REPONSE DE GRESSET
Nous devoDs à vos trataui des fraits de la litléralurc étrangère; L'Académie (ranfaise, en vous adaptaut, ao|iutte une dette dala lillérature oatiouale. Vos premiers titres, coasignéi dans le Journal êbaager el dans les Vantiét iUlénùrts , se sont étendus par te traductioD de l'Hiitaire aaglaittde CharleiQaint, traductioD [Jeine d'ame, de force , d'aégance, et vantée paf l'auteur même de l'ouvragei hoaunage assez rarement rendu par l'amour-propre paternel.
Je m'arrêterais avec justice sur la manière heuveuse dont vous avei lait parier la langue française aux ùcrivaios des autres nations , sur les ouvrages •lue uoos avons droit d'attendre de vous, sur («s
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([ualitcs si précieuses dans le commerce de fat vie. sur ce caractère sociable, le premier talent, le premier esprit pour le bouhcur personnel , aiiisi que pour celui des autres; caractère partout si désirable, et sui*tout daus la carrière des lettres où Ton en donne inutilement des préceptes si Toi n'y joint Texemple, la première des leçons; caractère que vous avez si bien prouvé par runion de vos travaux avec ceux de Tamitié: enfin, instruit par Tunanime témoignage de ceux qui vons connaissent, je pourrais, monsieur, vous pai'ler plus long-temps de vous-même , si je n^étais persuadé que les louanges en face sont presque toujours aussi embarrassantes pour celui qui les re^t que pour celui qui les donne , et communément assez- fastidieuses pour ceux qui les entendent.
L^éloge des morts est donc le seul que Ton pardonne! mais s'il faut, pour fonder la louange de ceux qui ne sont plus, des événements bien avoués, des traits marquée , des détails bien coimus des opérations personnelles et dont on n'ait partage la gloire avec personne, on ne peut qu'imparfeitcnient crayonner le mort illusti*e à qui TAcadciiiic française rond ici Iiîs demici'S lionni*urs. Vulilité do siMî tcdents dans la cirnèrc importante
DK GllKSSET. 3i.,
qu'il a parcourue peul bien ttrc in<liqu^; iniiii les nuagui îinpéuétrablcs qui dérobeut l'ciitn'c. \m routes «1 le icrmc de celte carrière ayant dû iDiijours cuiivnr toutes tes marebes, tous ImcT' \iei!3 d'un bommc consacre pendant loutc sa vie aux secrets augustes de son mailre et des aurrcs souveraius, ses talents politiques, ses travaux particuliers, ses succès personnels, tout reste soastt^ voile : quarante années de services ne laissent presque aucun point où l'on puisse le voir scid , le Biiiïre , le célébrer. Dana loua les empires « n'est loiit au plus que dans les monienls des traitis, des alliances beurcuses, de ces grandes époques, que la rcnommce ose quelquefois, bien ou mali-propos, mélrr le nom des coopératcurs quioni seconde par leurs veilles le ministre brillnut dont le génie a été l'ame de ces grands événements. Un partage bien dilTéreut règle le sort du mérite véritable dans toutes les autres carrières de ta célébrilé, où quelques hommes rares s'élancent et planent au-dessus de la multitude; bommes de guerre supérieurs, niagistraU émiuenls, écrivains négodanls distingués, lous ces dillé-
rculs i
Tssiiimieiit appréciés par la \i
îïd HKPO>iSE
rang par la voix publique; la lumière Les enviroimc, leurs preuves les accoinpa{;neiit , chaque jour les juge et les couronne : il n'est que riionuDe utile, attaché dans le second rang au niiuistèrc chargé du secret des puissances, il n'est que lui qui n'ait i)as le droit de laisser parler ses services , SCS titres à la reconnaissance pubUquc quand il la mérite; la gloire , muette pour lui tandis c[u*îl res- ])ire, lattend au tombeau, le nomme alors sans rien dévoiler de ce qu'il a fait ; et sou éloge , ainsi que celui de ses pareils , pour être i*ewpli avec justesse, ne pourrait être bien fait que par de.s ministres, et bien jugé que par des souverains. Réduits au silence sur ces objets, car les éloga doivent porter sur des faits , ou ne sont que des moLs , plaçons du ipoins dans nos souvenirs de M. de la Ville , évêque de Tricomie , plaçons un fait qui appartient uniquement à sa gloire, un fait (|ui ne doit \ws être oublié sur la tombe d'un prince de l'église : plusieurs cures dépendaient de ral)l)ayc qu'il avait en Picardie depuis bien des années ; sachant combien l'instruction et les nueurs des peuples tiennent essentiellement au choix que \\m fait des pasteurs du stKrond ordre, éloi{;n<: de la province, ne pouxant connaître par lui-mènic
DE GRESSET. Sac
et sujets diguea d'itre pbcés à la Ute de wt pa- ■Dimeil cnignliit «vec ntûon que tant de petit» iroterleurs enuujeiix, qui écrivent saut fin, renniiDiiudent au haurd, el trompent uni khipule , ne vinueut jouveot lui arracher des gnM»> iDJuiles dont M coiudence aurait répondu ; toujours inspiré par )on respect et son zèle pour la reli^oD , il avait depuis long-temps remis les droili lie toutes ses nominatious au prélat d'immortellG mémoire qu'Amiens vient de perdre, l'oruemeat, le saint , l'ange de ma siècle, et dont le nom chéri de toute la France, connu de toute l'Europe; dont le nom seul , que ma douleur m'aupéche de prononcer, rappelle le mod^e le plus parfait que l'humanité ait peut-être jamais oUért de tontes le* vertus de l'homme céleile et de toutes les grâces do l'homme aimable >.
