi' (|ue nous habitons la nouveauté peut encore rt'gncr sur les êtres matériels, malgré leurs limites, quelle étendue, quelle supériorité de puissance n*a-t-clle pas encore sur les productions, Tessor et les succès de la raison et de Tcsprit, surtout dans la carrière immense de cet art créateur qui sait franchir les barrières du monde ?

Les esprits frivoles et superficiels désavoueront mon espérance , les esprits fiaibles et timides ne s'élèveront |>as jusqu'à elle; c'est au génie qu*appartient le droit d'acceptef l'augure et l'honneur (le le justifier.

Quelle époque plus favorable pour former cet heureux présage, qui m'est bien moins suggéré par le téméraire espoir de le remplir que par mon amour pour les arts, et par ceux qui m'écoutent, et le temps où je parle ? quelle plus vaste et plus brillante carrière pour l'histoire , l'éloquence , et la poésie , qu un règne qui leur offre tant de gloire et de grandeur à immortaliser?

Que pourrais-je ajouter, messieurs, à la forrr

\ L'ACADÉMIE. a.U

et à la vérité des traita sous lesquels on Tieul dii VUII9 oflrir l'image de lolre auguste protecteur ? >i>us y avez admiré la valeur et la victoire unies à la modération et à l'amour de la paix; la royauté jHiréc de tous les caractèrei (|ui font le pite de la Italrie; l'humanité enfin avec tous les litres du sage et de l'homme adoré. Après ce lableau si resscmblanl, où ma bibtesse n'aurait pu s'élever, qu'il me soit seulement pentiig, pour l'honneur des lieaux arts , de rappdcr et d'éterniser id les liienfaits dont le Sophocle de notre tge vient d'être honoré.

Puissent nos travaux immortaliser (es seiitimmts d'admiration , de respect et d'amour dont nous BoniDies jiénétrés poiir notre monarqneau. gnste! La postérité célébrera conmic noussnrrr. lus; et dans les siècles suivanli tous ceux qui, dans un jour semblable, rendronl ici comme moi leur premier hommage ii l'Académie, miwmnant scj protecteurs, s'arrêteront avec nimplaisanre sur l'éli^ d'un souverïun qui n'aura jamais été loué que par la vérité.

P&ÉVEHU de tout temps , messieurs , contre le style du panégyrique, je ne prêterais point aujourdliui ma voix à des louanges si oé n'était en faveur d*un art au-dessus des louanges même; art brillant, art consacré dans tous les âges par Tamour de tous les peuples ; art sublime par qui la terre s'entretient toujours avec les cieux, et paie encore aux immortels le tribut de ses hommages. A ces traits de lumière qui peut méconnaître Tharmonie ? Vos goûts réunis pour elle feront plus ici que ne pourraient faire tous ces mensonges brillants qu'on décore du nom d'éloquence. La réflexion suit volontiers la pente ou le sentiment la mène , et toujours l'esprit souscrit rapidement au mérite de ce que le cœur adore. Je ne viens point prouver que la musique doit plaire ; c'est une de CCS vOrités de la nature dont chacun porte la

DISCOURS SUR L'HARMONIE, «iï preuve écrite dans ion ame : je ne viens point expliquer ccmme elle plaît, c'esl un de ces plaisiis ÏDlimes dont il faut jouir avec transport suis analyser rroidement ses causes : je veux seulement développer, d'tdiord la dignité de l'hannouîe aux yeux de ceux qui la chérissent par instinct sms avoir réfléchi sur son prix ; je veux ensuite démontrer les nombreux avantages de cett« sciaice à ceux qui ne la croient que riante et frivole , fortiGer le goût de ses amateuis, loi récondiier ses adveraaires , s'il en peut être ; voilà moil projet La noblesse de l'harmonie , l'utilité de l'harmonie; c'est sous ces deux idées que je vais réunir et ranger tous ses attributs el toutes ses grâces. Déclamations emphatiques , métaphores ampoulées, fastueuses hyperboles, disparaissez, lojezles beautés el les dieui du pcdantisme; la vérité sera ma seule éloquence, Heureui un art dont l'histoira

Page 1