‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 114 sur 115 · Théodote-, avec un habit austère, a un visage · texte numérisé non relu

Théodote-, avec un habit austère, a un visage

habitation ou Louvois avoit fait des dépenses royales, et tenoit une cour Je monarque.

1 // part de la main : expression figurée, empruntée au style de manci^e , pour dire : il part en courant , comme un cheval lancé au çalop.

* Les clefs nomment l'abbé de Choisy. En effet, la double qualité de courtisan et d'auteur semble lui convenir assez particulièrement , et le reste du portrait s'accordiassez avec l'idée qu'on a conservée de lui.

comi.iuc et d'un homme qui entre sur la scet.c : sa voix, sa démarche, sonccsle, sou atiilude, accompagncnl son visage. Il est du, cauteleux, doucereux, mystérieux; il s'approche de vous, et il vous dit à l'oreille : Voilà un beau temps; voilà un grand dégel. S'il n'a pas les grandes manières, il a du moins toutes les petites, et celles même fpii ne conviennent guère qu'à une jeune précieuse. Imaginez-vous l'application d'un enfant à élever un château de canes , ou à se saisir d'un papilloD : c'est celle de Théodoie pour une affaire de rien , et qui ne mérite pas qu'on s'en remue : il la traite sérieusement, et comme quelque chose qui est capital; il agit, il s'emi)resse, il la fait réussir : le voilù qui respire et <|ui se repose, et il a raison : elle lui a coulé beaucoup de peine. L'on voit des gens enivres, ensorcelés de la faveur : ils y pensent le jour, ils y rêvent la iiuit; ils montent l'escalier d'un ministre, et ils en descendent; ils sortent de son antichambre, et ils y rentrent; ils n'ont rien i lui dire, et ils lui parlent; ils lui parlent une seconde fois : les voilà contents, ils lui ont parlé. Pressezles, tordez-les, ils dégouttent l'orgueil, l'arrogance, la présomption : vous leur adressez la parole, ils ne vous répondent point, ils ne vous connoissent point , ils ont les yeux égarés et l'esprit aliéné : c'est à leurs parents à en prendre soin et à les renfermer, de peur que leur folie ne devienne furctir.

et que le monde n'en souffre. Théodote a une plus douce manie : il aime la faveur éperJument ; mais sa passion a moins d'éclat : il lui fait des vœux en secret, il la cultive, il la sert mystérieusement; il est au guet et à la découverte sur tout ce qui paroît de nouveau avec les livrées de la faveur : ont-ils une prétention, il s'offre à eux, il s'intrigue pour eux, il leur sacrifie sourdement mérite, alliance, amitié, engagement, reconnoissance. Si la place d'un Cas- SINI devenoit vacante, et que le suisse ou le postillon du favori s'avisât de la demander, il appuieroit sa demande, il le jiigeroit digne de celle place, il le trouvcroit capable d'observer et de calculer, de parler de |)arelies et de paralbixes. .Si vous demandiez de Théodote s'il est auteur ou plagiaire, original ou copiste, je vous donnerois ses ouvrages, et je vous dirois : « Lisez, et jugez. >? Mais, s'il est dévot ou courtisan, qui pourroit le décider sur le portrait que j'en viens de faire? Je pi-onouccrai plus hardiment sur son étoile. Oui, Théodote, j'ai observé le point de votre naissance; vous serez placé, et bientôt: ne ^veillez plus, n'imprimez plus; le public vous demande quar'ier.

62. N'espérez plus de candeur, de fjanchise, d'équité, de bons offices, de services, de bienveillance, de générosité, de fermeté, dans un homme •qui s'est depuis quelque temps livré à la cour, et qui secrétcnieut veut sa fortune. Le reconnoissez-