Yous uoui rendrez. Monsieur, l'eipril facile et loujoun kboiieux de votre prédécesseur ; vos lalents puiagaKMit les travaui de cette compaf^ie a de la langue française.
Saa RÉPONSE
Une dissertation savante, couronnée par rdcadémie royale de Prusse, a montré riofluencedes opinions sur le langage , et du langage sar les opinions. Le célèbre Michaëlis établit ce système lumineux avec autaut de profondeur que d'élév*' tion : il interroge les langues des temps antiques , du moyen âge , et de notre siècle ; il dévoile les monuments , il confronte les nations , il compare les époques , il démontre , autant qu'il est possible aux (connaissances de Thomme savant et à la iagacité de Tbomme qui pense , Forigine , la filiation des divers langages, l'action des idées sur les termes , et Faction réciproque de l'expression sur la pensée. Mais au-delà de cet ouvrage, dont Fimmense étendue suffit bien au désir de connaître la marche du langage, il reste à faire un travail utile à la raison, nécessaire au goût, nécessaire même à la vertu publique : dans cette carrière de réflexions sur les langues , il reste une route nouvelle à parcourir; en exposant comment la langue suit les mœurs dans leurs révolutions; en montrant combien les mœurs d'un temps ont d'empire sur le langage , combien leur amollissement, leur décadence, leur dépravation énervent, dégradent, et corrompent le style également dans les écrits '
OË GRESSET. 3i]
cl dam les conversations, on servirait sons doute le bon seni, l'honneur, la langue, e( la pairie.
Cet objet, messieurs, pourrait être bien kmgucment traité , surtout dans une époque où l'on délaie en plusieurs volumes une foule de sujets qui, pour être ncub partout, demanderaient à peine quelque; pages; on pourrait en faire de grands discours pompeusement petits, des eiuii volumineux, des projets d'éducation, des traités c/mM(oirej surtout; car les èlémenti en tout genre sont liirt à la mode , et partout on remet cet univers à la lisière : par du rcmplissaBe et des phrases sur cet objet si intéressant j'ennuierais aussi bien et peut-être mieux qu'un autre; mais les bornes du temps qui m'est prescrit ik me permettant point de donner les développements nécessaires k cet objet, je ne ptiii vous demander, messieura, qu'une première vue, un coup -d'oeil rapide sur Tesquisse légère que je Tais crajonner de l'empire des mceurs sur le langage. Sans doute ce poiii'oir impérieux , si agissant pour le bien et pour le mal , n'est que trop démontré dans le second genre , tant par les pertes réelles que par les nuisibles acc|ui- ^tions que notre langue a faites de nos jours. Ce double regKt i exprimer appartient naturellrancnt
à la place que j'ai rhonneur d'occuper aujourd'hoi; et rAcadcmie firançaise, chargée depuis cent quarante auuces par le gouvernement de veiller sur la langue , a les premiers droits de réclamer contre les atteintes qui lui sont portées, et contre la révolution que celle des mœurs pourrait lui fiure subir.
Sans être les censeurs du temps qui court , rôle qui communément révolte les spectateurs intéressés , ou du moins les ennuie , 'éans amuser beaucoup celui qui s'en charge, nous ne pouvons nous dissimuler que l'affîdblissemeut des moeurs anciennes, des mœurs généreuses et franches, nous a successivement enlevé , non - seulement un trèsgrand nombre de termes énergiques , lumineux , nécessaire même, et remplacés par de faibles équivalents, mais un très-grand nombre aussi de tournures naturelles, naïves, simples comme la vérité , et fortes comme elle. Dans ces temps de vertu et de bonheur, où , selon Texpression de Montaigne, la vérité avait safrcuictie cdlure; dans ces jours où l'on osait avoir un cœur et ne pas rougir do le prauvcr, ou prononçait toute idée comme elle venait d'être conçue , on rendait tout sentiment comme il venait d'être éprouvé ; la na-
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ture ne rù>|UBit rien i parattre , et l'oc n'avut point encore inventé la sublimes tetiJi de toiu les (genres, ni lei gaies perfides qui envelappeut la fausseté.
