D EL A BRU Y ÈRE
Suscription : A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince, à Chantilly.
1 A dater de cette époque la France possède une suite de Mémoires particuliers que nulle Histoire ne peut suppléer
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LA BRUYERE A CODE.
Monseigneur,
Je crois que Votre Altesse Sérénissime est informée que les études de Monsieur le duc de Bourbon sont fort régulières à Fontainebleau. Monsieur Sauveur travaille avec lui tous les matins , depuis dix heures jusqu'à onze; les Révérends Pères1 et moi alternativement tous les matins depuis onze heures jusqu'à midi et demi. J'ai outre cela toutes les après-dînées, où je travaille deux heures, depuis trois jusqu'à cinq, avec Son Altesse : ces aprèsdînées sont consacrées à l'histoire; et les matins, un jour à la géographie jointe aux gouvernements, l'autre jour aux généalogies et à la fahle : cela sans interruption, ainsi que Monsieur le Duc l'a ordonné. Nous parlâmes hier, dans notre entretien de l'aprèsdînée, de la bataille de Ravenne2, et ainsi nous
1 Les jésuites du Rosel et Alleaume.
2 Livrée !e II avril 1512, jour de Pâques.
voilà à la fin de la vie de Louis XII. Je lui fais toujours répeter la Flandre, l'Allemagne, la France, la Hongrie, afin qu'il retienne mieux des choses si essentielles et qu'il sache les noms par cœur. Il saura, à la fin de ce mois, les généalogies des maisons de haute Bavière, Palatine, et les deux Autriches, et ira bien avant dans les Mctamo) plioses. Il a pour tout cela une application dont je suis content, qui va encore s'accroître par le désir qu'a Son Altesse Monsieur le Duc1 de lui faire répéter de temps en temps : la nécessité de rendre compte l'intéressera beaucoup à bien étudier et me sera de quelque soulagement. Je suis, avec tout le respect que je dois,
Monseigneur,
de Votre Altesse Sérénissime, le très-humble et très-obéissant serviteur,
Delabruyère.
Suscription : A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince, à Paris.
1 Monsieur le Duc était Henri-Jules de Bourbon . père «le l'élève de La Bruyère.
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IA BRUYERE A COXDE.
Ce jeudi 8 novembre 1685, à Fontainebleau.
Monse
Je dispose Monsieur le duc de Bourbon ci pouvoir vous rendre compte, à votre retour à Versailles, de toute la vie de Louis XII , dont je lui fais une répétition qui sera terminée à peu près dans le temps que l'on partira de Fontainebleau. Je me trouve toujours obligé à repasser par les endroits de la carte qu'il a déjà vus et qui sont les plus indispensables à savoir, à faire la même cbose de ce que l'on a appelé gouvernements, et ainsi des généalogies : je ne vois point d'autre moyen de lui rendre tout cela propre et familier. La fable avance assez, et il la retient avec la facilité ordinaire. Je lui ferai revoir à Versailles quelque cbose du blason, les principes et la pratique : j'ai peur qu'il ne l'ait un peu oublié. Il apprend par cœur ce qu'il a
intérêt de mieux savoir dans tomes ses différentes études. Elles sont interrompues par la chasse du loup, les autres chasses, et par les plaisirs de la cour; je dois seulement assurer Votre Altesse que le temps que nous avons libre est utilement employé, et que je réveille l'attention de Monsieur le duc de Bourbon par tout ce que je puis , et que j'en suis assez content. Je suis avec un profond respect,
Monseigneur,
de Votre Altesse Sérénissime, le très-humble et très-ohéissant serviteur,
Délabre y ère.
Suscription : A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince, à Chantilly, et dune autre main : Monsieur de La Bruyère.
