Jeunesse du prince, source des belles fortunes
56. Timante, toujours le même , et sans rien perdre de ce mériie qui lui a attiré la première fois de la rcpuiacion et des recompenses, ne laissoil pas de dégénérer dans l'esprit des courtisans : ils éloient las de Icslimer, ils le saluoient froidement, ils ne lui sourioient plus; ils commeiiçoient à ne le plus joindre, ils ne l'embrassoient plus, ils ne le tiroient plus à l'écart pour lui parler mystérieusement d'une chose indifferciiie , ils n'avoient plus rien à lui dire. 11 lui fnlloit celte pension ou ce nouveau poste dont il vient d élre honoré pour faire revivre ses vertus à demi effacées de leur mémoire, et en rafraîchir l'idée : ils lui font comme dans les commencements, et encore niieiiît.
57. Que d'amis, que de parents naissent en une nuit au nouveau ministre! Les uns fout valoir leurs anciennes liaisons, leur société d'études, les droits du voisinage ; les autres feuilletient leur généalogie, remontent jusqu'à un trisaïeul, rappellent le côté paternel ei le maternel : l'on veut tenir à cet homme par quelque endroit, et l'on dit plusieurs fois le jour que l'on y tient; on l'imprimeroit volontiers;
C'est mon ami, et je suis fort aise de son élévation, j'y dois prendre part, il m'est assez proche. Hommes vains et dévoués à la fortune, fades rourtisans, parliez-vous ainsi il y a huit jours? Est-il devenu depuis ce temps plus homme île bien , plus digne du choix que le prince en vient de faire? Attendiezvous celle circonstance pour le mieux connoître?
58. Ce {|ui me soutient et me rassure contre les petits dédains (jue j essuie quel<|uefois des grands et de mes égaux, c'est que je me dis à moi-même : " Ces gens n'en veulent peut-être qu à ma fortune, et ils ont raison; elle est bien petite. Ils m adoreroienl sans doute, si j étois ministre.»
Dois-je bientôt être en place? le sait-il? est-ce eu lui un pressentiment? il me prévient, il me salue.
59. Celui qui dit : Je dînai hier à Tibur, oixfy soupe ce soir, qui le répète, qui fait entrer dix fois le nom de Ptar^cus dans les moindres conversations, qui dit : Plancus^ me demandoit... Je disois à
' Dans ce passage , ajouté aux Caractères en 1692, un an après la mon de Louvois. il est difficile de ne pas reconnoître, sous le nom de PlaitcHS . ce fameux ministre, enlève par une mort si extraordinaire, qu'on crut ne pouvoir l'expliquer que par le poison, et laissant une mémoire si peu regrettée, qu'on dut être tenté île lui contester ses qualités les plus incontestables, la science dei détails, une heureuse mémoire, et jusqu'au titre d'homme sévère et laborieux. Si Plancus est Louvois, Tibur est .Meudon,
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Plancus..., celui-là même apprend dans ce moment que son héros vient d élre enlevé par une mort extraordinaire. Il pan de la main ', il rassemble le peuple dans les places ou sous les portiques, accuse le mort, décrie sa conduite, dénifjre son consulat, lui Ole jusfju'à la science des détails que la voix publique lui accorde, ne lui passe point une mémoire IiLureusc, lui refuse l'éloge d un hon)me sévère et laborieux, ne lui fait pas 1 honneur de lui croire parmi les ennemis de l'empire un ennemi.
60. Un homme de mérite se donne, je crois, un joli spectacle lorsque la même place à une assemblée, ou à un spectacle, dont il est refusé, il la voit accorder à un homme qui n'a point d'yeux pour voir, ni d'oreilles pour entendre, ni d'esprit pour connoîlre et pour juger; qui n'est recommandable que par de certaines livrées, (jue même il ne porte plus.