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vous à son visage, à ses entreliens? Il ne nomme ])liis chaque chose par son nom : il n'y a plus pour lui de fripons, de fourbes, de sots, et d'impertinents : celui dont il lui échapperoit de dire ce qu'il en ])cnse est celui-là même qui, venant ù le savoir, l'enipécheroit de cheminer; pensant mal de tout le momie, il n'en die de personne; ne voulant du bien qu'à lui seul, il veut persuader qu'il en veut à tous, afin que tous lui en fassent, ou que nul du moins lui soit contraire. Non content de n'être pas sincère, il ne souffre pas que personne le soit; la vérité blesse son oreille : il est froid et indifférent sur les observations que l'on fait sur la cour et sur le courtisan; et, parce qu'il les a entendues, il s'en croit complice et responsable. Tyran de la société et martyr de son ambition, il a une triste circonspection dans sa conduite et dans ses discours, une raillerie innocente, mais froide et contrainte, un ris forcé, des caresses contrefaites, une conversation interrompue , et des distractions fréquentes. Il a une profusion , le dirai-je? des torrents de louanges pour ce qu'a fait ou ce qu'a dit un homme placé et qui est en faveur, et pour tout autre une séclieresse de pulmonique ; il a des formules de compliments différents pour l'entrée et pour la sortie à l'égard de ceux qu'il visite ou dont il est visité; et il n'y a personne de ceux qui se payent de mines et de façons de parler qui ne sorte

d'avec lui fort satisfait. Il vise égalenienl à se faire des patrons et des créatures : il est médiateur , confident, entremetteur, il veut gouverner. Il a une ferveur de novice pour toutes les petites pratiques de cour; il sait où il faut se placer pour être vu; il sait vous embrasser, prendre part à votre joie, vous faire coup sur coup des questions empressées sur votre'santé, sur vos affaires; et, pendant que vous lui répondez, il perd le fil de sa curiosité, vous interrompt, entame un autre sujet; ou, s'il survient[quelqu'un à qui il doive un discours tout différent, il sait, en achevant de vous congratuler, lui faire un compliment de condoléance; il pleure d'un œil, et il rit de l'autre. Se formant quelquefois sur les ministres ou [sur le favori, il parle en public de choses frivoles, du vent, de la gelée : il se tait au contraire, et fait le mystérieux, sur ce qu'il sait de plus important, et plus volontiers encore sur ce qu'il ne sait point.

63. Il y a un pays' oîi les joies sont visibles, mais fausses , et les chagrins cachés, mais réels. Qui croiroit que l'empressement pour les spectacles, que les éclats et les applaudissements aux théâtres de Molière et d'Arlequin, les repas, la chasse, les ballets , les carrousels , couvrissent tant d'inquiétudes, de soins et de divers intérêts, tant de

' La cour.

craintes et d'espérances, des passions si vives, et

des affaires si sérieuses?

64. La vie de la cour est un jeu sérieux , méiancoliquc , qui appllfjuc : il faut arranger ses pièces et ses batteries, avoir un dessein, le suivre, parer celui de son adversaire, hasarder quehjuefois , et jouer de caprice; et après toutes ses rêveries et toutes ses mesures, on est échec, quelquefois mal. Souvent , avec des pions <|u'on ménage bien , on va à dame, et l'on gagne la partie : le plus habile l'emporte, ou le plus heureux.

65. Les roues, les ressorts, les mouvements, sont cachés; rien ue paroît d'une montre que son aiguille, qui insensiblement s'avance et achève son tour : image du courtisan d'autant plus parfaite, qu'après avoir fait assez de chemin, il revient souvent au même point d'où il est parti.

66. " Les deux tiers de ma vie sont écoulés ; pourquoi tant m inquiéter sur ce qui m'en reste? La plus brillante fortune ne mérite point ni le tourment que je me donne , ni les petitesses où je me surprends, ni les humiliations, ni les hontes que j'essuie : trente années détruiront ces colosses de puissance qu'on ne voyoit bien qu'à force de lever la tête; nous disparoîirons, moi qui suis si peu de chose, et ceux que je contemplois si avidement, et de qui j'espérois toute ma grandeur : le meilleur de tous les biens , s'il y a des biens , c'est le repos ,

la rcfraile, et un endroit qui soit son domaine.» N'* a pense cela dans sa disgrâce, et l'a oublié dans la prospérité.

67. Un noble , s'il vil chez lui dans sa province , il vit libre, mais sans u|)pui; s'il vit à la cour, il est protégé, mais il est esclave : cela se compense.

68. Xanlippe , au fond de sa province, sous un vieux toit, et dans un mauvais lit, a rêvé pendant la nuit, qu'il voyoit le prince, qu'il lui parloit, et qu'il en ressentoit une extrême joie : il a été Irisie à son réveil; il a coulé son songe, et il a dit : «Quelles chimères ne tombent point dans l'esprit des hommes pendant qu'ils dorment ! » Xanlippe a continué de vivre : il est venu à la cour, il a vu le prince, il lui a parlé; et il a clé plus loin que son songe, il est favori.