Que de cauies des pertes de la langue et de nos privations! Ces OKFurs affaiblies, dégénérées, ne despotisme des colifichets , qui s'étend jusque sur les esprits, ces principes du moment, ces petiles idées de fantaisie qui tentent de nbaisser les idéei primiliTet, lUTaiiables; cette fausse déiiealasse qui ne veut rien que de n>ode, cette élégance épidémique, plus busse encote, qui, crcijant tant embellir en gllaut tout, ne peut plus aujourd'hui, ni par la pensée ni par le sentiment , anùr rien de commun avec la nature, avec la simpUue, la loyeuté, les autres expressions vénérables, et tout le style mâle, Lbre et (mnc de ces siècles de
Ce serait peu, si Ton veut, que ce dépérisiement de pluiieurshiensantiquesdc la langue française, de la langue de Montaigne, d'Amyot et de Sully ; celte perle pourrait même se réparer, suivant l'idée d'Horace sur la renvsunce des mots, si les écrivains distingués qui nous restent lenlaient , par un sage empira et par dei bi
3a6 RÉPONSE
heureuses, de rameuer les termes anci nous avons à regretter; le goût et le gé rendraient la fraicheiu* ; et leur vieillesse en rentrant dans le monde , serait cajolé bon air et la mode. Mais une perte plus h est celle qu'éprouve dans cette époque i langue actuelle, cette langue que Fénélon, Despréaux, et nos autres maîtres, nous transmise si noble, si brillante et si pure, point seulement aux écarts de Tesprit et vers du mauvais goût qu'il faut imputer u genre de pertes et de décadence ; mais ( à des mœurs et de la plupart de nos conver Tabus que fait du langage la dépravation c gagne reti*anche de jour en jour à la lang ^ise beaucoup de mots et de façons de mer, dont ou ne peut plus se serWr impui les gens sensés , les gens vertueux seront réduits à ne pouvoir plus employer des du plus grand usage sans se voir arrêtés rompus , tournés en dérision par Tabus m des mots, les pitoyables équivoques si b ingénieuses, les stupides allusions de ce plaisants, de ces bouffons épais qui en grossièrement finesse à tout, et dont le
DE GRKSSET. 317
gentiUeuei et la triite gsitc l'épuiiouiiaeiit dun b fange. AiniidoDc bienlôi lis i-irsngen, qui (^ludicnl uotrc langue dtiu Ica aulcun immorlelt du dernier sicclu et dana la Gcrivaim célt-l>rci du notre ^e , rcncnnlnnl ilani 1«> coQverialiDDj nu iisa*edc3 lennesbiriiiliiréreiil de celui (juilenr était indiqué par les livres , teroiit obligea de k biru interpréter les uouveUeitigiiil!cation>,de m birn traduire à chaque pas ce qu'ili écoutent, en que l'on a préicudu dire soui une cxpreuion qu'il* croj'sieut toute simple, et dont pourtant ilt raient tout le monde rire : la oéceuité d'uu comniciitaire , pour Être nu ton du jour , leur demandera une étuilc nouvelle, qui snr la route lea fera muvent rongir pour nom ; et en apprenant ta belk fécondité des termes et leur double signilication , Sa ne verront que les progrès du mauvais godt et l'empreioie du vice.
Il s'en faut bien, messienrs, que ces pertes réelles de la langue soient compensées par ses modemes ncquiiilions. De quelles tristes ricbeues, inconnues il ]> a peu d'aonées, et de quelle ridicule bigarrure de noms, ne se trouve -t'elle pas
Quel étrange idiéme lui est auocié pu- les de-
3a8 REPONSE
lires du luxe , et par les variations des fonlâisies daus les meubles, les habits, ks coiffures , lesngoùts , les voitures ! Quelle foule de termes nouveaux-nés depuis Vottomane juscpi'à la chiffoitnlère, depuis le Jrtu: et la chenille jusqn^au ettraco, depuis les èa^neuses jusqjo'a.nx îphigémes, depuis le cabriolet et la désohligecmte jusqu*aa toio et à la dormeuse ?
Il ne £aut pourtaut point être tout-à-fiiit à difficile : la plupart de ces nouveaux noms, et de leurs pareils , n'étant que bizarres et plus ou moim plaisants , comme il est des tçmps où le ridicule est un aliment de première nécessité , on doit se résigner à entendre tous ces noms , aussi essentiels à joindre au dictionnaire que les objets qu'ils ^on* cent sont essentiels à la félicité publique, objets aussi nécessaires que les coiffures modernes le sont au bon sens , les voitures anglaises au bonheur de Tame, et la nouvelle cuisine à la bonne santé. Un sentiment même d'humanité réclame tendremeQt et demande grâce pour tous les nouveaux termes: pour les supprimer, il faudrait donc aussi désirer cruellement la suppression des choses intéressantes qu'ils désignent; ce serait alors attaquer un point sacré , Tétat des personnes ; ce serait vouloir anéan-
tir toute h comûlsiice de unt d'^trci moitii agrtebles, moitié importaDl* , qui D'eiistent tjae par 11 , qiii ii'oDt de langage bien déddè que ces teniHB , de priadpes que le coslurae, et dont tout le mirile wrail perdu , toute l'exiiterice intaotie, ti cet UDÏvers devenait n&sez malhenreui pour n'avoir plus ai gazes, ni paîlleties, ui jolis dteraui , ni dentelle*, ni fleun d'iralie, ni boite i plusieurs ors , DÎ e/e'ganlej , ni mtrveil/eux , ni ekeitiUei. Je conviens que le mal serait fort léger si nos acquisitions nouvelles >e bomnienl k ces noms; ils iraient se ranger dans la classe de tous les mots tediuiqiies dont le àéfit liltérairede notre langue n'est point oUigé de se charger. Le» ans ont presque tous leur dictionnaire particuUer; et d'ailleurs, dans ce temps si fëcoud en dictîonnairea sans fin , on peut le âatter d'avoir inceuammenl le •/iclioHnaire des rtodcs , grand ouvrage qui manque à notre littérature, et qui sera vraisemblablemenl un dictionnaire portatif iti- seize, pour la plus grande commodité du puLlic; cette entreprise serait d'anlanl plus belle, et la spéculation des entrepreneurs lettrés d'autant plus sûre, que te QUtiàe de l'ouvrage se renoutelaulsansceuc, se variant, se TajeuoisiaBt, on pourrait donner
33o RÉPONSE
un nouveau volume aux souscrivantes et aux souscripteurs, de mois en mois , tant que ce vieux cercle de nouveautés pourra tourner, ainsi que les têtes.
