‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 17 sur 26 · D IL AB RU Y ÈRE · texte numérisé non relu

D IL AB RU Y ÈRE

Suscription : A Son Altesse Sérénissime Monseigneur le Prince, d Chantilly ; et d'une autre main : M. de la Bruyère, A juillet 1686.

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LA BRUYERE A M E N A G E ' .

rispt 'AoolzGyioiç , Tcept AaXiaç, 7repl ÀoyoTrotaç.

Ces trois chapitres des Caractères de Théophrastc paroissent d'abord rentrer les uns dans les autres, et ne laissent pas au fond d'être très-différents. J'ai traduit le premier titre : du Diseur de rien; le second, du Grand parleur ou du Babil; et le troisième, du Débit des nouvelles 2. Il est vrai, Monsieur, que dans la traduction que j'ai faite du second de ces trois chapitres, intitulé : du Babil, je n'ai fait aucune mention des Dionysiaques, parce qu'il

1 Cette lettre, dont l'autographe fait aujourd'hui partie de la précieuse collection de M. le comte d'Hunolstein , ne porte aucune suscription qui fasse connaître à qui La Bruyère l'avait écrile; mais ayant été trouvée parmi les papiers de Ménage, recueillis par M. Tarbé , imprimeur à Sens , et vendus à sa mort , en 1849 , on en a conclu , avec une grande apparence de raison , qu'elle avait été adressée au célèbre critique.

2 Voyez tome I, p. 69; p. 90; p. 95. et note 1. p. 97.

n'en est pas dit un seul mot dans le texte; j'en parle daus celui du Diseur de rien, en grec mol 5Aoo).E<r/''aç, où ma traduction, si vous prenez la peine de la lire, doit vous paraître conforme à l'original; car étant certain que les grandes Bacchanales ou les Dionysiaques se célebroient au commencement du printemps, qui est le temps propre pour se mettre en mer, il me semble que j'ai pu traduire : II dit qu'au printemps, où commencent les Bacchanales, la mer devient navigable, d'autant plus que ces mots : ty)v 6à/aTT7.v iv. Aiovjctiwv tï).uhu.ov sTvat, peuvent fort bien signifier que la mer s'ouvroit, non pas immédiatement après que les Dionysiaques étoient passées, mais après qu'elles étoient commencées, et je crois lire ce même sens dans le commentaire de Casaubon et dans quelques autres scoliastes : de sorte, Monsieur, que je crois vous faire ici un long verbiage ou tomber moi-même dans le babil, et que vous vous êtes déjà aperçu que le chapitre où vous avez lu pour titre : du Babil ou du Grand parleur, et que vous avez pris pour celui tc£ [il 'Aoo).£C7/taç, a fait toute la méprise. Pour ce qui regarde Socrale 1, je n'ai trouvé nulle part qu'on ait dit de lui en propres termes (pie c'étoit un fou tout plein d'esprit : façon de parler

1 Voyez au tome II, pages lf>9 et 1G0, n° G6, la réflexion à laquelle s'appliquait la critique de Menace.

à mon avis impcrlinente, et pourtant en usage, que j'ai essayé de décréditer en la faisant servir pour Socrate, comme l'on s'en sert aujourd'hui pour diffamer les personnes les plus sages, mais qui s'élevant au-dessus d'une morale basse et servile, qui règne depuis si longtemps, se distinguent dans leurs ouvrages par la hardiesse et la vivacité de leurs (raits et par la beauté de leur imagination. Ainsi Socrate ici n'est pas Socrate : c'est un nom qui en cache un autre '. Il est vrai néanmoins qu'ayant lu l'endroit de Diogène que vous citez, et l'avant entendu de la manière que vous dites vous-même que vous l'avez expliqué d'abord, et avant encore, dans la Vie de Socrate du même Diogène Laërce , observé ces mots : Ilo/vâ/.-.: os piaiorepov èv raïç ÊCrl~flr>Z'7>. ûtaXsyôijievov icovSvXiÇsffÔai xaî -apaTt).).sc-6a'. , ib tùÂov ts ysXâffôaixaTaçpovotî[xevov2, et ayant joint

1 Sous le nom de Socrate, c'est lui-même que La Bruyère a voulu défendre contre les attaques passionnées des critiques. Plus d'une fois on avait dit de lui : que cétoit un fou plein d'esprit * ; l'aveu qu'il fait ici à Ménage tait disparaître ce que celui-ci avait considéré comme une inexactitude historique.

2 " Souvent, lorsqu'il discutait vivement, on lui donnait des coups de poing, on lui tirait les cheveux, et d'ordinaire on rioit de ha avec mépris. » (Diogène deLaerte, Vie de Socrate, VI, 21.)

