‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 30 sur 115 · DU GRAND PARLEUR · texte numérisé non relu

DU GRAND PARLEUR

Ce que cjiicl(|iies-uns ajjpellent babil, est proprement une intempérance de langue qui ne j)ermet pas à un homme de se taire (2). « Vous ne contez pas la chose comme elle est, dira quelqu'un de ces grands parleurs à quiconque Teut reutretenir de quehjue affaire que ce soit : j'.ii tout su; et si vous vous donnez la patience de m'écouicr, je vous apprendrai tout;» et si cet autre continue de parier : u Vous avez déjà dit cela (3) ; songez, poursuil-il, à ne rien oublier. Fort bien; cela est ainsi, car vous m'avez heureusement remis dans le fait; voyez ce que c'est que de s'entendre les uns les autres; » et ensuite : « Mais que veuxje dire? ah! j'oubliois une chose! oui, c'est cela même, et je voulois voir si vous tomberiez juste dans tout ce que j'en ai appris. » C'est par de telles ou semblables interruptions qu'il ne donne pas Je loisir à celui (|ui lui parle de respirer; et lorsqu'il a comme assassiné de son babil chacun de ceux qui ont voulu lier avec lui quelque entretien, il va se jeter dans un cercle de persoiines graves qui irai-

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lent cnseinLlc de choses sérieuses, et les met en fuite. De là il entre dans les écoles publiques et dans les lieux des exercices (4), oh il amuse les maîtres par de vaius discours, et empêche la jeunesse de profiter de leurs leçons. S il échappe à quelqu'un de dire : « Je m'en vais, » celui-ci se met à le suivre, et il ne l'abandonne point qu'il ne lait remis jusque dans sa maison (5). Si par hasard il a appris ce qui aura été dit dans une assemblée de ville, il court dans le même temps le divulguer. Il s'étend merveilleusement sur la fameuse bataille qui s'est donnée sous le gouvernement de l'orateur Aristophon (6) , comme sur le combat célèbre que ceux de Lacédémone ont livré aux Athéniens, sous la couduile de Lysandre (7). Il raconte une autre fois quels applaudissements a eus un discours qu il a fait dans le public, eu répète une grande partie, mêle dans ce récit ennuyeux des invectives contre le peuple, pendant (juc de ceux qui l'écouteut, les luis s'endorment, les autres le quittent, et que nul ne se ressouvient d'un seul mot qu'il aura dit. Un grand causeur, en un mot, s'il est sur les tribunaux, ne laisse pas la liberté de juger; il ne permet pas que l'on mange à table; et s'il se trouve au thiâire, il empêche non-scuicment d'entendre, mais même de voir les acteurs (8). On lui fait avouer ingénument qu'il ne lui est pas possible de se taire, qu'il faut que sa langue se remue dans son palais comme

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