Tout cela n'est rien peut-être ; mais une acquisition plus réellement nuisible à notre langue, ainsi qu'à toutes celles qui partageraient le même abus, c'est cet art si répandu de parler sans avoir rien à dire, ces demi-mots, ce papillotage éternel d'épigrammesmanquces, cette puérile fureur de ne point parler comme un autre ; enfin œ ton décousu, sans idées raisonnables, sans suite aucune , dont il résulte que presque toutes les expressions ne sont que des modulations vagues que Ton imprime à Tair , sans porter la moindre pensée au bon sens, et que presque toutes les conversations, employées à faire de Tesprit, ou plutôt à eu défaire , ne sont que des clarinettes et de^ tambourins entremêlés d'assez mauvaises paroles. Dans le temps , peu éloigné encore , où Ton était moius important , moins sublime, la conversation était l^ lieu et le charme de la société; aujourd'hui ce n'est presque plus un plaisir, c'est un travail, une suite de tours de force , un assaut général d'esprit tel quel , épigrammatique ou croyant l'être :
DE GSESSËT. 33i
c'esl un éui de guerre et de préleiiliDiM, où l'on est eu garde l'un contre l'autre : on le teod dei pièges de mois ; et les ridicules dounés et rendus coulent d'autant moins que chacun est bien en fonds. On s'entendait autrefois ; souvent aujourd'hui nou-seulemenl on ne fait plus de cas d'entendre les autres, mais on ne se fait pas l'honneur (le s'entendre soi-même; et sans doute tout le monde y gagne : l'art en ce genre est porté à uu tel point de supériorité, que l'on pourrait parier, d'après le ton de ces êtres bruyants , si confiants , et si ridicules , que le nouveau langage appelle les memilleux , la mirliflori , \ei élègantei , \(s célaut; oui l'ou pourrait parier qu'au moyeu de
nouvelles , avec toits les grands éclats de rire tristement gais , ils auront , oCi et quand l'on voudra , une longue conversation sotdisant française, où il n'entrent point une seule phrase ntisonuable de franteb.
Ce n'es^ns tout encore ; il est d'autres acquisitions d^^B^ langue, qui, pour avoir l'air de la richess^ra de ta grandeur , n'en sont pas moins pauvres ni moins mesquines ; semblables en tout aun dehon fastueux de ce luxe qui n'est qne le
33a RÉPONSE
voile de la misère. Ces ruineoses possessioiis modernes sont, il est vrai , des expressions nationales qui appartiennent de tout temps à notre langage, mais (pij, dénaturées aujourd'hui par un emploi qui leur est étranger , dégradent la langue fnaçaisc en loi ôtant sa justesse et sa préeisîon.
Dans ce tourbillon , moitié lumineux, et moitié obscur, qui nous enveloppe, nous secoae et nous entraine, les idées justes perdant leur niveau, les esprits étant exaltés, et Tengouement occupant toutes les places que le sentiment laisse vide, la langue travestie s'égare, se perd dans des termes vagues d'enthousiasme, des images excessives, des expressions exagérées , qui ne sont que des formules sonores, aussi fausses sur les lèvres que dans Tame. A chaque instant , pour les choses les plus simples , les événements les plus indifférents, pour des misères, pour des riens , on se dit charmé, pénétré, comblé, transporté, enchanté, oit désolé, excédé, confondu, désespéré, anéanti; on est aux nues , ou Ton se prosterne ;^i est à 'vos ordres, à vos pieds, sans se soucflBe vous le moins du monde ; on vous adore sans même vous respecter : dans la prétention de ne penser que fortement, de ne rien voir qu'en grand, on veut
mettre i tout l'air de l'eniTTemeilt ou de la détMtatioD, etsurtoat et toujonri, IW du géQie,qni poiirtuit est bieu inuoeent dea idées et du Ujie de tant de gens qui penseot en disposer.