* Voyez ci-après, pages 303-305, la lettre xxm, Phélypeaux à La Bruyère.

ces deux endroits avec cet aulre : ~Hv 8' ixtxvoç )tai tùv axtoTCTov-tov aÙTOV urrepoptËv ', j'ai inféré de là que Socrate passoit du moins dans l'esprit de bien des gens pour un homme assez extraordinaire, que quelques-uns alloient même jusqu'à s'en moquer, ainsi qu'Aristophane l'a fait publiquement et presque ouvertement dans ses Nuées; et que je pouvois par ces raisons faire servir le nom de Socrate à mon dessein. Voilà, Monsieur, tout le mystère, où je vous prie surtout de convenir que, selon même votre observation, quoique très-belle, le u.aivÔ(J£VOÇ reste toujours un peu équivoque, puisque le grec dit ou que Diogène étoit comme Socrate qui deviendroit fou, ou comme Socrate lorsqu'il n'est pas en son bon sens, et cette dernière traduction me seroit favorable2. Voilà, Monsieur, toute la réponse que je sais faire à votre critique , dont je vous remercie comme d'un honneur singulier que vous avez fait à mon ouvrage des Caractères. M. 1 abbé Iîevnier 3, à <Jiii je dois l'avantage

1 i- Il était homme à négliger les railleries dont il était l'objet, i (Diogène de Laerte, Vie de Socrate, XI, 27.)

2 Le passage grec , corrigé par Ménage, nous parait devoir être ainsi traduit : « Diogène est un Socrate en délire, un Socrate fou. »

3 Régnier des Marais, secrétaire perpétuel de l'Académie (1632-1713).

d'être connu de vous, a bien voulu se charger de vous dire la raison qui m'a empêché de vous faire plus lot cette réponse ; il vous aura dit aussi combien j'ai été sensible aux termes civils et obligeants dont vous avez accompagné vos observations, comme au plaisir de connoître cpie j'ai su par mon livre nie concilier l'estime dune personne de votre réputation. Je tâcherai de plus en plus de m'en rendre digne et de la conserver chèrement, et j'attends avec impatience l'occasion de mon retour à Paris, pour aller chez vous, Monsieur, vous con tinuer mes très-humbles respects.

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Vendredi au soir, h Versailles.

D'une écriture différente : En 1G90 ou 1691 , vers le lois de septembre.

1 Signature calcjuéc sur l'autographe. (Collection de M. le comte d'Hunohtein.)

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LA BRUYERE A BUSSY '.

A Paris, ce 9 décembre 1691.

Si vous ne vous cachiez pas de vos bienfaits , Monsieur , vous auriez eu plus tôt mon remerciement. Je vous le dis sans compliment, la manière dont vous venez de m'obliger m'engage toute ma vie à la plus vive reconuoissance dont je puisse être capable. Vous aurez bien de la peine à me fermer la bouche : je ne puis me taire sur cette circonstance ejui me dédommage de n'avoir pas été reçu dans un corps à qui vous faites tant d honueur 2. Les Altesses à qui je suis seront informées de tout ce

1 Bussy-Rabutin.

2 La mort de Benseradc ayant laissé un fauteuil vacant à l'Académie, La Bruyère se présenta comme candidat à l'élection qui eut lieu le 22 novembre 1691; Pavillon y fut nommé. Bussy avait donné sa voix à l'auteur des Caractères.

que vous avez fait pour moi, Monsieur. Les sept voix qui ont été pour moi, je ne les ai pas mendiées, elles sont gratuites; mais il y a quelque chose à la vôtre qui me flatte plus sensiblement que les autres. Je vous envoie, Monsieur, un de mes livres des Caractères fort augmenté l et je suis avec toutes sortes de respects et de gratitude, etc.

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USSY A LA BRUYERE.

A Chaseu, ce 16 décembre 1691.

« Quand je vous ai voulu faire plaisir sans me faire de fête, Monsieur, ce n'est pas que j'eusse honte de vous servir, mais c'est qu'il m'a paru qu'un service annoncé avant qu'il soit rendu a perdu son mérite. Les voix que vous avez eues n'ont regardé que vous : vous avez un mérite qui pourroit se passer de la protection des Altesses, et la pro-

1 La date de cette lettre indique que le volume envoyé était la 6e ou la 7e édition.

tection de ces Altesses pourroit bien, à mon avis, faire recevoir l'homme du monde le moins recommandable. Jugez combien vous auriez paru avec elles et avec vous-même, si vous les aviez employées. Pour moi, je vous trouve digne de l'eslime de tout le monde, et c'est aussi sur ce pied-là que je suis votre ami sincère et votre, etc. »

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