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Hier dimanche, à six heures du soir, Madame la Duchesse envoya quérir Monsieur le duc de Bour-
bon; il entra dans son cabinet au château1, je l'accompagnai; je lui fis rendre compte de la généalogie de François Ier, et comment il avoit succédé à Louis XII , quelles prétentions il avoit sur le duché de Milan contre la famille des Sforces usurpateurs, son entreprise sur le Milanez, le passage des Alpes, l'opposition des Suisses, la surprise de Villefrance -, où étoit Prosper Colonne avec les troupes du Pape, tout le détail de la bataille de Marignan , les fruits de cette victoire, l'abouchement du Roi avec Léon X, la mort de l'empereur Maximilien, les brigues de François Ier et de Charles3, roi d'Espagne, pour être élevés à l'Empire, les fautes du premier dans le cours de la négociation , les motifs et les raisons des électeurs et des princes allemands pour l'exclure et lui préférer Charles-Quint. Voilà, Monseigneur, les choses sur lesquelles j'interrogeai Monsieur le duc de Bourbon, qui répondit fort bien à tout, en bons termes, parla bien trois petits quarts d'heure de suite avec beaucoup de netteté et de jugement. Madame la Duchesse lui fit de son côté quelques questions auxquelles il satisfit sans hésiter. Je crois que Son
1 Versailles. Monsieur le Duc et Madame la Duchesse y avaient un appartement.
2 Villafranca, en Piémont.
3 Charles V.
Altesse vous a mandé qu'elle est contente Je lui et de ses réponses. Cela s'est passé sérieusement dans le cabinet, où il n'y avoit personne que Leurs Altesses et moi. Madame la Duchesse a remis la partie à dimanche prochain , dont j'ai une fort grande joie. Cela me fait souvenir des projets de Chantilly. Il faut, Monseigneur, persévérer dans cette méthode, si Votre Altesse veut absolument que Monsieur le duc de Bourbon soit savant : il le deviendra par là , et sans cela jamais. Quand vous m'aurez donné la permission de vous rendre compte des études de Madame la duchesse de Bourbon, je le ferai avec la même exactitude. Je me fais un devoir étroit et un sensible plaisir de les avancer tous deux. Je suis très-respectueusement,
Monseigneur ,
de Votre Altesse Sérénissime, le très-humble et très-obéissant serviteur,
Del ABRUYÈR E.
Lundi au soir, [7 janvier 1686] ', à Versailles.
Suscription : A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince, à Chantilly, et d'une autre main : Monsieur de La Bruyère, 7 janvier 1686.
1 La présente lettre, datée de Fontainebleau, est, comme
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LA BRUYERE A COXDE.
Ce lundi 14 janvier 1686, à Versailles.
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La repétition fut hier continue'e dans le cabinet de Madame la Duchesse et en sa présence. Tout se passa comme la dernière fois, c'est-à-dire fort bien, avec netteté et une grande mémoire. Il rendit compte de la jalousie de François Ier sur l'élévation de Charles-Quint à l'Empire; de sa conférence avec Henri VIII entre Ardres et Guynes ; de celle de l'Empereur avec le même Henri VIII en Angleterre; le résultat des deux conférences; de la ligue que fit le roi de France avec Léon X , de sa
celle-ci, adressée à Chantilly. Durant une partie des mois de novembre et de décembre 16S5, Condé était venu à Versailles: cette circonstance explique l'interruption de la correspondance de La Bruyère pendant le séjour de Monsieur le Prince.
rupture avec Charles-Quint, qui éclata par l'entreprise sur la Navarre et par la protection qu'il donna à Robert de la Marck; de la médiation du roi d'Angleterre pour prévenir une guerre entre les deux nations; de la mort du cardinal Bibiena, ami de François Ier et ministre de Léon X, suivie d'une rupture entière entre le Roi et le Pontife; de la nouvelle liaison de ce dernier avec l'Empereur, et des préparatifs de guerre en France et en Allemagne; de la conférence de Calais entre les plénipotentiaires des deux nations, ménagée par les soins d'Henri VIII, toujours médiateur; de son inutilité. Son Altesse Sérénissime expliqua toutes ces choses avec beaucoup d'exactitude, quoiqu'il y entre bien des intrigues et du cabinet. Il satisfit encore à des questions que lui fit Madame la Duchesse. Dimanche prochain, il rendra compte de la géographie et des autres études avec l'histoire. Je suis avec tout le respect que je dois,
Monseigneur,
de Votre Altesse Sérénissime, le très-humble et très-obéissant serviteur,
Delabruyère.
Suscription : A Son Altesse Sérénissime Monsei-
qneur le Prince; et d'une autre main : Monsieur de la Bruyère, 1-4 janvier 1686 l.
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LA BRUYERE A COSDE.
Ce dimanche 27 janvier (686, à Versailles.