La balance dei jugements et deiréputalioDiD'eu plus rien j il n'est plus de milieu uidam la peasce ni dans l'eipressioa ; tout est cliansant, merveltUux , Incroyable, divin, ou affreux, pitojablt, odieia, exécrai/c ; tout ouvrage »J èeau de touteheatué , rafissant, aa détestable; Fout homme eM admira/'/e , excellent, délicieux, ou mauuade à donner des vapeurs, eanayeux à périr, bête à mmtger du fi»n s toute femme est ra^'eiu; , c^ leste , adoraàle , ou ridicule A Fexcès , du dernier ridicule, d'une iêliie amére, ennuyeuse à la mon, enSa unelwrreur; à tout moment vous entendez ré[)éter, oh! c'est un lioiame unique! hélas! souvent que oe l'esl-il? mais tout fourmille de gent
Heureusement, avec toutes ces expressions emphatiques, si enflées, si vides, on ne seotriende tout ce que l'on prononce si pompeusement; on est enc/iantc sans le savoir , et déiespéré sans conséquence : mais le malheur est que beaucoup de gens , qui d'ailleurs penseot juste et parlent bien ,
se prêtent souvent eux - mêmes à ces brillanles façons de parler mal. Ne voyons que la vérité des objets, nous reprendrons le langage de chaqœ chose ; la justesse de Tidée nous rendra la propriété de Texpression. Ne chargeons point notre langue de bizarres superfluités, dont sa ridiesse peut se passer: pourquoi de doubles emplob?
pourquoi, par exemple, les noms modernes et ô^ amphigouris , et de parades, et de ppoverhet dramatiqttes , et de cluwades , et de calembourgs, et de leurs pareils ? tous ces noms ne sont léeBemeut que des synonymes d'un terme reçu ; le mot de platitude n'existait-il pas dans la langae firançaise? il suffisait seul pour signifier et caractériser toutes CCS ingénieuses inventions, l'aliment d*an goût malade, et Tesprit de ceux qui n'en ont guère.
Le mal à réparer dans la langue fait chaque jour de nouveaux progrès, et à Tcxccption de la cour, où le langage se conserve toujours plus simple et plus noble que parmi tout le bel esprit de la capitale et les copies de la province , la contagion que j'indique est presque générale; il semble que, dans son genre, chaque art, chaque état gAte et dénature la langue pour sa part. L'éloquence nou-
DEfiRESBET. 335
vgIIg a SCS éoigmes , la poéûe moderne a son jtrgan, la jurisprudence même et le barreau ont leur |«elit ncolo^Die; etCodlini GUberl,et l'immortel d'Agueisean, qui parlaient et écrivaient si noblement , seraient obligés aujourd'hui , s'ils revenaient parmi nous , de demander le mot de plusieurs It^griphes du nouveau style des plaidojeiï et des mémoires. Dons loutea ces compilations monotones de prose et de vers , de littérature préeeplorale, de tranchantes doctrines aventuries, de morale soi-disante, vous rencoatrei-cz partout les eipressiona vagues des besoins de t'amt , (ha
<]ue cas écrivains ne dlminaent guère , et de ^ sommt des plaisirs , dont on ne peut pas dire que leur stjrle fiuse les fonds; instituteurs au demeurant d'une à haute confiance, et d'une bonne foi d'amoar-propie si respectable, que quand ils seraient fort ennuyeux à entendre, ils seraient toujours fort plaisants à voir. Au milieu des fleurs et d«s lauriers dent ils se couronnent de leurs maiusi on vous charge la langue des inutiles noms Je leur meniire, de leur faire, de leur genrt; genre surtout est te grand mot du temiis: tant en refaisant des ouvrages déji faits dont ils masijueni les
^ea répétant en d'autres termes des
jU (fa'ies, tout en bourdoimant de sonores
■ly hian ou mal rajeunies, ils se donnât
****^ ^t pour avoir leur genre, un ^«/ire i
^gli dans ta nature: tout est inondé de res aoaveaux-nés; il en est tant qu'il ne serait
"Ljfe possible de les classer par ordre ni de les
j^ljBguer par nuance, si tous ces genres parlicii-
jj^, et si particuliers , n'avaient , sans le vouloir,
mia'en douter, un point de ralliement , et ne ve-
piiflDt successivement se ranger sous un genre gé-
p^l, que le lecteui* assoupi et peu galant appelle
fconui. Pour user plus sobrement de ce terme de
gture , que ces écrivains se disent quelquefois tout
\0$ que les ouvrages d'esprit ne sont qu'un genre
3e bùtise quand on n'est qu'imitateur ou plagiaire,
0t que surtout la sévère et exigeante poésie n'a
Mua genre et qu'un mot, créer ou se taire.