G9. Qui est plus esclave qu'un courtisan assidu , si ce n'est un courtisan plus assidu?

70. L'esclave n'a qu'un maîiro; l'ambitieux en a autant qu'il y a de gens miles à sa fortune.

71. Mille gens à peine connus font la foule au lever pour être viis^du prince , qni n'en sauroit voir mille à la fois; et, s'il ne voit aujourd'hui que ceux qu'il vit hier et qu'il verra demain, combien de malheureux !

72. De tous ceux qui s'empressent auprès des grands et qni leur font la cour, un petit nombre les honore dans le cœur, un grand nombre les rc-

cherche par des vues d'ambition et d'inlérét, ua phis grand nombre par une ridicule vanité ou par une sotte impatience de se faire voir.

73. Il y a de certaines familles qui , par les lois du monde , ou ce qu'on appelle de la bienséance, doivent être irréconciliables. Les voilà réunies; et où la religion a échoué quand elle a voulu l'entreprendre, l'intcrct s'en joue, et le fait sans peine.

74. L'on parle d'une région ' où les vieillards sont galants, polis, et civils, les jeunes gens au contraire durs, féroces, sans mœurs ni politesse : ils se trouvent affranchis de la passion des femmes dans un âge où l'on commence ailleurs à la sentir; ils leur préfèrent des repas, des viandes, et des amours ridicules. Celui-là chez eux est sobre et modéré, qui ne s'enivre que de vin : l'usage trop fréquent qu'ils en ont fait le leur a rendu insipide. Ils cherchent à réveiller leur goût déjà éteint par des eaux-de-vic, et par toutes les li([ueurs les plus violentes : il ne manque à leur débauche que de boire de l'eau-forie. Les femmes du pays précipitent le déclin de leur beauté par des artifices qu'elles croient servir à les rendre belles : leur coutume est de peindre leurs lèvres, leurs joues, leurs sourcils, et leurs épaules, qu'elles étalent avec leur gorge, leurs bras, et leurs oreilles,

1 La cour.

comme si elles craignoient de cacher l'endroit par où elles pourroient plaire, ou de ne pas se montrer assez. Ceux qui habitent cette contrée ont une physionomie qui n'est pas nette, mais confuse, embarrassée dans une épaisseur de cheveus étrangers qu'ils préfèrent aux naturels, et dont ils font un long tissu pour couvrir leur tête : il descend à la moitié du corps, change les traits, et empêche qu'on ne connoisse les hommes à leur visage. Ces peuples d'ailleurs ont leur dieu et leur roi : les grands de la nation s'assemblent tous les jours, à une certaine heure, dans un temple qu'ils nomment église; il y a au fond de ce temple un autel consacré à leur dieu , oîi un prêtre célèbre des mystères qu'ils appellent saints, sacrés, et redoutables ; les grands forment un vaste cercle au pied de cet autel, et paroissent debout, le dos tourné directement aux prêtres et aux saints mystères, et les faces élevées vers leur roi , que l'on voit à genoux sur une tribune, et à qui ils semblent avoir tout l'esprit ef tout le cœur appliqué. On ne laisse pas de voir dans cet usage une espèce de subordination ; car ce peuple paroît adorer le prince, et le prince adorer Dieu. Les geus du pays le nomment *** ' ; il est à quelque quarante-huit

' La Bruyère ayant parlé de la cour en style de relation, et comme d'un pays lointain et inconnu, il y a eu quelque

m DE LA COUU.

tlcjrés {l'élévation du pôle, et à plus de onze cents

lieues de mer des Iror[iiois et des Hurons.

75. Qui considérera rjue le visage du prince fait toute la félicité du courtisan, qu'il s'occupe et se remplit pendant toute sa vie de le voir et d'en être vu, comprendra un peu comment voir Dieu peut faire toute la gloire et tout le bonheur des saints.

76. Les grands seigneurs sont pleins d'égards pour les princes; c'est leur affaire, ils ont des inférieurs. Les j)ctits courtisans se relâchent sur ces devoirs, fout les familiers, et vivent comme gens qui u'ont d'exemples à donner à personne.

77. Que mancpip-i-il de nos jours à la jeunesse? Elle petit, et elle sait; ou du moins quand elle sauroit autant qu'elle peut, elle ne seroit pas plus décisive.