Monseigneur,
Un voyage de Madame la Duchesse à Paris Ht que Monsieur le duc de Bourbon ne rendit point compte il y a aujourd'hui huit jours. Il s'en est acquitté cette après-dînée, et comme il lui falloit parler des leçons sur l'histoire de quinze jours
1 Monseigneur le duc d'Aumale possède l'autographe d'une lettre écrite le même jour, 14 janvier 1686, à Monseigneur le Prince à Chantilly. Cette lettre, dictée par Madame de Langeron , dame d'honneur de Madame la duchesse de Bourbon, ne pouvait être admise parmi celles de La Bruyère, qui, dans cette circonstance, a simplement servi de secrétaire à Madame de Langeron , alors assez -sérieusement indisposée pour ne pouvoir pas écrire.
entiers, et que la traite étant un peu longue, il étoit moins ferme qu'à l'ordinaire, j'ai remis l'histoire à dimanche prochain, dans le dessein de repasser les quatre derniers jours de cette semaine sur ce qu'il a vu ces derniers quinze jours , et de lui faire voir peu de choses nouvelles d'ici à la première répétition. Il a donc aujourd'hui rendu compte de la géographie, et parcouru tout le Rhin depuis sa source jusqu'à la mer, tous les Etats1 qu'il coupe ou qu'il traverse, les villes situées sur ce fleuve, les différentes rivières qui s'y jettent, et les villes qui y sont assises depuis leur source jusques au Rhin, les divers canaux que forme le Rhin, leurs noms, ceux des villes qui sont situées sur ces canaux, et comme ce grand fleuve dégéuère en un petit ruisseau au-dessus de Leyden avant de se perdre dans la mer : voila ce dont il a rendu compte assez hieu à mon gré, vu la grande mémoire qu'il faut pour arranger tant de noms et les mettre chacun dans leur ordre. Il aime peu à apprendre par cœur. Il me faut pour le réduire une mutinerie qui ne se comprend pas sans l'avoir vue. Son Altesse a hesoiu que vous lui déclariez, Monseigneur, que vous voulez très-absolument qu'il sache très-
1 La Bruyère avait d'abord écrit : toute'! les provinces; à ces trois mots qu'il a rayés, il a substitué tous />>« Etats.
bien la géographie : cela peut-être nie soulagera. Je suis avec un profond respect,
de Votre Altesse Sérénissime, le très-humble et très-obéissant serviteur,
D EL A BRU Y ÈIÎ E.
Suscription : A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince , à Chantilly; et d'une autre main : Monsieur de la Bruyère, 27 janvier 1686. JS'ouvelles de la dernière répétition que Monseigneur le duc de Bourbon a fait (sic) de la géographie ; qu'il est bon que Son Altesse lui témoigne quelle veut absolument qu'il sache bien la géographie.
LA BRUYERE A C O N D E .
Monseigneur,
D'autres auront mandé à Votre Altesse Sérénissime que Monsieur le duc de Bourbon se porte
fort bieu , qu'il va toutes les après-dînées au manège, où il s'exerce fort longtemps pour le carrousel *. Cela diminue un peu le temps destiné aux études, mais il n'y a point de remède : je me réduis à employer utilement auprès de Son Altesse les heures que cet exercice nous laisse , et fais choix des choses dont il a plus besoin d'être instruit, sur lesquelles j'insiste fort et ne lui fais point de quartier. Je l'ai entretenu trois différentes fois des circonstances de la bataille de Pavie, afin qu'il fût plus prêt à vous en rendre compte ; je lui fais revoir le détail des provinces de France, qu'il avoit un peu oubliées, et j'observe la même conduite sur toutes les autres études. Je suis toujours avec le même attachement et avec un profond respect.
de Voire Altesse Sérénissime, le très-humble et très-obéissant serviteur,
Delabruyère.'
Ce mardi 26 mars 1686, à Versailles.
Suscription : A Son Altesse Sérénissime Monsei-
1 Une lettre de Dangeau, en date du 4 mars 1686, nous apprend que « le Roi , avec Monseigneur et Madame la
•jneur le Prince, à Chantilly ; et d'une autre main : Monsieur de la Bruyère, 26 mars 1G86. Nouvelles des études de Monseigneur le duc de Bourbon.
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