XVI NOTICE
cules, qnil désigna dans son livre, ou qui s'y crurent désignés ^ ; il eut tous les ennemis que donne la satire, et ceux que donnent les succès : on ne le voit cependant mêlé dans aucune intrigue, engagé dans aucune querelle. Cette destinée suppose, à ce qu'il me semble, un excellent esprit, et une conduite sage et modeste.
« On me l'a dépeint, dit l'abbé d'Olivet, « comme un philosophe qui ne songeoit qu'à « vivre tranquille avec des amis et des livres; » faisant un bon choix des uns et des autres, 11 ne cherchant ni ne fuyant le plaisir, toujours « disposé à une joie modeste, et ingénieux à Il la faire naître; poli dans ses manières, et «sage dans ses discours; craignant toute sorte « d'ambition , même celle de montrer de l'es- 11 prit 2. « Ç Histoire de l'Académie françoise.)
' M. de Malezieu, à qui La Bruyère montra son livre avant de le publier, lui dit : Voilà de quoi vous attirer beaucoup de lecteurs et beaucoup d'ennemis.
* On peut ajouter à ce peu de mots sur La Bruyère ce que dit de lui Goileau, dans une lettre à Racine, sous la date du 19 mai 1687, année même de la publication des
SUR LA BKUYERE.
On conçoit aisément que le philosophe qui releva avec tant de finesse et de sagacité les
Caractères : " Jlaxiraillen m'est venu voir à Auteull, et
• m'a lu quelque chose de son Thcophraste. C'est un fort «honnête homme, el à qui il ne raanqueroit rien, si la
• nature l'avoit fait aussi ajjrcable qu'il a envie de l'être. « Du reste, il a de l'esprit, du savoir et du mérite. » Pourquoi Boileau désigne-t-il La Bruyère par le nom de ilaximilien, qu'il ne portoit pas? Etoit-ce pour faire comme La Bruyère lui-même, qui peifjnoit ses contemporains sous des noms empruntés de l'Iiisioire ancienne? Par le Théophraste de La Bruyère, Boileau entend-il sa traduction de Théophraste, ou l'ouvraçe composé par lui à l'imitation du moraliste grec? Je croirois qu'il s'agit du dernier. Boileau semhle reprocher à La Bruyère d'avoir poussé un peu plus loin qu'il ne convient l'envie d'être agréable; et, suivant ce que rapporte d'Olivet , il n'avoit aucune ambition, pas même celle de montrer de l'esprit. C'est une contradiction assez frappante entre les deux témoignages. La Bruyère, dans son ouvrage, paroît trop constamment animé du désir de produire de l'effet pour que sa conversation ne s'en ressentit pas un peu; je me rangcrois donc volontiers à l'opinion de Boileau. Ouoi qu'il en .soit, ce grand poète estimoit La Bruyère et son livre : il n'en faudroit pas d'autre preuve que ce quatrain qu'il fit pour mettre au bas de son portrait :
Tout esprit orçueilleux qui s'aime, Par mes leçons se voit guéri, El, dans ce livre si chéri, Apprend à se haïr lui-même.