78. Foibles hommes! un grand dit de Timayène, votre ami, qu il est un sot, et il se trompe. Je ne demande pas que tous répliquiez qu'il est homme d'esprit; osez seulement penser qu'il n'est pas un sot.

De même il prononce d'Ipliicratc qu'il nianque de cœur; vous lui avez vu faire une belle action : rassurez-vous, je vous dispense de la raconter,

sottise delà part des éditeurs modernes à écrire en toutes lettres le nom de Versailles : c'étoit d'un seul mot anéantir tout l'esprit du passage.

pourvu qu'après ce (jue vous venez d'cutcndrc vous vous souveniez encore de la lui avoir vu faire.

79. Qui sait parler aux rois, c'est peut-être où se termine toute la prudence et toute la souplesse du courtisan. Une parole échappe, et elle tombe de l'oreille du prince bien avant dans sa mémoire, et quelquefois jusque dans son cœur : il est impossible de la ravoir; tous les soins que l'on prend et toute l'adresse dont on use pour l'expliquer ou pour l'affoiblir servent à la graver plus profondémeut et à l'enfoncer davantage. Si ce u'est que contre nous-mêmes que nous ayons parlé , outre i|ue ce malheur n'est pas ordinaire, il y a encore un prompt remède, qui est de nous instruire par notre faute, et de souffrir la peine de notre légèreté ; mais, si c'est contre quelque autre, quel abattement! quel repentir! Y a-t-il une règle plus utile contre un si dangereux inconvénient, que de parler des autres au souverain, de leurs personnes, de leurs ouvrages, de leurs actions, de leurs mœurs, ou de leur conduite, du moins avec l'attention, les précautions, et les mesures dont on parle de soi?

80. « Diseurs de bons mots, mauvais caractère : » je le dirois, s'il n'avoit été dit'. Ceux qui nuisent à la réputation ou à la fortune des autres, plutôt

' Pascal, Pensées, première partie, art. IX, 22, t. I''"^, p. 182, édition Lefèvre et Biière; 1824, in-32.)

que de perdre tin bon mot, mcritent une peine infamante : cela n'a pas été dit, et je l'ose dire.

81. Il y a un certain nombre de phrases toutes faites que l'on prend comme dans un magasin, et dont l'on se sert pour se fi'licitcr les uns les autres sur les événenjcnis. Bien qu'elles se disent souvent sans affection, et qu'elles soient reçues sans reconnoissance , il n'est ]>as permis avec cela de les omettre, parce que du moins elles sont l'imaje de ce qu'il y a au monde de meilleur, qui est l'amitié, et que les hommes, ne pouvant guère compter les uns sur les autres pour la réalité, semblent être convenus entre eux de se contenter des apparences.

82. Avec cinq ou six termes de l'art, et rien de plus, l'on se donne pour connoisseur en musique, en tableaux, en bâtiments et en bonne chère : l'on croit avoir plus de plaisir qu'un autre à entendre, à voir et à manger ; l'on impose à ses semblables , et l'on se trompe soi-même.

83. La cour n'est jamais dénuée d'un certain nombre de gens en qui l'usage du monde, la politesse ou la fortune, tiennent lieu d'esprit, et suppléent au mérite. Ils savent entrer et sortir; ils se tirent de la conversation en ne s'y mêlant point; ils plaisent à force de se taire, et se rendent importants par un silence longtemps soutenu, ou tout au plus par quelques monosyllabes; ils payent de mines, d'une inflexion de voix, d'un geste, et d'un

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sourire : ils n'ont pas, si je l'ose dire, deux pouces de profondeur; si vous les enfoncez, vous rencontrez le tuf.

84. Il y a des gens à qui la faveur arrive comme un accident; ils en sont les premiers surpris et consternés. Ils se recounoisseiit enfin , et se trouvent dignes de leur étoile; et comme si la stupidité et la fortune étoient deux choses incompatibles, ou qu'il fût impossible d'être heureux et sot tout à la fois, ils se croient de l'esprit; ils hasardent, que dis-je? ils ont la confiance de parler en toute rencontre , et sur quelque matière qui puisse s'offrir, et sans nul discernement des personnes qui les écoutent. Ajouterai-je qu'ils épouvantent ou qu'ils donnent le dernier dégoût par leur fatuité et par leurs fadaises? Il est vrai du moins qu'ils déshonorent sans ressource ceux qui ont quelque part au hasard de leur élévation.