La prétention néologique a gagné jusqu'aux élè- ^ de cet art grave, utile, respectable, qui dans ^ mains sages combat par l'expérience les maux jg l'humanité , et qui dans le langage moderne du ^^atanisme semble avoir inventé de nos jours x^naladies neuves pour employer de nouveaux ^jgg^: ce ne sont plus chez eux que des nerfs
DE OBESSKl. IÏ7
El, des aerts criipéi, du Ion à rradre. ud 'me l'iyjorfttr à débroiiîElrr, des vihralîoni i illre en mesure, de l'inergU i redoniMT m la, uDc Mniieej^aletiu liqueurs, daiomc etpriu f et surfout de T/iarmonle aux portât iriaidef du gare nemux. Daus leur Mjle , ivre, lerotetn^ bourgeois, ne s« nomme plus ■■ SI force qu'uiie grande flaclualioii , et dans édtHisemenls qu 'uni fin et tempête, une f neuf If e. Bien plus, les lerma an brillaiti , deviclu, de triompliant , sout transpiHià et abait- <ur des objets où vous ne les itleDdiei guère, imaginerail que tooi les matins ces parleun ailles, ces docteurs ambrâ, aTtnt que de se treenraulepourd istribuer éléguoiiieit b mort I vie , préparent une certaine ration de termes :enient jolis, uu choii de toumiu^s Inlchta , r se varier , pour ne point parler aujourd'hui me ils parlDieni hier, et eomposenl en chele bnlletin du jour aiuit que d'avoir n le ade. Ebl met amis, toyeidesconsotaleurs, et des apriUi on vous demande des secours et des rpigiammes ; ne fidsous point pcliller les pions du bel esprit sont le plie Oambeau de 111. sa
Tagonie , et ne mettons point de pompous au sceptre de la mort.
Au risque, messieurs, de vous donnera me reprocher de trop longs détails, je ne puis me défendre de relever et d'offiir à vos remarques une absurde innovation du langage dans un genre bien important au bien public , l'éducation , cette base de rhonneur et de la force des empires, genre si négligé, où du changement des mœurs suit une foule de termes nouveaux dont notre langue est maussadement bigarrée. Le nouvel abus dont je veux parl^ ne fait que de naitre, il est vrai; mais en le notant dès sa naissance , peut-être Tempèchera*>t-on de s'étendre. Le temps n'est pas kun encore où Ton appelait les enfants de leur nom, quand après l'enfance on les habillait encore de Thabit français; aujourd'hui que la grande mode est de les déguiser , de les travestir au sortir de la lisière, de les mettre eu ^pelits pierrots , en petites colombines, en scaramouches , en matelots y ea personnages bizarres, dont on leur fait prendre le ton , lè maintien et les ridicules, que de charmants et sots petits noms on copie ou Ton invente pour les parer et les avilir ! Ce n'est plus tel ou tel du uoui de sa famille; ou les appelle encore
DE GRESSET. 33g
moim du aami latxia qu'ils mit ra^ de la reli- ^od; <fest Pinelle, c'est Pierrot, c'eit Jeanj, c'est Flor'aw, c'est Mkhaut, c'est Lauretle, c'est tout ce ijui n'est pm eux, ou ce qui ue doit paa r6tre : tels sont les titres que partagent et se di»palent ces poupées chaînées d'aigrettes , et ces autonmles panachés, qui sautillent sur les pelouMa des jardins publics, que les gouvemanles cajO' lent , apprennent à se croire plus et mieux tpie les autres, A primer, et à se haïr k compte, en leur biaant disputer toutes les préTéreuces, et en les liabituani au sot et dangereux égoUme; terme houleux et moderne encore, que l'amiliÉ , qui nous quitte, et l'amour de la pa tiie , presque éteint dans beaucoup d'ames dcgénérées et de opors desséchés et flétris, ont rendu malheureusement nék cessaire au langage de nos juun. Ue fort heaui et furt inutiles traités d'éducation plus ou moins neuve , a petits chapitres et à grands mots, sont là, j'en coDTieniiBur la cheminée de vos enfants, pour leur étrcexpliqués par les bonnes, qui n'y compreuneut rien, et qui oe leur ouvreut des livres que jHiur leur eti montrer les images. HaJJi vous, qui croyciE avoir tout (ait quand vous avez inasi|ué vuli-C bel enfant de quelque joli uom do
34o RÉPONSE
goût qui n*est pas le sien, de graoe» nppelei-Toa quelquefois que tous devez à la patrie des citoycos, des âmes , et non des marionnettes âégamiiiait organisées; songez que ce pauvre Miclumt, oe petit prodige d'aujourd'hui , qui , moins prodige et mieux élevé , un jour aurait pu être un homme, grâce à votre régime actuel , à quinze ou seize ans marchera bien , à la vérité, se présentera noblement, dansera sans doute comme les anges (ctf c'est ainsi que le nouveau langage , qui fiitigue 11 terre , profane le nom du ciel même); sans doute cocher intrépide, debout dans un cabriolet, m voyant que lui-même , et répandant également sur son passage Tefiroi, l'admiration, et le rire de pitié, il saura fendre la presse, se Sidre détester des passants , et s'embarrasser moins des hommes que de son cheval angkùs; mais songez ausii qu'avec tous ces petits talents supérieurs , votre élégant ne sera dans sa brillante carrière que monsieur le comte ou monsieur, le marquis honnêtement bête , et sot avec distinction. Et cette pauvre petite Laurette si jolie, qui , mieux conduite» aurait un jour valu quelque chose, que sera-t-elle quand elle aura été obéie dans toutes ses fantaisies, flattée dans toutes ses humeurs, applaudie
DEGHESSET. Hi
tUna 90 bitUes, prAnfe i frtte coaunoDs , toujours fêtée , toujours gitée par les graiids parenU , ieun /amiSert, tabhé de la maison, toiu lea soiu-ordrei eompUûanls , tous les bas valeti P sans doute cette brillaote éducation dooue les plus belles espéiances qu'à qualune ans Laurelle sera par exielleDGe la petite penanne la plus impertineule, et qu'entrant ensuite dans le nMinde arec toutes lei grâces, toute l'élégance et tout les ridicules, elle sera, comme an peut l'attendre, une Épouse vertueuse , une mère digue de ce nom cher et sacré, une femme raisonnable. Les noms bimres supprimés , donnez (on sera de votre goât ), donnez, si vous voiilei , à vos enfonts l'échaipe , ta frais<^, le panache blanc de la nation; mais tous ce livrée noble, sous ces couleura de la patrie, sous cette parure galante etftèi« des tempsdeb franche et vertueuse chevalerie , ne Ikfonnei plut des pantiiu d'un siècle frivole , ne les empoisonnet pas des mœurs amollies et dépravées qui vous environnent , et roiigisseï de prépara 1 U France une génération guinguette, mcsquii>e, et fluette, de persouiuges feox , de colifichets, et d'histrions. Je ne me serti* point livré à ce Ion; détail amené ptr de* nom Tidicnka, A l'intérêt dea mœurs
34a RÉPONSE
publiques, si essentielles à former dès renCanœ) ne méritait, quand Toccasion naturelle (Pen-pirler se présente, une attention plus sérieuse encore que rintérét de la langue à défendre, ses pertes à déplorer, et ses nuisibles acquisitions à proscrire.
Si les mœurs commandent, si le langage obéit, quelle époque rendit jamais plus nécessaire la vigilance des conservateurs de la langue firançaiie? que deviendraient sa clarté , sa force , sa noblesse, son harmonie? quel ridicule et honteux travestissement subirait la langue du bon sens, du senti- .rnent, et de Thonneur, si malheureusement il pouvait arriver une époque où toutes les idées fussent arbitraires, où presque partout , au nûliea des phosphores du petit bel esprit, des bons airs, et des jolis mots, la vérité, Tinaltérable vérité restât délaissée comme une triste étrangère qui ne sait point la langue du jour, et que personne ne remarque ?
A quel excès de délire, de bassesse et d'ignominie serait prostituée la langue française, s'il pouvait arriver un temps où le ton frivole et Tair agréable autorisant tout, faisant tout passer , la raison de tous les temps fût traitée de petitesse, k
Iran eiprit de simplicité. Panlique honneur du toilise bourgeoise; un temps où les ridicules mime fussent deveniii! des grâces, les vices des usages, les scandales de hons airs, l'impertiaenec un style, le bas esprit de l'intrigue un litre de génie, les perfidies des gentillesses, les noirceurs des plaisanteries; un temps enfin où l'on eill la douleur de rencontrer presque partout la méchanceté toii' jours basse, toujours active, la vile délation, l'affreuse calomnie, toutes les atrocités, tontes lis horreurs, tous les poisons de l'envie et delà haine circulant dans te moade lom les vernis de l'agri-ment, enttronucs de guirlandes et cachés sous des roses P S'il pouvait arriver ce tempi malheureui , alors sans doute , comme il n'y aurait plus ui vrai ni faux, ni bien ni mal, que selon la fantaisie, selon le ton des sociétés , et que rien ne partant plus des principes, tout serait devenu arbitraire dtns l'exposé des laits et dans les jugements de> choses, le même jour donnerait au mémeobjet l'empreinte de l'estime DU l'affiche du ridicule; le seul cachet de la vérité serait uns osi^. Ce renversement, cette transposition de tons les titres, celle incertitude des réputations, cette eonfnsian de toutes les idées, passant nécessairement dans t> manière
de les rendre , les expressions les plus claires ne signifieraient plus rien de décidé pour rbomme impartial, qui ne saurait plus quevàroire de ce qa*il entend, ni se démêler des gazes plus ou moins transparentes de la fausseté; et, s'il est permis de môler à ces tristes images un trait moins grave, qui tranchera le ridicule de la position où le Donvean langage mettrait l'homme raisonnable que je suppose, il ne serait pas mal pour lui que, dans ses diflerenles visites, il trouvât d'abord chez le suisse le bulletin du jour, et le signalement de la maitresse de la maison.
Alors donc la langue de la raison et de la décence, corrompue, avilie, profenée, et n'ayant plus à rendre que des idées fieiusses ou basses , serait condamnée à parer tout au plus de quelques ineptes gentillesses cette trivialité de langage qui gagnerait le peuple de tous les rangs; les moindres défauts de la langue seraient d'être devenue £uble, incertaine, entortillée, énigmatique, maniérée. Pour n'offrir qu'un exemple au hasard de ce qui pourrait arriver en ce genre , dire tout simplement alors un honnête homme, cela serait presque passé de mode, soit qu'il fût trop bourgeois de l'être, »u trop plat de prononcer ce nom; mais, comoie
DE GEESSET. 3i5
-ate de pudeur inTolontaire doDl la dériie vice même De peuvent se défain «m t conterrer uiw nuance de lu dtnoniiiit* ique, on entendrait dire partout d'im ton ux et faux : c'eil un hanunf honnête , nue cnaturt; et quelle bounèteté! des cœurs ïami>per6des, de bas protégés, desvileb les ordres, des bommei tarés, des fenuneu >, tout ce monde elumnanl, tSreii\, ToOà
que l'on entendrait nommer partout J« nitti créatura!