85. Comment nommerai-je cette sorte de gens qui ne sont fins que pour les sots?Je sais du moins que les habiles les confondent avec ceux qu'ils savent tromper.

C'est avoir fait un grand pas dans la finesse que de faire penser de soi que l'on n'est que médiocrement fin '.

• La Rochefoucauld exprime la même pensée quand il dit : « C'est une (jrande habileté que de savoir cacher son habiletc. • [Ma.\:ime 245.)

» La liiicssc iicsl ni une trop bonne ni une troj»

mauvaise qualité; elle flotte entre le vice et la

venu. Il n'y a point tic rencontre où elle ne puisse,

et peut-être où elle ne doive , cire suppléée par la

prudence.

La finesse est l'occasion prochaine de la fourberie ; de l'une à lauire le pas est glissant : le mensonge seul en fait la différence; si on l'ajoiiie .'. la finesse, c'est fourberie.

Avec les gens ijui par finesse écoutent tout, et parlent peu, parlez encore moins; ou, si vous parlez beaucoup, dites peu de chose.

86. Vous dépendez, dans une affaire qui est juste et importante, du consentement de deux personnes. L'un vous dit : • J'y donne les mains, pourvu qu'un tel y condescende; .. et ce tel y condescend, et ne désire plus que d'être assuré des intentions de l'autre. Cependant rien n'avance : les mois, leannées, s'écoulent inutilement : "Je m'y perds, dites-vous, et je n'y comprends rien : il ne s agit que de faire qu'ils s'abouchent, et qu'ils se parlent. " Je vous dis , moi , que j'y vois clair, et que j'y comprends tout : ils se sont parlé.

87. Il me semble que qui sollicite pour les autres a la confiance d'un homme qui demande justice, et qu'en parlant ou en agissant pour soi-même on a l'embarras et la pudeur de celui qui demande grâce.

88. Si ion ne se précautionne ;i la cour contre les plegcs que l'on y tend sans cesse pour faire tomber dans le ridicule, l'on est étonné, avec tout son esprit, de se trouver la dupe de plus sots que soi.

89. Il y a quelques renconlres dans la vie où la vérité et la simplicité sont le meilleur manège du monde '.

90. Etes-vous en faveur, tout manège est bon, vous ne faites point de fautes, tous les chemins vous mènent au terme- : autrement tout est faute, rien n'est utile, il n'y a point de sentier qui ne vous égare.

91. Un homme qui a vécu dans l'intrigue un certain temps ne peut plus s'en passer : toute autre vie pour lui est languissante.

92. Il faut avoir de l'esprit pour être homme de cabale : l'on peut cependant en avoir à un certain point que l'on est au-dessus de l'intrigue et de la cabale, et que l'on ne sauroit s'y assujettir; l'on va alors à une grande fortune ou à une haute réputation par d'autres chemins.

I " Il est difficile de juger si un procédé net, sincère et honnête est un effet de probité ou d'habileté. » (L\ RocnE- FoiTCvL'LD, Maxime 170.)

* « La fortune tourne tout .î l'avantage de ceux qu'elle favorise. » ILx. RocnEFOucAULo, Maxime CO.)

93. Avec un esprit sublime, une doctrine universelle, une probité à toutes épreuves, et un mérite très-accompli, n'appréhendez pas, ô Aristide, «le tomber à la cour ou de perdre la faveur des grands, pendant tout le temps qu'ils auront besoin de vous.

94. Qu'un favori s'observe de fort près; car, s'il me fait moins attendre dans son antichambre (ju'à l'ordinaire, s'il a le visage plus ouvert, s'il fronce moins le sourcil, s'il m'écoute plus volontiers, et s'il me reconduit un peu plus loin, je penserai qu'il commence ù tomber, et je penserai vrai.

L'homme a bien peu de ressources dans soimême, puisqu'il lui faut une disgrâce ou une mortification pour le rendre plus humain, plus traitable, moins féroce , plus honnête homme.

95. L'on contemple dans les cours de certaines gens, et l'on voit bien à leurs discours et à toute leur conduite qu'ils ne songent ni à leurs grandspères ni ;i leurs petiis-Bls : le présent est pour eux ; ils n'en jouissent pas, ils en abusent.

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