enfin, si cette honteuse époque pouTaît .. )i l'on y toucbait... si même— Au reste, utea les suppositions , cette baxseue de
ce comble de la dcraiBoa , cette absurde rpbose des idées , ce vil travestissemeot ige, n'étendraient point leur extravagance opprobre sur le corps de la nation; le seul ait qu'au milieu d'une nalion vertueuse, , généreuse, aimable, eldanslaquenetoui ictère* firançaii se perpétuent sans dtéra-
eiisle et circule une foule d'élres manens uns principes , udi caractère , et iulu uDm de leur patrie, peuple mélangé de ■gants, d'iuDcanlei et noires, d'intectea do-
rés, de chenilles et d'espèces n'ayant c(ue rintérèt pour esprit, la fausseté pour langage, et la soif de For pour existence. A ce malheur trop réel se joindi'ait le triste ridicule de tout cet autre petit peuple pomponné, moitié en toupets à la grecque et moitic à plumes flottantes, tumultueux essaim de fireluquets lourds et de suffisantes péronnelles ; peuple prétendu charmant, jouant Yesprit sans avoir le sens commun , chantant faux par les chemins, imaginant partout donner le ton qui n'est pris que par les vieux enfants, croyant faire rornement et le bonheur de la terre dont il n*est que le fardeau et Tennuif préférant les bons airs aux bonnes mceurs, affichant rindécence, voué à la fausseté, et n'ayant d'ailleurs pour bourdonner tout le jour que quelques vagues expressions toujours les mêmes, quelques petites tournures répétées, comme les serinettes n'ont pour tout mérite qu'un très «petit nombre d'airs, qui peuvent plaire un instant, mais qui ennuient à la reprise.
Quoi qu'il eu soit, protestons, du moins par goût et par devoir, protestons sous les voûtés de ce palais, au nom de la langue française , contre toute violation de sa pureté, toute dégradation de sa noblesse, et toute métamorphose de sa parure
nalureltc et diimbU en clinquants cphùmère» et en pompons bientôt flclrïs.
Réparons ses perles réellei, s'il cat possibit; «t si, pour nous dcbire de ses nuisibles Bcquisitious en mots et en touruures nous ne pouvons pas IrOf nous en lier à 11 mode, qui eo les anéantissant HOU» en ramènerait bi entât d'autres du même ton, delà même nécessité; si le pouToir littéraire qui nous est confié ne peut s'élendre sur ces salous où Vou ramage, sur ces loîleltes oii l'on déraisonne, sar en jardins publics où Ton pérore avec tant de vérite, sur ces soupers fins où l'on biille avec tant d'esprit; que du moins nos écrits, et ceui de* jeunes auteura l'espéraitce de l'Académie, 'que nos écrits, toujours purs, francs, et sains, au milieu de la conla^oo, soient des digues au mauTais goâl, des barrièrea insurmontables à l'inTasiou du mauvais stjle, aÏDÙ qu'au dépérissement de U raison et à U décadence, des mœurs.
Que l'Europe littéraire puisse connaître notre rédamation contre l'abus des termes t Tous les étrangers qui étudioil Dolrt langne , devenue celle de loulea les cours de l'Europe, apprendront par celte protestation, toute laiUe qu'elle cit, quel'Académie fran^jaise n'adiqite rien du moderne jai^on.
Au milieu des proscriptions nécessaires , que ne pouvons-nous du moins enrichir quelquefois le dictionnaire de la France par de nouvelles expressions du genre de deux termes modernes qui honorent la raison et la patrie! le premier est le terme de BoiTHOifiB; puisse ce nom seosiUe et cher resté dans notre langue, revenir dans nos mœurs ! Soyons moins sublimes , nous serons plus heureux ; soyons Français, soyons nous-mêmes : abandonnons la ri* dicule manie de porter sur les bords de la Seine Tuniforme de la l^mise, et que des modèles ne se rabaissent plus à n'être que des copistes. Puissionsnous du sein de ces nuages voir renaître et rayonner cette vérité de Famé , cette]francbise nationale, et cette bonne gaité française, qui, fuyant toujours les glaces de l'importance, Tair nébuleux de Tintrigue , et les sombres vapeurs des gens à prétentions, ne brille que pour les cœurs vrais, les gens aimables, les bonnes gens! Le titre de BoirHoiin ne peut être une injure que pour la médiocrité* lisez, consultez tous les temps, les hommes vraiment estimables, les gens illustres à juste titre, et, dans tous les genres, les hommes de génie ont toujours été de bonnes gens.
Un autre terme également cher au langage du
mrm
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coEur et l'eipresuon de h (élldié publique, c'est le terme attendrissant de iiinriUÀncE. Si ce mol u'exiitait point déjà daiii l'usage de notre Ungue, il taadrait ie créer aujourd'hui pour pouvoir bîeo exprimer le régoe auguste et fortuné qui commence, et pour peindre d'un trait la se sur le trine et les gracescouroiuiéc
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